Chapitre 674
Chapitre 674
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――Peu importe le nombre de fois où il levait les yeux vers lui, le Château Royal de Lugunica semblait toujours aussi lointain, ses murs d'un blanc crayeux presque engloutis par le ciel du soir.
Subaru : [――Emilia.]
Ces mots lui échappèrent dans un murmure, un profond sentiment de tristesse logé au cœur de Subaru.
Au sein du château situé au point culminant de la Capitale royale, Emilia était retenue captive. En fin de compte, le souhait de Subaru était de la voir siéger sur le trône de ce lieu, et certainement pas de l'enchaîner dans une cellule de prison.
Beatrice : […Emilia est une Candidate Royale, en fait. Au minimum, ils devraient la traiter avec hospitalité en apparence, je suppose. Il est impossible qu'ils l'enferment dans une cellule, en fait.]
Subaru : [Je sais. Je le sais, vraiment. Mais ce n'est pas ça qui…]
Beatrice : [――――]
Subaru : [Ah, pardon… Je vois que tu essayais juste de me remonter le moral.]
Beatrice : [C'est très bien, je suppose. Être capable d'encourager un Subaru sous pression est le privilège spécial d'être sa partenaire, en fait. Petra et Rem seraient en train de pleurer de frustration, je suppose.]
Subaru : [Petra mise à part, je me demande pour Rem. Serait-elle vraiment frustrée ?]
Affichant un sourire ironique, Subaru fut étonné d'avoir pu esquisser un tel sourire.
Jusqu'à cet instant précis, alors qu'il réfléchissait à sa propre impuissance et à Emilia, qu'il n'avait eu d'autre choix que de laisser derrière lui, son cœur était sur le point d'éclater ; malgré tout, la simple présence de Beatrice à ses côtés avait un impact immense.
En la regardant, l'esprit en question lui lança un regard adorablement suffisant et poussa un autre petit soupir.
――Subaru et Beatrice, ainsi que les agents présents à l'avant-poste des Six Langues, se préparaient à partir comme prévu, conformément aux instructions de Russell.
Assez audacieusement, cet avant-poste était situé parmi certains des plus grands entrepôts du Quartier commun. En se tenant près du rempart séparant le Quartier noble adjacent, on pouvait entrevoir la méthode utilisée par les Six Langues pour se dissimuler ―― se fondre dans le décor de la Capitale royale et exister comme une partie naturelle de celle-ci.
À présent, Subaru et Beatrice avaient fait le tour de l'avant-poste, observant le Château Royal de Lugunica où Emilia restait, attendant que les derniers préparatifs de fuite soient prêts.
Subaru : [――――]
Contrairement à Subaru, Beatrice et Crusch, cette dernière continuant de dormir sans que sa conscience ne soit revenue, Rachins ne s'opposait pas à l'idée de fuir la Capitale royale. Avec lui, les membres principaux comprenaient Mouton Blanc, Chien Noir ―― et l'homme qui les dirigeait tous, Russell ; cependant, en dehors d'eux, il semblait y avoir plusieurs membres engagés dans des opérations clandestines et la désinformation.
Comme on pouvait s'y attendre d'une agence de renseignement au service direct du Royaume, tout ce qu'ils faisaient était à une échelle immense.
Beatrice : [Quoi qu'il en soit, même avec une telle puissance, nous avons été complètement surpassés, en fait.]
Subaru : [Mais nous ne resterons pas surpassés pour toujours. C'est pour ça qu'on s'enfuit maintenant, c'est un élan pour notre retour futur.]
Beatrice : [Un élan, je suppose. ――C'était un peu surprenant, en fait.]
Alors que Subaru exprimait sa détermination inébranlable, Beatrice, tenant sa main, murmura soudain ces mots. En entendant cela, Subaru pencha la tête et demanda : « Surprenant ? », ce qui fit froncer légèrement les sourcils de Beatrice.
Beatrice : [Subaru, ta décision de quitter la Capitale royale a été prise beaucoup trop rapidement, je suppose. Tant le fait de laisser Emilia derrière que de ne pas rejoindre Otto et les autres auraient dû être des décisions difficiles, en fait.]
Subaru : [Ça… ce n'est pas faux, et c'est toujours vrai maintenant. Avant de partir voir Miklotov-san, je discutais avec Emilia-tan de ce qu'on allait manger le midi. Aujourd'hui, elle avait hâte de préparer des paniers-repas avec Rem et Petra… mais voilà ce qui est arrivé.]
Beatrice : [Subaru…]
Subaru : [Ça me fait mal, et ça pèse lourdement sur moi. Même ainsi, Beako, le fait que tu n'étais pas contre signifie que tu comprends aussi que c'est la meilleure ligne de conduite, n'est-ce pas ? Tu le comprends aussi ?]
Le ton de la voix de Subaru devint pitoyable, et peu après, Beatrice hocha profondément la tête.
Bien qu'elle ne l'ait pas dit à ce moment-là, Beatrice savait aussi que rester dans la Capitale royale aurait signifié s'engager dans une bataille perdue d'avance. Quoi qu'il en soit, le fait qu'elle n'ait pas essayé de précipiter la décision de Subaru était dû à la fois à sa considération et à la conviction de Subaru lui-même.
C'était pour s'assurer que Subaru puisse faire son propre choix, plutôt que d'abandonner parce que quelqu'un lui avait dit de le faire, ne lui laissant aucune autre option.
Subaru : [Adorable et stricte comme toujours, c'est ma Beako.]
Beatrice : [De plus, cette adorabilité et cette rigueur sont garanties à vie, je suppose.]
Subaru : [Quelle affaire. C'est une bonne chose que je sois sous contrat avec l'Assurance Beako.]
En ébouriffant ses cheveux, le cœur de Subaru fut purifié par la fiabilité de sa partenaire.
Même si elle aurait habituellement essayé de s'échapper en disant « Arrête ça, en fait~ ! », c'était probablement une autre des attentions que Beatrice portait au cœur de Subaru.
Et, là-dessus――,
?? ? : [Les préparatifs finaux pour le départ seront prêts sous peu. Êtes-vous prêts, tous les deux ?]
La voix qui les avait interpellés appartenait à Mouton Blanc.
Une femme vêtue d'une robe blanche sur un costume noir ―― comme Subaru et Beatrice, elle était aussi vêtue de cet article de « perturbation cognitive », et avec ses cheveux maintenant lâchés, elle dégageait une atmosphère un peu différente.
