Chapitre 2 912
Chapitre 2912 – La Pire Option Suivante
Traducteur/Checker : Gray
Le monarque des guerriers maudits, le Souverain Sans-Mort en personne, était lié au tronc colossal de l'Arbre de la Mort, enveloppé d’une myriade de chaînes. Ses efforts pour se libérer étaient des plus acharnés ; les chaînes se brisaient et volaient en éclats, tandis que d’autres surgissaient sans cesse des ténèbres profondes aux racines du Dévoreur d’Âmes pour les remplacer.
L’ombre inquiétante était déjà à l’œuvre, tissant sa magie vile et empoisonnant les esprits des Sans-Morts. Pourtant, même renforcée par six incarnations de son maître, elle ne pouvait contenir la Volonté sans limites d’Azarax, le Cataclysme d’Acier.
Invisible, sa Volonté s’écrasa contre le tronc de l’arbre colossal, cherchant à le briser et à le réduire en éclats. Bien sûr, ce contre quoi elle entra en collision, ce fut la Volonté même de Sunny, qui protégeait le Dévoreur d'Âmes tel un égide invisible.
Rendu fou par l’Appel du Cauchemar, s’échinant à contenir tous les Sans-Morts et leur souverain avec l’aide de la Manifestation de l’Ombre, et résistant à la Volonté du tyran antique, il ne put s’empêcher de laisser échapper un hurlement muet de souffrance mentale.
Reste... immobile... encore un peu !
Évidemment, Azarax n’allait pas obéir à son ordre.
Le Souverain Sans-Mort tira sur ses chaînes, grinçant des dents d’une fureur sans bornes. De plus en plus de chaînes cédèrent, lui permettant de bouger légèrement.
D’abord, il ne put remuer que son crâne. Alors, Azarax mordit les chaînes, les pulvérisant de ses dents noires. Puis il fracassa l’arrière de sa tête contre le tronc du Dévoreur d'Âmes, faisant frissonner l’arbre tout entier.
De profondes fissures apparurent sur l’écorce de l’ombre colossale, et une brume grise s’en écoula comme de la sève.
Je ne tiendrai plus très longtemps...
Azarax frappa encore plusieurs fois l’Arbre de la Mort, fendant son tronc tout en brisant son propre heaume.
Puis il parvint à libérer l’un de ses bras.
Quand cela arriva, Sunny comprit que son temps était écoulé.
Merde.
Néanmoins, le Dévoreur d'Âmes avait rempli sa fonction. Il avait retardé le Souverain Sans-Mort, tout en entravant ses guerriers morts-vivants.
Sunny s’échappa de l’ombre de l’Arbre de la Mort juste avant qu’Azarax n’invoque sa hache. L’arme terrifiante vola dans les airs en tournoyant et vint se loger dans sa main — un instant plus tard, la lame de verre étincela, et les chaînes restantes qui le retenaient éclatèrent.
Le tyran antique chuta, atterrissant sur le sable dans un fracas retentissant.
Quand le sable projeté par son impact fut emporté par le vent, Sunny et Azarax se retrouvèrent face à face, séparés par guère plus de cent mètres.
Le conquérant terrifiant du passé lointain fixa Sunny, une fureur folle et sans bornes bouillonnant au fond de ses orbites vides.
Sunny, lui, demeura impassible.
Il inspira profondément.
"Ça devrait suffire, je pense."
Et dès qu’il eut prononcé ces mots — avant qu’Azarax ne puise se ruer sur lui — le vide derrière lui cessa soudain d’être vide.
À la place se dressait un magnifique temple noir, ses piliers vertigineux soutenant l’antique édifice d’ébène.
Le temple presque aussi vieux que l’existence elle-même, construit à l’époque où le Dieu des Rêves n’était pas encore devenu le Dieu Oublié...
Le Temple Sans Nom.
Peu auparavant, la septième incarnation de Sunny avait invoqué l’ombre du Dévoreur d'Âmes derrière Azarax. Puis il avait fermé les yeux et s’était enfoncé dans sa Mer de l’Âme, gravissant les marches de la réplique du Temple Sans Nom pour entrer dans son grand hall.
Se servant de la réplique pour se relier à sa Citadelle, Sunny l’avait ensuite inondée de son essence et l’avait invoquée à ses côtés, l’amenant au cœur de l’Enfer d’Ariel depuis les ténèbres éternelles du Rivage Oublié.
Cette incarnation se trouvait à présent dans le Temple Sans Nom, se précipitant vers sa partie souterraine, où deux objets reposaient au sein de vastes cercles runiques, chacun émanant une aura glaciale et malveillante.
Sa cible était l’un de ces objets.
Azarax finit par se ruer en avant...
Mais il n’atteignit jamais Sunny.
Au lieu de cela, ce fut comme s’il avait heurté un mur invisible. La terrible grande hache se figea dans les airs, et le tyran antique chancela. Il leva les yeux, une pointe de prudence se frayant un chemin jusqu’à ses yeux vides... puis sa silhouette gigantesque s’éleva dans les airs, comme si quelque chose d’énorme l’avait saisi et soulevé.
C’était le Gardien invisible du Temple Sans Nom — le dernier de son espèce, et le seul qui subsistait. Sunny ignorait encore tout de la nature de cet être, y compris les véritables limites de sa puissance. Ce qu’il savait, en revanche, c’était qu’il existait depuis l’aube des temps et qu’il avait jadis servi les dieux eux-mêmes.
Lors du Premier Cauchemar de Sunny, le Gardien lui avait permis d’entrer dans le Temple Sans Nom à cause de la [Marque de la Divinité] gravée dans son âme — car il avait reconnu en lui l’odeur familière des dieux.
