Chapitre 278
228. Sal
« Non ! »
J'ai protesté, mais le Diable était catégorique.
« Ton école est nulle, Salvos. Tu veux vraiment qu'ils t'enseignent de mauvaises théories, hein ? Hein ? »
« Si ça me permet d'atteindre le Netherworld ? Alors, oui ! »
« Et regarde ce qui est arrivé quand tu les as écoutés ? Tu m'as eu ! Et tu me détestes ! »
« C'est vrai ! Laisse-moi tranquille ! »
J'ai grimacé en me tournant brusquement pour attraper mes livres. Cela faisait une journée entière que le Diable avait décidé qu'il voulait me suivre à l'Académie Mavos. J'avais été formelle sur le fait qu'il ne devait pas venir, mais il comptait le faire de toute façon.
Il m'a suivie alors que je sortais de mon Repaire, sous le soleil matinal éblouissant. J'ai jeté un coup d'œil derrière moi.
Le Diable a haussé les épaules.
« S'ils ont un problème, je n'aurai qu'à les tuer. »
« Tu ne peux pas faire ça ! »
Ma mâchoire s'est décrochée et il a froncé les sourcils.
« Pourquoi pas ? »
« Parce qu'après, je n'aurai plus d'école où aller ! »
Il a fait un geste de la main pour balayer ma remarque, me dépassant alors que je restais plantée là.
« C'est une bonne chose, pour moi en tout cas. Je pourrai te servir de mentor sans que personne d'autre ne vienne interférer avec ses mauvaises théories et ses idées stupides. »
« Et mes amis, alors ? »
« Tu peux toujours t'en faire de nouveaux. Tu as toute l'éternité devant toi, Salvos. Allez, qu'est-ce qu'il y a de mal à avoir quelques amis morts ici et là ? »
J'ai cligné des yeux. Puis j'ai croisé les bras. J'ai pensé à Saffron. À Daniel. À Edithe. Et à tous les autres que j'avais rencontrés. Serais-je capable de les remplacer comme ça ?
Non, ce n'étaient pas des cailloux sur le sol qu'on pouvait remplacer par d'autres, similaires. Ils étaient tous uniques. Ils comptaient tous.
« Tout serait faux là-dedans. »
J'ai lancé un regard noir au Diable.
« Je ne te laisserai pas faire. »
Il a penché la tête sur le côté, les sourcils levés. Puis il a ricané.
« Très bien, très bien. Je plaisantais. Je ne tuerai personne, puisque tu y tiens. Mais je viens quand même avec toi. »
« Et comment tu comptes t'y prendre ? Tout le monde saura que tu es une sorte de Démon. »
Il a secoué la tête et agité un doigt.
« Non, non, non. Je ne suis pas un Démon. Je suis le Diable. Et... »
Il a écarté les bras.
« Je peux juste me transformer, duh. »
Il a souri, et j'ai froncé les sourcils.
« Attends, tu peux ? »
Le Diable a tapé l'un de ses sabots sur le sol et son corps a commencé à trembler. Une onde de choc a parcouru sa peau tandis qu'il frissonnait et vibrait. Dans un bruit sec, son corps a entièrement changé. Il n'y avait plus de Démon à la peau rouge, cornu et terrifiant devant moi. Maintenant, il y avait un homme. Un homme Humain. Avec de longs cheveux noirs et le même bouc.
Il avait la peau mate et des yeux scintillants de couleurs différentes : chacun portait la couleur d'une pierre précieuse, comme un rubis dans son œil gauche et un saphir dans son œil droit. Et, d'une manière ou d'une autre, il était même habillé. Le Diable portait des robes de soie élégantes, avec des bracelets en or et des colliers de diamants.
En ajustant sa manche, il m'a souri.
« Alors, on y va ? »
Je l'ai regardé. Puis j'ai levé la main, pointant un doigt tremblant.
« Quoi ? Comment tu as fait ça ?! »
« Hm ? »
Il a haussé un sourcil.
« Je me suis transformé comme tu le fais toujours. Pourquoi es-tu si surprise ? »
« Non ! »
J'ai secoué la tête avec véhémence.
« Je veux dire... comment tu as eu ces vêtements ?! Comment tu as eu ces... ces... ces bijoux ?! Ça n'a aucun sens ! »
« Oh, ça ? »
Il a baissé les yeux sur lui-même.
« Hm... où est-ce que j'ai bien pu trouver ça ? »
Le Diable affichait un air confus ; il était absolument perplexe, prenant un moment pour inspecter et même admirer les pierres taillées en fleur tissées dans son vêtement. Je l'ai regardé lever les mains au ciel en haussant les épaules.
