« Arthur… je crois que je suis amoureuse. »
La voix d’Evangline résonna dans le couloir obscur du donjon.
Arthur se tourna lentement vers elle.
Un sourire suffisant se dessina sur ses lèvres. Il plongea son regard dans ses yeux magenta et prit délibérément un air timide.
« Je savais que ce jour finirait par arriver. »
Il entrouvrit les bras.
« Commençons par un baiser. »
Boum !
Un poing frappa Arthur en plein visage.
Il chancela en arrière, une main plaquée contre sa joue.
« Aïe ! »
Il regarda Evangline d’un air blessé.
« C’est comme ça que tu exprimes ton amour ? »
Evangline leva le Desert Eagle modifié qu’elle tenait à la main.
« Pas pour toi, espèce d’idiot. »
Ses yeux pétillèrent tandis qu’elle admirait l’arme.
« Je suis amoureuse de ces balles. »
Le sourire d’Arthur s’effaça.
Evangline eut un grand sourire.
« Dès qu’on sortira de ce donjon, je te ferai signer un contrat. »
« Quel contrat ? »
« Tu me fourniras ces balles à vie. »
« Je refuse. »
Evangline ouvrit grand la bouche.
Puis elle se désigna d’un geste indigné.
« Je suis ta reine, bon sang ! Obéis-moi. »
Arthur la regarda avec calme.
« Alors embrasse-moi. »
Le visage d’Evangline s’empourpra.
Pendant un instant, elle eut vraiment l’air d’envisager de lui tirer dessus.
Avant qu’elle ait pu faire quoi que ce soit, une autre gifle s’abattit sur la joue d’Arthur.
Paf !
Cette fois, Jasmine se tenait devant lui, le regard glacial et les intentions parfaitement claires.
« Nous devrions nous concentrer sur la tâche, chef. »
Arthur déglutit.
« Oui, madame. »
Jasmine se détourna.
Arthur se frotta la joue, puis désigna le couloir.
« Tout le monde, en avant vers la victoire ! »
Les autres soupirèrent et le suivirent plus profondément dans le donjon.
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Plus ils s’enfonçaient dans le donjon, plus celui-ci devenait dangereux.
De vieilles fissures et des runes délavées couvraient les murs de pierre, tandis que des torches de mana bleues vacillaient le long du couloir, projetant de longues ombres déformées sur le sol.
L’air sentait l’humidité, et chaque recoin semblait pouvoir dissimuler un nouveau piège.
Arthur marchait en tête.
Victor le suivait, une main près de la garde de son épée. Jasmine protégeait le centre, tandis qu’Evangline surveillait les flancs, son Desert Eagle prêt à tirer. Rubina restait à l’arrière, vigilante et prête à recourir à sa magie de guérison à tout moment.
« Il n’y a qu’un seul itinéraire sûr pour rejoindre notre destination, murmura Victor.
Arthur acquiesça.
Puis il activa Prévoyance.
Son regard s’aiguisa.
Pendant un bref instant, le monde autour de lui se brouilla.
Il vit deux secondes dans le futur.
Une dalle qui s’effondrait.
Un piège à flèches dissimulé qui s’activait.
Une mine de mana qui explosait sous leurs pieds.
Une lame qui jaillissait du mur.
Arthur recula aussitôt.
« Pas par là. »
Il désigna un autre couloir.
« Par ici. »
L’équipe le suivit sans poser de questions.
Chaque fois qu’ils atteignaient une nouvelle intersection, Arthur utilisait Prévoyance.
Deux secondes dans le futur.
Encore.
Et encore.
Il ne voyait pas très loin et ne pouvait pas prédire tout le donjon.
Mais deux secondes suffisaient.
Suffisaient pour remarquer le scintillement d’une rune cachée.
Suffisaient pour voir un sol s’effondrer.
Suffisaient pour éviter un piège.
Suffisaient pour choisir le chemin le plus sûr.
Tandis que les autres académies peinaient à parcourir leurs itinéraires, perdant du temps à cause des pièges, des couloirs effondrés et des monstres inutiles, l’équipe d’Arthur avançait à une efficacité remarquable.
Ils ne s’arrêtaient qu’en cas de nécessité.
Ils ne gaspillaient pas leur mana.
Ils continuaient simplement d’avancer.
Puis leur chemin fut barré.
Dix créatures surgirent des ténèbres.
Elles étaient plus grandes que des gobelins ordinaires, avec des corps musculeux, une peau vert foncé, des dents acérées et des yeux jaunes luisants.
Des hobgobelins.
Des monstres de Rang C.
Chacun était armé. Certains brandissaient des épées courbes, d’autres des lances, des haches ou de lourdes massues.
Les créatures grognèrent en encerclant le groupe.
Victor s’avança.
« Je m’en charge. »
Arthur acquiesça.
« Ne gaspille pas ton mana. »
Victor dégaina son épée.
La lame sortit du fourreau dans un tintement métallique net.
Cling !
Les hobgobelins chargèrent.
Victor bougea.
Son corps devint flou.
Il esquiva la hache du premier hobgobelin, pivota derrière lui et frappa une seule fois.
