Chapitre 2 873
Chapitre 2873 – Prince Banni
Traducteur/Checker : Gray
Mordret se sentit soulagé, car même s'il s'était profondément trompé, au fond de lui, il avait toujours compris quel genre de monstre était l'Être Onirique, et quel genre d'avenir l'attendait s'il restait aux côtés d'Asterion.
Au lieu de regrets, il finit par se découvrir rempli d'un espoir silencieux, d'attente et d'une excitation timide. Il tenta de réprimer ces sentiments, ne souhaitant pas être blessé une fois de plus... mais, au bout du compte, ils refusèrent de s'éteindre et grandirent lentement jusqu'à conquérir son cœur.
Mordret pensa que, puisque son temps auprès d'Asterion touchait à sa fin, et que l'accord que son père avait conclu avec Asterion était accompli, il pouvait rentrer chez lui... à Valor. Il s'imagina accueilli à bras ouverts, goûtant l'affection de sa véritable famille, et se trouvant enfin dans un lieu où il avait réellement sa place.
Après tout, il était le Prince de la Guerre. Il avait conquis le Premier Cauchemar à l'âge tendre de douze ans et en était ressorti des mâchoires comme maître d'un Aspect Divin. Assurément, son père, le Roi, ne pouvait souhaiter d'héritier plus digne... et, par conséquent, l'avenir était radieux.
La réalité, bien sûr, brisa complètement son optimisme naïf.
Il ne fallut pas longtemps à Mordret pour comprendre qu'il n'était pas le bienvenu dans le Grand Clan Valor. Son père, qui ne l'avait jamais aimé, le traitait désormais avec un mépris ouvert. Les anciens du clan et les membres des familles cadettes se méfiaient de lui et savaient qu'il n'avait pas les faveurs du roi. Les serviteurs du clan le trouvaient inquiétant et préféraient s'en tenir éloignés.
Rapidement, Mordret devint un paria à la cour royale. Il n'était pas le fier héritier du Clan Valor ni le Prince de la Guerre. À vrai dire, il était à peine un prince...
Au mieux, il était le prince de rien.
Rejeté pour la troisième fois au cours de sa courte vie, Mordret comprit enfin qu'il n'appartiendrait jamais à aucun endroit. Ce n'était pas à cause de sa manière d'agir, de se comporter, ni parce qu'il n'avait pas assez essayé ou s'y était pris de travers. C'était simplement dû à sa nature.
Sa nature n'était pas comme celle des autres, et les gens ne méprisaient rien de plus que ceux qui étaient différents.
Ainsi, pour la première fois, Mordret abandonna son désir d'être accepté et reconnu — par son père, par Asterion, ou par quiconque. Rejetant l'idée de s'appuyer sur les autres et ayant emprisonné son septième moi dans le Grand Miroir, il dériva sans but et seul au fil des jours.
Il renvoya le monde à lui-même et devint tout aussi cruel, indifférent et dur. Finalement, il s'imagina qu'il voulait devenir tout aussi fort, lui aussi... assez fort pour se suffire à lui-même et n'avoir jamais à dépendre de personne. Ne devoir quoi que ce soit à personne.
À lui seul.
Hélas, le Clan Valor avait d'autres plans.
Le Roi et les siens se méfiaient déjà de Mordret à cause de sa nature inquiétante et de son potentiel terrifiant. Puisqu'ils peinaient déjà à le contrôler, que feraient-ils s'il allait plus loin sur le Chemin de l'Ascension ? Mordret les faisait déjà se sentir menacés... pour une bonne raison, peut-être... mais au moins, on pouvait s'occuper de lui.
Et s'il devenait trop puissant pour être contenu ?
Alors, ils lui interdirent de défier le Second Cauchemar et retirèrent tout soutien. Seul un fou oserait défier une Graine en solitaire ; ils le jugèrent donc suffisamment sous contrôle et tentèrent plutôt de l'apaiser en guise de diversion.
Cependant, Mordret ne se laisserait pas apaiser.
À la place, il s'envoya en exil volontaire sur les Îles Enchaînées et s'établit dans le Sanctuaire de Noctis. Le clan de la Plume Blanche était un vassal du Clan Valor, mais sa jeune matriarche était distante et connue pour fuir la cour royale ; on lui accorda donc une grande liberté dans son fief.
Là, Mordret s'employa à se préparer à la chose même qu'il lui était interdit de tenter — défier la Graine du Cauchemar.
Ses préparatifs furent finalement révélés, même s'il ne le sut pas sur le moment. Il ne l'apprit que lorsque les Chevaliers de Valor lui tendirent une embuscade et que l'acier froid lui transperça le cœur.
Mordret était censé mourir là, sur-le-champ, le récit glorieux du premier détenteur d'un Aspect Divin s'achevant dans une fin inglorieuse et répugnante...
Mais Mordret ne mourut pas. Car, même si son père avait décidé de le faire tuer, personne ne possédait les moyens de le tuer. Les Chevaliers de Valor essayèrent et échouèrent, les anciens du clan essayèrent et échouèrent... et le Roi des Épées lui-même échoua aussi.
Le corps de Mordret fut détruit. Son âme fut détruite également, mais il refusa de périr.
C'était parce qu'il maniait un Aspect Divin, et que sa nature n'était pas celle des autres. Il n'était pas entièrement humain — ainsi, pour les humains, il était l'autre, celui qu'il fallait craindre.
Les êtres humains possédaient une âme, un corps qui lui servait de vaisseau, un esprit qui lui servait de canal, une force motrice qui animait ces trois éléments, et une ombre qui portait en elle la mort. Cela, et l'étincelle de la Flamme qui était la source de tout, constituait la somme de l'être.
Mordret, cependant, était fait d'un composant de plus. Son âme, son ombre, son esprit... tout cela n'était que des expressions de son reflet. En vérité, il était avant tout un reflet — le reflet d'un humain, mais un reflet néanmoins.
C'était son vrai moi, son reflet, qui entrait dans l'âme d'un être vivant pour la détruire et prenait le contrôle du corps de cet être. Voilà pourquoi les duels d'âmes étaient si périlleux pour Mordret — c'était la seule fois où le noyau véritable de son être entrait dans un plan où n'importe qui pouvait le blesser ou le détruire, et il était donc aussi mortel que tout le monde.
Mais à l'époque, le Clan Valor ne le savait pas encore. Ainsi, même lorsque son père eut détruit son corps et son âme, le reflet demeura.
Même le Roi des Épées ne possédait pas de lame capable de vaincre les Autres... du moins, pas en ce lointain passé. Il était toutefois fort versé dans la sorcellerie runique, si bien qu'il parvint à bâtir une prison pour son fils, qu'il n'avait pas réussi à tuer.
C'est ainsi que Mordret se retrouva invité à un séjour prolongé dans le Temple de la Nuit.