« Mm, ouais, aucune idée de comment j'ai eu ça. »
« Mais tu les as fait apparaître de nulle part ! »
« La magie, j'imagine ? »
J'ai louché. J'avais envie de me cogner la tête contre le mur — encore une fois, j'étais sûre que c'était ce que ressentaient mes compagnons quand ils devaient me gérer.
« Peu importe. Très bien, tu ressembles à un Humain maintenant, mais est-ce que tu vas vraiment me suivre sur le campus ? »
« Compte sur moi ! »
J'ai soupiré.
« Donne-moi au moins un faux nom pour que je n'aie pas à t'appeler "le Diable" tout le temps. »
En penchant la tête en arrière, il a tapoté son avant-bras du doigt, les bras croisés.
« Alors, quel serait un bon nom ? »
« Tu n'as pas de vrai nom ? »
« Si ! Je crois. Mais j'ai oublié lequel c'était. »
J'ai plissé les yeux.
« Comment tu as pu oublier ? Ce n'est pas dans ton Statut ? »
« C'est disparu quand j'ai oublié. »
Il a secoué la tête.
« Bref, que dirais-tu de... Satan ? Non, non, c'est trop cliché ! Et générique. Que dirais-tu de... Samuel ? Attends, non, je suis sûr que c'est... ouais, non. J'aime bien la sonorité de Saul. Quoique... »
Il a marmonné sans cesse dans son coin en essayant de choisir un nom. Puis il a fait claquer ses doigts.
« J'ai trouvé ! »
« Eh bien ? »
Je l'ai regardé avec attente. Le Diable a levé le menton en souriant.
« Je suis Sal ! »
« ...c'est tout ? »
« Sal » a hoché la tête avec enthousiasme.
« C'est effectivement tout. »
« Très bien, alors. »
Et sur cette décision, nous nous sommes dirigés vers l'Académie Mavos, ensemble.
J'espérais juste que ce ne serait pas le désastre que je redoutais.
—--
Sal et moi sommes entrés à l'Académie Mavos alors que le soleil pointait à peine à l'horizon. Comme d'habitude, ma présence attirait les regards, bien que ce soit moins marqué maintenant que j'étais inscrite depuis un moment. Et comme l'attention était généralement focalisée sur moi, les gens se sont concentrés sur la présence de Sal aussi.
Ils chuchotaient doucement en le montrant du doigt.
« Qui est avec Salvos ? »
« Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais vu auparavant. »
« Je ne peux pas voir son niveau — mon [Identification] est au Niveau 10, et je ne peux pas voir son niveau ! »
« Tu crois qu'il a un artefact d'obfuscation ? »
« Soit ça, soit il est d'un niveau très élevé... »
J'ai gémi, agacée que ces chuchotements rendent la présence du Diable encore plus voyante qu'elle ne l'aurait été autrement. J'essayais de l'ignorer !
« Alors, Salvos, où se tiendra exactement ton cours de magie spatiale ? »
Il a jeté un coup d'œil aux hautes tours, semblant totalement désintéressé par toute l'attention qu'il recevait. J'ai levé les yeux au ciel.
« Je ne vais pas en cours tout de suite. Je dois d'abord rendre visite à ma compagne. »
« Ah, la Vampire. »
Mes yeux se sont écarquillés et j'ai tourné mon regard vers Sal.
« Tu es sérieux ? Comment tu... non, pourquoi tu dis ça à voix haute ? »
« Oh, ne t'en fais pas trop. Ce n'est pas comme si elle allait être persécutée et assassinée si d'autres découvraient son identité... Je crois. Pas à moins que les choses n'aient radicalement changé au cours des mille dernières années. »
« Quand même... »
J'ai pris une profonde inspiration et me suis dirigée droit vers le dortoir. Saffron m'attendait dans sa chambre, prenant son petit-déjeuner tandis que Matthew se tenait à ses côtés. J'ai haussé un sourcil en entrant.
« Hum, salut Saffron — et Matthew ? »
« Salutations, Mlle Salvos. »
Le majordome m'a saluée d'un signe de tête. J'ai marqué une pause.
« Quand es-tu revenu ? »
« Il est rentré hier soir seulement. »
Saffron s'est levée en souriant.
« Je vois que tu as amené un ami, Salvos. Ravi de vous rencontrer, M... ? »
« Appelez-moi juste Sal. »
Il lui a adressé un sourire.
« Sal. »
Elle a hoché la tête et s'est tournée vers moi.
« Comment vous êtes-vous rencontrés ? »
Le Diable a ouvert la bouche, mais je l'ai rapidement interrompu.
