Chapitre 428
Chapitre 428
Quand Zeon fixa l'elfe, le regard d'Uslan suivit naturellement le sien.
Le coin des lèvres d'Uslan se retroussa légèrement.
Alors, tu es un homme après tout ? Il semble que ton cœur s'emballe à la vue d'une belle elfe.
À ses yeux, Zeon semblait envoûté, captivé par sa beauté.
Et oui, elle était belle.
Plus belle que n'importe quelle elfe que Zeon avait pu croiser. Mais ce n'était pas pour cela que ses yeux s'attardaient sur elle.
C'était l'aura étrange qu'elle dégageait.
Une sensation de picotement, comme des aiguilles invisibles contre sa peau.
L'elfe dut sentir son regard. Elle leva la tête et croisa ses yeux. Ses pupilles grises brillèrent plus intensément.
Zeon fronça les sourcils.
D'ordinaire, il pouvait lire quelque chose chez une personne à travers ses yeux. Mais les siens ne révélaient rien.
C'était comme si un voile invisible les recouvrait.
Il s'arrêta de marcher, l'observant attentivement.
À ses côtés, Aronia lui donna un coup de coude dans les côtes et murmura :
« C'est ton genre ? »
« Non. »
« Inutile de nier. Un homme qui apprécie une jolie femme, ce n'est pas un crime. »
« Je t'ai dit que ce n'était pas ça. »
« Gêné ? Si elle te plaît, pourquoi ne pas aller lui parler ? »
« Soupir… »
Zeon abandonna la discussion et expira.
Insister davantage ne ferait que le faire passer pour un idiot.
À cet instant, quelqu'un se leva au sein de la caravane.
« Oh ! Capitaine Uslan, c'est bien vous ? »
C'était Hodran, le chef de la caravane.
Uslan le reconnut immédiatement.
« Alors c'est la caravane de Hodran. »
« Oui. Nous sommes en route pour El Harun. Ravi de vous voir, Capitaine Uslan. »
« De même, Seigneur Hodran. »
Ils échangèrent des salutations chaleureuses.
Pas des amis proches, mais assez familiers pour se parler quand leurs chemins se croisaient.
Hodran sourit.
« Avez-vous mangé ? Pourquoi ne pas vous joindre à nous ? »
« Ne serait-ce pas s'imposer ? »
« Pas du tout. Nous avons préparé largement assez. Il vous suffit de vous asseoir. »
« Alors j'accepte. »
« Haha ! Je vous en prie, asseyez-vous. »
Dans un grand éclat de rire, Hodran lui fit signe de s'installer.
Uslan ne refusa plus et prit place à ses côtés. Jupiro et les autres suivirent, s'installant parmi les membres de la caravane.
Puis, les yeux de Hodran se tournèrent vers Zeon.
« Et qui est-ce ? Je ne me souviens pas l'avoir déjà vu. »
« C'est un invité que j'ai convié. »
« Un humain ? »
À ce mot, les yeux de Hodran brillèrent.
Il savait bien à quel point il était rare qu'un humain étranger soit admis vers El Harun.
Tout humain digne de l'invitation d'Uslan ne pouvait être ordinaire.
Il s'inclina légèrement.
« Je suis Hodran, chef de la caravane d'El Harun. Puis-je vous demander votre nom ? »
« Zeon. »
« …Zeon ? »
Hodran pencha la tête.
Le nom éveilla un vague souvenir, bien qu'il ne parvienne pas à le situer.
Il laissa tomber. Il y en avait beaucoup avec des noms similaires.
Il désigna le siège à côté de l'elfe.
« Zeon, je vous en prie, joignez-vous à nous. »
Zeon ne refusa pas.
« Merci. »
Il s'assit.
« Mettez-vous à l'aise. »
Hodran fit un signe, et de la nourriture fut apportée.
Pas grand-chose, juste une étrange bouillie. Mais c'était ce que mangeait la caravane, et Zeon ne vit aucune raison de refuser.
Il leva sa cuillère.
« Mes remerciements. »
Une bouchée, et il hocha la tête.
Un peu de viande mélangée, étonnamment bon.
Pas mal.
Il continua de manger.
Puis il le sentit : des yeux posés sur lui.
Ceux de l'elfe à ses côtés.
Il posa sa cuillère et la regarda en retour.
Elle demanda :
« C'est bon ? »
« Pour un plat comme celui-ci, c'est plutôt bon. »
« Je vois. »
« Et vous ? Vous n'avez pas trouvé ça savoureux ? »
« Si. »
« Je suis Zeon. Et vous ? »
« Neria. »
« Ravi de vous rencontrer, Neria. »
« De même, Zeon. »
Ses mots ne portaient aucune chaleur.
Comme la voix d'une poupée sans âme.
C'est ainsi que son visage lui apparut : joli, mais curieusement vide.
« Faites-vous aussi partie de la caravane, Neria ? »
« Non. »
« …Non ? »
« Je les ai rencontrés par hasard dans le désert. Nous voyageons ensemble. »
« Par hasard ? »
« Oui. »
Elle cligna des yeux innocemment, comme si rien n'était étrange.
Mais Zeon ressentit une puissante dissonance.
Ses yeux, son visage, ses mots… ils ne correspondent pas du tout.
Les gens ordinaires exprimaient leurs émotions à travers leurs expressions. Même ceux qui savaient les masquer ne pouvaient les cacher à leurs yeux.