Fssht !
La tête de la créature s’envola dans les airs.
Avant même que son corps ne s’écroule, Victor était déjà en mouvement.
Il se baissa sous une lance et lança son épée vers le haut.
Un deuxième hobgobelin s’effondra.
Puis un troisième.
Puis un quatrième.
Victor n’utilisa pas de mana.
Il n’utilisa aucune capacité.
Il ne comptait que sur son escrime.
Chacun de ses gestes était rapide, précis et efficace.
Son jeu de jambes était fluide, ses coups nets et sa maîtrise des distances irréprochable.
Une massue s’abattit vers sa tête.
Victor esquiva de côté.
Son épée trancha le poignet de la créature.
La massue tomba.
Sa lame suivit aussitôt.
Fssht !
Le hobgobelin s’écroula.
En moins d’une minute, tous les hobgobelins gisaient morts.
Leurs corps se dissipèrent en particules lumineuses, et le couloir retrouva le silence.
L’équipe se mit à applaudir.
Même Jasmine adressa à Victor un petit signe approbateur.
Victor rengaina son épée.
« Ce n’était rien. »
Un léger sourire étira le coin de ses lèvres.
Puis un grondement sourd résonna dans les profondeurs du donjon.
Le son était plus grave.
Plus fort.
Plus dangereux.
L’expression de Rubina changea.
« On dirait un monstre de Rang B. »
Le groupe contourna l’angle.
Et le vit.
Un troll gigantesque se dressait dans le couloir.
Il faisait plus de deux fois la taille d’un homme ordinaire. Sa peau épaisse, gris-vert, était couverte de cicatrices ; ses petits yeux jaunes brûlaient de rage et il tenait une énorme massue dentelée.
Cette arme grossière était assez grande pour écraser plusieurs personnes d’un seul coup.
Le troll rugit.
Puis il chargea.
« Derrière moi ! »
Victor s’avança tandis que le troll abattait sa massue avec une force incroyable.
Victor leva son épée.
Cling !
Le choc fit trembler le couloir.
Ses pieds glissèrent en arrière sur le sol de pierre, et ses bras tremblèrent sous la force colossale du coup.
La force brute du troll était écrasante.
Avant qu’il ne puisse frapper à nouveau, Jasmine s’avança.
« Laisse-moi m’occuper de celui-là. »
Victor s’écarta.
Jasmine leva une main.
Une lueur bleue glaciale se rassembla autour de ses doigts.
La température du couloir chuta aussitôt.
Le givre se répandit sur le sol de pierre tandis que des dizaines d’énormes pics de glace se formaient derrière elle, suspendus dans les airs, la pointe dirigée vers le troll.
Le regard de Jasmine se durcit.
« Transpercez-le. »
Les pics fusèrent vers l’avant.
Fssht !
Le troll tenta de lever sa massue.
Trop tard.
Les lances de glace s’écrasèrent contre sa tête.
L’une lui transperça le crâne.
Une autre s’enfonça dans son cou.
Le rugissement du troll s’interrompit brusquement.
Son immense corps resta debout une seconde de plus avant de s’écraser au sol.
Boum !
La créature se dissipa en particules lumineuses.
Jasmine baissa la main.
Puis, comme les autres, elle se tourna vers Arthur.
Elle attendit.
Arthur la regarda à son tour.
« Quoi ? »
La paupière de Jasmine tressaillit.
Arthur haussa les épaules.
« J’aurais pu faire pareil. »
Il pencha la tête.
« Tu veux des gratouilles sur la tête ou quoi ? »
L’expression de Jasmine s’assombrit aussitôt.
Arthur poursuivit, sans se douter du danger.
« Sans compter que tu as utilisé du mana… »
Une veine saillit sur le front de Jasmine.
Elle écrasa brutalement le pied d’Arthur.
« Aïe ! Aïe ! »
Arthur bondit en arrière en se tenant le pied.
« Quelle cinglée, cette femme ! »
Jasmine l’ignora et poursuivit son chemin.
Elle marchait visiblement plus vite.
Alors qu’elle avançait dans le couloir, une rune cachée s’activa soudain sous son pied.
Un piège.
Les murs s’ouvrirent.
Des pointes de métal acérées fusèrent des deux côtés vers le groupe.
Jasmine ne s’arrêta même pas.
Elle leva la main.
La glace se répandit dans le couloir.
Un épais mur de cristal gelé jaillit entre le groupe et le piège.
Les pointes de métal s’écrasèrent contre la glace et se brisèrent.
Jasmine continua d’avancer comme si de rien n’était.
Evangline l’observait avec un grand sourire.
Elle semblait savourer pleinement la punition infligée à Arthur.
Victor et Rubina suivirent Jasmine.
Arthur soupira.
« Suivons-la sans l’énerver davantage. »
L’équipe reprit sa route.
Bientôt, ils l’aperçurent.
Une immense porte de pierre se dressait au loin.
Elle se trouvait encore à plusieurs dizaines de mètres, mais ils pourraient l’atteindre en une ou deux minutes s’ils accéléraient.
