Le premier match du Tournoi interacadémique allait commencer.
Dans tout le Colisée d’Or, l’excitation était à son comble.
Les immenses écrans de mana qui flottaient au-dessus de l’Arène affichaient en lettres éclatantes les règles de la première épreuve.
[ Premier match : chasse au trésor ]
[ Lieu : Donjon de la sous-dimension virtuelle ]
[ Équipes par académie : 1 ]
[ Membres par équipe : 5 ]
[ Trésors disponibles : 4 ]
[ Objectif : récupérer un cristal et s’échapper par l’unique sortie du donjon. ]
[ Avertissement : les combats entre équipes sont autorisés. ]
La foule éclata en acclamations.
C’était le premier match du tournoi.
La première occasion pour chaque académie d’affirmer sa supériorité.
La première chance pour ses étudiants de montrer au monde que leur académie méritait la première place.
Chaque académie voulait marquer les esprits.
Chaque académie voulait prendre rapidement l’avantage.
Et toutes voulaient maîtriser le tournoi dès le départ.
Pour l’Académie Celestias, Arthur avait lui-même choisi l’équipe.
Arthur.
Victor.
Evangline.
Jasmine.
Et Rubina.
Tous les cinq étaient en première année.
Cette composition en surprit plus d’un.
Il était rare que des étudiants de première année participent à une épreuve aussi dangereuse et complexe sur le plan stratégique. Qu’une équipe entière ne soit composée que de première année l’était encore davantage.
La chasse au trésor ne reposait pas uniquement sur la force brute.
Elle exigeait de l’expérience, du discernement, une connaissance des donjons, une bonne coordination, une gestion prudente du mana et la capacité d’affronter d’autres académies sans perdre le trésor acquis.
Pourtant, Arthur avait tout de même choisi cinq étudiants de première année.
Layla avait attendu que les autres soient partis pour enfin exprimer ses inquiétudes.
La salle de réunion était silencieuse.
Il ne restait qu’Arthur et Layla.
Layla se tenait devant lui, le regard grave dans ses yeux bruns.
« Tu es sûr de toi, Arthur ? On pourrait ajouter des étudiants plus expérimentés de deuxième ou troisième année. »
Elle hésita avant de poursuivre.
« Je sais que Victor, Evangline, Jasmine et Rubina sont forts, mais ils manquent d’expérience pour une épreuve pareille. »
Arthur s’appuya contre la table.
Layla poursuivit : « Et dans la sous-dimension virtuelle, la force physique et la vitesse de tout le monde seront limitées. Ton avantage en tant qu’utilisateur de système le sera aussi. »
La sous-dimension virtuelle du tournoi ramènerait les attributs physiques de chacun à un niveau similaire.
La Force.
L’Agilité.
La Durabilité.
La capacité en mana.
Même les utilisateurs de système seraient limités.
Leurs statistiques écrasantes ne leur procureraient plus le même avantage que dans le monde réel.
Arthur regarda Layla.
« Je comprends tes inquiétudes. »
Layla attendit sa réponse.
« Mais fais-moi confiance. Notre équipe est tout à fait capable de s’en sortir. »
Ses yeux cramoisis brillèrent.
« En montrant de quoi nous sommes capables dès le premier match, nous pouvons donner le ton pour tout le tournoi. »
Layla le fixa plusieurs secondes, puis finit par soupirer.
« Je fais confiance à ton jugement. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
Arthur lui rendit son sourire.
« J’apprécie ta confiance. »
Il se dirigea vers la sortie.
Dehors, les membres sélectionnés attendaient.
Victor se tenait là, les mains dans les poches, l’air aussi indifférent que d’habitude.
Evangline s’adossait au mur en faisant tourner nonchalamment son Desert Eagle autour d’un doigt.
Jasmine se tenait tranquillement, les bras détendus le long du corps, observant la scène d’un air calme et impénétrable.
Rubina attendait légèrement en retrait.
Elle avait les cheveux courts, des yeux sombres et doux, et une présence discrète. Contrairement aux autres, qui dégageaient de l’assurance ou de l’agressivité, elle semblait réservée et nerveuse.
Mais si Rubina était classée dixième parmi les étudiants de première année, ce n’était pas pour rien.
C’était une guérisseuse douée, capable de maintenir ses coéquipiers en vie dans des situations où la moindre erreur pouvait leur coûter la victoire.
Arthur les observa tous les quatre.
« Vous êtes prêts ? »
Ils acquiescèrent d’un même mouvement.
« Bien. »
───────────────
Arthur et son équipe entrèrent dans la salle de préparation, près de l’Arène de la sous-dimension virtuelle.
Plusieurs autres étudiants s’y étaient déjà rassemblés, pour la plupart en deuxième ou troisième année. Seule une poignée d’étudiants de première année avaient été sélectionnés par leur académie.
