Chapitre 2 541
Chapitre 2541 – Plus Dure est la Chute
Traducteur/Checker : Gray
Le toit de la grande tour était plat, avec un parapet bas qui en faisait le tour. Les pierres étaient glissantes et humides, recouvertes d'eau — le ciel était sombre, couvert de nuages orageux, et une pluie torrentielle s'abattait sur tout avec une fureur primitive. Les vents étaient également violents ici, hurlant et s'efforçant de pousser quiconque serait assez fou pour monter sur la tour vers une chute mortelle.
On aurait vraiment dit que les cieux s'étaient ouverts, déchaînant un déluge apocalyptique.
L'engin volant — un hélicoptère — se trouvait au milieu du toit, et Madoc se tenait devant lui.
Sunny ne savait pas vraiment à quoi devait ressembler un hélicoptère, mais il était presque certain qu'il n'était pas censé être en feu, penché sur le côté et crachant des colonnes de fumée noire âcre.
Hein ?
Au moment où Sunny franchissait les dernières marches du long escalier, sentant ses muscles brûler, il y eut un éclair aveuglant. Une seconde plus tard, un coup de tonnerre assourdissant frappa la machine en feu, projetant des étincelles dans toutes les directions.
Madoc tituba en arrière, se couvrant le visage d'un bras.
Sunny se figea pendant une fraction de seconde.
Eh bien, eh bien, eh bien...
Il se souvint des éclairs précédents qui avaient frappé quelque part au-dessus d'eux pendant la bataille dans la cour. À ce moment-là, il n'avait pas perdu de temps à se demander où ils avaient frappé... mais en réalité, c'était logique. C'était le point le plus élevé du château, et rien ne les entourait à part l'immensité du lac.
Naturellement, la foudre serait attirée par une énorme machine en métal se trouvant sur un point élevé.
Visiblement, celui à qui l'Autre Mordret avait confié la conception de cet héliport était très mauvais dans son travail. Sunny n'allait toutefois pas s'en plaindre — il était grand temps pour lui d'avoir un peu de chance. Au moins, l'ennemi n'allait pas s'échapper au dernier moment.
Levant son revolver, Sunny le pointa sur le Président du Groupe Valor.
"Ne bougez plus !"
Madoc se retourna brusquement et le transperça d'un regard furieux.
"Espèce de vermine..."
Colère, indignation, humiliation — sa voix exprimait beaucoup de choses, mais le remords n'en faisait pas partie. Même maintenant qu'il n'avait plus nulle part où aller, il ne regrettait pas ce qu'il avait fait... il regrettait seulement d'avoir été pris. Il en était même outré.
Entendant ses compagnons le rattraper, Sunny sourit sombrement et dit d'un ton froid et calme :
"M. Madoc... vous êtes en état d'arrestation."
Le vent hurla plus fort lorsqu'il prononça ces mots.
Ah... ça fait du bien.
Sunny n'était pas l'Inspecteur Diabolique. Pourtant, il avait parcouru un long chemin dans la peau de cet inspecteur tourmenté et avait fait l'expérience de sa détermination obsessionnelle à traduire le Nihiliste en justice, même si cela signifiait aller à l'encontre du tout-puissant Groupe Valor.
Le Nihiliste n'existait pas vraiment, mais ses victimes n'en étaient pas moins réelles pour autant. Sept personnes avaient été brutalement assassinées, et présentement, l'homme responsable de leur mort se tenait devant lui.
Même si les victimes et le tueur n'étaient pas des personnes réelles, et que les détails de l'affaire avaient simplement été inventés par le Châtelain, cela faisait tout de même du bien de la résoudre. En regardant Madoc, Sunny ressentit un étrange sentiment d'accomplissement.
Madoc, quant à lui, grogna.
"En état d'arrestation ? Moi ?!"
Il rit.
"Bien sûr, allez-y. Arrêtez-moi ! Voyons s'il y a un avocat dans cette ville qui osera me poursuivre, ou un juge qui osera me condamner."
Le sourire de Sunny s'assombrit encore davantage.
"Vous savez, M. Madoc... ce n'est pas très judicieux de se vanter d'une telle chose devant un homme qui pointe une arme sur vous."
À ce moment-là, Effie et les autres arrivèrent enfin. Sainte apparut en dernier sur le toit, l'air encore plus hagard qu'elle ne l'était dans la salle du trône.
