Chapitre 640
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Sources des illustrations :
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Sorcière : [――Il n'est personne qui puisse te vaincre, toi que j'ai créé.]
Aldebaran se remémora la Sorcière lui adressant ces mots comme si c'était hier.
En temps réel, cela remontait à près de vingt ans, mais en termes de perception temporelle, c'était un ordre de grandeur totalement différent.
Même s'il se souvenait du nombre de tentatives nécessaires pour débloquer certaines impasses, il n'avait pas mémorisé le nombre total d'essais effectués sur l'ensemble ; sans parler du fait que le temps écoulé durant tout ce processus était si exorbitant qu'il ne voulait même pas y songer. Il restait cependant une vérité absolue : il avait dépensé bien plus de temps qu'une existence humaine ne le permettrait normalement.
Quoi qu'il en soit, même après avoir traversé tout ce temps, il serait erroné de supposer qu'Aldebaran avait atteint le même état mental que les elfes qui vivaient des centaines d'années dans une jeunesse éternelle.
Si l'esprit humain était une chose qui, immature au départ, finissait par mûrir jusqu'à atteindre la sagesse de l'âge, c'était parce que le passage du temps permettait d'expérimenter le bon comme le mauvais, offrant à l'esprit un espace suffisant pour croître.
Mais tout le temps qu'Aldebaran passait en dehors du cours normal du temps était, pour ainsi dire, une série de moments stagnants utilisés pour briser les difficultés qui se dressaient devant lui. En pratique, cela variait de quelques secondes à quelques minutes tout au plus, et en répétant ces courts intervalles d'innombrables fois, un humain ne pouvait espérer grandir.
Par conséquent, Aldebaran estimait que l'accumulation de temps répétée par son Autorité était un temps dépensé en pure perte, quelque chose qui ne servait qu'à user son cœur, sans jamais favoriser son développement.
Même s'il s'agissait d'un temps perdu, lorsqu'il en venait à répéter l'expérience des centaines, des dizaines de milliers, voire des centaines de millions de fois, le cerveau commençait automatiquement à filtrer les souvenirs, tentant de dérober à Aldebaran ses souvenirs authentiques.
Néanmoins, il existait certainement des souvenirs qui ne s'effaçaient pas ; des réminiscences qui, plutôt que dans son cerveau, semblaient gravées dans son âme même, et les mots susmentionnés en faisaient indubitablement partie.
Mais là encore, si, en plus de manquer déjà des souvenirs de tout le temps qu'il avait vécu, Aldebaran devait aussi dire qu'il ne souhaitait même pas se souvenir de tout cela, il pouvait imaginer cette Sorcière, incarnation même d'une curiosité avide de tout savoir, murmurer doucement pour elle-même : « Je vois, quel dommage ».
Bien qu'elle se vantât de ne pas comprendre les émotions, la Sorcière était experte dans l'art de jouer la comédie pour plier les autres à sa volonté. Et bien qu'il le sût, Aldebaran ne pouvait défier les paroles ou l'attitude de la Sorcière.
C'était ainsi qu'il avait été discipliné, qu'il avait été remodelé―― si l'on devait le formuler ainsi, cela aurait pu constituer un affrontement équitable face à l'inhumanité du village de shinobi dont il avait entendu parler par bribes grâce à Yae.
Dans ce cas, il était difficile de dire qui, du village de shinobi, traité comme l'égal de la Sorcière, était le plus fou, ou si c'était en réalité la Sorcière, luttant seule contre toute l'histoire du village de shinobi, qui était véritablement démente.
――Quoi qu'il en soit, l'Aldebaran actuel était un produit de la création de la Sorcière.
Sorcière : [Même si tu dis cela, tu as le droit de vivre ta propre vie. C'est un domaine que même un créateur ne doit pas envahir unilatéralement. Par conséquent, en supposant que tu croies sincèrement ne pas pouvoir me suivre du fond du cœur, tu peux te retirer du plan à tout moment. C'est ta liberté.]
À l'occasion, la Sorcière tenait de tels propos comme pour questionner la résolution d'Aldebaran.
C'était une préoccupation inhabituelle pour une Sorcière. Fondamentalement, une fois qu'elle avait obtenu le consentement de l'autre partie, la stratégie habituelle de la Sorcière consistait toujours à manœuvrer de telle sorte que les promesses qu'elle avait extorquées ne puissent être retirées.
