Chapitre 3 044
Chapitre 3044 – Médecin de Peste
Traducteur/Checker : Gray
Finalement, ils parvinrent à l’endroit où Seishan et ses partisans avaient établi leur campement. C’était un bâtiment magnifique qui avait autrefois été un temple, mais qui avait été transformé en hôpital de fortune. La grande salle de prière était encombrée d’innombrables lits de camp et de nattes de paille, tous occupés par des gens souffrants, mutilés.
C’était là que l’on soignait les soldats blessés sur les remparts — ceux qui avaient eu la chance de survivre, du moins, ce qui était rare dans des batailles impliquant des Éveillés de haut rang. Pourtant, en regardant la scène devant elle, Effie ne savait pas très bien qui, au juste, avait été chanceux.
La vaste salle était remplie de cris de douleur et de gémissements étouffés, des dizaines d’hommes et de femmes priant les dieux et suppliant les guérisseurs et leurs assistants de les sauver. Certains demeuraient indifférents, ayant perdu toute force et tout espoir. Certains suppliaient qu’on les tue, au contraire.
Le sol était couvert de taches rouges, et l’air y était étouffant.
La puanteur du sang était accablante.
Un guérisseur âgé s’inclina respectueusement devant Effie et examina son bras brisé avec une expression inquiète.
"…Encore, ma Dame ?"
Sa voix était presque un reproche.
Effie sourit et détourna le regard.
Jet était la seule à pouvoir menacer sérieusement Azarax, mais Effie était la seule à pouvoir bloquer ses attaques. Les autres n’étaient tout simplement pas assez forts pour y résister.
Cette fois encore, elle avait reçu un coup du Cataclysme d’Acier. Son puissant bouclier enchanté survécut de justesse à l’impact, mais son bras — malgré des renforcements physiques superposés et la Volonté du Maçon qui la soutenait silencieusement — n’y résista pas, se fracturant en plusieurs endroits et se réduisant à une masse broyée.
En réalité, son bras de bouclier n’était resté intact dans aucun de leurs affrontements contre Azarax. Il avait dû se briser une dizaine de fois au cours du Cauchemar, ce qui, forcément, ne réjouissait pas les guérisseurs.
Heureusement, les Saints guérissaient assez vite, et Effie guérissait bien plus rapidement que la plupart.
"Ce n’est rien. J’ai déjà été soignée sur le rempart — ce n’est pas pour ça que nous sommes ici."
Le guérisseur hésita quelques secondes, puis s’inclina et se retira.
Effie, Kai et Morgan continuèrent d’avancer, enjambant des flaques de sang et se couvrant le nez pour se protéger de la puanteur.
Bientôt, ils entrèrent dans le sanctuaire intérieur de l’ancien temple, dédié au Dieu Bête. C’était un espace où Seishan demeurait, entourée de ses démons de sang — les gens qu’elle avait transformés en puissantes aberrations en les imprégnant de son sang. C’était son inquiétante Capacité Transcendante, qui avait rendu de grands services à la cité dans la lutte contre la Horde d’Acier.
Quand Effie s’approcha d’un rideau de soie, deux jeunes femmes pâles s’inclinèrent et se retirèrent en silence, lui permettant d’entrer.
On se serait attendu à ce que la demeure d’une princesse du Chant sente meilleur que l’hôpital détrempé de sang au-delà, mais c’était l’inverse. Une odeur épouvantable — l’odeur de la maladie, qu’Effie connaissait trop bien — lui frappa les narines dès qu’elle écarta le rideau, et elle ne put s’empêcher de grimacer.
À l’intérieur, Seishan était assise sur un lit de coussins somptueux, sa peau grise et soyeuse luisant de perles de sueur. Ses yeux étaient troubles, et ses vêtements étaient imbibés d’un liquide noir et visqueux — c’était son sang, suintant à travers les pores de sa peau et coulant de ses yeux.
Entendant quelqu’un entrer, Seishan releva la tête et jeta à Effie un regard silencieux, le visage pareil à un masque sanglant d’épouvante.
Elle resta silencieuse quelques secondes... puis sourit, révélant deux rangées de dents d’un blanc nacré.
"Ah, alors tu es en vie, finalement. Bienvenue."
Effie ricana.
"Évidemment. Et toi, toujours vivante ? Comment te sens-tu ?"
Seishan leva une main, qui tremblait de façon incontrôlable.
"Comme tu peux le voir... pas très bien..."
L’état actuel de la fière princesse du Chant était le résultat du virus — comme bien d’autres dans la cité, Seishan en était infectée, subissant l’agonie de symptômes vicieux.
Seulement, à la différence de tous les autres, elle n’avait pas attrapé ce virus par accident. Au lieu de cela, elle s’était infectée volontairement — c’était leur contre-mesure contre la maladie incurable.
À cet instant, dans le corps de Seishan, le sang qu’elle avait hérité du Dieu Bête se battait contre l'épidémie conçue par Azarax et ses sorciers, apprenant à la détruire.
Une fois le processus achevé et Seishan victorieuse du virus, son sang pourrait alors servir de base au développement du remède, ou même à inoculer directement les gens — du moins, c’était ce que Seishan affirmait.
Seulement, Azarax semblait s’être surpassé avec celle-ci — beaucoup de temps avait déjà passé, et son état ne s’améliorait toujours pas.
Il y avait tout de même des progrès. La dernière fois qu’Effie était venue, Seishan ressemblait à un cadavre... à présent, elle ressemblait simplement à quelqu’un qui avait un pied dans la tombe.
C’était une forme d’amélioration.
"Combien de temps tu crois qu’il te faudra pour venir à bout de cette foutue maladie ?"
Grimaçant de douleur, Seishan inspira lentement, puis répondit d’une voix basse :
"Pas longtemps... quelques semaines, peut-être."
Effie poussa un soupir.
Quelques semaines, ce n’était pas si mal. Azarax ne lançait pas d’ordinaire des assauts directs les uns après les autres, et ils venaient justement de repousser une attaque...
Alors, ils avaient du temps.
...Du moins, le croyait-elle.
Un jour plus tard, elle et Kai passèrent par hasard près du fleuve et trouvèrent Morgan debout au même endroit où ils l’avaient rencontrée auparavant. Sauf que, cette fois, une expression étrange et sombre était peinte sur son visage.
Effie sentit soudain un mauvais pressentiment.
"Qu’est-ce qu’il y a ?"
Au lieu de répondre, Morgan sauta et s’agenouilla dans la boue. Là, sa dague était toujours enfoncée dans le sol, scintillant faiblement à la lumière du soleil.
Seulement, pour une raison quelconque, l’eau se trouvait désormais un mètre plus bas sur la pente que sa lame maculée de boue.
Avec une expression de sombre résignation, Morgan jeta un regard vers le lointain rempart de la cité, où une colossale herse s’élevait au-dessus du puissant courant.
Elle resta silencieuse un court instant, puis parla d’un ton funèbre.
"Le fleuve... ils détournent le fleuve."