« On s'est rencontrés... quelque part ! Nulle part d'important. Ne t'en fais pas, Saffron. »
J'ai lancé un regard à Saffron. Elle a plissé les yeux. Puis elle a hoché la tête lentement, comprenant. C'était mon problème. Elle savait maintenant, et je préférais qu'elle n'intervienne pas et ne se retrouve pas mêlée à ça. Alors, j'ai changé de sujet.
« Bref ! Je passais juste pour dire bonjour avant de courir en cours. On se voit plus tard, d'accord ? »
« Ça marche — et, Salvos. »
Saffron m'a appelée avant que je ne puisse filer avec Sal dans mon sillage.
« Matthew a heureusement pu se procurer quelques autres ingrédients importants que tu cherchais pour ta Potion de Régénération, y compris un Cœur Énigmatique. »
« Vraiment ? »
J'ai écarquillé les yeux et Saffron a hoché la tête.
« Oui. J'espère que tout se passe bien de ce côté-là ? »
Ses yeux ont pétillé et j'ai compris ce qu'elle voulait dire.
« Je vais bien, Saffron. »
Je lui ai adressé un signe de tête rassurant.
« Ne t'inquiète pas pour moi. Concentre-toi sur tes propres études, ok ? »
« Très bien. »
Saffron a fermé les yeux en se détournant. J'ai attrapé Sal par le bras et nous sommes partis en trombe.
« Je dois y aller, à plus ! »
Le Diable a grimacé alors que je l'entraînais dans le couloir.
« Je n'ai même pas eu l'occasion de me présenter. »
J'ai ricané.
« Tant mieux ! Je veux que tu parles au moins de personnes possible, d'accord ? »
Il a croisé les bras en faisant la moue. Puis ses yeux ont scintillé.
« Eh bien, ça veut juste dire que je vais devoir me rendre mémorable. »
Je ne savais pas ce qu'il voulait dire par là, et je m'en fichais, tant qu'il ne faisait de mal à personne.
Je suis arrivée à mon premier cours à l'heure, après avoir filé à toute allure avec Sal. Il a eu l'air de s'ennuyer pendant la majeure partie du trajet, jusqu'à ce que nous atteignions enfin l'amphithéâtre, où j'ai salué Lamarr en entrant.
« Bonjour, Salvos. »
« Salut, Lamarr. »
« Et qui est-ce ? »
L'homme aux cheveux roux a jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule. J'ai pincé les lèvres, espérant que Sal ne serait pas impoli avec Lamarr. Je les ai rapidement présentés et me suis mise sur le côté.
« Sal, voici Lamarr, le Roi de Traith. »
Le Diable a haussé un sourcil.
« Le Roi de Traith ? »
Il a penché la tête en arrière tandis que Lamarr lui tendait la main. Le Diable, heureusement, connaissait les bonnes manières et a serré la main, mais il semblait confus tout en marmonnant dans sa barbe.
« Traith... Traith... Traith. C'est un royaume ou un empire ? »
« C'est une cité-état située à l'est. »
« Ah ! »
s'est exclamé Sal. Puis il a haussé les épaules.
« Jamais entendu parler. »
J'ai grimaçé, craignant que Lamarr ne le prenne mal. Mais le Roi Guerrier a seulement ri.
« Ce n'est pas un problème. Notre nation est petite, et elle n'était connue que pour une chose que je n'apprécie guère. Il vaut mieux qu'elle reste inconnue pour vous que l'inverse. »
« Bien sûr, bien sûr. Eh bien, je suis Sal. Ravi de vous rencontrer. »
« Tout le plaisir est pour moi. »
Ils ont hoché la tête l'un vers l'autre, et j'ai presque soupiré de soulagement. Nous nous sommes frayé un chemin jusqu'à nos places habituelles, sauf que cette fois, Sal allait s'asseoir à côté de moi. Les deux hommes ont discuté pendant que nous nous installions. La conférencière Claudia n'était pas encore arrivée, donc nous avions encore un peu de temps pour parler.
« Alors, M. Sal, puis-je vous demander quelle est votre relation avec Salvos ? »
Lamarr s'est tourné vers Sal, curieux.
« C'est juste une am... »
« Oh, c'est ma fille. »
Sal m'a coupée en me tapotant l'épaule.
Je me suis instantanément figée. Je ne sais pas combien de temps il a fallu pour que ses mots imprègnent mon cerveau — probablement autant de temps qu'il en faudrait à un [Mage de Feu] de Niveau 10 pour briser un lac gelé. Ma tête s'est tournée brusquement vers le Diable, incrédule, mais avant que je puisse placer un mot, Sal racontait déjà son histoire.
« Salvos est ma fille unique. Je suis surpris qu'elle ne vous ait pas parlé de moi avant. J'aurais pensé qu'elle serait plus fière de son bon vieux papa. »
Lamarr a tapoté son menton du doigt.