En fait, parmi les leçons et les missions que la Sorcière avait imposées à Aldebaran, il y en avait eu beaucoup dont le contenu était assez cauchemardesque pour le faire hésiter s'il n'avait pas accepté de ne pas abandonner à l'avance. Chaque fois que la Sorcière lui faisait faire de telles choses, elle ne lui demandait jamais s'il souhaitait arrêter une fois qu'elle avait obtenu son accord.
Et pourtant, lorsqu'il s'agissait de la racine de tout cela, sa résolution initiale et la plus fondamentale, elle le pressait souvent à ce sujet.
Aldebaran interprétait cela comme étant potentiellement la manière pour la Sorcière d'exprimer son sentiment de culpabilité ou son trouble intérieur, mais était-ce vraiment le cas ?
La Sorcière se proclamait incapable de comprendre les émotions, cependant, il était impossible qu'elle ne connût pas la rage, la joie et la tristesse. Si elle était capable d'exprimer ce genre d'émotions humaines, alors ne serait-il pas aussi possible qu'elle nourrisse un sentiment de culpabilité ou d'appréhension envers l'avenir ?
À tout le moins, tout au long du temps qu'Aldebaran avait passé avec la Sorcière, même s'il y avait eu des moments où il l'avait crue incapable de comprendre le cœur humain, il n'avait jamais pensé une seule fois qu'elle fût dépourvue de cœur humain.
Dans l'intervalle entre « ne pas avoir » et « ne pas comprendre », il existait un paysage totalement différent.
Se pourrait-il que cela se manifestât simplement sous la forme des questions de la Sorcière ? Si tel était le cas, alors à chaque fois qu'elle avait formulé cette question, la Sorcière s'était-elle peut-être sentie perdue ?
Lamentant le chemin ardu qu'elle ferait finalement parcourir à Aldebaran, et désirant respecter la volonté propre d'Aldebaran, le laissant choisir sa propre vie ; un tel trouble existait-il en elle ?
Peut-être, juste peut-être, sur une chance sur un million, sur une chance sur un milliard que la Sorcière eût de tels sentiments―― ironiquement, cela devint la raison exacte pour laquelle Aldebaran ne reviendrait pas sur sa résolution.
Par conséquent――,
Sorcière : [――Je vois.]
Entendant la même réponse qu'Aldebaran donnait toujours, la réaction de la Sorcière fut également la même que d'habitude.
Peut-être était-il en train de se faire manipuler.
Peut-être que depuis le moment même où Aldebaran avait été créé jusqu'à ce jour, la Sorcière avait consacré une quantité importante de temps à lui laver le cerveau. Peut-être la Sorcière ne nourrissait-elle aucun des sentiments de culpabilité ou d'hésitation qu'Aldebaran avait anticipés.
Peut-être était-elle vraiment une Sorcière aussi maléfique.
Mais, même s'il devait lui poser la question directement, la Sorcière, arborant ce magnifique sourire de blanc et de noir,
Sorcière : [Naturellement. ――Je suis une magicienne maléfique, après tout.]
De cette manière, exprimant des réponses qui ne donnaient aucun indice sur leur sincérité ou leur tromperie, elle jouait avec Aldebaran.
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Baigné par les vents rugissants, Aldebaran glissait dans les airs à une vitesse furieuse.
Il pensait que la vue de lui déployant des ailes de pierre dans son dos, attrapant le vent alors qu'il s'envolait, aurait paru terriblement ridicule, mais il n'avait pas à se soucier des apparences.
Alors que Yae retenait leurs adversaires, il devait gagner autant de distance que possible, ainsi qu'éliminer la différence d'altitude.
Aldebaran : [Bien que je ne puisse imaginer qu'ils visaient mon Territoire.]
Même alors que ces mots s'échappaient d'Aldebaran, il concentrait la majeure partie de son attention sur la formulation et le fonctionnement des ailes de pierre dans son dos.
La construction des ailes de pierre exigeait un équilibre extrêmement délicat, la taille et la dureté nécessitant également un ajustement très fin. Si elles étaient trop grandes, il serait trop secoué par le vent, mais si elles étaient trop petites, l'objectif ne pourrait même pas être réalisé. La dureté et la densité étaient également liées au poids, donc un réglage trop important ou trop faible mènerait inévitablement à un crash.
Aldebaran : [Il faut reconnaître à Icare le mérite d'avoir réussi du premier coup… !]
En parlant de prendre son envol avec des ailes artificielles, celui qui lui venait à l'esprit était Icare, le grand prédécesseur qui avait façonné des ailes de cire ; mis à part le sort qu'il avait rencontré, le fait que ses ailes avaient non seulement été capables de planer, mais avaient pu battre et le porter près du soleil, remplissait honnêtement Aldebaran d'émerveillement.