C’était pour la même raison qu’il avait laissé entrer le Roi des Montagnes, lui aussi... parce que l’âme du roi sacré, corrompue par le Ver du Doute il y a des milliers d’années — la chrysalide du Marionnettiste — avait, elle aussi, été imprégnée autrefois de la Flamme de la Divinité.
Azarax, cependant, n’avait rien à voir avec les dieux, malgré le fait qu’il soit un être Suprême d’une puissance immense. Au contraire, il avait activement antagonisé les dieux et tout ce qui était d’eux, se jugeant plus digne de siéger sur le trône de la Divinité qu’eux.
Le Gardien invisible était désormais au service de Sunny, de toute façon. Ainsi, si Sunny voulait qu’il retarde Azarax, il le ferait sans faillir.
La silhouette d’Azarax montait toujours plus haut, s’étant depuis longtemps élevée au-dessus du toit du Temple Sans Nom. Son armure de verre indestructible se fissurait et s’effritait, des éclats acérés pleuvant comme des étoiles filantes.
Au plus profond du casque transparent, une fine fracture apparut sur son crâne noir.
Puis quelque chose scintilla dans les orbites vides du tyran antique, et il brandit soudain sa hache effroyable.
Une rafale de vent cyclonique souffla, et la tempête de sable s’ouvrit, révélant la bataille macabre entre Nephis et l’immense essaim de Papillons du Cauchemar, très haut au-dessus d’eux.
...Le ciel brûlait, changé en un enfer aveuglant de flammes blanches.
Soudain libéré, Azarax tomba au sol et s’agenouilla sur un genou, s’appuyant sur sa grande hache.
Toujours immobile, Sunny pinça les lèvres.
"Tu refuses vraiment d’abandonner, hein ?"
Azarax le foudroya du regard, son intention meurtrière assez puissante pour éteindre la vie d’adversaires redoutables, et se redressa.
Mais cela n’avait pas grande importance...
Car à cet instant, un autre avatar de Sunny passa entre les piliers du Temple Sans Nom, portant quelque chose dans ses mains.
Il descendit les marches noires, s’arrêta près de Sunny et déposa avec précaution l’objet sur le sable, devant lui.
À présent, il y avait quelque chose entre Sunny et Azarax — quelque chose qui pouvait retarder le Souverain Sans-Mort longtemps, ou peut-être même le détruire complètement.
Quelque chose que Sunny répugnait profondément à utiliser, mais qu’il ne pouvait plus éviter d’employer.
La méthode incertaine qu’il avait imaginée pour se débarrasser d’Azarax.
C’était une vieille maison de poupées, construite avec une minutie complexe.
La maison de poupées qu’il avait prise au Palais de Jade et scellée dans la salle souterraine du Temple Sans Nom, la jugeant trop dangereuse pour être laissée dans une cité aussi peuplée que Ravenheart — ou dans n’importe quelle cité où vivaient des humains ordinaires, d’ailleurs.
Sunny soupira.
"Regarde ce que tu m’as forcé à faire."
Il réfléchissait depuis longtemps à une manière de traiter le cas d’Azarax. Hélas, le tyran antique était à la fois immensément puissant et immortel, si bien qu’il n’existait pas beaucoup de ruses capables d’aider Sunny à s’en débarrasser.
Au départ, il avait espéré lâcher l’Archonte Errant sur Azarax. Après tout, qui serait plus apte à affronter le Souverain Sans-Mort qu’un Esprit Sans-Mort ?
Cependant, la raison la plus probable pour laquelle Sunny aurait eu à se débarrasser d’Azarax était la malédiction du Dieu de l'Ombre — si le tyran antique se perdait dans cette malédiction, devenant pleinement l’un des Sans-Morts, il cesserait d’être un allié et se transformerait en une menace terrible.
Mais cela signifierait aussi que l’Archonte et Azarax seraient unis dans leur impulsion de détruire les envahisseurs de l’Enfer d’Ariel. Si Sunny invoquait l’Esprit Sans-Mort, ils l’attaqueraient ensemble au lieu de se retourner l’un contre l’autre.
Ce qui constituerait un résultat loin d’être optimal.
Alors... c’était l’option suivante.
Ou plutôt, la pire option suivante.
Alors qu’Azarax se jetait sur lui depuis une certaine distance, Sunny esquissa un sourire sinistre.
"Je te dirais bien d’aller en enfer, mais... tu vois. On y est déjà. Alors va te faire foutre, salaud. Rencontre le Tyran Cendré originel !"
Sur ces mots, il leva Serpent, y versa toute sa Volonté dans la lame et l’abattit sur la Maison de Poupées, la tranchant en deux.
Soudain, ses cheveux se hérissèrent, et un froid glacial remonta le long de sa colonne vertébrale.
Le Tyran Maudit était libéré pour combattre un tyran maudit…
C’était assez ironique, en vérité.
Refusant de rester pour voir ce qui allait suivre, Sunny fit quelque chose qu’il n’avait jamais tenté auparavant — il sollicita son âme et y tira le Temple Sans Nom, remplaçant la réplique de l’antique Citadelle qui se dressait dans sa Mer de l’Âme par la véritable.
Puis il entra dans les ombres et s’enfuit sans jamais se retourner.
La dernière chose qu’il entendit avant de disparaître de l’immense étendue de dunes blanches fut un son étrange et glaçant qui fit trembler chaque os de son corps et hurler chaque fibre de son être.
Quelque chose lui disait que ne pas se retourner était une décision très sage et très prudente.
Amuse-toi bien, Azarax.
L'instant d'après, Sunny émergea des ombres pour rejoindre le pont du Briseur de Chaînes.