Chapitre 2 480
Chapitre 2480 – Alter Ego
Traducteur/Checker : Gray
Dans la matinée, Mordret informa Sebastian d'un changement de programme. Il était censé se rendre directement au bureau, mais il décida plutôt de rendre visite à Morgan.
"Maître et Madame m'ont informé qu'ils allaient retourner à Mirage City sans tarder, Jeune Maître. Nous devrions les attendre d'ici quelques jours."
Mordret sourit.
"Enfin une bonne nouvelle !"
Le chauffeur avait préparé la voiture avant qu'il ne quitte le manoir. L'homme ouvrit précipitamment un parapluie pour accompagner Mordret jusqu'au luxueux véhicule, puis ouvrit la portière et baissa les yeux.
Mordret lui tapota l'épaule.
"Je vais passer plusieurs heures avec Morgan. Inutile d'attendre — offrez-vous quelque chose de chaud et de délicieux aux frais de la société. Assurez-vous simplement de venir me chercher à midi."
Son chauffeur était au service de la famille depuis plus de dix ans et avait l'habitude de conduire Mordret à l'université et de le ramener. En apprenant qu'il aurait du temps libre aujourd'hui, il sourit.
"Merci, monsieur."
Alors que la voiture roulait vers la clinique éloignée où Morgan était soignée, Mordret se souvint soudain des inspecteurs de la veille.
Ils formaient un duo amusant. L'homme était de petite taille, d'une pâleur mortelle et aux manières rustres, tandis que la femme était grande, avec une peau olivâtre, douce et maternelle malgré sa silhouette athlétique impeccable. À tous égards, ils étaient complètement opposés, presque comme un couple mal assorti tout droit sorti des pages des romans policiers qu'il aimait tant lire autrefois.
Mais ce n'était pas pour cela que Mordret s'était soudainement souvenu d'eux.
Arrête tes conneries... c'est ce qu'avait dit l'inspectrice Athena ?
Des mots étranges, qui ne convenaient pas du tout à la situation.
Il pouvait presque sentir la chaleur de sa main sur son épaule, encore...
Une suspicion fantastique traversa l'esprit de Mordret, et un léger pli apparut sur son front.
À ce moment-là, la voiture s'engagea sur le large pont. Un véhicule d'escorte se trouvait devant elle, tandis qu'un autre la suivait — la pluie était si intense qu'on les distinguait à peine, et les phares des voitures venant en sens inverse se confondaient en une tache floue.
Mordret était plongé dans ses pensées, une expression complexe déformant les traits fins de son visage.
C'est alors que quelque chose à la périphérie de son champ de vision attira son attention.
Levant les yeux, il eut juste le temps de remarquer un camion délabré sur la voie opposée qui prenait un virage serré.
Puis, tout se passa trop vite pour qu'il puisse réagir.
Le camion heurta le pare-chocs arrière du véhicule d'escorte, projetant la voiture sur le côté dans une explosion de débris. Après quoi, il emboutit à pleine vitesse la voiture de luxe qui se trouvait derrière.
Mordret aurait été projeté contre la paroi de l'habitacle recouvert de cuir si les airbags ne s'étaient pas déployés instantanément. Il fut néanmoins violemment secoué et complètement désorienté par le choc.
La ceinture de sécurité s'enfonça dans sa poitrine, l'étouffant.
Étourdi, Mordret entendit un bruit strident et sentit la voiture se déplacer latéralement. Puis, il y eut un autre choc...
Et il sentit soudain son corps s'alléger.
La voiture était en train de tomber.
La rivière...
Avant que Mordret ne puisse enfin comprendre ce qui se passait, il y eut un troisième choc, le plus violent. Les airbags dégonflés le protégeaient toujours, mais il sentit alors de l'eau ruisseler sur ses jambes.
Secouant sa désorientation, Mordret regarda autour de lui.
Il ne lui fallut qu'une fraction de seconde pour évaluer la situation.
La voiture était gravement endommagée, ses vitres brisées, et elle coulait dans la rivière en crue. L'eau était déjà à l'intérieur de l'habitacle et montait rapidement à un angle prononcé.
Il était désespérément emmêlé dans la ceinture de sécurité et emprisonné dans une cage souple d'airbags, à quelques instants d'être submergé dans l'obscurité froide.
Ah...
Mordret tira sur la ceinture de sécurité, mais au lieu de le libérer, celle-ci semblait complètement bloquée.
Bien sûr... les ceintures de sécurité étaient conçues pour résister aux mouvements brusques.
L'eau glacée lui recouvrait la tête, et il se retrouva soudainement incapable de respirer.
Restant calme, Mordret tira lentement sur la ceinture de sécurité, la desserra, puis se baissa et se libéra. Ensuite, il se dégaga des airbags et regarda à travers l'eau trouble la vitre brisée de l'autre côté de l'habitacle.
Ses poumons commençaient déjà à brûler.
Mais le salut était si proche... tout ce qu'il avait à faire était de passer par la vitre, puis de nager jusqu'à la surface.
Mordret était prêt à le faire lorsque son regard se posa sur la silhouette inconsciente sur le siège conducteur.
Il resta immobile un instant, puis se déplaça dans la direction opposée à la vitre brisée et se faufila à travers l'étroite ouverture entre l'habitacle et la cabine du conducteur.