Combien de fois Aldebaran s'était-il écrasé à cause d'ailes mal construites ? ――C'était exactement ce que l'adversaire voulait, alors après avoir abordé le problème d'innombrables fois, il avait finalement réussi à façonner ses ailes de pierre actuelles.
Même cela était un exploit intense qui n'aurait pu être réalisé sans une concentration extrême et une prudence scrupuleuse, mais――,
Aldebaran : [Je ne pouvais pas me permettre de continuer à tomber comme ça.]
Cette réalité et son impatience : c'étaient les raisons majeures derrière la capacité d'Aldebaran à faire monter en niveau ses ailes de pierre de niveau 1 avec une grande hâte, les amenant à un niveau capable de vol pour le moment―― bien qu'Aldebaran eût confiance en lui en tant qu'utilisateur d'une Autorité invincible, ce n'était pas comme si son Territoire n'avait aucune lacune.
L'embuscade de l'ennemi à cette occasion était quelque chose qui avait frappé par inadvertance deux de ces faiblesses simultanément. À proprement parler, cela pourrait peut-être être mieux décrit comme une attaque sur le même point faible sous deux angles différents.
Pour l'Autorité d'Aldebaran, le « Territoire », il existait une zone d'efficacité valide.
La téléportation provoquée par l'embuscade avait jeté Aldebaran en dehors de la zone établie de son Territoire. En plus de cela, en tenant compte du fait que la destination de la téléportation était une chute libre depuis une altitude extrêmement élevée, cela servait d'attaque contre Aldebaran qui causerait la destruction du second Territoire.
En conséquence, au milieu de sa descente à une vitesse furieuse, Aldebaran s'était assuré de se suicider avant de tomber en dehors des limites de son Territoire, redémarrant depuis le milieu de la chute à maintes reprises. Au milieu de ces répétitions, il jugea qu'il serait impossible de sortir de cette situation de haute altitude alors qu'il tombait avec sa liberté de mouvement si sévèrement restreinte ; après avoir testé une variété de plans différents, il en arriva à tenter de s'échapper sur des ailes de pierre.
À tout le moins, cela ralentissait son changement d'altitude descendant, lui permettant de maintenir son Territoire avec une relative facilité. Et juste au moment où Aldebaran avait fini de dénouer ce nœud gênant――,
???: [――Al !!]
En effet, interpellant vivement Aldebaran alors qu'il déployait tous ses efforts pour maintenir l'équilibre, était la voix d'une cloche d'argent.
Tournant la tête pour regarder en arrière, depuis une altitude considérablement plus basse qu'Aldebaran, il pouvait clairement voir la silhouette d'un ange―― non, d'Emilia, volant dans la même direction que lui.
Portant des ailes forgées de glace sur son dos élancé, elle réduisait rapidement la distance ; bien qu'utilisant la même méthode qu'Aldebaran, la sienne établissait une avance écrasante en termes d'attrait visuel frappant.
Aldebaran : [Incroyable.]
Il espérait qu'il serait clair qu'il n'y avait rien à faire contre le gémissement stupéfait, presque admiratif, qui lui avait échappé.
La quantité de difficultés qu'Aldebaran avait endurées pour compléter ces ailes de pierre, informes comme elles étaient, avait déjà été décrite. Précisément parce qu'il avait traversé tout cet effort, il ressentait du respect envers Icare et ses ailes de cire.
Mais, tout comme l'Icare du mythe, les sens d'Emilia avaient réussi à fabriquer des ailes artificielles du premier coup, atteignant le même résultat qu'Aldebaran malgré ses innombrables échecs ; plutôt que de ressentir du respect envers cela, il ne ressentait que le fossé définitif entre eux, renforçant son sentiment de défaite.
Aldebaran : [Même si l'idée que je ne suis qu'un idiot maladroit qui s'est écrasé plus de six cents fois est légèrement meilleure que l'idée que la demoiselle est un génie, ce n'est aucunement un réconfort.]
La force du Territoire d'Aldebaran résidait dans sa guerre d'endurance, lui permettant de persister au cours d'un nombre illimité de tentatives jusqu'à ce que même la moindre chance de victoire arrivât. Son plus grand avantage était sa capacité à continuer à jouer les cartes en main jusqu'à ce que son adversaire commît une erreur, donnant lieu à une situation dans laquelle Aldebaran pouvait prendre le dessus.
Cependant, bien que cela s'appliquât également à sa bataille contre Reinhard, il existait des individus rares dans ce monde capables d'arriver systématiquement aux bonnes réponses. Ces bonnes réponses variaient d'une personne à l'autre en fonction de leurs capacités individuelles et de leurs objectifs de victoire, mais ce qu'ils avaient en commun était que, contrairement à Aldebaran, ils étaient tous aimés par le destin.
