Chapitre 2 830
Chapitre 2830 – Au-delà des Collines et Loin d'Ici
Traducteur/Checker : Gray
Peu de temps auparavant, Effie avait pris un bon petit déjeuner avec sa famille. Petit Ling se vantait de ses études, tandis que son mari l'écoutait en silence, pouffant de rire de temps à autre.
"Oh ? Tu as entendu ça, chérie ? Notre fils s'intéresse à l'histoire, maintenant. Tu n'avais pas dit que toi aussi, tu aimais l'histoire quand tu étais petite ?"
Ling la fixa, songeur.
"Hein ? Maman a été petite, un jour ?"
Effie ricana.
"Oui, enfin. Je ne pouvais pas vraiment aller où que ce soit quand j'étais enfant, alors j'ai lu tout ce qui me tombait sous la main. J'aimais aussi l'histoire."
Son mari lui prit la main.
"Tu entends ça, petit vaurien ? Non seulement ta mère a été petite, un jour, mais en plus, c'était une dévoreuse de livres..."
Bientôt, le petit déjeuner prit fin, et sa chaleureuse atmosphère se dissipa. Effie accompagna son mari jusqu'aux portes de leur domaine et l'embrassa pour lui dire au revoir. Il avait des affaires à régler en ville aujourd'hui, tandis qu'elle était censée partir pour le Château après avoir confié Petit Ling à son professeur.
Cependant, au lieu de se hâter de rentrer, Effie demeura immobile un moment, à regarder la rue.
Puis elle soupira et se détourna.
En entrant dans leur maison, elle appela Ling et l'assit en face d'elle.
"Hé, dumpling. Tu étais impatient pour tes leçons aujourd'hui ?"
Il hésita quelques secondes, puis demanda au lieu de répondre :
"Qu'est-ce qui ne va pas, maman ?"
Son sourire vacilla un instant.
"Ce qui ne va pas ? Tout va bien. C'est juste que je voudrais que tu fasses quelque chose pour moi."
Petit Ling hocha la tête.
"Bien sûr ! Qu'est-ce que c'est ?"
Effie sortit le Médaillon de la Bête Noire, qui pendait à son cou.
"Tu vois... Tonton Sunny est absent en ce moment. Alors, Tante Aiko est toute seule dans un immense château. Je me disais que peut-être tu pourrais aller lui tenir compagnie... qu'est-ce que tu en penses ?"
Les yeux de Petit Ling s'embrasèrent d'enthousiasme.
"Vraiment ? Je peux vraiment y aller ? Vraiment ?!"
Effie hocha la tête en souriant, puis lui tapota la tête.
"Bien sûr. Oh, et ce château ? Il fait un peu peur, mais en fait... le château est vivant. Il peut même marcher."
Les yeux du garçon s'arrondirent.
"Attends. Tonton Sunny avait un château aussi génial depuis tout ce temps, et il ne m'a jamais invité une seule fois ?"
Effie pouffa.
"Eh bien, tu peux aller voir maintenant."
Petit Ling leva les poings en l'air.
"Oui ! J'ai hâte de le dire à papa !"
Une ombre subtile traversa le visage d'Effie.
"Tu ne peux pas le dire à papa, pas encore. Une fois que Tonton Sunny sera revenu, je viendrai te chercher. Tu pourras alors nous faire ton rapport — comme un explorateur. D'accord ?"
Petit Ling sembla soudain incertain.
"Euh... quoi, on part tout de suite ? Et papa ? Et mes leçons ?"
Au lieu de répondre, Effie posa sa main sur son épaule. Le médaillon qui pendait à son cou scintilla et s'effondra en une pluie d'étincelles, qui s'écoula ensuite comme un torrent dans la poitrine de Petit Ling.
"C'est un peu sombre là où se trouve le château, alors si tu veux aller quelque part de lumineux, saute simplement dans la Ferme des Bêtes. D'accord ? En fait, pourquoi ne pas y aller tout de suite ? Va te promener, puis fais un petit somme. Quand tu ressortiras, tu seras déjà avec Tante Aiko."