Des lignes dorées luisaient sur les portes antiques.
Arthur jeta un regard en arrière vers le chemin qu’ils avaient parcouru.
« Alors, cinq points pour les gobelins. »
Il se mit à compter.
« Un point pour les hobgobelins. »
Son regard se porta vers l’endroit où le troll avait disparu.
« Et un point pour le troll. »
Arthur acquiesça.
« Sept points. C’est un bon début. »
Rubina regarda le groupe.
« Vous êtes vraiment incroyables. »
Tous se tournèrent vers elle.
« Des élèves ordinaires n’auraient jamais fait le poids contre ces monstres, seuls. »
Son regard passa de Victor à Jasmine, puis à Evangline et enfin à Arthur.
« Mais vous les avez tous affrontés comme si de rien n’était. »
Elle baissa les yeux.
« Même avec toutes ces restrictions, vous êtes toujours aussi forts. »
Rubina hésita.
« J’aimerais pouvoir être comme vous. »
Arthur la regarda.
« Ne pense pas comme ça. »
Rubina cligna des yeux.
« Tu as tes propres points forts. »
La voix d’Arthur était calme.
« Ne te compare pas aux autres. Ces types s’entraînent depuis l’enfance. Toi, tu partais de rien et tu as quand même atteint la dixième place parmi les premières années. »
Les yeux de Rubina s’écarquillèrent légèrement.
Un petit sourire apparut sur son visage.
« Merci. »
Elle hocha fermement la tête.
« Je vais faire de mon mieux, moi aussi. »
Alors que l’équipe s’apprêtait à atteindre l’immense entrée, une voix leur parvint de derrière.
« On dirait que vous êtes tous épuisés. »
Arthur plissa les yeux.
Le groupe se retourna aussitôt.
Vingt-cinq élèves se tenaient dans le couloir, derrière eux.
Ils venaient de plusieurs académies, leurs armes déjà dégainées et leurs visages hostiles.
Christopher se tenait à leur tête.
Le représentant aux cheveux gris portait ses lunettes de soleil même à l’intérieur du donjon, un léger sourire aux lèvres.
L’équipe d’Arthur était largement en infériorité numérique.
Christopher fit un pas en avant.
« Alors, Arthur. »
Sa voix résonna dans le couloir.
« Qu’est-ce que tu vas faire ? »
Il pencha la tête.
« Es-tu vraiment de mon côté ? Allons-nous nous entraider ? »
Son sourire disparut.
« Ou est-ce que je vais te détruire ? »
Christopher leva la main.
« Comme tu le sais, nos statistiques sont limitées ici. Réfléchis bien avant de me répondre. »
Arthur s’avança.
Il s’appuya lourdement sur son katana, comme s’il était épuisé, baissa légèrement la tête et ralentit sa respiration, qui devint irrégulière.
Les autres élèves l’observaient attentivement.
Le sourire de Christopher s’élargit.
Puis Arthur releva la tête.
« Vous êtes qui, déjà ? »
L’expression de Christopher tressaillit.
Le couloir se tut.
Arthur promena son regard sur les vingt-cinq élèves.
« Je connais l’un de vous ? »
Le visage de Christopher s’assombrit.
« Attaquez. »
La seconde suivante, un garçon d’une des académies fonça sur Arthur.
Il serra son épée à deux mains et se précipita.
Arthur semblait être une proie facile.
Épuisé.
En infériorité numérique.
Encerclé.
Le garçon leva son arme et s’approcha suffisamment pour frapper.
Arthur bougea.
Son katana jaillit de son fourreau.
Fssht !
La main du garçon tenant l’arme tomba au sol.
Un instant, il contempla son moignon, incrédule.
Puis il hurla.
« AAAAAH ! »
Il s’effondra sur le sol en se tenant le bras.
Le sang se répandit sur la pierre.
La douleur était bien réelle.
Même dans le sous-espace virtuel, la douleur semblait parfaitement réelle.
Arthur le regarda de haut.
Au lieu de l’achever avec sa lame, il rengaina son katana.
Puis il leva son arme.
Boum !
Le fourreau s’abattit sur la tête du garçon.
Encore.
Boum !
Encore.
Boum !
Le sang éclaboussa le couloir.
Le garçon se débattait désespérément.
Arthur continua de frapper.
Boum !
Boum !
Boum !
Enfin, le corps du garçon se dissipa en particules lumineuses.
Le couloir du donjon retomba dans un silence absolu.
Personne ne bougea.
Personne n’osa parler.
Arthur leva lentement sa main ensanglantée et la passa dans ses cheveux noirs pour les repousser en arrière.
Puis il se tourna vers les élèves restants.
« Très bien. »
Ses yeux cramoisis étaient froids et d’un calme inquiétant.
« Qui est le suivant ? »
Silence.
Les élèves qui avaient encerclé Arthur quelques instants plus tôt restaient pétrifiés.
Le sang avait quitté leur visage.
Leurs armes tremblaient entre leurs mains.
Il ne restait aucune bravade dans leurs yeux.
Aucune arrogance.
Aucun courage refoulé.
Seulement une peur brute, absolue et sans filtre.