En combinant la « perturbation cognitive » avec un léger déguisement, le style résultant était celui de la dissimulation d'identité.
Subaru : [Hein ?]
Mouton Blanc : [Q-qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que j'ai l'air étrange quelque part ?]
Subaru : [Ahh, désolé, désolé, ce n'est pas ça. C'est juste que tu donnes une impression assez différente par rapport à quand tu portais juste le costume. Entre les deux, cette tenue actuelle semble beaucoup plus en accord avec ta personnalité, Mouton Blanc-chan.]
Mouton Blanc : [C'est… c'est peut-être le cas. Avant que Renard Argenté ne m'accueille… quand j'étais encore avec Maman, je portais ce genre de vêtements la plupart du temps.]
Subaru : [Ah, désolé. J'ai fait remonter ces souvenirs.]
L'ayant poussée à se remémorer des souvenirs désagréables, Subaru essaya de s'excuser, mais Mouton Blanc répondit « non » avec un léger sourire. Caressant ses longs cheveux indigo,
Mouton Blanc : […C'est moi qui devrais m'excuser. Je suis désolée.]
Subaru : [―― ? Pourquoi t'excuses-tu ?]
Mouton Blanc : [Même si c'était nos propres circonstances, j'ai fini par te presser… c'est la raison. Je suis sûre que tu aurais voulu plus de temps pour prendre ta décision, Natsuki Subaru-san.]
Les yeux baissés, alors que Mouton Blanc semblait avoir plus de mal à en parler, un sourire ironique apparut inconsciemment sur le visage de Subaru.
Ayant échappé aux Enfants Bien-Aimés sous la domination de Capella, Mouton Blanc était maintenant membre des Six Langues dirigées par Russell, mais sa nature intrinsèquement bonne n'était certainement pas faite pour être la subordonnée d'un méchant ou pour être une espionne. Après tout, elle était même prête à prendre la responsabilité du temps que Subaru avait eu pour prendre sa décision.
Subaru : [Tu n'as pas à te charger de mes problèmes. Je ne crois pas non plus que tu m'aies pressé. Au contraire, je te suis reconnaissant de m'avoir donné les informations nécessaires pour prendre ma décision.]
Mouton Blanc : [Natsuki Subaru-san…]
Subaru : [Mais si tu te sens toujours intimidée, alors, pourrais-tu au moins arrêter avec ça ?]
Mouton Blanc : [Hein ?]
Subaru : [La façon dont tu m'appelles « Natsuki Subaru-san », avec mon nom complet. Soit « Natsuki-san » ou « Subaru-san » me convient, bien que je me demande ce que tu préfères. Je serai prêt, alors ne t'inquiète pas.]
Haussant les épaules, Subaru tenta de dramatiser autant d'amabilité que possible à travers sa demande, et en recevant cela, Mouton Blanc écarquilla les yeux, ses lèvres s'ouvrant et se fermant à plusieurs reprises pendant un court instant.
Témoin de Mouton Blanc dans un tel état, Beatrice poussa un profond soupir à côté de Subaru,
Beatrice : [Il n'y a pas besoin de chercher trop loin, en fait. Les mots signifient exactement ce qu'il a dit, je suppose.]
Subaru : [C'est quoi cette note d'avertissement inutile… qu'est-ce que j'aurais pu vouloir dire d'autre ?]
Beatrice : [Betty ne sait pas, en fait~, Betty ne dira pas, je suppose~.]
Subaru : [Ça, c'est ce que dirait quelqu'un qui sait !]
Alors que Beatrice se couvrait les oreilles et détournait le visage, Subaru fit la moue avec des sentiments boudeurs. Peut-être parce qu'elle était totalement abasourdie par cet échange entre Subaru et Beatrice, Mouton Blanc avait été complètement prise au dépourvu, toute la tension disparaissant soudainement de ses épaules.
Et puis――,
Mouton Blanc : [――Alors, c'est bon pour moi de vous appeler simplement Subaru-san et Beatrice-san, n'est-ce pas ?]
Subaru : [Ouais, c'est bon. Si tu veux, tu peux même l'appeler Becchin.]
Beatrice : [Becchin !? Même Subaru n'a jamais appelé Betty comme ça, en fait !?]
Mouton Blanc : [J-j-j'ai l'impression que je ne pourrais pas obtenir de réponse de sa part avec ça, alors je vais juste m'en tenir à ça…]
Avec une réponse extrêmement humble, Mouton Blanc renonça au privilège historique d'appeler Beatrice « Becchin ». Cependant, Mouton Blanc ne sembla nourrir aucun regret à ce sujet, et regarda plutôt Subaru avec des yeux affligés par une angoisse entièrement différente.
Au moment même où Subaru fronçait les sourcils devant son attitude, elle commença à bouger ses lèvres――,
Mouton Blanc : [Euh, Subaru-san, à propos de Ti――]
?? ? : [――Hé ! Vous, bande de connards, combien de temps allez-vous continuer à traîner ! Bougez vos culs ici maintenant !]
Mais là-dessus, Rachins fit irruption avec une voix bruyante.
Devant l'éclat aiguisé des yeux shihaku déjà tranchants de Rachins, Mouton Blanc rentra les épaules avec un « Hiyu- ! » effrayé. Protégeant Mouton Blanc derrière lui, alors que Subaru fixait Rachins,
Subaru : [Mec, cette robe ne te va vraiment pas, tu sais ?]
Rachins : [La ferme, laisse tomber ! Plutôt, pourquoi diable dois-je être commandé par Russell Fellow de toutes les personnes. Faites plutôt travailler les gens avec des contrats d'esclave.]
Mouton Blanc : [C-c-ce n'est pas quelque chose comme un contrat d'esclave !]
Subaru : [Mouton Blanc-chan, quand tu t'énerves comme ça, on dirait que c'est vraiment le cas…]
Après avoir réprimandé Mouton Blanc pour avoir pris les commentaires méchants de Rachins si sérieusement, Subaru regarda à nouveau en direction du château lointain et poussa un long soupir. ――Tout ce pour quoi il priait, c'était la sécurité de cette personne.
Beatrice : [Emilia prie aussi la même chose pour Subaru, je suppose.]
Subaru : [Pour nous deux, plutôt. Ça me rendrait plus heureux que si c'était juste pour moi, et ça ressemble aussi plus à Emilia de faire ça.]