Arthur balaya la salle du regard.
« Alors, Bryan, de l’Académie de l’Étoile Martiale, ne participe pas à ce match ? »
Son regard parcourut la salle avant de s’arrêter sur deux visages familiers.
Ava et Eva.
Les jumelles de l’Académie du Pic Glacé se tenaient ensemble près du mur du fond. Leurs uniformes blancs et bleus s’accordaient à leurs cheveux pâles et à leurs expressions glaciales.
Quand elles remarquèrent qu’Arthur les regardait, elles lui lancèrent toutes deux un regard méfiant.
Elles se demandaient toujours comment il avait appris l’existence de leur technique secrète.
Monde gelé.
Une technique qu’elles avaient pratiquée en secret avec leur père.
Arthur leur adressa simplement un sourire en coin.
Les jumelles froncèrent les sourcils.
Puis une voix joyeuse retentit soudain depuis l’entrée.
« Tout le monde est prêt pour le premier match ? »
Une femme aux cheveux blancs entra dans la salle, vêtue de l’uniforme du personnel du tournoi. Elle affichait un sourire presque insouciant tandis que son regard parcourait les étudiants rassemblés.
Puis ses yeux se posèrent sur Arthur.
Elle lui adressa un petit sourire.
Personne ne lui répondit.
Les étudiants étaient trop tendus. La perspective d’affronter certains des élèves les plus forts des autres académies commençait enfin à peser sur eux.
La femme aux cheveux blancs hocha la tête à plusieurs reprises.
« Je vois. Vous êtes tous nerveux à l’idée de votre premier match. »
Elle sourit de toutes ses dents.
« C’est compréhensible. »
Puis elle posa un doigt sur son menton, pensive.
« Est-ce que vous vous inquiétez parce qu’il y a dix équipes, mais seulement quatre cristaux ? »
Les étudiants échangèrent des regards.
La femme ouvrit soudain les bras.
« Pourquoi ne pas simplement voler les cristaux aux autres équipes ? »
Silence.
Son sourire se fit malicieux.
« Pourquoi chasser des monstres quand on peut plutôt chasser les équipes ? S’il n’en reste aucune, tous les cristaux seront à vous. »
Les concurrents la dévisagèrent.
*Elle a un grain.*
La femme sembla apprécier leurs réactions, puis se pencha légèrement en avant.
« Ah, mais il y a quelque chose que les instructions écrites ne vous ont pas dit. »
Tous les regards se tournèrent de nouveau vers elle.
« En effet, seules les quatre premières équipes à obtenir un cristal et à sortir du donjon recevront des points pour leur cristal. »
Ses yeux étincelèrent.
« Mais les équipes finiront toutes par se croiser. »
La salle se fit silencieuse.
« Vous serez contraints d’affronter des monstres… »
Son sourire s’élargit.
« … et les uns les autres. »
Plusieurs étudiants déglutirent.
« Ce sera une bataille royale pour les trésors. »
La femme aux cheveux blancs en parlait comme si elle décrivait quelque chose d’amusant.
« Pour gagner, il ne suffit pas d’obtenir un cristal. »
Elle leva un doigt.
« Il faut le garder. »
Sa voix se fit plus grave.
« Vous devrez le protéger des équipes rivales et vous frayer un chemin jusqu’à l’unique sortie du donjon. »
Les étudiants changèrent d’expression.
Le donjon comportait plusieurs chemins.
Ils avaient supposé que chacun pourrait mener à une sortie différente.
Mais il n’y avait qu’une seule sortie.
Les équipes finiraient donc forcément par se retrouver.
Les dernières étapes sombreraient dans le chaos.
Les équipes avec un cristal seraient traquées.
Celles qui n’en auraient pas n’auraient rien à perdre.
Des alliances se formeraient.
Puis elles se briseraient.
Les équipes les plus fortes seraient prises pour cible.
Les plus faibles seraient écrasées.
La femme sourit, visiblement ravie de la tension qu’elle avait fait naître.
« Certains d’entre vous n’ont pas encore d’armes. »
Elle désigna un râtelier installé sur le côté de la salle.
« Choisissez ce que vous voulez. »
Arthur se dirigea aussitôt vers les armes.
Les autres le suivirent du regard, intrigués.
Des rangées d’armes étaient disposées le long du mur.
Des épées.
Des lances.
Des haches.
Des boucliers.
Des arcs.
Des arbalètes.
Des dagues.
Des pistolets.
Des fusils.
Des armes imprégnées de mana.
Il y avait de l’équipement pour presque tous les types de combattants.
Arthur les examina pendant près d’une minute avant de faire son choix.
Il revint avec un katana à la main.
