Chapitre 2 888
Chapitre 2888 – Le Revers de la Médaille
Traducteur/Checker : Gray
Les Sans-Morts s’extirpaient déjà de dessous les dunes, prêts à fondre sur ceux qui avaient envahi l’Enfer d’Ariel avec une fureur sans fin. Sunny et Azarax prirent place en tête de la formation de combat, tandis que Nephis demeura à l’arrière, se tenant parmi les mânes telle une flamme d’un blanc pur dans cette mer de ténèbres.
Juste avant que la bataille ne commence, Sunny jeta un regard vers la silhouette lointaine — mais moins lointaine qu’auparavant — du Tombeau d'Ariel.
À cet instant, il crut entendre quelque chose...
Un écho de chuchotement lointain, indiscernable, qui se glissa dans ses oreilles et disparut, comme s’il s’était enfoncé dans son cerveau.
Il chancela légèrement.
Azarax lui lança un regard de mépris.
"Quoi, Ombre ? Tu as peur ?"
Sunny demeura immobile un moment, puis secoua la tête — l’incarnation la plus proche d’Azarax le fit, du moins.
"Non. J’ai juste... J’ai cru entendre quelque chose. Tu ne l’as pas entendu aussi ?"
Le crâne noir de l’antique tyran se contenta de le fixer de ses orbites vides, puis se détourna en grondant.
"Reprends-toi."
Sunny sourit, sombrement.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
Bien sûr, il savait ce que c’était, même en posant la question.
C’était l’Appel du Cauchemar.
La grande pyramide était bâtie de nombreux blocs énormes de pierre noire, et chacun de ces blocs était une Graine du Cauchemar — tout comme celle qui avait été arrachée et projetée par quelque coup titanesque des éons plus tôt, pour échouer très loin dans le désert. Le bloc de pierre que Sunny et sa cohorte avaient utilisé pour entrer dans le Cauchemar, concernant les derniers jours du Peuple du Fleuve.
Toutes les Graines émanaient l’Appel, et tous les Éveillés étaient sensibles à l’Appel. En vérité, plus on était puissant, plus l’Appel du Cauchemar devenait démentiel, vous attirant pour vous pousser à défier la Graine...
En fait, Sunny n’avait jamais su si l’Appel du Cauchemar était simplement quelque chose d’inné aux Graines, ou s’il s’agissait d’une fonction du Sortilège destinée à pousser les Éveillés à devenir plus forts.
À présent qu’il n’était plus porteur du Sortilège mais souffrait encore de la mélodie affolante de l’Appel, toutefois, il savait que c’était la première hypothèse.
Ce qui constituait une question philosophique intéressante, si l’on avait du temps libre. Pourquoi tous les Éveillés étaient-ils attirés par les Graines du Cauchemar ? Après tout, seuls les porteurs du Sortilège du Cauchemar pouvaient les détruire en affrontant les Cauchemars. Pour tous les autres, toucher une Graine signifiait simplement se livrer à la Corruption.
Peut-être était-ce pour cela que les Graines émanaient l’Appel — peut-être étaient-elles faites pour attirer les êtres vivants afin qu’ils soient pervertis par la Corruption... comme d’immenses dionées émettant un parfum sucré.
Ou peut-être était-ce l’envers de ce que le Marionnettiste avait autrefois dit à Sunny. Selon le papillon de nuit géant, toutes les Créatures du Cauchemar étaient attirées par la Flamme à cause d’une contradiction démente en elles. Elles désiraient la Flamme et voulaient soit la posséder, soit la détruire, parce qu’alors seulement elles connaîtraient la paix.
Peut-être les Éveillés étaient-ils attirés par le Vide pour la même raison, eux aussi.
Et l’Appel qu’ils entendaient n’était que l’expression de ce désir inné, primordial.
Voilà la question philosophique... Sunny, cependant, n’avait pas le luxe d’avoir du temps libre pour s’y attarder. À la place, il dut considérer une affaire bien plus pratique.
Avec tant de Graines du Cauchemar constituant le Tombeau d'Ariel — des millions, très probablement — à quel point l’Appel du Cauchemar deviendrait-il assourdissant au moment où Sunny et Nephis l’atteindraient ?
Seraient-ils seulement capables d’y résister sans sombrer dans la folie ?