Les yeux de Madoc s'écarquillèrent légèrement lorsqu'il vit Morgan. Après quoi, il se figea et prit un air renfrogné lorsque deux versions de Mordret apparurent.
"Qu'est-ce que c'est que ça..."
Prenant un peu de recul, Madoc se frotta les yeux et fixa à nouveau les deux hommes identiques. Pendant un instant, il eut l'air incertain, mais son expression redevint normale. Il semblait avoir trouvé une explication pour résoudre cette contradiction affolante.
"Un sosie ? Ha ! J'aurais dû m'en douter..."
L'Autre Mordret soupira.
"Mon Oncle..."
Son expression était troublée.
Alors que Sunny était satisfait d'avoir enfin attrapé le véritable coupable des meurtres nihilistes, l'autre Mordret devait ressentir le contraire. Le Châtelain avait changé le contexte de Mirage City pour satisfaire ses nouveaux invités, mais ce faisant, la vérité familière à son seul habitant permanent avait également été modifiée.
Peut-être que l'Autre Mordret voulait dire à son oncle que ce n'était pas sa faute. Après tout, Madoc n'était pas un conspirateur meurtrier il y a quelques jours à peine — il avait été transformé en commanditaire des meurtres du Nihiliste par le Châtelain.
Mais à quoi bon ?
Dire une chose pareille revenait à admettre que Madoc n'était pas une personne réelle. Et s'il n'était pas une personne réelle, lui dire quoi que ce soit n'avait aucun sens.
L'Autre Mordret semblait pris dans cette contradiction amère, ne sachant pas quoi dire.
Son homologue, cependant, n'avait pas ce problème.
Alors que Madoc reculait, Mordret fit un pas en avant et sourit.
"Ah. Même si cela me peine de l'admettre, je commence à voir l'attrait de vivre dans cette douce illusion. On m'a refusé le plaisir de tuer Lame Chuchotante de mes propres mains, mais maintenant, le Grand Miroir m'offre une autre chance. Bien sûr, ce n'est pas tout à fait la réalité... mais on ne peut pas être trop exigeant. N'est-ce pas ?"
Madoc se retrouva dos au parapet et regarda en arrière avec une expression méfiante.
"Bien joué, mon neveu, bien joué. Tu m'as acculé. J'espère que tu ne penses pas que je n'ai plus de cartes à jouer... la police, vraiment ? Tu crois vraiment que tu peux m'arrêter avec ça ?"
Le sourire de Mordret s'élargit légèrement.
Effie fixa son dos pendant un moment, puis se tourna vers Sunny avec une expression confuse.
"Bon... on l'a. Mais qu'est-ce qu'on fait de lui maintenant ? Comment on va faire sortir le Châtelain ?"
Sunny fronça les sourcils.
C'était en effet une bonne question.
"Je pense que..."
Mais avant qu'il n'ait pu répondre, Mordret atteignit enfin le reflet de son oncle.
Sans rien dire d'autre ni changer d'expression, il leva calmement la main et poussa Madoc par-dessus le parapet.
Tout se passa alors si vite qu'aucun d'entre eux ne parvint à réagir à temps. Au moment où l'Autre Mordret tressaillit et où Morgan fit un pas en avant involontairement, Madoc avait déjà disparu de leur champ de vision.
Un cri de panique retentit dans l'obscurité, étouffé par les hurlements du vent et le grondement du tonnerre.
Une demi-douzaine de secondes plus tard, le cri fut brusquement interrompu quelque part loin en dessous.
Mordret s'épousseta les mains et se tourna vers eux avec un sourire aimable.
"Eh bien, c'est réglé."
Pour une raison quelconque, Sunny n'aimait pas l'expression de son sourire.
Est-ce que je... passe à côté de quelque chose ?
Il fronça les sourcils, essayant de comprendre pourquoi il se sentait soudainement mal à l'aise. Ce n'était certainement pas à cause de la mort de Madoc — la seule chose surprenante à ce sujet était qu'elle était survenue brusquement et sans avertissement. Il ne s'était pas vraiment attendu à ce que Madoc survive, au demeurant.
Cependant...
Avant que Sunny puisse terminer sa pensée, il fut à nouveau interrompu.
Cette fois-ci, c'était à cause d'un grondement sourd qui les submergea soudainement, ébranlant les fondations mêmes du monde.