La longue lame légèrement incurvée reposait dans un fourreau noir.
Jasmine le regarda.
« Tu sais au moins t’en servir ? »
Arthur sourit.
« Non. »
Jasmine cligna des yeux.
Arthur posa le katana sur son épaule.
« Je vais apprendre aujourd’hui. »
Jasmine le dévisagea, incrédule.
Evangline éclata de rire.
Victor resta silencieux, le visage parfaitement impassible.
Rubina s’agita nerveusement, ne sachant pas comment prendre part à la conversation.
La responsable aux cheveux blancs finit par joindre les mains.
« À présent, il est temps pour vous d’entrer dans la sous-dimension virtuelle. »
Les étudiants reprirent aussitôt leur sérieux.
Elle balaya la salle du regard.
« La douleur que vous ressentirez à l’intérieur sera aussi réelle que possible. »
Son sourire joyeux s’effaça un peu.
« Alors, soyez prudents. »
Les étudiants prirent lentement leur souffle.
La femme fit claquer ses doigts.
Un vaste cercle magique apparut sous leurs pieds.
Des runes d’un blanc éclatant se répandirent sur le sol avant que le cercle ne s’active.
Un à un, les étudiants se dissipèrent en particules de lumière.
Puis ils disparurent.
───────────────
Arthur ouvrit les yeux.
La première chose qu’il vit fut l’obscurité.
Des murs de pierre froide l’entouraient.
De l’eau gouttait du plafond, tandis qu’un étroit couloir s’étirait devant lui, éclairé seulement par des torches de mana bleues fixées aux murs.
Son corps avait pris forme dans le Donjon de la sous-dimension virtuelle.
L’air sentait l’humidité.
Et l’ancien.
Et le danger.
« Allô, allô. Test du micro ! »
La voix d’Evangline résonna soudain dans les oreilles d’Arthur.
Arthur plissa les yeux.
Le donjon disposait d’un système de communication vocale.
« Tais-toi, lança aussitôt Jasmine. »
Evangline éclata de rire.
Arthur regarda autour de lui.
Victor se tenait près de l’avant du groupe.
Jasmine se trouvait au centre.
Evangline était adossée au mur, son Desert Eagle à la main.
Rubina se tenait derrière Arthur et regardait autour d’elle avec nervosité.
Arthur ouvrit sa Fenêtre de statut.
[ STATUT ]
[ Force : ??? → 100 temporaire ]
[ Agilité : ??? → 100 temporaire ]
[ Durabilité : ??? → 100 temporaire ]
[ Intelligence : 472 ]
[ Volonté : 420 ]
[ Vitalité : 100 → 20 200 ]
[ Charme : 110 (-20) ]
[ Chance : 54 → 184 ]
Arthur fronça les sourcils.
Ses statistiques physiques avaient été fortement réduites.
Sa force.
Son agilité.
Sa durabilité.
Tout était tombé à 100.
Arthur serra le poing.
La différence était flagrante.
Son corps lui semblait plus faible.
Plus lent.
Plus lourd.
Il n’était pas faible selon les critères ordinaires, mais l’était bien davantage que son véritable lui.
[ Il semblerait que toutes tes statistiques physiques aient été limitées, Hôte. ]
Arthur hocha la tête.
*Je peux quand même faire avec.*
Son regard cramoisi se fit plus vif.
*Il me suffit de combattre plus efficacement.*
Arthur ouvrit un autre panneau.
[ Capacité de mana : ??? → 50 000 temporaire ]
Son expression s’assombrit.
Sa réserve de mana était passée de 3 000 000 à 50 000.
Arthur claqua la langue.
*Tant pis.*
Il referma la fenêtre.
*On dirait que ma régénération est limitée, elle aussi. Nous devons terminer ce match avec le mana dont nous disposons.*
Victor prit la parole depuis l’avant du groupe.
« Vu notre niveau de mana, on ne peut pas se permettre d’utiliser nos compétences à tort et à travers. »
L’équipe acquiesça.
Personne ne savait à quelle vitesse leur mana se régénérerait dans le donjon.
Ni même s’il se régénérerait.
Arthur ne s’inquiétait pas.
Toutes les équipes étaient soumises aux mêmes restrictions.
Cela signifiait que tout ne dépendait pas de celui qui possédait la plus grande puissance.
Tout dépendait de celui qui saurait utiliser au mieux ses ressources.
Arthur s’avança.
« Écoutez-moi. »
L’équipe se concentra sur lui.
« Le temps joue contre nous. Restons groupés et économisons notre mana. »
Arthur se tourna vers Victor.
« Victor, éclaire la route et fais ton rapport. »
Victor hocha une fois la tête.
Arthur se tourna vers Evangline.
« Evangline, couvre nos flancs. »
Elle le salua de deux doigts.