――Aldebaran était haï par le destin lui-même.
Il n'était plus clair si Aldebaran avait commencé à mépriser le destin en premier, ou si le destin avait été celui qui avait initialement haï Aldebaran, mais cela seul était une vérité inébranlable. Indépendamment du fait qu'il fût aimé ou abhorré par d'autres choses, le destin était l'ennemi absolu d'Aldebaran.
Par conséquent, il n'avait d'autre choix que de le tuer. ――Même si cela signifiait se faire un ennemi du monde, il tuerait le destin, quoi qu'il arrive.
Mais puisqu'il ne souhaitait pas être tué, le destin avait envoyé ses propres pions favoris après lui les uns après les autres sous la forme d'assassins. Ici et maintenant, il avait sélectionné Emilia et Rem pour agir comme ses instruments.
Aldebaran : [――. Juste ma chance.]
Qui avait donc suggéré que Rem fût choisie comme première attaquante surprise ?
Indépendamment de qui l'avait proposé, elle était de loin la candidate la plus appropriée en termes de création d'un vide momentané dans l'esprit d'Aldebaran. Lorsqu'elle avait été victime de l'Autorité de la Gourmandise, Aldebaran n'avait pas remarqué l'anormalité de son existence en raison de cette influence, formant involontairement une relation appropriée avec elle.
Par conséquent, après la mort de Priscilla, au moment où il avait été frappé par cette grenade flash de souvenirs et découvert que Rem avait été libérée du joug de la Gourmandise, son esprit avait été consumé par un vide bien plus grand que les autres.
――Après tout, il était tombé sur un être qui n'aurait pas dû être présent ici, une personne qui, par tous les moyens, aurait dû être morte.
Aldebaran : [――――]
Quant à savoir comment ce résultat avait été atteint, il n'y avait pas de place pour le débat.
Sans aucun doute, il l'avait réussi. Dans sa lutte contre le destin, Natsuki Subaru avait réussi à le conquérir. Le pouvoir de le faire résidait en Natsuki Subaru. L'existence même de Rem en était la preuve.
Mais, indépendamment de tout cela―― il n'a pas sauvé Priscilla Barielle.
Aldebaran : [――Si c'est comme ça que tu comptes jouer, je ne montrerai aucune pitié non plus.]
Les larmes qu'il avait versées, les poings qui l'avaient puni, la considération qu'il avait tenté d'offrir ; dénué de sens, tout cela.
Après tout, ce qu'Aldebaran désirait n'était ni des larmes, ni des blessures, ni de la consolation. C'était simplement la vie, d'une seule personne.
Aldebaran : [――Hk.]
À l'intérieur de son casque, serrant les dents au point de pouvoir goûter le sang, Aldebaran regarda vers l'arrière. Alors qu'il modifiait simultanément l'angle et l'épaisseur de ses ailes, tout en gardant la baisse de vitesse et de maniabilité au minimum, en plein vol, il croisa le regard d'Emilia au milieu de sa poursuite.
Les magnifiques ailes de glace convenaient vraiment à Emilia, mais peu importait à quel point elle était un ange mignon, elle ne pouvait pas battre ces ailes artificielles pour gagner de la vitesse ou de l'altitude. Elle avait gagné sa vitesse initiale du recul de Rem frappant le disque de glace, mais après cela, il n'y aurait eu aucune autre méthode pour qu'elle le rattrape――,
Emilia : [Yah ! Tah ! Tei !]
Semblable à chaque fois qu'elle lançait une attaque, Emilia poussait ces cris de bataille ternes, et à chaque cri, son altitude et sa vitesse augmentaient d'un pas, puis d'un autre pas plus haut. La méthodologie était simple et claire―― utilisant sa magie pour créer un glaçon comme point d'appui dans les airs, elle s'en servait pour gagner en accélération et en vigueur.
Après un moment d'immobilité, le glaçon créé était projeté vers le sol par la force des jambes d'Emilia ; cependant, il se dispersait immédiatement en Mana et retournait dans l'atmosphère avant de renaître comme un autre point d'appui. Encore une fois, elle s'en servait pour booster son élan. En répétant ce processus, elle avait été capable de réduire sans relâche la distance avec Aldebaran.
Aldebaran : [C'est putain de ridicule… !]
Ayant un sens extraordinaire pour la magie, c'était une solution de force brute rendue possible par sa capacité à tirer le meilleur parti d'une vaste réserve de Mana.