Répondant à Beatrice qui devinait ses sentiments les plus intimes d'un seul coup d'œil, Subaru se détourna du château comme pour essayer de secouer ses regrets persistants, et fit le premier pas en avant.
De là, ils continuèrent à marcher à travers l'intérieur de l'avant-poste, et allaient monter dans les voitures-dragons qui attendaient devant.
Puis, au sein de l'avant-poste qui était presque entièrement vidé de manière si rapide, il aperçut une silhouette en robe essayant de transporter une grande boîte dans ses bras.
Bien que le contenu de la boîte lui fût inconnu, il vit qu'ils avaient pas mal de difficultés avec le poids,
Subaru : [Ça devrait être apporté aux voitures-dragons dehors, n'est-ce pas ?]
?? ? : [Ah…]
Tendant rapidement une main secourable, Subaru souleva agilement la boîte à leur place ―― non, ce serait un mensonge de dire qu'il l'a fait agilement. C'était vraiment assez lourd, donc cela avait nécessité une bonne dose de force.
Heureusement, il fut capable de sauver les apparences en la soulevant avec succès tout seul, et alors que Subaru ressentait intérieurement un soulagement, la personne qui avait lutté avec la caisse ―― l'individu portant sa capuche profondément sur ses yeux, eut une réaction déconcertée.
Subaru : [―― ? Est-ce que ça va ?]
Voyant l'attitude perplexe de l'individu, Subaru pencha la tête.
Bien qu'il ne puisse pas voir son visage sous la capuche, c'était une personne mince. Quoi qu'il en soit, Chien Noir était bien plus suspect en ce qui concernait la dissimulation de son vrai visage, donc ce ne serait pas une raison particulièrement forte pour être méfiant envers cette personne ici.
Donc, plutôt que d'être méfiant, ce que Subaru trouvait douteux était la réaction maladroite de la personne. Cependant, il n'avait pas le temps de questionner cela maintenant, et ainsi l'individu baissa la tête et s'enfuit en toute hâte.
Beatrice : [Ne pas dire un seul mot de gratitude, quelle personne impolie, en fait.]
Subaru : [Nah, tu tombes sur des gens timides de temps en temps, tu sais ? Tout le monde ne peut pas être aussi sociable et charmant que Garfiel.]
Beatrice : [Pourquoi mentionner Garfiel ici… eh bien, ce n'est pas complètement incompréhensible, je suppose.]
Le charme n'était pas quelque chose qui découlait uniquement de l'apparence extérieure, mais se manifestait aussi dans l'attitude et la conduite de quelqu'un.
Alors que Subaru et Beatrice hochaient la tête en accord avec leur vision mutuelle du camp, Mouton Blanc remarqua Subaru portant le chargement, et l'interpella avec un « Pardonnez-moi »,
Mouton Blanc : [Faire porter ça à Subaru-san à la place… Je vais avoir un mot avec Serpent Bleu-san plus tard.]
Subaru : [Non, non, ce n'est pas grand-chose… mais, la personne de tout à l'heure était Serpent Bleu ? Si ma mémoire est bonne, c'était la personne qui avait soigné mes brûlures, n'est-ce pas ?]
Mouton Blanc : [Eh, ah, c'est vrai. C'est un utilisateur extrêmement qualifié de magie de soin.]
Quand Subaru réagit en entendant le nom de code ―― Serpent Bleu, Mouton Blanc confirma ses pensées. Après avoir obtenu un mouton, un chien et un renard, le guérisseur étant un serpent était un choix stylistique assez sympa.
Selon les connaissances de Subaru, les serpents et la médecine allaient de pair, complètement inséparables l'un de l'autre. Un exemple pouvait être trouvé dans le bâton d'Asclépios, un bâton entrelacé de serpents manié par un médecin dans la mythologie grecque.
Bien sûr, le nom Serpent Bleu n'aurait été qu'une relation fortuite.
Subaru : [Dans ce cas, je dois être celui qui remercie. Juste porter du chargement n'est pas suffisant pour les rembourser.]
Mouton Blanc : [Ah, bien que cela puisse être difficile. Serpent Bleu-san ne semble pas aimer parler aux autres personnes… Renard Argenté nous a aussi dit de respecter leurs souhaits.]
Subaru : [Hmm ? Un médecin qui n'aime pas les gens… ? Ils semblent de plus en plus être un excellent médecin.]
Compétent mais têtu : cela semblait être les prérequis pour les grands médecins que l'on voyait souvent dans les anime et les mangas.
Quoi qu'il en soit, acceptant ce que Mouton Blanc avait souligné, Subaru décida de ne pas établir de contact supplémentaire avec Serpent Bleu. Au lieu de cela, il décida que s'il les voyait un jour lutter pour porter du chargement, il les aiderait comme un moyen de rembourser progressivement la faveur.
En tout cas――,
Subaru : [――En avant. Pour que nous puissions revenir à nouveau.]
En effet, comme pour s'informer lui-même, Natsuki Subaru déclara ces mots, et avec Beatrice dans son sillage, blottis l'un contre l'autre, ils mirent un pied en dehors de l'avant-poste.
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Russell : [――Le principe de la « perturbation cognitive » est de modifier légèrement l'impression et la présence que l'on dégage naturellement, et de supprimer le malaise résultant au minimum. En d'autres termes…]
Subaru : [En d'autres termes ?]
Russell : [Au milieu d'un filet de surveillance rigoureux, ce n'est rien de plus qu'une tranquillité d'esprit temporaire. Ne vous y fiez pas trop.]
Recevant ces mots tout en étant assis en face de Russell dans la voiture-dragon, Subaru fit un petit signe de tête, et baissa un peu plus les capuches de lui-même et de Beatrice à ses côtés.
Avec les préparatifs des Six Langues en ordre, ils étaient au milieu d'une caravane de voitures-dragons se faisant passer pour un collectif de marchands quittant la Capitale royale.
Les voitures-dragons provisionnées n'étaient rien de fantaisiste, mais plutôt le genre de modèle général qui éliminait toute extravagance inutile, quelque chose que les colporteurs utiliseraient pour traverser les autoroutes, et encore moins les rues de la Capitale royale. Afin de se déguiser en une bande de marchands, la caravane était composée non pas d'une, ni de deux, mais de dix voitures, donc bien qu'il se sente inquiet que cela puisse en fait les amener à attirer plus d'attention――,
Russell : [Veuillez être rassuré. À présent, la Capitale royale est enveloppée dans un peu d'air de tension. Il y en a beaucoup qui trouvent cela défavorable, et ont donc choisi de quitter la Capitale royale pour un temps. Nous allons suivre le mouvement.]