La voiture coulait rapidement et il faisait déjà terriblement sombre autour d'elle. Le côté conducteur avait subi les dommages les plus importants lors de la collision et était également complètement déformé. Souffrant du manque d'oxygène, Mordret chercha à tâtons le déverrouillage de la ceinture de sécurité du conducteur et tenta de la détacher. Cependant, malgré tous ses efforts, le fermoir tordu refusait de céder.
Il étouffait déjà à ce moment-là.
Serrant les dents, Mordret tordit le fermoir et appuya de toutes ses forces sur le bouton de déverrouillage. Finalement, la ceinture de sécurité se détacha du mécanisme de verrouillage, lui permettant d'attraper son conducteur et de les traîner tous les deux vers le pare-brise brisé.
Ah... c'est... plus difficile dans la réalité que dans les films...
Mordret suivait un programme d'entraînement physique relativement rigoureux et aimait particulièrement la natation. Cependant, les vêtements élégants qu'il affectionnait tant l'alourdissaient désormais comme des parpaings, l'entraînant plus profondément dans l'eau. De plus, le poids du corps inconscient de son chauffeur était tout simplement insupportable.
Il avait déjà du mal à se frayer un chemin à travers la masse froide d'eau sombre et agitée — traîner un autre homme était tout bonnement trop pénible, trop difficile.
Et ses poumons étaient en feu. Ses poumons réclamaient de l'oxygène, et une terreur panique envahissait son esprit, lui demandant de lâcher son lourd fardeau et de se sauver.
Mais Mordret refusa.
Au lieu de cela, il lutta contre l'eau de toutes ses forces, même si sa vision commençait déjà à s'assombrir.
Puis, enfin...
Sa tête émergea de la surface de l'eau, permettant à Mordret de prendre une bouffée d'air frénétique.
Le rivage semblait terriblement loin, mais il parvint finalement à l'atteindre, d'une manière ou d'une autre.
Après s'être traîné lui-même et le chauffeur sur la terre ferme, Mordret s'effondra, complètement épuisé.
Il avait tellement froid.
Après avoir pris plusieurs respirations rauques, il se releva et se pencha sur le chauffeur.
"Hé... hé, est-ce que vous..."
Était-il mort ?
Paralysé par la peur, Mordret donna une légère gifle à l'homme.
À son grand soulagement, le chauffeur gémit, cracha une gorgée d'eau et ouvrit lentement les yeux.
Mordret poussa un soupir de soulagement.
"Grâce aux dieux !"
Mais alors... quelque chose chez le conducteur semblait étrange.
Ses yeux devinrent étrangement vitreux, remplis d'une expression inconnue et froide.
L'instant d'après, les mains gantées de l'homme se refermèrent autour du cou de Mordret.
Quoi...
Soudainement, de manière féroce... inhumaine, le chauffeur étrangla Mordret tout en le plaquant au sol et en grimpant sur lui.
Les yeux écarquillés, Mordret tenta de dégager les mains de l'homme de son cou, mais en vain. C'était comme si son cou était serré dans un étau de fer, à quelques secondes de se briser.
Même si son cou survivait, il serait étranglé à mort d'ici peu.
Qu'est-ce que...
Alors qu'il se débattait désespérément, sans espoir, la vision de Mordret commença à s'assombrir pour la deuxième fois de la journée. Les yeux étranges et vitreux du conducteur étaient la seule chose qu'il voyait.
N-non...
C'est alors qu'une ombre les recouvrit soudainement, et quelque chose de froid jaillit dans les airs.
Du sang chaud éclaboussa le visage de Mordret, et il put à nouveau respirer.
Repoussant le conducteur, il se remit debout et vit une silhouette élancée penchée sur l'homme fou. Un couteau acéré jaillit à nouveau, plongeant une fois de plus dans la chair du conducteur. Davantage de sang se répandit sur le sol détrempé.
La silhouette tourna le couteau, puis frappa froidement l'homme du pied dans le flanc blessé, le renvoyant dans l'eau.
"Q-qui..."
L'inconnu armé d'un couteau se tenait dos à Mordret, vêtu d'un imperméable bon marché et usé ainsi que d'une casquette sans prétention. Contrastant avec le ciel gris et la ligne sombre du pont lointain, sa silhouette élancée semblait à la fois menaçante et étrangement familière.
Finalement, l'inconnu se retourna et regarda Mordret, son regard froid empreint d'irritation et de mépris.
Mordret tressaillit en voyant le visage de l'inconnu.
...Son propre visage.
Alors que l'inconnu se penchait, le sang coulant encore de ses mains, Mordret resta figé sur place. Son reflet était pâle et choqué dans les yeux miroitants de l'autre Mordret.
Le visage de l'autre s'illumina d'un sourire agréable, et il murmura à l'oreille de Mordret, sa voix insidieuse pleine d'une haine à peine contenue :
"Hé, bon à rien... tu n'es même pas capable de rester en vie ? Espèce de faible, d'imbécile inutile. Dois-je tout faire à ta place ?"
La pointe du couteau s'enfonça avec vengeance dans la joue de Mordret, y laissant une entaille superficielle.
Il y eut des cris et le bruit des sirènes au loin.
...Quand il put enfin bouger, l'autre était déjà parti, comme s'il n'avait jamais existé.
Levant une main tremblante, Mordret toucha sa joue.
Sa main était couverte de sang.
En regardant le sang qui maculait ses doigts...
Mordret sourit soudainement.
"Il est de retour !"