Chapitre 3 041
Chapitre 3041 – Cité de la Paix
Traducteur/Checker : Gray
Quelque part très loin, dans les profondeurs d'un Cauchemar...
Une vaste cité s'étendait sous un ciel constellé d'étoiles, caressée par le murmure des vagues d'une mer généreuse. Un grand fleuve la traversait, ses eaux profondes et abondantes.
La cité avait jadis été florissante et prospère, avec de hautes murailles hérissées d'étendards colorés. Le jour, ses rues avaient été animées et vibrantes, noires de monde venu de tous les recoins de l'existence, affairé à poursuivre le profit et les joies de la vie.
La nuit, les rues avaient été illuminées par d'innombrables lanternes, dont la lueur chaude tenait les ténèbres à distance. Des sons de musique et de rires emplissaient l'air, tandis que les habitants de la cité comme ses hôtes jouissaient des dons de l'abondance.
Son port avait fourmillé d'une myriade de navires, des milliers de marins et de dockers se hâtant de charger et de décharger de précieuses cargaisons. Au-dessus du port, un magnifique phare taillé dans la pierre blanche brillait d'une lumière radieuse, et au cœur de la cité se dressait un palais d'ivoire, dont la lumière chaleureuse se déversait à travers ses fenêtres cintrées.
Cette belle cité était différente, désormais.
Ses hautes murailles étaient fissurées et couvertes de suie, des montagnes de cadavres et les restes calcinés de tours de siège s'amoncelant à leurs pieds. Les rues étaient presque désertes, seuls des gémissements répercutés par l'écho et des sanglots étouffés venant rompre le silence craintif. D'innombrables maisons avaient été écrasées ou brûlées jusqu'aux fondations, leurs structures noircies enveloppées d'ombres lugubres.
Le port était bloqué par un anneau d'épaves coulées, des corps flottant à la surface, gonflés et pourrissant. Le phare gisait brisé, ses ruines crachant encore des colonnes de fumée. Le beau palais se tenait dans l'obscurité, à peine quelques lueurs brûlant en son sein.
La cité était engloutie par la peur et les ténèbres, son peuple caché dans les maisons, cherchant à s'abriter de la réalité cauchemardesque de son existence dans l'étreinte de cauchemars ordinaires. Il n'y avait qu'un seul endroit, dans la cité, qui était vivement éclairé.
Sur une vaste place devant les portes de la cité, hermétiquement closes, une myriade de cadavres était empilée haut, formant une colline macabre. Cette colline était en feu, une flamme gigantesque la dévorait et crachait un épais panache de fumée noire dans le ciel sans lumière.
La puanteur de la chair brûlée était insoutenable.
Devant ce bûcher morbide, une grande femme en armure cabossée se tenait là, à regarder les flammes. La partie inférieure de son visage était dissimulée derrière un masque de tissu, destiné à bloquer l'odeur, et l'un de ses bras pendait dans une écharpe improvisée, atrocement broyé.
Sa silhouette gracieuse et athlétique était couverte de sang séché, mais elle émanait encore d'un charme envoûtant, irrésistible. Les soldats qui jetaient de nouveaux cadavres dans le feu ne cessaient de lui jeter des regards furtifs de temps à autre, les yeux pleins de révérence et brûlant d’un désir primitif.
La femme ne leur accorda aucune attention.
Bientôt, un homme à l’allure débraillée, vêtu d’une armure lamellaire en lambeaux de la couleur du ciel de minuit, s'approcha ; ses yeux verts étaient pleins d'une sombre lassitude. Il regarda le bûcher en silence un court instant, puis abaissa le tissu qui couvrait le bas de son visage et dit :
"Nos pertes ont été minimes cette fois-ci."
La femme demeura silencieuse un moment, puis répondit d'un ton égal :
"Minimes... ouais."
C'étaient Effie et Kai, bien sûr.
Plus d'un an auparavant, ils étaient entrés dans le Cauchemar et s'étaient retrouvés dans les environs de cette cité — l'une des plus grandes et des plus prospères cités de son époque, un joyau de l'Âge des Héros.
