Chapitre 2 928
Chapitre 2928 – Confession
Traducteur/Checker : Gray
Chaque fois que Sunny dormait, une part de lui demeurait toujours éveillée. Ils étaient sept, après tout — aussi était-il rare que toutes ses incarnations dorment en même temps.
Cependant, après avoir trouvé la tombe sans nom sur la colline où s'était jadis dressée la Tour d'Aletheia, il choisit de s'abandonner entièrement au sommeil. Même si rien ne s'était produit depuis leur entrée dans le Tombeau d'Ariel, il avait besoin de souffler.
Le silence qui régnait était épuisant.
Finalement, Sunny se réveilla.
Il demeura immobile un moment, observant le profil de Neph. Elle était assise près du feu, à regarder les flammes dansantes — exactement comme il l'avait fait durant sa garde.
Son expression d'ordinaire stoïque paraissait contenue et songeuse dans la chaleur de la lueur.
"C'est étrange, tu sais."
Même si elle ne se tourna pas pour le regarder, elle avait dû remarquer qu’il était réveillé. Sunny, lui non plus, ne bougea pas.
"Qu'est-ce qui est étrange ?"
Nephis hésita un court instant, puis haussa les épaules.
"Être assise près du feu dans le Tombeau d'Ariel, complètement ruinée, à faire comme si de rien n'était."
Enfin, elle se tourna et esquissa un pâle sourire.
Son sourire était un peu amer, et un peu sombre.
"J'ai passé tant de temps à bâtir mon royaume — toute ma vie, en vérité — et maintenant, en l'espace de quelques mois à peine, tout a disparu. Mes Citadelles, mes armées, mes camarades, mon peuple... tout ce qu'il me reste, à présent, ce sont les choses que je peux emporter avec moi. Je dois être la première Souveraine sans abri de l'histoire."
Sunny resta silencieux un instant, puis sourit à son tour.
"Enfin, pour être juste, tu peux emporter pas mal de choses. Un navire volant tout entier, par exemple — et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg."
Nephis eut un petit rire.
"C'est vrai."
Elle se retourna vers la flamme, et vers l'obscurité au-delà.
"Tu es allé quelque part pendant que je dormais, n'est-ce pas ?"
Sunny hésita quelques secondes, puis soupira.
"Oui. Comment l'as-tu su ? J'ai essayé de ne pas te réveiller."
Elle secoua légèrement la tête.
"Parce que tu étais différent quand je me suis réveillée. Alors, je me suis dit que quelque chose avait dû se passer."
Nephis tendit les mains et les joignit en coupe, les enfonçant dans le feu. Elle en recueillit une portion, comme on recueille de l'eau, puis se lava le visage dans la flamme blanche et éclatante. Un instant plus tard, elle laissa échapper un soupir satisfait et se tourna de nouveau vers Sunny, l'air rafraîchi.
"Tu as encore du café ?"
Sunny se redressa, invoqua un thermos enchanté qu'il avait créé autrefois, et versa la boisson parfumée dans deux tasses.
Tandis qu'ils savouraient leur café du matin dans une obscurité totale, il réfléchit longuement à ce qu’il allait dire.
Finalement, pourtant, il dit quand même :
"Tu ne me poses jamais de questions."
C'était vrai. Quand ils étaient ensemble, Sunny avait rarement besoin de dire quoi que ce soit à cause de son Défaut. Par conséquent, il y avait peu de situations où il disait quelque chose à Nephis pour qu'elle l'oublie quelques secondes plus tard.
C'était très commode pour Sunny et cela lui facilitait grandement la vie, mais, en même temps, il se sentait souvent partagé face à toute cette situation.
Parfois, il se sentait vulnérable, pensant que Nephis ne se souciait tout simplement pas assez de lui pour demander. D'autres fois, il avait le sentiment que ce n'était pas juste pour elle, car quoi qu’elle fasse, elle ne recevrait jamais de réponse — ne pourrait jamais vraiment connaître l'homme avec lequel elle partageait sa vie.
Mais Sunny n'en parlait jamais, parce que cela ne résoudrait rien. Et elle ne pourrait pas se souvenir non plus d'en avoir parlé.
Nephis haussa les épaules.
"C'est étrange, ça aussi."
Le regard plongé dans le feu, elle soupira.
"Toi et Cassie, vous êtes plus proches de moi que quiconque. Et vous gardez tous les deux un million de secrets... alors, c'est un peu ironique que je sache si peu de choses sur les personnes en qui j'ai le plus confiance."
