Chapitre 421
358. Le stratagème
Edithe Dawnrise traversa le campement, un sentiment de malaise grandissant dans sa poitrine. Cela lui pesait. Ses yeux balayaient rapidement les environs à la recherche d’une chevelure argentée. Elle ne trouva pas celle qu’elle cherchait, ce qui ne fit qu’accroître sa nervosité. Elle jeta un coup d’œil sur le côté alors que son compagnon exprimait ses pensées à voix haute.
« Je ne peux pas m’empêcher d’être nerveux. »
Daniel Song parla tout en s’agitant, même en marchant. Il scruta le camp avec Edithe, mais aucun des deux ne parvint à trouver Salvos. Le jeune homme poursuivit :
« Je commence à croire que c’était une mauvaise idée. Je veux dire, la dernière fois que Salvos nous a aidés à nous entraîner, elle nous a emmenés dans les Terres de la Peste alors que nous étions largement sous-niveau. »
« C’est nous qui lui avons demandé de l’aide, d’accord ? Aie juste confiance en elle, Daniel. »
« Je sais, je sais. Mais… c’est juste la nervosité, tu vois ? »
Il lui adressa un sourire faible, et Edithe pinça les lèvres. Elle ressentait exactement la même chose, mais elle confierait sa vie à Salvos. Elle leva donc la main pour arrêter une femme d’une trentaine d’années portant l’emblème des Merryster sur ses vêtements.
« Excusez-moi… »
« Vous avez besoin de quelque chose ? »
« Je m’excuse pour le dérangement, madame Merryster. Mais je cherche une amie. Elle s’appelle Salvos, et elle nous a dit, à mon ami et moi, de la retrouver ici. »
Edithe s’inclina poliment. La dame tapota son menton avec son doigt.
« Ah, Salvos. Eh bien, tout d’abord : je ne suis pas une dame. Je fais peut-être partie de la famille Merryster, mais j’ai renoncé à ma noblesse pour poursuivre ma passion. Vous pouvez simplement m’appeler Mons. »
Mons Merryster sourit alors qu’Edithe clignait des yeux. La rousse s’excusa précipitamment.
« Oh, je suis vraiment désolée… »
« Ce n’est rien. Je ne le prends pas mal. »
Ricanant, celle qui était devenue [Marchande] fit un geste vers la limite du campement.
« Vous trouverez votre amie là-bas. Elle vous attend avec l’un de ses amis. »
« Merci infiniment. »
Edithe remercia précipitamment Mons et prit congé. Elle se tourna vers Daniel qui fixait Mons avec des yeux écarquillés. La rousse l’entraîna au loin en parlant rapidement.
« Allez, Daniel. »
« O-oui, désolé. »
Il suivit Edithe, jetant occasionnellement des regards en arrière vers Mons Merryster. Edithe plissa les yeux.
« Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »
Les yeux de Daniel étaient grands ouverts. Ils sortaient pratiquement de leurs orbites. Son cou craqua lorsqu’il se tourna vers elle, et il commença :
« E-elle… »
« Elle ? »
Edithe fronça les sourcils, jetant un coup d’œil vers Mons Merryster.
« Il s’est passé quelque chose ? Qu’est-ce qu’elle a fait ? »
« N-non, elle… »
Daniel prit une profonde inspiration, et Edithe se tendit.
« C’était une… [Marchande] de Niveau 100 ! »
Il y eut un silence. Edithe et Daniel s’arrêtèrent tous deux. La rousse soupira.
« … contentons-nous de trouver Salvos, d’accord ? »
Et c’est ce qu’ils firent. Peu de temps après, ils trouvèrent la fille aux cheveux argentés qui attendait à la lisière même du campement des Vampires. Salvos rayonna en les voyant, courant vers eux avec des yeux ronds.
« Qu’est-ce qui vous a pris autant de temps ? »
« Désolés, on s’est perdus. »
Edithe haussa les épaules. Salvos fronça les sourcils en regardant Daniel.
« Mais tu ne restes pas ici ? »
Il secoua la tête.