« Hrmph, peut-être qu'elle vous a mentionné. Hélas, je blâme ma mauvaise mémoire pour la raison pour laquelle j'ai oublié. »
« Elle l'a fait ? Oh, merci, ma très chère fille. »
Sal m'a attirée dans une demi-étreinte, et j'ai enfin réussi à faire fonctionner ma bouche.
« Q-quoi... ? »
Mais le Diable m'a ignorée, choisissant de continuer.
« Dites-moi, Roi Lamarr, comment se comporte ma fille ? Je sais qu'elle peut être espiègle par moments. Mais j'espère qu'elle vous traite bien ? »
« Il n'y a pas besoin de s'inquiéter du comportement de votre fille, M. Sal. Elle a été une excellente élève et une excellente camarade de classe pour moi. Je nous considérerais comme amis, mais je préférerais ne pas parler pour elle. »
Ma mâchoire est restée pendante alors que Lamarr le croyait vraiment, commençant à poser des questions sur moi.
« En fait, je dirais qu'elle m'a impressionné plus souvent qu'à son tour. Je suis surpris qu'une personne de son âge soit si talentueuse et studieuse. Peut-être un peu fougueuse, mais ce n'est pas un défaut de son caractère. »
« Oh, ouais. Elle est comme ça depuis qu'elle est toute petite. Vous savez, quand elle n'avait que cinq ans, elle m'a défié en duel ! À quel point est-ce ridicule ? Et elle aurait pu me tuer, en plus ! »
Lamarr a ri alors que Sal se massait les tempes, feignant l'épuisement.
« D'une certaine manière, cela ne me surprend pas. »
J'ai failli lancer un regard noir à Lamarr pour avoir dit ça. Mais ensuite, j'ai entendu les murmures dans le reste de la salle. Des têtes se sont tournées — des étudiants de quatrième année du Collège des Aspirations me regardaient et parlaient entre eux.
« C'est le père de Salvos ? »
« Il a l'air beau. »
« Alors c'est de lui qu'elle tient sa beauté... »
Mes yeux se sont écarquillés. Puis ils ont tressailli alors que la rumeur commençait à se répandre avant que je ne puisse l'étouffer. Je me suis levée, pointant Sal du doigt et faisant face à la salle.
« Ce n'est pas mon père ! »
J'ai bafouillé. Tout le monde s'est figé. Le sourire de Lamarr s'est transformé en grimace. Et Sal s'est reculé, posant une main sur sa poitrine.
« Ça fait mal à ton vieux père, ma fille. Juste parce que ta mère m'a quitté... »
« Quoi ?! »
J'ai presque crié, mais Lamarr a hoché la tête à côté de moi.
« En effet, Salvos. Je comprends qu'à votre âge, on se sente souvent embarrassé par ses parents, mais c'est l'homme qui vous a élevée. Vous ne devriez pas lui manquer de respect comme ça. Surtout pas devant les autres. »
Je suis restée à fixer le Roi de Traith.
« ...quoi ? »
Sal a secoué la tête, affichant un air légèrement blessé, tout en essayant d'apaiser Lamarr.
« Ce n'est rien, Roi Lamarr. Je suis sûr que ma fille a ses raisons de ressentir les choses ainsi. Oubliez ce que j'ai dit. Je ne souhaite pas l'humilier, vous voyez ? »
« Comme c'est noble de votre part. »
Lamarr semblait presque au bord des larmes, tandis que Sal reniflait réellement. J'avais envie d'enterrer ma tête dans mes mains et de mourir de honte. J'ai gémi, me rappelant ce que Sal avait dit juste au moment où nous quittions les dortoirs.
« Ugh, tu avais l'intention de faire ça, n'est-ce pas ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
Il a battu des cils innocemment, et j'ai reconnu la cadence de sa voix. C'était exactement comme mes moments à moi. C'était vraiment comme me gérer moi-même, si j'étais ma propre compagne.
J'ai serré le poing... puis j'ai expiré.
« Très bien. Peu importe. C'est mon père, oui. Mais est-ce qu'on peut passer à autre chose ? Ugh, c'est juste horrible. Regarde — Claudia arrive. »
Je me suis tournée vers la porte, et effectivement, la conférencière de mon premier cours est enfin arrivée. Elle était apathique comme à son habitude, s'arrêtant seulement pour ajuster ses lunettes quand elle a repéré Sal. Avant qu'elle ne puisse s'enquérir de sa présence, les yeux du Diable ont brillé.
« Ah, donc c'est elle, ta conférencière. »
Et je savais que ça pouvait devenir bien pire.
Bien plus... embarrassant.