Subaru : [Quand vous dites un air de tension…]
Russell : [Bien sûr, c'est par peur de la possibilité qu'il y ait des fugitifs dangereux recherchés rôdant dans la ville. Les soldats du Royaume sont mobilisés à un degré non négligeable, et des enquêtes autoritaires sont menées. La mort de Sir McMahon est toujours cachée au public, mais l'atmosphère d'urgence ne peut être dissimulée.]
Subaru : [Ça… ça aurait du sens… Je suis sûr que tout le monde doit être rempli d'anxiété.]
Avec l'affirmation de la façon dont il avait envisagé l'atmosphère de la Capitale royale, Subaru eut pitié des habitants de la Capitale royale qui étaient entraînés dans les conspirations de la Luxure. Ce faisant, Russell plissa légèrement les yeux,
Russell : [Natsuki-dono, se pourrait-il que vous ne soyez pas seulement inquiet pour Emilia-sama et les membres de votre camp, mais même pour les citoyens de la Capitale royale ?]
Subaru : [Hein ? Nah, eh bien, je ne dirais pas que je m'inquiète pour eux, mais je suppose que je me demande s'ils iront bien. Même si c'est Capella, sûrement elle n'irait pas jusqu'à utiliser son Autorité pour remplacer même les citoyens sans raison… Je suppose que le fait que je ne puisse vraiment pas dire ça avec certitude est la racine de ce que je ressens.]
Étant donné qu'ils étaient les individus possédant le droit de prise de décision au sein du Château Royal, on pourrait dire que remplacer le Conseil des Sages et les hauts nobles était indubitablement la méthode optimale pour détourner le pays. En comparaison avec eux, utiliser son Autorité sur de simples citoyens n'échapperait pas à la classification de simple harcèlement, mais Capella était aussi tout à fait capable d'accomplir de telles atrocités avec joie.
Bien sûr, ses actions à Pristella avaient propagé la connaissance de son existence et des effets de son Autorité de la Luxure, un acte délibéré visant à garder les Six Langues occupées, mais――,
Russell : [――――]
Subaru : […Ou, Russell-san ?]
Soudain, quand ses pensées atteignirent ce point, Subaru remarqua que Russell était resté silencieux.
Recevant l'appel de Subaru, Russell caressa son bouc, et avec un seul œil fermé, il enchaîna brièvement avec « Non »,
Russell : [Vos craintes sont complètement justifiées, Natsuki-dono. Je ne sais pas si cela servira de consolation, mais ce n'est pas le cas que les Six Langues se retirent complètement de la Capitale royale. Afin de maintenir une emprise sur la situation et de fabriquer des perturbations, un nombre non négligeable d'entre nous restera derrière. J'espère que vous pourrez placer votre foi dans leur travail.]
Subaru : [Ouais, désolé, mais je n'ai pas d'autre choix que de laisser ça à vous tous, Russell-san. Si j'avais dix ou vingt bras de plus, et cinq ou six corps de plus, je pourrais être plus utile, mais…]
Beatrice : [C'est une hypothèse absurde, en fait. Subaru est parfait tel qu'il est maintenant, je suppose.]
Subaru : [Eh bien, j'apprécie ton évaluation… Quoi qu'il en soit, les seuls sur qui nous pouvons compter pour ce côté des choses sont Russell-san et ses gens. Allez-y et montrez-moi la force cachée de l'Agence de Renseignement des Six Langues !]
Faisant briller son poing fermement serré, Russell recula son menton comme pour l'admettre. Tout en trouvant cette réponse encourageante, Subaru dirigea son attention vers l'arrière de la voiture-dragon ―― vers une autre voiture-dragon derrière eux,
Comme mentionné précédemment, les Six Langues avaient déguisé dix voitures-dragons en un convoi marchand, mais celle dans laquelle Subaru et Beatrice voyageaient était juste à l'avant, avec le personnel dispersé partout. Celle qui pesait le plus sur l'esprit de Subaru était Crusch, qui n'avait pas réveillé une seule fois à l'avant-poste.
Depuis qu'elle était tombée dans un sommeil dans les égouts, sa conscience n'était pas revenue.
Juste avant de s'endormir, Crusch avait déclaré que c'était l'influence de son Œil de Dragon, mais ce n'était qu'un autodiagnostic, et en réalité, il n'avait toujours aucune idée de ce qu'était vraiment cet Œil de Dragon.
Bien que Beatrice ait aussi dit que la seule cause avait été la fatigue――,
Russell : [Êtes-vous préoccupé concernant Crusch-sama ?]
Subaru : [C'est… ouais. Mais, vous devriez l'être aussi, n'est-ce pas ? Si vous voulez emprunter la force de Crusch-san afin de lutter contre les Enfants Bien-Aimés, ne devriez-vous pas vous sentir inquiet ?]
Russell : [Il y a certainement une inquiétude. Cependant, un individu talentueux sans égal en ce qui concerne le diagnostic médical a certifié qu'il n'y a aucune crainte concernant le corps de Crusch-sama lui-même. Bien sûr, il y a quelques préoccupations au sujet de l'Œil de Dragon dont vous avez parlé, Natsuki-dono, mais…]
Subaru : [En ce moment, il n'y a pas d'autre choix que de la manipuler avec soin, et d'attendre patiemment qu'elle se réveille, hein ?]
Russell : [Précisément.]
Alors que ses préoccupations recevaient une réponse polie, Subaru déplora combien de choses étaient au-delà de ses propres capacités.
En réalité, les Six Langues priorisaient le bien-être de Crusch au-dessus de tout le reste. Il ne faisait aucun doute qu'ils épuisaient tous leurs efforts pour elle. À cette fin, ils avaient même obtenu un praticien talentueux des arts de guérison――,
Subaru : [En y pensant, était-ce Serpent Bleu-san ? Je les ai brièvement rencontrés plus tôt, mais est-ce que cette personne tient compagnie à Crusch-san ?]
Russell : [――. Avez-vous rencontré Serpent Bleu ?]
Subaru : [Hein ? Ah, ouais, juste au niveau de passer devant juste avant que nous partions. Je n'ai pas pu en tirer un mot, cependant. Mouton Blanc m'a aussi dit, mais je suppose qu'ils sont un peu une personne timide.]