Petit Ling sembla figé sur place.
"Maman ! Tu m'as donné une Mémoire ! C'est ton médaillon, maman !"
Effie lui tapota la tête.
"Prends-en bien soin pour moi, d'accord ?"
Quelque temps plus tard, Ling était à l'abri, dissimulé dans le Médaillon de la Bête Noire. Le ramassant sur le sol, Effie soupira, puis ferma les yeux.
La frontière des royaumes se fendit devant elle, et elle apparut dans le monde réel.
Son absence serait bientôt remarquée... en fait, elle était prête à parier que l'Être Onirique surveillait chacun de ses mouvements. Elle ne pouvait donc pas être vue en train de livrer le Médaillon de la Bête Noire à destination.
À la place, elle jeta un coup d'œil à son ombre et dit doucement :
"Montre-toi."
Un instant plus tard, deux flammes cramoisies s'allumèrent dans l'obscurité, et un énorme destrier noir s'en éleva, la regardant avec une intensité glaciale.
S'approchant de l'étalon ténébreux, Effie dénoua la corde du Médaillon de la Bête Noire, puis la noua soigneusement autour de son cou.
"Amène-le au Rivage Oublié... à Aiko. Assure-toi que personne ne te voie."
Le destrier noir renâcla en signe de protestation.
"Je sais qu'on t'a ordonné de protéger Bastion, Petit Ling et moi. Mais je te dis de faire ça à la place. Sunny aurait été d'accord s'il avait été là, alors va."
L'étalon la fixa quelques secondes, puis pressa brièvement son museau contre son épaule et se dissout dans les ombres.
Livrée à elle-même, Effie poussa un profond soupir, puis attrapa son attache.
Cauchemar protégeait Petit Ling... alors, c'était à elle de protéger Bastion et elle-même.
J'espère seulement... que je me trompe.
Mais très vite, elle apprit qu'elle ne s'était pas trompée.
• • •
"Tante Jet ! On s'en va !"
Jet leva les yeux vers les remparts du Château Sombre. Là, un garçon lui faisait signe, avec une pointe de tristesse sur le visage. Une pointe seulement, toutefois — pour l'essentiel, il avait l'air ravi.
Le petit vaurien avait eu le cœur brisé lorsqu'il avait appris qu'elle ne viendrait pas avec eux, mais à présent, il avait l'air plutôt heureux.
Elle lui rendit son salut, se demandant quand elle le reverrait.
Si elle le reverrait un jour.
Cela faisait déjà quelques jours qu'elle était arrivée au Rivage Oublié, et maintenant, il était temps de faire ses adieux. Petit Ling partait pour une aventure excitante...
Jet, quant à elle, allait essayer de ne pas succomber à son Défaut.
Il y eut un froissement d'ailes, et Revel atterrit à côté d'elle, arborant son habituelle expression froide. Jet regarda l'ancienne princesse Song, notant le Médaillon de la Bête Noire qui pendait à son cou.
"Regarde-moi ça, Tueuse de Lumière. Voler les jouets des enfants."
Revel baissa les yeux vers elle et sourit sombrement.
"Ne t'inquiète pas, Faucheuse. Je vais le rendre sous peu."
Jet s'attarda quelques secondes, puis demanda :
"Alors, comment ça s'est passé ?"
Revel haussa les épaules avec nonchalance et leva son bras, où les anneaux d'un tatouage de serpent étaient clairement visibles.
"J'ai encore toute ma tête, si c'est ce que tu demandes. Les prisonniers ont été remis aux autorités, aussi."
Elle soupira.
"Ma carrière de gardienne de prison n'a pas duré longtemps. Merci aux dieux morts."
À présent que le Rivage Oublié était devenu un refuge pour les membres du Clan de l'Ombre, garder ici des milliers de serviteurs d'Asterion ne semblait pas une bonne idée. La raison même pour laquelle ils avaient été capturés — tenter de ralentir la propagation du fléau — n'avait plus de sens, elle aussi.