La cité ne faisait partie d'aucun Domaine ; elle était, au contraire, un Domaine en soi, gouverné par un Suprême âgé et ses descendants. Ce Suprême, connu sous le nom de Maçon, ne possédait pas une grande puissance de combat — cependant, ce qu'il possédait, c'était un Aspect Utilitaire qui avait permis à son peuple de prospérer et de s'épanouir.
Réputée pour son artisanat exquis et son hospitalité, sa cité était devenue un centre culturel et commercial pour de nombreux royaumes mortels. Des navires chargés de marchandises provenant de divers Domaines et civilisations arrivaient ici pour commercer et goûter à cette culture vibrante, et comme le Maçon était connu pour ses manières pacifiques et sa neutralité, la cité avait traversé d'innombrables conflits entre autres Suprêmes sans être entamée.
Sa valeur en tant que terrain neutre était tout simplement trop grande pour être mise en péril — et, par-dessus tout, même si le Maçon ne commandait pas une armée puissante, la cité elle-même était sous sa protection, rendant ses murailles pratiquement imprenables.
Quant à la manière dont ces navires voyageaient entre les royaumes — la réponse était en réalité assez simple.
À cet égard, les peuples anciens n’étaient pas très différents de l’humanité moderne. Les gens ordinaires et les Éveillés avaient peu de chances de franchir une frontière entre royaumes, tandis que les Ascendants pouvaient se rendre dans d'autres royaumes avec un certain effort. Les Saints pouvaient emmener d'autres personnes avec eux, et les Suprêmes pouvaient ouvrir des Portes vers d'autres royaumes.
La différence était que les peuples anciens étaient bien plus habitués aux voyages inter-royaumes et avaient mis au point des moyens de faciliter considérablement le franchissement des frontières entre eux.
Il existait des enchantements runiques qui leur permettaient de créer des voies de passage stables ; ainsi, tant qu'il y avait un émissaire Transcendant versé dans la sorcellerie et un Suprême prêt à fournir les ressources précieuses nécessaires à l'accomplissement du rituel, des Portes artificielles pouvaient être établies entre deux royaumes, permettant même aux gens ordinaires de voyager de l'un à l'autre.
Tous les royaumes n'étaient pas gouvernés par des Suprêmes, et la plupart ne possédaient pas de Portes artificielles. Pourtant, l'existence de ces Portes dictait les échanges culturels et commerciaux entre mortels.
...Et, naturellement, elle dictait aussi la nature des guerres entre les royaumes.
Depuis que le premier royaume humain était tombé et que son dirigeant — Kanakht le fou — avait été scellé, aucun Suprême n'avait réussi à amasser une telle puissance et une telle influence. Pendant la majeure partie de l'Âge des Héros qui suivit, les humains avaient été trop occupés à lutter contre les Corrompus pour tourner leurs armes les uns contre les autres. Mais à mesure que l'humanité s'étendait et que de puissants Suprêmes émergeaient, la situation changea lentement.
Au crépuscule de l'Âge des Héros, pendant un temps, les Guerres de Royaumes devinrent fréquentes. Chaque fois qu'un nouveau champion s'élevait au trône de la Suprématie, il lançait une campagne afin de se tailler un Domaine, bouleversant l'équilibre des forces. Les Suprêmes ne naissaient pas souvent, toutefois, et même ceux qui apparaissaient une fois tous les quelques siècles se calmaient après avoir conquis une poignée de royaumes.
Les choses changèrent, cependant, lorsque naquit le plus récent Suprême.
Parce que ce Suprême — le cœur du Cauchemar auquel Effie et Kai faisaient face — ne se satisfaisait pas de ne conquérir que quelques royaumes.
Il voulait les conquérir tous.
Il s'appelait Azarax, le Cataclysme d'Acier...
Et si Effie et Kai voulaient survivre au Cauchemar, ils devaient le vaincre.