Grâce au chemin qui le liait à « Aldebaran », Aldebaran pouvait puiser dans la puissance du réservoir de Mana externe connu sous le nom de Dragon Divin, mais même si on lui demandait d'effectuer le même exploit qu'Emilia, il ne serait tout simplement pas capable de le faire.
Ce n'était pas une question de capacité de Mana ; il y avait juste un fossé bien trop grand dans leurs sensibilités et leurs capacités physiques. ――Même s'il pouvait combler le fossé dans les sensibilités par un nombre illimité de tentatives, le fossé dans leurs capacités physiques ne pouvait être comblé.
Le canyon s'étendait sur une grande, longue distance, et les parois des falaises qui flanquaient les deux aviateurs s'étendaient tout autant. Tant qu'ils continuaient tous les deux dans la même direction, la poursuite d'Emilia ne cesserait jamais.
Alors qu'Aldebaran saisissait cette réalité, Emilia s'élança d'un glaçon nouvellement créé, et alors qu'il existait encore une certaine distance entre eux, son altitude finit par correspondre à la sienne. Puis, tout en gardant l'équilibre de ses ailes de glace――,
Emilia : [――Al ! Je t'en supplie, discutons-en ! J'écouterai correctement ce que tu as à dire !]
Aldebaran : [C'est riche venant de toi. N'étais-tu pas en train de dire « posez des questions plus tard », en venant vers moi et en essayant de me geler sans pitié. Si j'avais continué à tomber jusqu'au fond comme ça, tu prévoyais de me geler avec toute la rivière, n'est-ce pas ?]
Emilia : [Mais ! Ce plan a déjà échoué !]
Aldebaran : [Tu devrais faire attention à être trop directe, Candidate Royale !]
La route consistant à regarder passivement et à descendre jusqu'au fond était un schéma infaillible de tomber directement dans le piège de l'adversaire.
Afin d'y échapper, il avait tout misé sur le choix d'un chemin qui s'écartait de la trajectoire de chute du disque de glace ; même s'il avait échoué à les perdre toutes les deux en même temps, devrait-il peut-être compter le fait qu'il avait réussi à séparer Emilia et Rem comme une victoire ?
La réponse à cela――,
Aldebaran : [Il est temps de le découvrir. ――Mon attitude depuis la Capitale Royale n'a toujours pas changé !]
Décidant de prendre des mesures pour se libérer de la poursuite d'Emilia, Aldebaran leva la main en l'air et créa des pierres à mi-air, l'assaillant avec un barrage de tels projectiles.
De manière inattendue, cette scène se déroula comme si quelque chose tout droit sorti d'un jeu de tir avait été amené dans la vie réelle, et accueilli par ce barrage de pierres, Emilia, avec un éclair de ses ailes,
Emilia : [Je le dirai autant de fois qu'il le faudra. Je ne veux plus pleurer en croyant qu'il n'y avait rien à faire concernant le départ de quelqu'un !!]
Proclamant cela d'une voix forte, Emilia plongea dans le barrage, et les cris du fracas et de l'atmosphère gelée résonnèrent à travers le Canyon d'Agzadd comme une mélodie stridente.
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――La raison de son existence en tant qu'Étoile Suivante n'était pas quelque chose dont Aldebaran s'était jamais trop inquiété.
Après tout, il semblait qu'au moins une fois pendant l'adolescence, tout le monde se demanderait pourquoi ils étaient nés, se demanderait d'où venait la vie et où elle s'évanouissait, et ferait l'expérience de quelque chose comme un esprit rebelle contre leurs parents sans raison, mais pour Aldebaran, toutes ces notions lui semblaient assez étrangères.
Dans le cas d'Aldebaran, il était un peu difficile d'établir exactement qui serait le parent contre lequel il devrait se rebeller, et en raison de la nature de son Autorité, il n'avait jamais vraiment eu le sentiment de sa vie s'évanouissant chaque fois qu'elle était perdue. En ce qui concerne le but de sa naissance, il avait reçu une réponse précise, et quant à savoir pourquoi il était né, il supposait que, peut-être, la réponse était « l'amour ».
Et ainsi, Aldebaran n'avait jamais été aux prises avec les notions qui auraient dû être diverties pendant l'adolescence.
Il ne considérait pas non plus cela comme un échec de sa part, ni comme quelque chose qu'il avait manqué.