Russell : […En effet. Dans l'ensemble, ce n'est pas faux. Crusch-sama est aussi traitée par Serpent Bleu. Soyez rassuré.]
Peut-être parce qu'il avait été assez surpris par le fait que Subaru ait rencontré Serpent Bleu, qui était soit timide avec les étrangers, soit n'aimait tout simplement pas les autres personnes, le fait que ce soit la première fois que Russell avait eu besoin de prendre un moment avant de répondre était quelque peu rafraîchissant.
Simplement, alors que d'un côté il était soulagé d'apprendre que Serpent Bleu s'occuperait de Crusch――,
Subaru : [Ferris doit aussi être assez inquiet.]
Démis de sa position de seul et unique Chevalier de Crusch, Ferris avait tourné le dos à la proposition de Subaru de servir de médiateur entre les deux. ――Subaru ne savait pas ce qu'il avait fait après qu'ils se soient séparés au cimetière dans la Capitale royale, mais il ne faisait certainement aucun doute qu'il était toujours dans la Capitale. Bien sûr, les nouvelles de la tourmente actuelle auraient dû atteindre ses oreilles maintenant.
Au minimum, il serait préférable qu'il ait réussi à rejoindre Wilhelm, et qu'il se soit abstenu de prendre des mesures hâtives, mais―― et, juste au moment où cette pensée lui vint.
Subaru : [――Nous nous sommes arrêtés ?]
Soudain, assailli par la sensation de la voiture-dragon s'immobilisant, Subaru raidit réflexivement son corps. Il passa promptement ses bras autour des épaules de Beatrice, et tenta de se préparer à toute circonstance inattendue.
Mais, à la réaction de Subaru, Russell lui fit face avec un sourire, disant « Soyez rassuré »,
Russell : [Il semble que nous soyons arrivés à la file d'attente d'inspection devant les portes principales de la Capitale royale. Il y a habituellement un peu de congestion, mais il semble que nous devrons attendre un bon moment.]
Subaru : [Attendre un bon moment… même si c'est sur le point d'être la tombée de la nuit, y a-t-il vraiment tant de gens qui quittent la Capitale royale ?]
Russell : [Ceux qui ont les oreilles fines, ceux qui ont une prise de décision rapide, et ceux qui ont un œil vif pour discerner le profit et la perte ; bien que cela soit limité à cette secte spécifique d'individus, que ce soit la nuit ou le jour ne leur importe pas. Si cette atmosphère devait s'amplifier encore un peu plus demain, un nombre encore plus grand de personnes commencerait à bouger.]
Beatrice : [C'est une reconstitution totale de l'Empire, en fait. À l'époque, les gens fuyaient la Capitale Impériale en grands groupes, je suppose.]
Subaru : [Je me suis souvenu de la même chose. Naturellement, je ne veux pas que les choses tournent comme dans la Capitale Impériale.]
Hochant la tête à la déclaration de Beatrice, Subaru se souvint des événements de la Capitale Impériale de Lupugana à Vollachia.
Les événements de la Capitale Impériale étant transformée en Capitale des Morts-Vivants aux mains de Sphinx, à la tête du Grand Désastre, et l'évacuation massive des citoyens impériaux qui eut lieu sous le commandement d'Abel, étaient encore frais dans sa mémoire. Mais, ce n'était quelque chose qui avait réussi sans accroc que parce que Vollachia était structurée par la force du haut vers le bas, donc il serait probablement difficile de chercher le même exploit au sein de Lugunica.
D'autant plus que, contrairement aux morts-vivants, il n'y avait aucune méthode pour discerner visuellement les Enfants Bien-Aimés de Capella.
Russell : [C'est le but de la Protection Divine de Crusch-sama, et le but de nous la soutenir. ――Natsuki-dono, je crois que cela va déjà sans dire pour vous, mais par tous les moyens, cherchez toujours la meilleure ligne de conduite.]
Alors que Russell baissait légèrement le ton de sa voix, Subaru le regarda droit dans les yeux. L'expression que Russell portait maintenant n'était pas celle d'un marchand, mais celle d'un chef d'agence de renseignement ―― avec le visage du Directeur des Six Langues, il délivra ces mots.
Des mots qui étaient probablement aussi destinés à se mettre en garde lui-même que cette conduite était plus importante que toute autre chose.
Subaru : [Chercher… la meilleure ligne de conduite…]
Russell : [En effet, c'est correct. Pour le bien du Royaume, le bien de l'avenir, et le bien de vos précieux alliés, afin d'arriver à la destination finale, veuillez toujours poursuivre la meilleure ligne de conduite, quoi qu'il arrive. Si c'est dans le but d'accomplir cet objectif, alors même si c'est un choix qui peut être accompagné de douleur, j'espère que vous le sélectionnerez.]
Subaru : [――――]
C'était une manière de parler impassible, ne dégageant aucune chaleur. Cependant, cela ne signifiait pas que cela ne touchait pas une corde sensible dans le cœur de Subaru.
Certainement, il était vrai que des mots chargés d'ardeur, faisant appel à l'émotion, pouvaient être émouvants. Mais, la raison pour laquelle ceux de Russell ne dégageaient pas un tel zèle, était parce qu'il les avait déjà tempérés si minutieusement, les forgeant dans une forme qui ne pouvait plus être changée.
Frapper pendant que le fer est chaud permettrait de le forger dans sa forme idéale. ――Cependant, chauffer délibérément le fer à nouveau après qu'il ait refroidi, pour le frapper et déformer sa forme fixée, serait dénué de sens.
Russell : [――Il semblerait que nous soyons arrivés à l'inspection. Je vais m'en occuper, alors veuillez attendre.]
S'arrêter, bouger, et s'arrêter à nouveau. Alerté par le cocher à travers la petite fenêtre de la voiture-dragon qui avait répété ce cycle, Russell se leva et quitta le véhicule.
En le regardant partir, Subaru poussa un grand soupir. Puis, à côté de lui, Beatrice,
Beatrice : [Bon sang, en fait. Cet homme… il n'est pas étonnant qu'il soit l'ami de Roswaal, je suppose.]
Subaru : [Comme attendu de toi, Beako. J'ai pensé la même chose. C'est juste qu'il fait face dans une direction un peu différente, mais la façon dont ils poussent leurs vecteurs est complètement la même… Chercher la meilleure ligne de conduite, hein ?]