« J’ai réservé une auberge en ville juste pour m’éloigner d’Amanda. Elle est plus agaçante que d’habitude, ces derniers temps. »
« Huh. Cool. Bref, j’ai enfin trouvé où nous allons aller. »
Salvos frappa dans ses mains. Edithe sentit le nœud dans son estomac se resserrer. La nervosité de tout à l’heure refit surface. Sa confiance en Salvos luttait contre la personnalité de cette dernière. Edithe supplia — espéra — que Salvos ne les abandonnerait pas, elle et Daniel, au milieu du Golfe Sanglant pour se débrouiller seuls.
Heureusement, la foi d’Edithe ne fut pas déçue.
« Nous allons traquer ces [Oliphants Goliath] ! »
« Ces… [Oliphants Goliath] ? »
Edithe haussa un sourcil, sa confusion évidente. Mais Daniel semblait savoir de quoi Salvos parlait. Il expliqua :
« C’était quand nous quittions Shedos — nous sommes tombés sur un troupeau d’[Oliphants Goliath] chassés de la chaîne de montagnes de Motharis par ces [Wyvernes mineures] que nous avons affrontées à Catark. »
La rousse hocha lentement la tête.
« Je vois. »
« Ouais ! »
Salvos hocha la tête avec enthousiasme.
« Tu aurais dû être là, Edithe. J’ai failli mourir ! »
« Ce n’est… pas quelque chose dont tu devrais te vanter. »
Edithe leva les yeux au ciel.
« Mais des [Oliphants Goliath], hein ? J’ai entendu dire qu’ils vont du Niveau 100 au Niveau 125. Des menaces de Rang Diamant inférieur à moyen. »
Elle pourrait probablement en affronter quelques-uns seule. Cependant, elle ferait face au même problème qu’avec les Wyvernes. C’étaient des monstres très résistants. Et ce n’étaient pas des monstres de groupe. Ils étaient chacun, individuellement, très puissants.
La force d’une Wyverne résidait dans sa magie et sa vitesse. Elles avaient aussi une magie défensive qui leur permettait d’ignorer les sorts les plus faibles d’Edithe. Pendant ce temps, les [Oliphants Goliath] avaient tendance à avoir une défense et une force brute supérieures, avec une magie de zone qui n’était pas vraiment efficace en combat singulier.
Mais ne sont-ils pas… ? Edithe fronça les sourcils. Elle se tourna vers Salvos.
« Les Oliphants ne sont-ils pas des monstres plutôt dociles ? Es-tu sûre que ça ne te dérange pas de les attaquer sans raison, Salvos ? »
Edithe connaissait Salvos. Il y avait toute une logique autour du fait d’être « sauvage » qu’Edithe comprenait plus ou moins. Si elles traquaient des Oliphants juste pour monter de niveau, alors Salvos ne devrait pas être ravie de cela. Et Salvos acquiesça.
« Ouais — mais vois-tu, il m’a dit que ces Oliphants détruisent tout en ce moment. Ils saccagent tout, deviennent fous ou quelque chose comme ça, alors ils tuent des monstres, des animaux et des Humains. »
« Il ? »
Daniel et Edithe échangèrent un regard. Salvos hocha la tête, faisant un geste derrière elle.
« Le gars qui m’a aidée ! »
Et de son ombre, une silhouette émergea. Un homme enveloppé dans les ténèbres. Il portait une cape qui semblait dissimuler ses traits. Mais il rejeta sa capuche, révélant son visage ricanant.
«
Edithe fixa Orgaf alors qu’il se tenait à côté de Salvos.
« Orgaf, le Voleur des Écailles d’Or. »
« Salutations, Libérateurs. »
Le [Voleur] parla simplement, ce sourire agaçant toujours plaqué sur son visage. Edithe recula instantanément, méfiante.
« Que fais-tu ici ? »
Il jeta à peine un regard vers Edithe alors qu’il s’avançait.
« C’est un plaisir de vous rencontrer enfin. J’ai rencontré votre amie ici présente, Salvos, à la Guilde des Aventuriers il y a quelques heures. Il semblait qu’elle était en difficulté, et je lui ai offert mon aide. C’est tout. Je ne pouvais pas rester les bras croisés sans rien faire, n’est-ce pas ? »
Orgaf parla d’une voix douce. Salvos le regarda avec approbation, tandis que Daniel lui lançait un regard reconnaissant.