Elle demeura silencieuse quelques instants, puis ajouta :
"Mais c'était notre accord, n'est-ce pas ? Tu as dit que tu avais des secrets que tu ne me révélerais jamais. Et j’ai promis que je ne te ferais jamais passer avant mon objectif."
Nephis eut un petit rire.
"Avec le recul, nous avons été plutôt mûrs en ayant cette conversation. Mais aussi plutôt stupides."
Elle secoua la tête.
"Au début, je pensais que ce serait simple, de laisser quelqu'un entrer dans ma vie sans l'inviter dans mon cœur. Je n'avais aucune expérience en matière de sentiments, après tout, alors c'était facile d'être arrogante. Mais avec le temps, à mesure que nous nous rapprochions, rien n'était simple. Tout était compliqué."
Elle regarda Sunny et sourit.
"Je ne te pose jamais de questions, mais je m’en posais tout le temps. D'où vient-il ? Qui étaient ses parents ? Comment était son enfance ? Qui a été son premier amour ? Pourquoi m'aime-t-il ? Des choses comme ça. Il y avait tant de questions, et pas une seule réponse. Comme si tu te gardais sous clé... comme si tu ne tenais pas assez à moi pour te confier."
Nephis secoua la tête.
"Je ne suis pas une idiote, pourtant. Même si nous n'en parlions jamais, il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que tu te taisais parce que tu étais incapable de parler, pas parce que tu ne le voulais pas. J'ai aussi remarqué que, parfois, ma mémoire me faisait défaut. Ça arrive quand je pense à toi, ou au milieu d'une conversation... un instant, nous parlons de quelque chose, mais l'instant d'après, nous parlons d'autre chose, et je ne me rappelle pas très bien comment nous en sommes arrivés là. Comme si j'avais été distraite."
Elle regarda les flammes dansantes, puis l'obscurité au-delà.
"Et je sais aussi que tout cela a un rapport avec ceci. Avec le Tombeau d'Ariel. C'est ici que tout a commencé."
Nephis se tourna vers Sunny et haussa les épaules.
"Mais, au fond, ça n'a pas d'importance. Je me rendais folle avec ces questions, mais à un moment, j'ai compris que cela n'avait pas d'importance. Je n'ai pas besoin de savoir qui étaient tes parents, comment était ton enfance, ou d'où tu viens. Parce que je te connais... Je ne sais peut-être pas tout de toi, mais je sais qui tu es. Tu es la personne qui compte pour moi. Je te fais confiance."
Elle détourna le regard et soupira.
"Je voulais tout avoir sous contrôle... je me suis même illusionnée en croyant que c'était le cas, parfois. Parce que le monde était trop effrayant sinon. Mais grandir, c’est aussi réaliser qu’on ne peut pas tout contrôler. Une fois qu’on lâche prise… la vie devient plus facile. Et tu peux t'accrocher aux choses importantes, au lieu de tenter désespérément de toutes les saisir."
Nephis hésita un instant, puis regarda Sunny avec un sourire.
"Maintenant que j'y pense... j'ai l'impression de m'être fait avoir dans notre accord."
Il eut un petit rire.
"Tu veux dire que je me suis faufilé dans ton cœur sans y être invité ? C'est un aveu, Dame Étoile Changeante ?"
Ils étaient sur l'île d'Aletheia, comme par hasard. Qu'avait donc ce gouffre terrifiant de cauchemars pour rendre les gens enclins à avouer leurs sentiments ? Ce n’était certainement pas un endroit romantique… c’était tout le contraire d’un endroit romantique, en réalité.
Nephis haussa les épaules.
"Je dis seulement que je te connais assez bien pour ne pas poser de questions, Seigneur Shadow. Je sais qui tu es... et qui tu es me suffit. C’est amplement suffisant."
Sunny resta un moment silencieux, puis détourna le regard pour cacher son sourire.
"C'est agréable à entendre."
Nephis termina son café et se leva.
"C’est peut-être pour ça que je ne me sens pas anéantie malgré la perte du Domaine Humain au profit de l'Être Onirique. J'ai le sentiment que je vais tout récupérer... parce que je ne suis pas seule."
Le regard plongé dans l'obscurité, elle demeura silencieuse quelques instants, puis dit doucement :
"Personne ne survit seul dans le Royaume des Rêves. Alors, j'ai eu de la chance de te trouver."
Sunny étudia son profil un moment. Finalement, il acquiesça.
"...Tu l’as certainement été. Les hommes de mon calibre ne courent pas les rues, tu sais ? Il n’y en a qu’une poignée dans le monde entier — sept, pour être précis. Et ils sont tous moi."
Nephis soupira.
"Ne m'en parle pas..."