Beatrice : [Subaru fait toujours ça, en fait. Betty peut donner son approbation, je suppose.]
Beatrice était correctement offensée, tout comme si Subaru avait été dit qu'il avait été paresseux.
Bien sûr, ce n'était probablement pas l'intention de Russell, et Beatrice l'aurait aussi compris. En même temps, elle savait aussi que les personnes capables de le faire seraient toujours chargées de telles frustrations.
Subaru : [――L'inspection semble être assez stricte.]
Se levant, il jeta un coup d'œil par la petite fenêtre vers le siège du cocher, et entrevit l'état des choses à l'extérieur. Alors que Beatrice s'alignait à ses côtés et regardait à travers avec un « en fait », ce qu'ils virent était la fenêtre de réception générale installée à la porte de la Capitale royale, et un poste de surveillance provisoire construit séparément.
Il semblait que le comptoir exigeait juste un permis de passage et un catalogue de tout le chargement transporté, donc habituellement, simplement entrer et sortir de la Capitale royale n'était pas trop strict. Ce qui a fait déborder le vase―― c'était que le niveau de sécurité employé à l'entrée du Quartier noble était maintenant appliqué même dans un endroit comme celui-ci.
Russell : [Oui, nous sommes extrêmement inquiets. Par conséquent, je crois que vous pourriez même dire qu'agir rapidement n'est qu'une évidence pour un marchand. Nous avons les permis nécessaires et l'inventaire en ordre ici. Tout le chargement est déjà étiqueté avec des sceaux d'approbation, mais aimeriez-vous jeter un coup d'œil ici pour vérifier tout une fois de plus ?]
D'un coup d'œil, l'inspection était bien entamée, alors que Russell prononçait de tels mots au garde en charge.
Mouton Blanc se tenait à ses côtés, vêtue d'une robe de « perturbation cognitive », et portant plusieurs documents, que Russell présenta au garde en succession rapide.
À cet acte silencieux, mais indéniablement agressif et menaçant, le garde sembla être submergé.
Garde : [Vous ne semblez manquer d'aucun document, et le tampon de la Guilde du Commerce semble être légitime. Quant aux articles catalogués… sont-ils principalement des fournitures médicales ?]
Russell : [Plus cette livraison passera vite, plus cela sera directement lié à la survie de vies humaines.]
Utilisant son titre de président de la Guilde du Commerce, Russell alla encore plus loin pour faire appel à un point de vue moral en tirant parti du contenu de l'inventaire, ne laissant au garde aucune place pour trouver la moindre faute.
Et finalement, comme pièce de résistance――,
Mouton Blanc : [Je vous en supplie. Sans ce médicament, tous les gens de mon village vont… !]
Serrant la main du garde, sa voix tremblante, Mouton Blanc fit une demande sincère d'une manière qui ne semblait pas qu'elle agissait le moins du monde. Pressée à ce point, l'hésitation qui avait existé sur le visage du garde s'effrita finalement.
Avec sa main tenue par Mouton Blanc, le garde s'éclaircit la gorge avec une expression digne,
Garde : [C-compris. Il n'y avait pas de problèmes à trouver en particulier. Vous êtes autorisés à passer――]
?? ? : [――Pas si vite ! Qui a jugé bon de simplement jeter toutes les procédures appropriées par la fenêtre !?]
Mouton Blanc : [―― !]
Alors que la personne en charge tentait de leur accorder l'autorisation, juste avant que Mouton Blanc ne puisse être émue par une poussée d'émotion, un arrêt fut appelé. Tendant un bras sur le côté, et s'interposant, était un individu âgé.
Probablement, c'était quelqu'un de supérieur à la personne qui avait été en charge. Ce supérieur hiérarchique, se précipitant hors de l'avant-poste, saisit les documents des mains de son subordonné, et tout en scannant le contenu écrit,
Supérieur Hiérarchique : [Un certificat de la Guilde du Commerce, et la charge utile a été tamponnée comme approuvée, hm ? Quoi qu'il en soit, les règles sont les règles.]
Russell : [C'est une façon de penser admirable, mais est-ce une situation pour s'en tenir à la procédure si rigidement ?]
Supérieur Hiérarchique : [Vous semblez parler comme un marchand, mais tout comme les marchands ont une façon de faire des marchands, nous, les gardes, avons la dignité d'un garde.]
Russell : [Est-ce ainsi ? ――Très bien.]
Alors que l'individu en charge se redressait aux mots du supérieur hiérarchique, Russell les reçut et y consentit. Dans la périphérie de sa vision, il était aussi clair que Mouton Blanc était devenue nerveuse, mais la même chose valait pour Subaru et Beatrice.
Il savait qu'ils avaient tous les documents nécessaires, ainsi que des voitures-dragons factices, et pourtant,
Subaru : [C-ça pourrait être mauvais… Beako ! Dépêche-toi et entre dans ma poche !]
Beatrice : [Tu paniques trop, je suppose ! Peu importe à quel point Betty est petite et jolie, elle ne rentrera pas, en fait ! Plus important encore, agis de manière plus digne――]
Paniqués par la possibilité que cette voiture-dragon soit examinée, Subaru et Beatrice se lancèrent dans une grande confusion.
Peut-être ayant perçu de telles ondulations de Subaru et Beatrice, Russell se retourna soudainement, et fit un petit signe de la main comme pour rassurer toute la caravane.
À ce geste, Subaru ressentit une vague de soulagement, croyant qu'il devait avoir une contre-mesure prête ―― cela arriva immédiatement alors qu'il pensait cela.
――De grands tremblements, des échos de destruction, et une multitude de cris retentirent de derrière la file de trafic.
△▼△▼△▼△
Au début, Subaru avait presque confondu ce tremblement avec le départ de la voiture-dragon, ces sons avec le cadre de la voiture qui craquait, et les voix audibles avec une sorte d'acclamation.
C'était juste à quel point ces événements avaient été soudains, juste à quel point ils étaient sortis de nulle part.
Subaru : [Qu'est-ce qui s'est passé !?]
Son expression se déformant sous le choc, Subaru sauta sur le siège de la voiture-dragon avec Beatrice dans ses bras, et à travers la grande fenêtre à l'arrière, il alla confirmer ce qui s'était passé derrière la caravane ―― vers la direction d'où venait l'agitation.