« Merci… Orgaf, c’est ça ? »
« En effet. Et vous devez être Daniel Song ? »
« C’est moi. Vous pouvez juste m’appeler Daniel. »
« Eh bien, je suis sûr que vous avez quelques scrupules à combattre des Oliphants normalement doux. Mais je vous assure, ceux-ci sont déplacés. Ils sont encore pires qu’une Sentinelle. Leur troupeau court dans tous les sens, et nous devons mettre fin à leur sillage de destruction. »
« Bien sûr… »
Daniel sourit en serrant la main d’Orgaf. Edithe observait sur le côté, toujours tendue. Elle surveillait chaque petit mouvement d’Orgaf. Elle entendait à peine ses mots.
La rousse tendit la main vers son Bâton Primordial, se préparant à toute éventualité de la part d’Orgaf. Salvos et Daniel ne le connaissaient pas. Ils n’avaient aucune idée du genre de psychopathe qu’était réellement Orgaf. Il aurait tué Edithe sans l’intervention d’Helena. C’était certainement un stratagème.
Les yeux d’Orgaf vacillèrent. Il se tourna vers Edithe, un air moqueur sur le visage. Son sourire s’élargit alors que le cœur d’Edithe s’emballait. Il ouvrit la bouche alors que Salvos et Daniel se tenaient inconsciemment à côté de lui, et elle se prépara —
« Salvos ! »
Une voix coupa le silence tendu. Edithe manqua de sursauter à cause de cette voix aiguë. Elle vit un éclair. Elle regarda un [Feu Follet] foncer droit sur la fille aux cheveux argentés.
« Willy ? Qu’est-ce que… »
« Comment oses-tu ! »
Willy parla avec indignation alors que Salvos reculait. Daniel, Edithe et Orgaf regardèrent le [Feu Follet] continuer à la harceler.
« Attends, qu’est-ce que j’ai fait ? »
« Laisse-moi ! »
« Te laisser ? J’allais juste faire une… »
« Sans moi ! »
«
Daniel soupira. Il jeta un coup d’œil à Edithe et Orgaf avant de s’excuser.
« Je vais… lui donner un coup de main. »
Edithe le regarda partir. Il laissa Edithe et Orgaf seuls, et soudain, la sensation de picotement qui l’avait saisie revint. Elle réalisa qu’elle était seule avec l’homme qui avait essayé de la tuer. L’Élite méprisable qui regardait les autres comme de simples futilités.
Elle lui fit immédiatement face en lançant une [Aura de Protection Supérieure] sur elle-même. Il ricana.
« Tu as l’air terriblement nerveuse, n’est-ce pas ? »
Edithe le fixa, ignorant sa remarque.
« Pourquoi fais-tu ça ? »
« Pourquoi fais-je quoi ? »
« Ne fais pas l’idiot avec moi. »
Cracha-t-elle, et il gloussa. Edithe pointa son bâton vers lui. Il observa la magie émanant de la pointe du bâton gris-noir.
« Ma parole, n’es-tu pas intense ? »
« N’ose pas faire de mal à Salvos. Si tu lui fais quoi que ce soit… »
« Quoi ? Tu me feras payer ? »
Orgaf secoua la tête.
« S’il te plaît. Tu es à peine au même niveau que sa deuxième Classe. Sans parler de sa Classe principale. Tu ne pourras rien faire. »
Edithe se mordit la lèvre inférieure. Elle savait qu’Orgaf avait raison. Mais quand même — elle ne resterait pas les bras croisés s’il arrivait quelque chose à Salvos.
« Je… »
Commença-t-elle, mais Orgaf agita la main avec dédain.
« De toute façon, je ne lèverais jamais la main sur Salvos, même si tu m’offrais un artefact de Rang Mythique. »
« Q-quoi ? »
Edithe s’arrêta. Elle regarda Orgaf avec suspicion, et il soutint son regard.
« Tu es confuse ? Ne le sois pas. Cela devrait être assez évident. »
« Tu es le Voleur des Écailles d’Or. Tu es ce bâtard qui a ruiné l’Empire Vaun Qieur et a failli déclencher une guerre entre les Humains et les Kobolds. Pourquoi deviens-tu soudainement si gentil ? »
Il recula, jetant un coup d’œil à Salvos au loin avec Willy et Daniel.
« C’est parce que… »
Orgaf se tourna lentement vers Edithe et posa une main sur sa poitrine.