Ainsi, Revel les avait transportés dans le monde réel dans le Médaillon de la Bête Noire et les avait relâchés. Leur brève, mais mémorable captivité était terminée, tout aussi inexplicablement qu'elle avait commencé.
Pourtant, les serviteurs avaient vu les murs de la Cité Noire, ce qui signifiait qu'Asterion savait que les forces du Clan de l'Ombre étaient présentes ici. Pour être en sécurité, Revel avait décidé de déplacer le Château Sombre ailleurs.
Jet arqua un sourcil.
"Alors, où tu vas ?"
Revel haussa les épaules.
"Le Rivage Oublié est vaste. Je pense que la Mimique va devoir être un château errant pendant un moment. Et toi, Faucheuse ? Où tu vas ?"
Elle s'interrompit une seconde, puis demanda :
"Tu es sûre que tu ne veux pas rester ?"
Jet sourit faiblement.
"Ça n'a rien à voir avec ce que je veux. Très bientôt, je vais devoir tuer quelque chose... et il n'y a rien à tuer sur le Rivage Oublié."
Elle jeta un coup d'œil vers l'ouest.
"Alors, j'ai pensé aller vers l'ouest, dans les étendues gelées. Qui sait ? Je pourrais même revenir vivante."
Jet regarda Revel et esquissa un rictus.
"Enfin... peut-être pas tout à fait... ah, attends. Tu ne sais pas."
Il n'y avait personne ici avec qui elle pouvait plaisanter à propos d'être morte.
Soudain, le Seigneur des Ombres lui manquant, Jet tapa Revel sur le flanc et désigna le Château Sombre.
"Bonne route, Tueuse de Lumière. Vas-y, le petit fripon a hâte de chevaucher un château vivant."
Revel l'étudia une seconde avant de hocher la tête.
"J'ai l'impression qu'on ne se verra pas pendant un moment. Ne deviens pas complètement sauvage, là-bas, Faucheuse... prends soin de toi."
Sur ces mots, elle s'élança dans les airs et vola vers les murs du Château Sombre.
Bientôt, d'énormes pattes s'étendirent sous la forteresse menaçante, et elle commença à descendre la pente de la colline escarpée. Il n'y avait pas de papillon géant posé au sommet de sa tour principale, mais Jet ne put s'empêcher de se souvenir de l'assaut vertigineux contre la Cité Éternelle.
Comment diable ce truc va-t-il franchir le mur ?
Elle se retrouva seule dans l'obscurité.
Secouant la tête, Jet se détourna et partit dans la direction opposée.
L'essence d'âme continuait de suinter de son noyau brisé, et, avec elle, la vie quittait lentement son corps.
Jet marcha à travers la Cité Noire, silencieuse et vide. Elle gravit le mur et en sauta, se changeant en un torrent de brume juste avant d'atterrir.
Quelques instants plus tard, elle reprit sa forme humaine et contempla avec mélancolie l'obscurité sans bornes qui s'étendait devant elle.
Quelque part, très loin, les étendues gelées l'attendaient pour l'envelopper de leur étreinte glaciale. Personne ne savait où elles menaient, ni jusqu'où les Montagnes Creuses s'y étendaient. Si elle avait de la chance, elle reviendrait du blizzard sans fin plus forte et plus puissante.
Sinon... elle ne reviendrait pas du tout.
Poussant un soupir, Jet fit le premier pas.
Un torrent d'étincelles éthérées apparut au-dessus de son épaule, se formant lentement en un corbeau noir.
Le corbeau battit des ailes et ouvrit le bec, croassant bruyamment :
"Noir ! Noir !"
Jet hocha la tête.
"Ouais, espèce d'oiseau stupide. Hé, pourquoi tu ne me souhaites pas bonne chance ?"
Crow Crow resta silencieux quelques secondes, puis ouvrit grand les ailes.
"…Chance ! Chance !"