Chapitre 3 046
Chapitre 3046 – Ouvrir la Voie
Traducteur/Checker : Gray
Très vite, la cité fut prête pour la bataille — autant qu’elle pouvait l’être, vu les circonstances.
Azarax n’allait pas limiter l’assaut au seul lit du fleuve, bien entendu. Afin de détourner l’attention d’Effie de la protection de la portion relativement étroite de la muraille où se trouvait la herse, il envoyait ses guerriers à l’assaut sur toute la longueur des remparts.
Là-bas, devant la cité, un vaste océan de casques avançait, d’innombrables cors de guerre rugissant comme le tonnerre. C’était comme si une marée d’acier dévorait le monde — inévitable, irrésistible — à quelques minutes de s’écraser contre les fières murailles de la forteresse assiégée.
Au sein de cet océan d’acier, les formes immenses de champions Transcendants se profilaient, dégageant une sensation de danger terrifiante. Traînées par certaines de ces créatures gargantuesques, des tours de siège colossales avançaient, abritant dans leurs entrailles blindées des dizaines de milliers de soldats.
Les défenseurs de la cité se préparaient au combat au sommet du mur. Des carquois de flèches étaient disposés le long des créneaux, les engins de siège étaient chargés de lourds projectiles, un feu brûlait sous des cuves d’acier où chauffaient des pots de chaux vive, prêts à être jetés sur les ennemis en contrebas.
Aujourd’hui, toutefois, il y avait bien moins de soldats que d’ordinaire sur la muraille. Beaucoup d’entre eux se trouvaient ailleurs...
Le grand fleuve avait totalement disparu, révélant son fond boueux. Là, sur un plancher de bois construit à la hâte, des milliers et des milliers de guerriers s’étaient rassemblés en une large formation, prêts à affronter l’assaut le plus féroce de la Horde d’Acier.
Morgan et Noctambule s’y trouvaient aussi, debout devant les soldats, regardant droit devant eux d’un air sombre.
La herse n’avait pas encore été détruite, mais ce n’était qu’une question de temps. La barricade de fortune faite de terre, de roches et de glace devant elle n’avait pas encore été démantelée, mais personne ne croyait qu’elle tiendrait longtemps.
Le lit boueux du fleuve deviendrait inévitablement un champ de bataille aujourd’hui, et quand ce serait le cas...
Qui sait ? Le grand fleuve coulerait peut-être avec du sang au lieu de l’eau.
Debout au pied de la muraille, revêtue d’une armure d’acier telle une seconde peau, Effie inspira profondément, puis activa sa Capacité Transcendante. Aussitôt, sa silhouette radieuse miroitait et explosa en une tempête de lumière, dont s’éleva une forme gigantesque.
Les murs de la cité atteignaient près de cent mètres de haut, mais lorsque Effie se transforma, sa silhouette les domina aisément. L’armure grandit avec elle, tout comme l’étoffe blanche nouée autour de ses hanches et de ses épaules — l’Éclat des Étoiles, une Mémoire qu’elle portait depuis le Rivage Oublié.
À la vue de leur commandante, la myriade de défenseurs sur les remparts et dans le lit asséché éclata en acclamations jubilatoires. Leurs voix montèrent vers le ciel comme un rugissement, et, ce faisant, leurs corps furent imprégnés d’un écho de sa force et de sa résilience titanesques. Leurs cœurs furent envahis d’une vigueur farouche — d’un désir de vivre féroce, écrasant.
Au même instant, une voix tonitruante retentit au-dessus de la cité, les faisant trembler.
"Soyez forts ! Soyez vaillants ! Ne leur faites aucun quartier !"
C’était Kai, qui commandait les défenseurs de la cité par le pouvoir mystique de sa voix. Le monde lui-même écouta, leur insufflant davantage de force, les rendant résistants à l’aura de terreur émanant des guerriers d’élite de la Horde d’Acier, et les emplissant d’un courage inébranlable.
Effie, dans sa forme titanesque, fixa l’océan d’acier qui approchait avec une sombre anticipation. Dans le même temps, Kai regardait au loin, lui aussi.
Cependant, il ne regardait pas les soldats. Son regard perçait la vaste distance entre la muraille de la cité et la ligne de trébuchets gigantesques dressés très loin, tous braqués sur un seul point — le centre de la herse métallique qui barrait la large ouverture dans l’imprenable muraille.
Qu’est-ce qu’ils attendent ?
La horde était déjà en mouvement, mais les trébuchets demeuraient immobiles. Ils étaient chargés, mais l’ordre de tirer n’était pas encore venu.
Sa question trouva bientôt réponse.
Au loin, un homme se tenait sur la crête d’une haute colline, observant la horde en marche avec une expression sombre et jubilatoire. Il était très grand, les épaules larges, le corps puissant, enfermé dans une armure finement ouvragée. Il était imposant et beau, avec une peau bronzée, des cheveux noirs et des yeux d’un bleu perçant qui brillaient d’une intensité effrayante au-dessus de sa barbe épaisse.
Toute sa personne dégageait une impression écrasante de force débridée, de virilité, et d’autorité tyrannique.
C’était Azarax, le Cataclysme d’Acier.
Sentant le regard de Kai, Azarax tourna légèrement la tête, jeta un coup d’œil dans sa direction, et sourit d’un air carnassier.
Puis, il passa d’un pas aisé devant le trébuchet le plus proche et tira une lourde hache de bataille d’un anneau à sa ceinture.
Azarax lança la hache en l’air, la rattrapa d’un geste détendu...
Puis, soudain, il bondit en avant, propulsant la hache à travers le ciel telle une comète.
La puissance de son lancer était si terrible que toute la colline sous ses pieds trembla, le sol se fissurant tandis qu’une onde de choc annihilait complètement l’immense trébuchet, le réduisant à un nuage d’échardes.
À cet instant, Kai comprit pourquoi les machines de siège de la Horde d’Acier étaient restées inactives.
La hache de bataille d’Azarax franchit la distance entre la colline et la herse de fer en quelques secondes à peine, laissant derrière elle une traînée ardente. Juste avant que sa lame ne frappe la herse, cependant, elle fut arrêtée un bref instant...
C’était Noctambule, qui tordait l’espace devant la herse pour la protéger. Il ne cherchait pas à arrêter les projectiles envoyés pour la détruire, mais à les rediriger — peut-être même à les renvoyer en plein sur la horde attaquante.
Cependant, la force et la Volonté tyrannique du Cataclysme d’Acier étaient tout simplement trop effroyables. Sa hache fendit l’espace lui-même, rendant vains tous les efforts de Noctambule.
L’instant d’après, la hache frappa le fer enchanté de la herse. Celle-ci, qui s’étendait sur plus d’un kilomètre, ne fut pas seulement percée — elle fut entièrement anéantie, s’effondrant en un amas tordu tandis qu’une vaste portion en était instantanément fondue en une rivière de métal liquide.
La hache continua sa course, menaçant de tailler un chemin sanglant à travers les défenseurs rassemblés sur le lit asséché — elle l’aurait fait, sans Morgan, qui s’avança et la saisit d’une poigne de fer.
Son bras sembla onduler légèrement, absorbant le choc, puis se stabilisa dans sa forme habituelle.
Morgan baissa les yeux vers la hache incandescente, qui avait atteint une telle température qu’elle brûlait le métal de son gantelet. Puis, elle en absorba silencieusement la lame en elle-même, laissant tomber le manche en bois.
Ses yeux écarlates flamboyèrent un instant d’une lumière ardente, puis retrouvèrent leur froide acuité.
"...Elle a disparu."
La herse de fer n’était plus.
...La bataille allait commencer.