« Compris. »
Arthur regarda Jasmine.
« Jasmine, protège le groupe avec tes sorts. »
Jasmine acquiesça.
Enfin, Arthur se tourna vers Rubina.
« Rubina, reste derrière moi. Tu es notre guérisseuse. »
Rubina hocha nerveusement la tête.
« D-d’accord. »
Le groupe s’engagea dans le couloir sombre.
Leurs pas résonnaient contre les murs de pierre.
Goutte.
Goutte.
Goutte.
Le bruit de l’eau tombant du plafond se mêlait aux grognements lointains des créatures cachées dans les profondeurs du donjon.
Soudain, Arthur s’arrêta.
Victor s’immobilisa au même moment.
Les autres se mirent aussitôt en alerte.
Victor plissa les yeux.
« Quelque chose approche. »
Arthur tira le katana de son fourreau.
La lame refléta la lumière bleue des torches de mana.
« Préparez-vous. »
Des dizaines de petites silhouettes émergèrent de l’obscurité, devant eux.
Une peau verte.
Des oreilles pointues.
Des nez crochus.
Des yeux jaunes.
Des Gobelins.
Ils portaient des armes rudimentaires.
Des épées rouillées.
Des lances brisées.
Des gourdins en bois.
Ils étaient des dizaines.
Evangline sourit.
« Je m’en charge. »
Elle s’avança et leva son Desert Eagle.
« Arrête. »
La voix d’Arthur l’immobilisa.
Evangline regarda par-dessus son épaule.
Arthur sortit plusieurs chargeurs de sa poche et les lui tendit.
« Utilise ça. »
Evangline fronça les sourcils.
« En quoi ça va changer quelque chose ? »
Elle regarda les chargeurs.
« Et quand est-ce que tu as pris ça, au juste ? »
Arthur sourit.
« Je les ai pris quand la dame aux cheveux blancs nous a dit de choisir nos armes. »
Evangline le dévisagea.
« Tu as aussi pris des munitions pendant que tu choisissais un katana ? »
Arthur haussa les épaules.
Les Gobelins les remarquèrent.
Ils grognèrent.
Puis ils chargèrent.
Victor éleva la voix.
« Ça arrive ! Tout le monde, préparez-vous ! »
Arthur poussa les chargeurs vers Evangline.
« Vite. Utilise-les. »
Evangline soupira.
« Bon, je vais les utiliser, puisque tu insistes. »
Elle chargea son Desert Eagle.
« Qu’est-ce que quelques balles pourraient bien changer ? »
Elle leva son arme et visa les Gobelins qui s’approchaient.
Puis elle tira.
Bang !
Le bruit n’avait rien d’un coup de feu ordinaire.
On aurait plutôt dit le tir d’un canon.
Le recul lui explosa dans le bras et la projeta en arrière.
Bam !
Elle s’écrasa violemment contre le mur du donjon.
« Aïe ! »
Au même instant, la balle frappa le sol devant la horde de Gobelins.
BOUM !
Une explosion gigantesque éclata.
Le couloir trembla violemment.
Jasmine leva aussitôt la main.
Une barrière de glace se forma autour du groupe lorsque la vague de chaleur et de force s’abattit dessus.
Des fissures se propagèrent sur la glace.
Mais elle tint bon.
Les Gobelins, eux, n’étaient pas protégés.
La balle unique explosa avec assez de puissance pour vaporiser toute la horde.
Leurs corps disparurent dans la déflagration.
Les armes fondirent.
La pierre éclata.
La fumée envahit le couloir.
Pendant plusieurs secondes, personne ne parla.
Puis la fumée commença à se dissiper.
Il ne restait rien des Gobelins.
Pas même des os.
Arthur renversa la tête en arrière et éclata de rire.
« Ça a marché ! »
Ses yeux cramoisis brillaient d’excitation.
*L’expérience a réussi.*
Arthur regarda le couloir désert.
*J’ai bien fait de comprimer l’énergie thermique à son maximum.*
Son sourire s’élargit.
*Plus le contenant est grand, plus l’impact est puissant.*
Evangline se repoussa du mur.
Elle grimaça en regardant le Desert Eagle.
Puis le chargeur modifié.
Enfin, Arthur.
Ses yeux s’écarquillèrent.
Elle avait du mal à croire ce qui venait de se passer.
Cette seule balle avait anéanti toute une horde de Gobelins.
Evangline s’approcha lentement d’Arthur.
« Arthur. »
Il la regarda.
Elle posa une main sur sa poitrine.
« On dirait que je suis amoureuse. »
Arthur sourit et ouvrit aussitôt les bras.
« Je savais que ce jour finirait par arriver. »
Il inclina la tête.
« Commençons par un baiser. »