Je suppose qu’on avisera quand on y sera.
Sunny secoua la tête, comme s’il tentait de chasser le chuchotement hors de son oreille.
"J’ai sept têtes, et elles sont toutes concentrées. Occupe-toi de ta propre tête, fossile."
Azarax éclata de rire.
"Je n’ai jamais décapité quelqu’un sept fois. J’ai de quoi me réjouir, maintenant... merci, Ombre."
Devant eux, la horde infinie de Sans-Morts avançait déjà, prête à se jeter sur l’armée envahissante comme un déluge. Sunny expira lentement et envoya ses sept avatars en avant.
Un pas après l’autre...
La bataille le submergea, noyant toutes les pensées inutiles.
Azarax avait eu raison — cette nuit, la force oppressive des Sans-Morts paraissait bien plus pesante.
Sunny et Nephis combattaient déjà dans le Désert du Cauchemar depuis des semaines. Pas une seule nuit n’avait été facile, et leur fatigue s’était accumulée — leurs ennemis, au contraire, ne cessaient de devenir plus forts, encore et encore, à mesure qu’ils s’enfonçaient dans l’Enfer d’Ariel.
Les Sans-Morts étaient, naturellement, un adversaire terrifiant... après tout, tout était dans leur nom. Affronter des créatures qu’on ne pouvait pas tuer était quelque chose que seul un fou entreprendrait, et pourtant Sunny et Nephis faisaient exactement cela, nuit après nuit.
Les guerriers morts-vivants ne pouvaient pas être détruits, mais on pouvait les rendre inoffensifs. Pour y parvenir, il fallait les démanteler os après os — et même ainsi, les os noirs avaient tendance à se réassembler au bout d’un certain temps. Il fallait donc broyer les os en poussière, même si chacun de ces os était aussi dur et résistant qu’une arme d’acier d’un Rang élevé l’aurait été.
À cela s’ajoutaient l’habileté glaçante et la ruse des guerriers Sans-Morts, ainsi que leur étrange capacité à coopérer entre eux et leur compréhension instinctive des tactiques militaires.
La chose la plus mortelle chez les Sans-Morts, toutefois, était leur Volonté.
Pour la plupart des gens, les prisonniers morts-vivants de l’Enfer d’Ariel et les mânes de Sunny paraîtraient assez semblables. Mais en réalité, ils étaient l’opposé l’un de l’autre — les mânes étaient des ombres débarrassées de leurs enveloppes mortelles et de leur conscience de soi, tandis que les Sans-Morts étaient des vaisseaux mortels à qui l’on avait refusé leurs ombres, et donc leurs morts.
De ce fait, ils étaient tout aussi dépourvus de personnalité, mais, en même temps, bien plus conscients d’eux-mêmes, et donc détenteurs d’une Volonté silencieuse, mais puissante.
Plus encore, leur Volonté était vaste comme un océan.
Sunny avait déjà rencontré ce phénomène en combattant la Tribu des Mille-Pattes Noirs. À l’époque, aucun des mille-pattes n’avait possédé une Volonté assez puissante pour le menacer — pas même les Reines, puisqu’il les surpassait.
Cependant, il y avait tout simplement trop de Créatures du Cauchemar dans le grand essaim de leur tribu macabre. Leurs faibles Volontés fusionnaient, formant une force vaste et alarmante, capable d’écraser et d’emporter n’importe quoi, à plus forte raison un ennemi solitaire.
Sunny avait résisté à l’immensité harassante de la Volonté collective des Mille-Pattes Noirs — l’esprit de leur espèce — parce qu’il était un Titan Suprême, et parce qu’il était rusé et prudent, l’érodant peu à peu avant de forcer, enfin, une bataille décisive.
Cependant, les Sans-Morts étaient bien plus puissants que ne l’avaient été les Mille-Pattes Noirs, et, par-dessus tout, il était pressé par le temps. Ainsi, même avec trois Souverains — Sunny, Nephis et Azarax — combattant côte à côte et soutenus par trois Ombres Suprêmes, mener une guerre contre les Sans-Morts était une entreprise intimidante.
Ils étaient parvenus si loin dans le désert grâce à leur force, leur détermination et leur habileté... mais plus que tout, grâce à leur capacité d’adaptation.
Leur capacité à apprendre.