« Je suis amoureux. »
« C’est des conner… »
Edithe était prête à dénoncer n’importe quel mensonge ou excuse qu’il aurait préparé. Mais sa réponse la fit hésiter. Elle cligna des yeux, traitant ses paroles. Puis sa mâchoire se décrocha. Elle fixa Orgaf sans expression alors qu’il se retournait, rejetant ses cheveux en arrière d’une seule main.
« Tu es… quoi ?! »
« Tu m’as bien entendu. Je suis amoureux. Comment pourrais-je ne pas l’être ? »
Orgaf, Voleur des Écailles d’Or, aventurier de Rang Élite et [Voleur] de Niveau 161, tourbillonna pour faire face à Salvos. Il la fixa avec nostalgie, se serrant pratiquement contre lui-même alors qu’il respirait.
« Salvos. Libératrice des Terres de la Peste. Sauveuse de Silvergrove. Sentinelle de Secely. Oh, une femme si merveilleuse. En moins de cinq ans, elle a déjà bâti une légende. Elle est passée du Niveau 40 au Niveau 130 en, quoi, quatre ans ? Trois ? »
Il rejeta la tête en arrière, riant.
« S’il vous plaît, même cette vieille harpie d’Helena Warshade ne peut pas rivaliser. C’est la prochaine Gardienne en devenir — non, la prochaine Alexander ! Comment aurais-je pu ne pas tomber amoureux au premier regard ? »
Il continua ainsi alors qu’Edithe se contentait d’observer. Elle ne savait pas si elle devait être soulagée que ce soit ce qu’Orgaf ressentait, ou être encore plus inquiète pour Salvos.
« Elle ne se soucie pas de sa réputation. Peu importe pour elle que vous soyez un roi, un empereur ou un dieu — elle vous traitera tous de la même manière ! »
Edithe pensa à la façon dont Salvos se comportait avec les princesses. Orgaf avait définitivement tort à ce sujet. Secouant la tête, Orgaf pointa Edithe du doigt de manière accusatrice.
« Mais toi ! Tu m’as embarrassé devant elle ! Comment as-tu osé ! »
« Je l’ai fait ? »
La rousse ne s’en souvenait sincèrement pas. Mais Orgaf était insistant.
« Oui, tu l’as fait. Et si j’avais su que Salvos t’emmenait dans ce voyage… pff ! »
Il fit un bruit de frustration.
« Je n’aurais jamais offert mon aide ! »
« Tu as vraiment une rancune contre moi sans raison, hein ? »
Edithe soupira. Elle jeta un coup d’œil en biais à Orgaf alors qu’il continuait à fulminer sur la façon dont Edithe l’avait humilié. Il ne s’arrêta que lorsque Salvos, Willy et Daniel revinrent. Non — Orgaf ne s’arrêta pas simplement. Il fit comme si rien ne s’était passé, prenant la pose comme s’il regardait calmement sur le côté.
« C’est décidé ! »
Salvos frappa dans ses mains.
« Nous cinq, nous allons traquer ces [Oliphants Goliath] ensemble ! »
« Oui. »
Willy acquiesça, visiblement satisfait de ne pas être laissé pour compte. Daniel se gratta les joues, satisfait de cet arrangement. Orgaf hocha la tête, s’éclaircissant la gorge alors qu’il regardait à peine dans leur direction.
« Très bien alors. Si vous voulez bien me suivre, je vous mènerai à eux. Ils ont été aperçus pour la dernière fois près de la Vallée de Sickleshade… »
Orgaf les éloigna du campement tout en parlant. Edithe regarda l’Élite, toujours légèrement inquiète. Mais pas autant qu’avant. Elle était juste heureuse que tout semble bien se passer.
Il y eut un grondement. La terre trembla — comme si un terrible séisme rampait à travers les collines. L’armée de monstres s’arrêta alors qu’Alix stabilisait Quinn. L’homme fixa le lointain.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Il regarda le panache de fumée devant eux. Alix plissa les yeux. Elle reconnaissait cette magie. Elle n’en avait lu que dans les livres — sans jamais l’avoir vue auparavant. Mais c’était la marque de fabrique des…
« [Oliphants Goliath]. »
Dit-elle doucement. En levant les yeux, elle aperçut le chef de l’armée. Belzu. Le Démon Primordial. Son regard était fixé sur l’[Oliphant Goliath], avec convoitise. Alix pinça les lèvres en une ligne fine.
« Et possiblement de nouvelles recrues pour notre armée. »