Chapitre 2 942
Chapitre 2942 – Élément Décisif
Traducteur/Checker : Gray
Asterion posa le pied sur la chaîne déserte et la traversa, ne portant aucune armure et ne brandissant aucune arme.
Et pourtant, à chaque pas, c'était comme si une pression invisible s'abattait sur l'Île d'Ébène, rendant l’air difficile à aspirer.
Cassie expira, puis se redressa et se frotta le visage, lasse. Les éclats d’obus y avaient laissé quelques entailles ; sa main finit donc maculée de sang.
Alors, il a finalement décidé de se lancer personnellement dans la bataille...
Mordret, qui se tenait non loin, regarda au-delà du Lac des Larmes et esquissa un pâle sourire.
"On dirait que c’est à moi d’entrer en scène."
Son vaisseau originel était le plus puissant qu’il possédait — c’était, après tout, le corps d’un Titan Suprême. Ainsi, si quelqu’un était capable d’affronter Asterion, c’était bien lui.
Mordret jeta un regard à Cassie et hésita brièvement, puis soupira.
"Tu sais, j’ai été vraiment mécontent quand tu as réussi à m’échapper, à l’époque — il y a toutes ces années, dans le Temple de la Nuit. Je n’ai pas pu faire de toi un vaisseau, et je n’ai pas réussi à te tuer. Même si je suis incapable d’éprouver des regrets, c’était passablement irritant."
Il eut un petit rire.
"Qui aurait cru que je me sentirais un jour chanceux de ne pas t’avoir tuée ? Ah... le monde est vraiment devenu fou. On se reverra de l’autre côté, Chant des Déchus."
Sur ces mots, il afficha un rictus et se dirigea vers la chaîne.
Morgan semblait être parvenue à rattacher le maillon brisé, d’une manière ou d’une autre. Elle reprit sa forme humaine et haleta, puis s’abaissa sur un genou quand Asterion approcha. Il passa devant elle sans reconnaître sa révérence, puis s’arrêta, face à Mordret.
Mordret leva son épée et la pointa vers l’Être Onirique.
"Préparez-vous, vieil homme. Je vais vous tuer aujourd’hui."
Asterion soupira.
"N’est-ce pas là la définition même de la folie : continuer à faire toujours la même chose en espérant un résultat différent ? Mon garçon… tu sais bien que tu ne peux pas me tuer. Combien de fois as-tu essayé ? Je suis immortel, et par conséquent, tous tes efforts sont vains. Ta défiance est vaine. Toutes tes réussites sont dénuées de sens, et peu importe combien de fois tu me perceras de cette épée, je ne serai pas détruit."
Mordret demeura silencieux quelques instants, puis sourit de travers.
"Peut-être. Mais ça fera sacrément du bien de vous tuer quelques fois, voyez-vous ?"
Il recula d’un pas, et son sourire s’élargit.
"J’ai compris quelque chose après la mort de mon père. C’est que sa mort m’avait laissé insatisfait... c’était trop rapide, trop fugace. Avant même que je puisse en profiter, l’instant était déjà passé. Alors, pour être honnête, je suis content que vous soyez immortel. J’en suis ivre de joie, vraiment. Ça veut dire que je continuerai à vous tuer, encore et encore... pour toujours."
Il éclata de rire.
"Par tous les dieux. Que vais-je bien pouvoir faire si vous mourez vraiment ? La vie deviendra tellement ennuyeuse et inintéressante."
Asterion soupira, puis tendit une main.
"Morgan."
Un instant plus tard, Morgan se changea en un torrent d’acier et s’écoula dans sa paume, se muant en une épée rayonnante, terrifiante, létale.
L’épée saisie à deux mains, Asterion fixa Mordret d’un regard glacé et dit :
"Quant à moi, je me suis lassé de te tuer depuis longtemps. Alors, faisons en sorte que ce soit la dernière fois..."
• • •
De l’autre côté du Royaume des Rêves, une féroce tempête de neige s’était abattue sur Ravenheart, drapant ses rues d’un linceul blanc.
Il y avait étrangement peu de monde sur le grand pont qui enjambait l’abîme entre la montagne et le volcan, comme si la plupart des Éveillés étaient partis quelque part. Il y avait encore moins de monde dans le Palais de Jade, même s’il en restait quelques-uns pour le garder.
