Chapitre 2 855
Chapitre 2855 – Vaisseaux des Dieux
Traducteur/Checker : Gray
Sunny garda le silence pendant un moment, songeant à ce qu'Azarax leur avait raconté. C'était assez intéressant, mais pas entièrement utile comme savoir... cela n'allait certainement pas les aider à conquérir le Désert du Cauchemar, du moins pas dans l'immédiat.
Cependant, Sunny se sentit très revigoré en parlant à Azarax. Même si l'ancien tyran n'était pas tout à fait sain d'esprit, il était bien plus bavard et bien moins indigne de confiance qu'Eurys — enfin, il y avait quelqu'un de l'époque révolue avec qui ils pouvaient tenir une véritable conversation.
Nephis considéra le squelette antique avec intensité, puis demanda d'un ton égal :
"Il devait bien y avoir une raison pour que tous ces guerriers s'affrontent dans l'Enfer d'Ariel. Comment cette bataille a-t-elle pu éclater ?"
Azarax leva son crâne vers le ciel et éclata d'un rire gloussant.
"Comment a-t-elle pu éclater ? Comment a-t-elle pu... ah..."
Sa voix se brisa d'une manière étrange, et il se tut un instant.
"Ce n'est pas à toi de le savoir, abomination."
Il tenta de paraître vindicatif, mais Sunny ne manqua pas l'ombre d'une émotion plus profonde, infiniment plus grave, dans la voix désincarnée du squelette.
Cette émotion, c'était la peur.
Azarax ne craignait pas de se souvenir de la bataille dans l'Enfer d'Ariel, où d'innombrables vies avaient été moissonnées par les mâchoires de la guerre. Il semblait plutôt effrayé par le fait qu'il ne pouvait pas s'en souvenir.
Sa rancœur était destinée à dissimuler le fait qu'il n'avait pas de réponse.
Des milliers d'années d'emprisonnement étaient trop, même pour un Suprême. Eurys avait admis sans détour qu'il avait perdu l'esprit bien des fois en restant pendu à l'arbre... Azarax, lui, n'était pas disposé à concéder la moindre trace de faiblesse et, par conséquent, il n'avait d'autre choix que de cacher son état brisé.
"Peu importe pourquoi la bataille a éclaté. Tout ce que vous devez savoir, c'est qu'elle fut glorieuse."
Le squelette rit de nouveau.
"Des dizaines de Suprêmes avaient mené les légions infinies de leurs Domaines jusqu'à l'Enfer d'Ariel pour s'y massacrer les uns les autres. Nous, la fière poignée, n'étions pourtant que subordonnés sur ce champ de bataille grandiose ! Des Esprits et des Bêtes Divines conduisaient les grandes armées, toutes clamant leur désir de se déchirer. Des millions d'Éveillés, des milliers de sages Transcendants, des hordes de Fléaux, des centaines de Titans — tous engagés dans une lutte féroce, faisant trembler jusqu'aux fondations mêmes du monde, faisant hurler les vents de terreur."
Son rictus osseux était le même que toujours, mais, d'une façon ou d'une autre, il sembla s'élargir.
"Rapidement, les sables de l'Enfer furent teints d'un rouge doré, le sang et l'ichor se mêlant comme le vin et l'eau. Des jours passèrent, puis des semaines. Puis, des mois..."
Nephis interrompit sa tirade d'une question acérée :
"Alors pourquoi le Dieu de l'Ombre vous a-t-il tous maudits ?"
Azarax la foudroya du regard, furieux.
"Pourquoi ? Parce que l'Ost Divin était sur le point de connaître la défaite. Ces chiens voulaient assiéger le Monde Souterrain, mais ils n'arrivaient même pas à conquérir l'Enfer — alors, à la fin, l'Ombre dut descendre en Enfer lui-même. Nous l'avons attiré ici avec une hécatombe éblouissante ! Ici, il affronta le Démon du Repos... mais au lieu de se battre jusqu'au bout, le lâche choisit de mettre fin à la bataille et de ramper dans son royaume sans lumière."
Sunny se redressa, soudain attentif.
"Le Dieu de l'Ombre a combattu Rime ici ? Et il a été forcé de battre en retraite ?"
Azarax lâcha un rire plein de mépris.
"Bien sûr ! La Mort n'avait aucun pouvoir sur notre Dame du Repos. La Mort ne pouvait pas éradiquer l'espoir non plus, alors il était aussi impuissant face au Démon du Désir. Le Démon de l'Imagination régnait sur tout ce qu'elle pouvait imaginer, et puisqu'elle pouvait aisément concevoir la mort, la Mort la craignait également. Il n'aurait jamais pu rêver de vaincre l'un des Démons, ce dieu faible et chétif — ce lâche. Il ne pouvait donc que s'enfuir, vaincu."