Ce faisant, la vue devant ses yeux était celle d'une file de voitures en désarroi, éclatant avec des colonnes de fumée, ainsi que plusieurs personnes se précipitant hors des fumées dans une panique confuse, qui enveloppait aussi un bâtiment qui semblait être à moitié détruit.
Subaru : [C'était… un accident ?]
Beatrice : [Il semble que ce soit le cas, je suppose. D'après les apparences, quelque chose est arrivé à l'une des voitures-dragons, comme peut-être l'essieu qui se casse, causant un accident avec un carambolage de collisions, en fait.]
Subaru : [Et ensuite, écrasé dans le bâtiment au bord de la route, hein ? C'est mauvais, on dirait qu'il y aurait des tonnes de personnes blessées.]
Juste comme Russell l'avait dit, la cause provenait probablement du fait que c'était plus congestionné que d'habitude en raison du chaos dans la Capitale royale. Avec un seul accident qui s'est produit au milieu de la file de trafic largement retardée, cela a donné lieu à une grande réaction en chaîne de collisions.
Il ne savait pas combien de personnes avaient subi des blessures, mais il devait aller aider les gens à sortir du site de l'accident immédiatement――,
Russell : [――Natsuki-dono, nous avons obtenu l'autorisation. La voiture-dragon va partir. Veuillez prendre votre siège.]
Avec Subaru et Beatrice en panique, Russell annonça brusquement cette annonce en revenant à l'intérieur de la voiture. En entendant ces mots, Subaru commença à l'appeler, disant « Russell-san »,
Subaru : [Eh… ? Qu'est-ce que vous avez dit tout à l'heure ? La voiture-dragon part ?]
Russell : [Oui. Les individus en charge sont partis pour s'occuper de l'accident là-bas. Étant donné que nous ne manquons d'aucun document, ils ont jugé acceptable pour nous de passer. Il y a aussi un besoin de dégager la file congestionnée de voitures.]
Subaru : [Non, mais…]
Beatrice : [Des gens ont été blessés, je suppose. Il était question que nous possédions des fournitures médicales parmi notre chargement, en fait.]
Russell : [Un prétexte, je vous assure. Nous ne transportons pas simplement des articles conformément à l'inventaire catalogué. Si nous devions ouvrir le chargement, cela aussi serait exposé. Je crois vous avoir déjà informé. ――Toujours chercher la meilleure ligne de conduite, oui ?]
Son expression et sa voix étaient dépourvues de dureté, cependant le tranchant de la lame du contenu lui-même était bien trop aiguisé.
Alors que ces mots tranchaient dans son corps, les joues de Subaru se raidirent à l'opportunité de mettre en pratique ce qu'on lui avait dit, une opportunité qui était arrivée bien trop tôt. ――Il comprenait le point de vue de Russell. Même ici, il le comprenait, mais quand même.
Russell : [――Mouton Blanc, veuillez expliquer à Natsuki-dono ici.]
Mouton Blanc : [――Hk.]
Alors que Subaru baissait la tête, serrant les dents en silence, Russell soupira, et appela derrière lui. Et celle présente là, qui venait de jeter un coup d'œil dans la voiture-dragon, était Mouton Blanc.
Étouffant le souffle au fond de sa gorge, elle tourna ses yeux ronds et humides vers Russell. Cependant, sans se retourner pour lui faire face, Russell l'appela une fois de plus avec « Mouton Blanc ».
Entendant cela, Mouton Blanc se hissa dans la voiture, et posa sa main sur la main de Subaru reposant sur le cadre de la fenêtre――,
Mouton Blanc : [Subaru-san, s'il vous plaît écoutez-moi ici. Tout ira bien. Les gardes s'en occuperont correctement, assurément. ――Tout ira bien.]
Subaru : […Mouton Blanc… chan.]
Obéissant à Russell alors qu'il tentait de prendre une décision insensible, Mouton Blanc fit un tel appel.
Pendant un moment, un refus véhément tenta d'émerger de l'intérieur de Subaru, cependant, du tremblement dans la main et la voix de Mouton Blanc, il fut fermement transmis qu'elle ne souhaitait pas non plus vraiment les ignorer.
Désespérément, sincèrement, et même ainsi, elle faisait toujours de son mieux pour adhérer à la meilleure ligne de conduite. ――Dans ce cas, juste qu'est-ce que Subaru devait faire ici ?
Beatrice : [――Subaru.]
De l'intérieur de l'étreinte de ses bras, Beatrice appela Subaru.
Ce qui se trouvait dans ses yeux était la lumière de la résolution, et sa confiance en Subaru. Cette radiance était exactement la même que lorsqu'elle avait promis de s'aventurer ensemble en enfer avec lui dans les égouts, et d'aller avec tout ce que Subaru choisissait de défendre, peu importe ce que c'était.
Même si cela signifiait partager le fardeau du péché à ses côtés, Beatrice ne faiblirait pas.
Subaru : [En ce moment, nous devons bouger…]
Russell : [En effet, c'est correct. C'est une décision sage, Natsuki-dono. C'est la meilleure ligne de conduite ici.]
Superposée par-dessus, la main de Mouton Blanc abaissa lentement la main de Subaru qui reposait sur le cadre de la fenêtre. Percevant le mouvement de Subaru, Russell parla avec un sentiment de soulagement.
Oui, c'était juste. Les mots de Russell étaient corrects. Ici, dans cet endroit, ils étaient ce qu'il devait suivre.
Subaru : [――――]
Cet accident pourrait même être décrit comme une bénédiction en quelque sorte.
Il s'était produit juste au moment où la voiture-dragon était sur le point d'être inspectée, quelques instants avant que Subaru et Beatrice ne soient découverts.
Avec les gardes détournant leurs efforts vers le sauvetage, ils seraient capables de s'échapper de cet endroit.
――Tout, était pour sauver la Capitale royale, pour sauver le Royaume.
C'était pourquoi――,
Subaru : [――Ah ?]
Au moment où il essaya de se forcer à faire un compromis, à accepter que se retirer ici était la bonne chose à faire, Subaru le vit, dans le décor à l'extérieur de la fenêtre sur lequel ses yeux avaient continué à s'attarder, trop réticents à les en détacher.
――Il vit la silhouette de Serpent Bleu, robe blanche flottant par l'ourlet alors qu'ils sprintaient droit vers le site de l'accident.
Subaru : [――――]
――.
――――.
――――――Es-tu un idiot, Natsuki Subaru ?