Dans la société, il semblait y avoir l'idée que les gens devraient se mettre au défi avec des difficultés pendant leur jeunesse, mais les expériences qui finiraient juste par devenir un sombre passé embarrassant en entrant dans l'âge adulte n'avaient aucune valeur réelle. C'était bien de manquer des expériences qui ne valaient pas la peine d'être vécues. ――Tout comme c'était bien que la mort fût quelque chose que tout le monde n'expérimentait qu'une fois à la toute fin de sa vie.
Sorcière : [Je vois, donc tu n'as aucun désir pour aucune des émotions ou impulsions typiques de l'adolescence. C'est un peu dommage. J'avais même envisagé diverses façons dont je pourrais gérer ta phase rebelle selon la façon dont elle aurait pu se manifester.]
C'était la lamentation de la Sorcière, et bien qu'il ne la considérât pas comme manquant de cœur, elle faisait souvent de tels commentaires sans cœur envers Aldebaran, qui avait connu une éducation rapide sans causer beaucoup de problèmes.
Pour Aldebaran, la Sorcière était la personne avec qui il avait passé le plus de temps depuis sa naissance, mais elle avait une mauvaise habitude de vouloir être témoin de chaque choix et émotion des humains, chaque dernière possibilité.
De plus, dans la majorité des cas, l'incapacité de retenir de tels désirs était dans la nature d'une Sorcière.
Aldebaran avait été familiarisé avec des Sorcières autres qu'elle, pourtant, bien que ce fût à des degrés divers, le fait qu'aucune d'entre elles ne pût défier cette nature le frappait comme horriblement blasphématoire.
Par conséquent, l'attitude de la Sorcière, attendant l'adolescence d'Aldebaran avec un air d'insatisfaction, était quelque chose provoqué par une nature qui ne pouvait être défiée, et quand il y pensait comme ça, il pouvait voir qu'il n'y avait rien à faire. Néanmoins, il ne voyait aucun intérêt à prétendre traverser l'adolescence juste pour rendre la Sorcière heureuse. ――Dans un sens, cela ressemblait presque à l'esprit rebelle indicatif des émotions adolescentes.
Sorcière : [Comme prévu, peut-être est-ce trop pratique pour moi, quelqu'un qui n'est même pas un parent, de tenter d'initier superficiellement de telles expériences parentales… ? Si celle-là a créé Béatrice, étaient-ils peut-être capables de l'expérimenter ?]
Alors que la Sorcière commençait à se poser de telles questions, Aldebaran était certain que ce sentiment de solitude qu'il ressentait était complètement sans rapport avec l'adolescence, et était plutôt quelque chose d'entièrement différent. Seulement, il était difficile de chercher une réponse concrète quant à savoir pourquoi il se sentait ainsi, et leur relation était un peu trop complexe pour qu'il le demandât.
Et ainsi, juste comment la Sorcière avait établi, la relation entre Aldebaran et elle-même était――,
Aldebaran : [――Maître.]
Et, quand il l'appela, la Sorcière au milieu de profiter d'une promenade à travers le labyrinthe de ses propres pensées leva son visage.
Chaque fois qu'Aldebaran se retrouvait reflété dans ces iris noirs, voyant ses cheveux d'un blanc pur se déverser sur ses épaules alors qu'elle inclinait la tête dans un « Qu'est-ce que c'est ? », il ne pouvait s'empêcher de penser à quelle Sorcière injuste elle était.
Même si elle était toujours immergée dans ses propres affaires, restant fidèle à ses désirs sans jamais essayer de montrer de la considération pour le cœur des autres, chaque fois qu'Aldebaran l'appelait, elle rencontrait ses yeux sans faute.
Le fait qu'il n'eût jamais ressenti aucune sorte d'esprit rebelle adolescent contre cette Sorcière n'était qu'une question de cours.
Pour commencer, l'incitation à le faire était superficielle, et son corps et son esprit avaient longtemps cédé à la futilité de défier la Sorcière. Prétendant que c'était des tests de performance pour l'aider à maîtriser l'utilisation de son Autorité, la Sorcière avait soumis Aldebaran à la Mort plus d'un million de fois, et avait déjà conclu son évaluation de lui.
Mais là encore, peu importe combien il l'évoquait, la Sorcière en question ne donnait aucune réponse significative, répondant seulement « Je ne me souviens même pas d'une seule de ces fois, donc même si tu me dis de ressentir une certaine responsabilité, je suis un peu perdue ».
Quoi qu'il en soit, il pouvait comprendre pourquoi la Sorcière irait à de telles longueurs.
Après tout, à présent, la seule Sorcière qui restait encore en vie, sans compter celle devant ses yeux, était l'individu qui avait directement ou indirectement causé la mort de toutes les autres Sorcières. Le point de contact qu'Aldebaran avait partagé avec ces Sorcières n'était pas quelque chose qui avait eu lieu pendant leur temps parmi les vivants.