Jet les avait dépassés sans peine.
Elle n’avait aucun moyen de savoir s’ils avaient été envoûtés par Asterion ou non, mais son instinct lui soufflait de se tenir à l’écart.
Alors, elle s’était faufilée parmi eux sous la forme d’un filet de brume.
Parvenue aux corridors opulents de l’antique palais, elle prit l’apparence d’un spectre et regarda autour d’elle, une lueur froide s’allumant dans ses yeux bleu glace.
Jet avait quitté le Domaine Humain depuis un certain temps; elle ne savait donc pas comment la situation avait évolué en son absence.
Cependant, à en juger par ce qu’elle voyait...
Il semblait que Ravenheart était entièrement tombée aux mains de l’Être Onirique.
Ce n’était pas le genre d’accueil qu’elle avait voulu recevoir... même si c’était celui auquel elle s’attendait.
Ses pires craintes s'étaient réalisées.
La question était...
Que faire, maintenant ?
Jet s’attardait dans le couloir, entourée d’un froid mordant et de flocons dansants, lorsque deux flammes menaçantes s’allumèrent soudain dans les ombres profondes à côté d’elle.
Puis quelque chose émergea des ténèbres — ou plutôt, quelqu’un.
C’était une petite abomination qui n’atteignait que sa taille, apparemment forgée dans un métal noirci et hérissée de pointes acérées.
Le gremlin infernal leva les yeux vers elle, puis brandit une main griffue et l’agita deux fois, comme pour l’inviter à la suivre.
Jet fronça les sourcils.
"Tu es... Fiélon Vorace, n’est-ce pas ?"
La dernière fois qu’elle avait vu le redoutable Fléau Suprême, il faisait des dizaines de mètres de haut. Aussi était-il surprenant de le voir sous une forme aussi miniature.
Cette chose pouvait-elle changer de taille à volonté ?
Fiélon souffla, exhalant une bouffée de flammes, puis agita de nouveau la main.
Jet cligna des yeux plusieurs fois.
"Tu... veux que je te suive ?"
Le Fléau d’acier acquiesça avec énergie.
Elle hésita quelques instants, puis sourit d’un air sombre.
"Montre-moi le chemin, alors."
Ensemble, ils s’enfoncèrent plus profondément dans le Palais de Jade.
Très vite, elle découvrit Kai.
Le visage de Jet se décomposa.
"Par tous les dieux. Qu’est-ce qu’ils t’ont fait..."
• • •
Quelque part, très loin, Effie était affalée sur le sol de sa cellule, ramenant ses bras aussi près de son corps que les chaînes le lui permettaient. Une respiration laborieuse s’échappait de sa poitrine, et son expression était sombre.
"Libre, je suis libre..."
Qui avait dit cela ? Que les loups... étaient faits pour l’être.
"Ah, oui..."
C’était cet homme, la Bête Cramoisie du Crépuscule. Noctis, le Méchant Sorcier de l’Est.
Seulement, ce n’était pas à Effie qu’il avait adressé ces mots. Elle ne parvenait simplement pas à se souvenir à qui, ni comment elle en était venue à les connaître.
Contrairement à elle, Noctis n’avait pas été enchaîné. Au lieu de cela, il avait été une chaîne — une chaîne qui liait Hope, le Démon du Désir.
Il avait tout de même brisé ses chaînes, à la fin. Il s’était brisé lui-même, aussi. Voilà pourquoi le navire volant que Cassie pilotait s’appelait le Briseur de Chaînes.
Seulement, chose étrange, Effie ne se rappelait pas qui lui avait donné ce nom.
Et, malheureusement, elle n’était pas assez forte pour briser ses chaînes.
Alors...
Cela signifiait-il qu’elle devait se briser elle-même ?
Les lèvres fendillées d’Effie se tordirent en un sourire noir.
...Qui savait mieux qu'elle ce que c'était que d'être brisée ?
À genoux sur le sol de pierre froid, elle y appuya son front pour soutenir son poids.
Puis, lentement, péniblement, elle traîna l’un de ses bras jusqu’à son visage.
Les loups sont faits pour être libres...
Elle gronda, puis planta ses dents dans sa propre chair.