Subaru : […Pour chercher la meilleure ligne de conduite, vous m'avez dit de tenir cet acte dans la plus haute estime, n'est-ce pas, Russell-san ?]
Russell : [―― ? En effet. Votre jugement est correct. Nous allons partir immédiatement. Nous sommes…]
Subaru : [Alors !]
Mouton Blanc : [――Hk !?]
Subaru : [Alors ma meilleure ligne de conduite… est de ne pas abandonner quiconque peut être sauvé ici !!]
Affirmant cela d'une voix forte, Subaru replaça la main qu'il était sur le point d'abaisser sur le cadre de la fenêtre.
Puis, rejetant la main qui avait été superposée sur la sienne, il laissa derrière lui un « Désolé ! » sec à la fois à la Mouton Blanc étonnée et à Russell au-delà d'elle,
Subaru : [Allons-y, Beako ! Prête-moi ta force !]
Beatrice : [Cela est déjà pleinement accepté comme une évidence, je suppose !]
Toujours en étreignant Beatrice, Subaru se jeta hors de la voiture-dragon à travers la fenêtre. Derrière lui, Subaru pouvait entendre Russell l'appeler, mais il ne s'arrêta pas. Il ne pouvait pas s'arrêter.
L'accident est une bénédiction ? Ridicule. Les accidents sont des tragédies. Ils ne sont absolument rien comme une grâce salvatrice.
Subaru : [Tu as raison ! J'avais tort !]
S'il n'avait pas entrevu le dos de Serpent Bleu se lançant dans un sprint, il n'aurait même pas remarqué une telle chose.
À cent pour cent, Serpent Bleu avait raison. Posant les yeux sur ce dos, il ne ressentit rien d'autre que de la honte montant dans son cœur.
À quel point es-tu un idiot, Natsuki Subaru ?
Pourquoi ne comprends-tu pas, Natsuki Subaru ?
Même s'il y a des gens prêts à jeter leur vie, cela ne change pas tes propres standards.
――Cela ne change, rien du tout.
?? ? : [Quoi !? Hé, c'est dangereux ici ! Quiconque n'est pas un garde doit――]
Subaru : [Des gens sont blessés, n'est-ce pas ! Je vais donner un coup de main ! Nous allons sortir tout le monde !]
Avec le site de l'accident, enveloppé par un voile de poussière, juste devant ses yeux, un garde avec sa main sur sa bouche ―― l'individu âgé supérieur hiérarchique qui avait empêché le passage de la voiture-dragon plus tôt, écarquilla les yeux alors que Subaru se précipitait.
Un homme apparaissant de nulle part, portant une adorable petite fille dans ses bras. Il était seulement naturel que l'autre partie ait été déconcertée.
Mais, cette déconcertation ne servirait pas de raison pour retenir Subaru et Beatrice.
Subaru : [Nous pouvons utiliser la magie ! Ça devrait être utile ! Laissez-nous aider !]
Garde : [――Hk, on n'a jamais trop de mains. Venez !]
Après un moment d'hésitation, ce n'était rien d'autre qu'un mur de papier devant la disposition du garde âgé à valoriser la vie humaine. Dirigé par le garde qui brisa cette hésitation en l'espace d'un seul souffle, Subaru et Beatrice marchèrent sur le site de l'accident.
La zone, avec ses panaches de fumée, ses gémissements de douleur, et ses cris larmoyants d'enfants, était juste comme ils l'avaient constaté à distance : une réaction en chaîne d'un accident de carambolage qui commença quand l'essieu d'une seule voiture-dragon s'était cassé, et un bâtiment qui s'était effondré après avoir été pris dans les dommages, le laissant dans un état à moitié détruit.
Il y avait des gens qui saignaient, et des gens allongés, mous et immobiles. Avec des dragons terrestres piétinant leurs pieds dans l'agitation, et des voix appelant à l'aide et des cris de colère volant à gauche et à droite, c'était devenu un sacré tumulte terrible.
Avec le site de l'accident juste devant ses yeux, son regard erra alors qu'il contemplait où il devait commencer à donner un coup de main――,
?? ? : [――Par ici ! Venez aider par ici !]
C'était une voix particulièrement forte ; coupant à travers la cacophonie de voix se mélangeant, elle perça les tympans de Subaru.
Jetant un coup d'œil, c'était quelqu'un accroupi sur le sol au milieu de la poussière dérivante, vêtu d'une robe blanche alors qu'ils tendaient leur main vers une personne blessée piégée sous les décombres ―― c'était Serpent Bleu.
Se précipitant vers Serpent Bleu, Subaru contempla l'état du blessé ―― une partie de la poutre fracturée avait percé leur torse, subissant une blessure grave qui déversait des quantités copieuses de sang.
Et puis――,
Serpent Bleu : [Utilise la magie de Beatrice-chan pour rendre la poutre plus légère et sors-la ! Tu peux faire ça, n'est-ce pas !?]
Subaru : [Ouais, nous pouvons ! Nous pouvons mais, comment as-tu…]
Serpent Bleu : [Ahh, assez déjà ! Tu es si obtus !]
Parlant d'une manière rude et frustrée, l'instant suivant, Serpent Bleu, tout en appliquant encore des arts de guérison à la blessure de la partie blessée, retira violemment sa propre capuche. Apparaissant en dessous, avec des cheveux de lin atteignant son cou, et des oreilles de chat demi-humaines qui écartaient ces cheveux comme pour affirmer leur existence――,
Subaru : [――Ferris ?] [1]
En état de choc total, les lèvres de Subaru appelèrent ce nom.
Après tout, le visage familier qu'il n'avait jamais imaginé être là ―― la personne qui s'était précipitée aux côtés de ces vies mourantes plus vite que quiconque, Ferris le Bleu, s'efforçait désespérément.
Note de traduction :
[1] – Bien que traduit par Ferris depuis de nombreuses années, il semble pertinent ici de noter que フェリス peut aussi être rendu par Felis. Felis est le mot latin pour chat, et était aussi le nom d'une constellation représentant un chat créée par l'astronome français Jérôme Lalande en 1799. La constellation est maintenant obsolète, mais son étoile la plus brillante, HD 85951, a reçu le nom Felis en 2018 par l'Union Astronomique Internationale, et réside comme partie de la constellation Hydra. Cette connexion entre Felis et Hydra semblait digne d'intérêt car elle concerne Ferris fonctionnant maintenant sous le nom de code « Serpent Bleu ».