Il ne pouvait pas les rencontrer n'importe où en dehors de l'espace fini qui avait été préparé par la Sorcière. Au moment où il avait eu la chance de les rencontrer là-bas, elles étaient déjà mortes depuis longtemps, leurs existences n'étant rien d'autre que des âmes rassemblées.
Ainsi, quant à celle qui leur avait fait cela ; sous l'instruction de la Sorcière, Aldebaran aurait besoin de――,
Sorcière : [――Tu dois la tuer quoi qu'il arrive.]
C'était la raison d'existence qu'Aldebaran, l'Étoile Suivante, avait reçue avant même d'expérimenter l'adolescence, la référence de sa vie qu'il aurait besoin de remplir même si cela signifiait mourir un million de fois.
Afin de faire d'Aldebaran ainsi, la Sorcière avait été reprochée par les autres Sorcières, ayant rompu les liens même avec ses compagnes, donc sa résolution aurait eu besoin d'être absolue.
Sorcière : [――Il n'est personne qui puisse te vaincre, toi que j'ai créé.]
Son acte de prononcer ces mots pour lui était quelque chose dont Aldebaran tirait fierté, et cela servait de fondement même à son être.
En toute honnêteté, il pensait que la Sorcière avait une personnalité horrible, et il avait beaucoup de réserves sur ses méthodes d'enseignement et sa façon de donner des instructions, mais même ainsi, il n'avait aucun doute qu'il serait capable d'être à la hauteur des attentes de la Sorcière.
Il avait cru qu'il serait capable de le faire.
À cette époque, quand Aldebaran avait encore son bras gauche, il avait encore été capable de le croire. Après tout, même s'il connaissait la Mort, il n'avait pas encore connu la vraie défaite.
Il n'avait jamais expérimenté l'adolescence, mais―― indubitablement, c'était le sombre passé insensé de lui qui ne pourrait jamais être effacé.
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Aldebaran : [Tch―― !]
Alors qu'Emilia plongeait tête la première dans le barrage incessant de pierres, Aldebaran étouffa toute l'hésitation dans son cœur, rassemblant toute sa puissance de feu sans retenue.
Comme c'était également le cas pour leur affrontement dans la Capitale Royale, Aldebaran avait une faiblesse instinctive quand il s'agissait d'Emilia.
À ce stade, il était clair qu'il s'agissait d'un exemple d'une faiblesse inhérente à toute vie, et à cause de cela, il avait été incapable de se résoudre à prendre le genre de mesures drastiques qu'il aurait pu prendre autrement si cela avait été un adversaire différent, même dans la Capitale Royale.
À l'époque, il avait emprunté la force d'« Aldebaran » pour lancer un rocher colossal, empêchant la poursuite d'Emilia en l'occupant avec la protection de la Capitale Royale ; mais ici, il n'y avait personne d'autre qu'il pouvait entraîner dans la mêlée.
En ce sens, la décision de le déposer au milieu d'un canyon massif montrait qu'elle avait clairement réfléchi à leur rencontre précédente.
Aldebaran : [Bien que tu ne me donnes pas exactement assez de marge pour apprécier ta croissance en ce moment !]
Malheureusement, le cœur d'Aldebaran n'était pas assez détendu en ce moment pour se réjouir de la croissance de lui-même ou de ses ennemis. Pendant un moment, il se sentit réticent à définir Emilia comme un ennemi, mais il ferma de force ses yeux à cela.
Cette résolution était quelque chose qu'il avait réglé il y a longtemps, bien avant même d'avoir rencontré Priscilla.
Même si, à proprement parler, la cible de la résolution d'Aldebaran n'était pas l'Emilia devant ses yeux――,
Aldebaran : [Même si c'est une résolution recyclée, elle sera toujours aussi utile que du papier mâché.]
Tenant haut cette résolution tout en sachant parfaitement qu'elle n'était que du papier mâché, il se déplaça pour couper la poursuite d'Emilia.
Plongeant droit dans la tempête de rochers de la taille de poings, les ailes de glace d'Emilia scintillaient audacieusement.
L'attaque avait été destinée à retarder ses mouvements, même si seulement légèrement, en la forçant à esquiver ou à prendre une position défensive, mais juste comme son pressentiment désagréable l'avait suspecté, Emilia adopta l'approche directe en prenant le chemin le plus court―― ailes glacées ornant le dos, glaçons pour points d'appui, et maintenant, tirant des pieux de glace pour contrer le barrage, repoussant tout ce qui passait à travers cette interception en parant avec les épées jumelles de glace dans sa prise.