Mais chez Neria, les trois éléments agissaient séparément.
Elle clignait des yeux comme une enfant, son visage restait figé, ses mots étaient polis, tandis que ses yeux brillaient, froids comme la glace.
Comme quelqu'un qui imiterait des émotions sans les posséder.
Neria pencha la tête sous son regard perçant.
« Quoi ? C'est étrange ? »
« Non. Seulement… vous n'êtes pas d'El Harun, alors ? »
« Non. »
« D'où venez-vous ? »
« De mon village. »
« Et ? »
« Disparu. Effacé sans laisser de trace. »
« Par une attaque de bêtes ? »
« Par quelque chose de pire. »
« Quelque chose de pire ? »
« Oui. »
Sa réponse calme fit se crisper le visage de Zeon.
Puis elle demanda :
« Et vous, Zeon ? Vous n'êtes pas d'El Harun non plus, n'est-ce pas ? »
« Neo Seoul. »
« Un tel endroit existe ? »
« Oui. »
« Où ça ? »
« Très loin. »
« À quelle distance ? »
« Plus d'un mois de voyage à pied. »
« Ce n'est pas si loin. »
« Pour vous, peut-être. Pour moi, ça l'est. »
« Vraiment ? Alors disons que c'est le cas. »
Elle esquissa un léger sourire.
Un sourire toujours aussi déplacé.
Et puis :
« Neria. Pour quelqu'un d'aussi noble que vous, parler si librement avec un humain… ce n'est pas convenable. »
La voix de Corin coupa leur échange.
Neria cligna des yeux, perplexe.
« Que voulez-vous dire ? »
« Exactement ce que j'ai dit. Une elfe noble et belle comme vous n'a pas besoin de s'abaisser à discuter avec un humain. »
« Les humains sont… inférieurs ? »
« Les humains d'El Harun sont une exception. Mais la plupart, oui. »
Il ajouta cette dernière partie uniquement par déférence envers Uslan.
Malgré cela, le visage d'Uslan se décomposa.
Corin était allé trop loin.
Insulter l'humanité dans son ensemble…
« Espèce de bâtard… »
« Maudit sois-tu. »
Jupiro et Alonso se levèrent, la rage bouillonnant après avoir été contenue si longtemps.
Mais ils ne furent pas les premiers à agir.
Ce fut Zeon.
Vlan !
Sa main jaillit, saisissant la nuque de Corin.
« Khk ! Toi… ! »
Surpris avant de pouvoir réagir, Corin devint rouge de honte.
Zeon parla froidement, sa main inflexible.
« Excuse-toi. »
« Lâche-moi, bâtard ! »
« Excuse-toi d'abord. »
« Espèce de… ! »
Corin se débattit, griffant la main de Zeon.
Mais la main de Zeon ne bougea pas d'un pouce. Comme de l'acier serré autour de son cou.
Corin cracha entre ses dents serrées :
« Lâche-moi… ou meurs ! »
« Excuse-toi d'abord. »
« Merde ! »
Il attrapa la garde de son épée, mais l'autre main de Zeon l'attrapa et la bloqua avant qu'elle ne sorte du fourreau.
Les yeux révulsés, Corin regarda Uslan.
« Capitaine ! Vous allez juste rester là à regarder ? »
« Tu me demandes de l'aide ? »
« Je suis l'un des vôtres ! »
« Et aussi l'humain que tu méprises. »
« Maudit sois-tu… ! »
Crac… !
La tête de Corin s'inclina plus bas sous la force écrasante de Zeon.
Dans un instant, il aurait l'air de s'incliner pour s'excuser.
Sa fierté hurlait de protestation.
« Shaping ! Dempleton ! »
« Merde ! »
« Relâche-le, humain ! »
Les deux se jetèrent sur lui.
Ils n'osaient pas dégainer leurs armes sous le regard d'Uslan, mais les poings, pensaient-ils, étaient sans risque.
Ils avaient tort.
Crac ! Vlan !
La jambe de Zeon fouetta l'air, frappant les deux à la tempe sans lâcher Corin.
Leurs esprits vacillèrent. Dempleton chancela, manquant de s'effondrer.
Shaping, durement touché, se transforma en sa forme de loup par réflexe.
Il hurla, ses griffes lacérant l'air.
« Raaaagh ! Je vais te tuer ! »
Vlan !
Le genou de Zeon s'écrasa contre son visage.
Shaping tomba sur un genou, gémissant.
Crac !
Un autre coup de genou dans la mâchoire.
Zeon maintenait toujours Corin au sol, martelant Shaping avec une jambe.
Bang ! Bang ! Bang !
Les coups résonnaient, implacables, toujours au même endroit.
Même un loup-garou, avec son endurance et sa régénération monstrueuses, ne pouvait y résister.
Bientôt, le corps de Shaping s'effondra, inconscient.
Des halètements emplirent l'air.
Personne ne pouvait croire ce qu'il voyait.
Un loup-garou, mis K.O. par la seule force brute.
Silence.
Même la mâchoire d'Uslan bougeait sans émettre de son.
Il avait pris Zeon pour un simple mage doué.
Mais ceci… cette force dépassait l'entendement.
Une sueur froide coula dans le dos de Corin alors que la poigne de Zeon se resserrait.
« Un fou… »
Et puis la voix de Zeon s'éleva, calme mais tranchante :
« Excuse-toi… tu ne vas toujours pas le faire ? »