Chapitre 2 907
Chapitre 2907 – Enfer d'Ariel
Traducteur/Checker : Gray
Alors que la grande armée du Domaine de la Faim avançait pour attaquer l'Île d'Ébène, dans un endroit lointain, les ténèbres furent déchirées par des éclairs aveuglants d'une lumière crue. Les ombres s’agitaient de façon erratique en dansant sur les parois de sable d’un tunnel colossal. Le chaos était saturé d’une chaleur insupportable, et d’innombrables silhouettes s’entremêlaient dans une bataille atroce.
Le grondement froissé du sable en mouvement et le fracas assourdissant de la mêlée furieuse étaient comme une force dévastatrice, de plus en plus violente à mesure qu’ils résonnaient et se propageaient dans le tunnel.
Sunny n’en entendait presque rien, pourtant, car tout ce qu’il entendait, c’était l’Appel du Cauchemar.
"Aaah..."
Chancelant, il s’adossa à la paroi de sable du tunnel.
Je ne peux pas... je n'y arrive pas...
L’attraction de l’Appel était à rendre fou.
Il était vaste comme le ciel et profond comme un océan, presque impossible à repousser, assaillant son esprit tel un rugissement virulent. C’était accablant, impérieux, insupportable.
Sunny ne s’entendait plus penser. À vrai dire, il pensait à peine — dans son esprit, il n’y avait que le besoin rugissant de répondre à l’Appel, une nécessité profonde et irréfutable d’être enlacé par le Cauchemar...
Une main squelettique jaillit de la paroi de sable du tunnel, griffant sa gorge. Grognant, Sunny la saisit au vol et arracha le guerrier Sans-Mort hors du sable, lui écrasant le crâne d’un poing blindé.
Bien sûr, cela ne ralentit pas d’un iota ce salaud de mort-vivant. Pris d’une frénésie démente, Sunny arracha les bras du squelette de leurs articulations, le jeta au sol et écrasa le guerrier Sans-Mort jusqu’à le réduire en un tas de fragments d’os.
Au même moment, il fit surgir d’immenses piliers de l’ombre, les utilisant comme des poutres de soutien pour empêcher la paroi du tunnel de s’effondrer.
Au diable tout ça !
Sunny regarda autour de lui, tentant d’évaluer la situation à travers la brume délirante qui voilait son esprit.
Les restes de la Légion de l'Ombre et l’armée morte-vivante d’Azarax étaient assiégés de toutes parts tandis qu’ils progressaient dans le tunnel colossal. Le tunnel lui-même se trouvait profondément sous terre, creusé par Abondance — le ver divin se trouvait à présent à une certaine distance devant eux, se frayant un chemin dans le sable pendant qu’ils suivaient derrière.
Abondance créait le tunnel, et Sunny l’effondrait une fois que leur force d’expédition, de plus en plus réduite, avait dépassé une section. Ainsi, la horde infinie de Sans-Morts qui les poursuivait ne pouvait attaquer les envahisseurs qu’après s’être frayé un passage à travers le sable compacté.
L’avantage de cette stratégie était que seul un nombre limité d’horreurs mortes-vivantes pouvait les attaquer en même temps. Son écueil, en revanche, était que les Sans-Morts attaquaient de toutes les directions — à gauche, à droite, au-dessus, au-dessous...
Abondance était en partie détruit, ce qui signifiait qu’ils ne pourraient plus se cacher très longtemps sous terre face à la horde de Sans-Morts.
Nous devons retourner à la surface.
Tourmenté par l’Appel, Sunny leva les yeux. Son regard était à la fois plein d’espoir et d’appréhension.
Il espérait qu’ils s’étaient terriblement rapprochés du Tombeau d'Ariel, à présent — peut-être même assez pour y entrer et échapper à la bataille sans fin contre les Sans-Morts. Il était saisi de peur pour la même raison, puisque se rapprocher davantage de la grande pyramide signifiait que l’Appel deviendrait encore plus insupportable.
"Sunny ! Nous... devons... remonter !"
La voix de Neph perça la cacophonie tonitruante de la bataille, lointaine et tendue.
Il recula d’un pas, évitant une forêt de mains squelettiques qui jaillirent du sable pour agripper ses jambes, et gémit.
Remonter, remonter...
Leur armée était dans un état désespéré.
Des semaines s’étaient déjà écoulées depuis la bataille contre l’Archonte Errant. Cette horreur n’était pas le seul Esprit Sans-Mort qu’ils avaient affronté — il y en avait eu d’autres aussi. Certains avaient été humains autrefois, d’autres avaient été des Bêtes Sacrées. Tous étaient presque impossibles à vaincre, si bien que Sunny et Nephis avaient dû inventer des moyens de leur échapper à la place.
Ils s’étaient rapprochés, toujours plus, du Tombeau d'Ariel, survivant souvent de justesse ou par miracle — et non sans en payer le prix.
À présent, la Légion de l'Ombre avait pratiquement été anéantie. La plupart des mânes de Sunny avaient été vaincus et se réparaient lentement dans son âme — seuls subsistaient les plus puissants, ainsi qu’une poignée de ceux qu’il n’avait jamais jugé utile d’invoquer.
Sainte avait subi tant de dégâts que son armure ténébreuse n’arrivait plus à se réparer à temps. Ainsi, c’était la première fois que Sunny la voyait combattre sans la redoutable carapace d’onyx, sa peau de jade brillant comme une pierre précieuse sous la lumière aveuglante du soleil.
Tueuse avait pris la forme d’une énorme lionne noire, couverte de plaies répugnantes et entourée d’un manteau de fumée grise. Elle se tenait en tête de la formation de combat, ravageant les Sans-Morts comme une bête enragée faite de ténèbres froides et malveillantes.