Sunny jeta à Azarax un regard dubitatif.
Il doutait, d'une manière ou d'une autre, que l'ancien tyran dise la vérité.
Même si le Dieu de l'Ombre avait effectivement combattu le Démon du Repos dans le Désert du Cauchemar, Sunny était certain que l'histoire de leur bataille était très différente de ce qu'Azarax croyait savoir.
Sunny était également certain que le Dieu de l'Ombre avait pu être bien des choses, mais qu'il n'avait certainement été ni faible ni chétif. Après tout, il avait été le dernier à tomber lorsque le Sortilège du Cauchemar avait jailli du cadavre de Weaver pour dévorer les dieux.
"Que veux-tu dire quand tu dis que le Dieu de l'Ombre est descendu en Enfer ?"
Nephis s'était éloignée du bassin d'eau et se tenait à présent devant le squelette crucifié.
"Le Dieu de l'Ombre était le Royaume de l'Ombre, et le Royaume de l'Ombre était le Dieu de l'Ombre. Comment aurait-il pu venir dans l'Enfer d'Ariel, puis se retirer ensuite ?"
Azarax baissa les yeux vers elle, l'obscurité se blottissant dans ses orbites vides.
"Son vaisseau, lui, l'a fait."
L'ancien tyran remua légèrement son crâne.
"Les dieux... les dieux étaient autrefois plus jeunes. Mais au moment où les daemons se sont rebellés contre eux, ils étaient vieux. Ils s'étaient trop prodigués, devenant trop vastes et trop grands pour ressembler à des êtres vivants. Ils ne possédaient presque plus de personnalité, se changeant lentement en forces élémentaires. Ils ne pouvaient donc conserver leur libre arbitre qu'en se limitant aux confins d'un vaisseau mortel — d'un avatar."
Azarax siffla.
"C'est l'avatar du Dieu de l'Ombre qui vint dans l'Enfer d'Ariel, perdit la bataille contre le Démon du Repos et détruisit les deux armées par sa cruelle malédiction. Pour se moquer d'elle !"
Sunny arqua un sourcil.
"Une bataille si terrifiante... la plus grande bataille jamais livrée, peut-être. Je m'attendais à voir apparaître l'avatar du Dieu de la Guerre, plutôt."
L'ancien tyran éclata de rire.
"Celui-là ? Celui-là n'était pas encore prêt pour l'horreur de notre bataille."
Sunny fronça les sourcils.
"Comment ça ?"
Azarax tourna la tête de côté et fixa les blessures dans l'écorce de l'arbre sacré, là où un autre jeu de clous avait autrefois transpercé un autre squelette.
"L'avatar de la Guerre était trop jeune. Le précédent... le Dragon... était le fondateur de l'Empire de la Guerre. Mais il n'était qu'une imitation bon marché — une imitation de moi."
Sunny et Nephis se regardèrent.
Après être resté silencieux quelques instants, Sunny se gratta le bout du nez.
"Quoi ? Ça n'a pas vraiment... de sens. Premièrement, l'Empire de la Guerre n'existait-il pas depuis mille ans ? Ne serais-tu pas, toi, une imitation de son fondateur, plutôt ?"
Il secoua la tête.
"En fait, je voulais te demander quelque chose. Tu te qualifies de grand conquérant, mais la conquête et la guerre étaient le pain et le beurre de l'Empire de la Guerre. N'étais-tu pas, toi-même, un champion du Dieu de la Guerre ?"
Azarax se contenta de rire.
On percevait pourtant une pointe d'amertume dans sa voix.
"Un champion du Dieu de la Guerre ? Non... pourquoi me serais-je incliné devant un dieu ? Moi, Azarax le Conquérant, je ne me suis jamais incliné devant qui que ce soit — ni devant quoi que ce soit. D'innombrables royaumes se sont inclinés devant moi, au contraire."
Il marqua une pause, puis ajouta d'une voix courroucée :
"Mais, au bout du compte, mon empire fut détruit par un champion du Dieu de la Guerre. L'Empire de la Guerre fut bâti sur ses ruines — et à son image — et gouverné par un avatar de la Guerre, prospérant pendant mille ans."
Ses orbites vides scintillèrent d'une lueur mauvaise.
"Jusqu'à ce qu'Eurys, cette ordure rusée, tuât l'avatar du Dieu de la Guerre et scellât le destin de l'Empire. Voilà pourquoi, lorsque la Guerre du Chaos commença, on ne vit nulle part un avatar du Dieu de la Guerre."