Serpent était enroulé autour du corps de Sunny sous la forme d’un tatouage complexe, l’augmentant tout en restant à l’abri de la possibilité d’être détruit.
Nephis, pendant ce temps, approchait de l’épuisement de son essence. Elle ne possédait plus que trois noyaux d’âme, ayant réduit les quatre autres en cendres afin de les mener jusqu’ici.
Azarax...
L’antique tyran avait de plus en plus perdu la mémoire de lui-même sur le chemin menant au Tombeau d'Ariel, perdant peu à peu la capacité de parler et de raisonner avec les autres, mais il avait émergé de cette macabre marche funeste relativement indemne. Au contraire, sa puissance était à présent bien plus grande qu’au début de leur voyage.
Des milliers de guerriers morts-vivants le suivaient désormais, certains assez puissants pour donner à réfléchir même à Sunny et Nephis. En réalité, l’armée de Sans-Morts, lentement grandissante, était la principale raison pour laquelle ils avaient pu atteindre la région la plus intérieure de l’Enfer d’Ariel, servant d’armure mouvante aux restes de la Légion de l'Ombre.
Non... il restait trop peu de mânes pour appeler cela une formation défensive. En vérité, l’armée des Sans-Morts était désormais la principale et l’unique force combattante de leur audacieuse expédition — sans compter Nephis et Sunny eux-mêmes... sans oublier ses Ombres, bien sûr.
Remonter.
Oui, ils n’avaient pas d’autre choix que de remonter. Cette stratégie de progression souterraine les avait bien servis un temps, mais à présent, l’écart de nombre entre les envahisseurs et les Sans-Morts était bien trop grand. Ce tunnel allait donc bientôt devenir un piège mortel, au lieu de les protéger.
"D’accord..."
Sunny donna à Abondance l’ordre de se diriger vers la surface.
Très vite, les dunes de l’Enfer d’Ariel se mirent à bouger comme une mer enflée et s’effondrèrent, révélant une gueule titanesque surgie de sous l’étendue sans fin de sable blanc. Un ver colossal, à la peau noire comme le ciel nocturne au-dessus de lui, rampa jusqu’à la surface du désert et s’y affaissa lourdement, une tempête de fumée grise entourant son énorme masse.
Sa peau anthracite était entaillée et déchirée en d’innombrables endroits, des horribles plaies maculant l’immense étendue de ce qui restait du corps du ver divin — du moins, de la portion visible au-dessus des sables.
Ces blessures étaient si graves que l’ombre Sacrée ne semblait plus capable de maintenir son intégrité, s’affaissant lentement en une marée de ténèbres. Quelques instants à peine après avoir percé la surface de l’Enfer, la forme d’Abondance s’effrita, se dissolvant dans le néant.
Et quelques instants plus tard, un torrent furieux de flamme blanche jaillit vers le ciel depuis l’énorme abîme laissé dans son sillage, incinérant les Sans-Morts qui se ruaient vers l’entrée du tunnel sans fin.
Les guerriers d’Azarax suivirent, avançant à travers l’étendue incandescente de sable en fusion qui se changeait déjà en verre d’obsidienne. Ils repoussèrent les Sans-Morts, créant une étroite tête de pont pour permettre aux vestiges de la Légion de l'Ombre de s’échapper du tunnel.
C’est alors que Sunny grimpa à la surface et se figea, stupéfait par ce qu’il vit.
L’étendue sans fin du Tombeau d'Ariel se dressait au-dessus de lui, occultant la moitié du monde — si proche qu’il lui semblait presque pouvoir tendre la main et le toucher.
"On... on a réussi."
À peine eut-il prononcé ces mots que l’Appel du Cauchemar s’abattit sur lui comme un raz-de-marée.
Sunny laissa échapper un gémissement, chancelant, fixant la grande pyramide tandis qu’une horreur inexplicable s’emparait de son cœur.
Sombre et ceint de ténèbres, le Tombeau d'Ariel s’élevait d’une mer de sable d’un blanc parfait comme une montagne gigantesque. Ses pentes étaient comme de vastes plaines, et son pic acéré comme une lance qui perçait les cieux. Découpée sur le fond du ciel constellé d’étoiles, la pyramide ressemblait à une faille noire dans la trame du monde.
Son édifice était bâti de millions de blocs de pierre colossaux. Chaque bloc était plus sombre que les ténèbres elles-mêmes et parfaitement aligné, sans laisser le moindre interstice.
Et chacun d’eux était une Graine de Cauchemar.
Il y en avait des millions, certaines déjà en floraison, d’autres attendant encore leur tour d’éclore. À la base de la pyramide, les Cauchemars étaient superficiels et faibles. Plus haut, ils étaient traumatisants et insondables. Et plus haut encore...
La pente de la pyramide colossale était brisée et couverte de fissures, de nombreux blocs étant soit réduits en poussière sinistre, soit manquants. Quatre vastes cicatrices souillaient sa surface immaculée, comme si une bête impure avait lacéré la pierre éternelle de ses griffes titanesques.
Et plus haut encore...
Soudain, quelque chose de frais recouvrit ses yeux. C'était la main de Neph qui s'était glissée par derrière pour l'empêcher de voir.
"S-Sunny... Sunny..."
Son murmure était rauque et plein de peur.
"Ne regarde pas. Ne regarde pas, Sunny. Tu ne dois pas."
Il demeura immobile quelques instants, tentant de rassembler ses pensées qui s’effondraient.
Nephis... Nephis avait peur ? Qu’est-ce qui pouvait...
Il se raidit.
"Pourquoi ? Qu’y a-t-il ?"
Elle resta silencieuse longtemps.
Lorsqu’elle parla enfin, sa voix basse tremblait :
"La fatalité."