La Sorcière lui avait appris que l'activation simultanée de la magie était difficile, même pour un magicien compétent.
Même si c'était de la magie du même attribut, le talent qu'elle exigeait s'apparentait à une tâche déraisonnable telle que prendre un stylo dans chaque main, et essayer d'écrire un essai avec la main droite tout en tentant de dessiner une illustration avec la gauche. Quand il s'agissait d'attributs différents, cela semblait exiger la mesure drastique d'ajouter un cerveau supplémentaire pour chaque attribut supplémentaire, et Aldebaran avait même vu la Sorcière manier cinq des attributs à la fois. Honnêtement, c'était au point qu'il avait sérieusement questionné si la tête plus petite que la moyenne de la Sorcière pouvait vraiment abriter cinq petits cerveaux.
Même en mettant de côté cette digression extraordinaire, et même s'ils étaient tous sous le même attribut de feu, avec les ailes, les glaçons, les pieux de glace et les épées jumelles, l'activation simultanée de quatre variétés de magie était un exploit suffisant en soi.
Et en ajoutant à cela, afin d'implémenter sa manière absurde de poursuivre, elle devait faire une démonstration d'athlétisme supérieure à celle d'un athlète olympique, lui donnant le sentiment qu'il avait déjà épuisé son quota quotidien de points de surprise.
Aldebaran : [C'est pourquoi, je dois la rencontrer avec un minimum de décomposition !]
Emilia avait choisi de surmonter la tempête de rochers et de pierres uniquement par le courage et la force brute. Mais, en mettant ce courage de côté, que ferait-elle si elle était confrontée à une menace qui ne pouvait être surmontée par la puissance physique ?
Emilia : [――――]
Emilia était déterminée à réduire la distance, mais face à la menace suivante, ses joues se tendirent.
Se déployant devant elle tout à la fois, ne lui fournissant aucun chemin d'évasion, étaient des objets encore plus minuscules que les projectiles de pierre, un encerclement de gravier dont les dommages potentiels pouvaient être facilement négligés. Semblable à sauter dans une pluie torrentielle, tant qu'elle ne possédait pas la capacité absurde d'esquiver la pluie tout en étant à mi-air, il serait impossible qu'il n'y eût zéro coup.
Bien sûr, ce n'était pas comme si le seul objectif de ce sable déployé était d'obstruer sa vision, plutôt――,
Emilia : [――Hk, c'est lourd ! ?]
En tentant d'essuyer le sable qui collait à elle, Emilia éleva une voix d'étonnement alors qu'elle agitait ses bras.
Les grains de sable qui avaient fait contact avec ses bras, jambes et vêtements blancs commencèrent à se consolider avec les grains de sable environnants, obstruant ses mouvements par leur poids et leur dureté. C'était une attaque de debuff qu'il avait également lancée contre Reinhard à la mer de sable―― Reinhard s'en était libéré en brisant le mur du son, mais même Emilia ne serait pas capable de reproduire cette méthode.
De plus――,
Emilia : [Mes ailes――]
Le but principal du gravier avait été d'entraver les ailes de glace qui soutenaient le vol d'Emilia.
Ayant plongé dans la tempête de sable, le grain avait érodé ses ailes gelées, les dépouillant de leur capacité intrinsèque à attraper le vent. Puis, l'équilibre d'Emilia s'effondra, et elle commença immédiatement à tomber tête la première vers le sol―― pour empêcher cela d'arriver, Emilia jeta promptement ses ailes altérées, et en revenant d'être un ange à simplement être une fille ressemblant à un ange, elle évita la difficulté.
Aldebaran : [――Purgé !]
Mais, c'était précisément ce qu'Aldebaran avait visé à accomplir.
Même si elle rejetait ses ailes de glace, il était possible pour Emilia de déployer une autre paire d'ailes tout de suite, lui permettant de redémarrer sans perdre aucun de son élan ou altitude précédents. Cependant, quand il s'agissait de ses capacités physiques, peu importe à quel point elles pouvaient être peu orthodoxes, elles ne lui permettraient pas de rattraper un deltaplane improvisé dépassant cent kilomètres par heure.
Désormais, afin d'empêcher Emilia de déployer une autre paire d'ailes, Aldebaran doubla la mise.
Jaillissant de la paroi de la falaise accompagnée d'un rugissement grondant, un bras colossal de pierre tenta d'arracher Emilia du ciel du canyon. Si cela pouvait entraver son élan, alors même si Emilia réussissait à former un autre ensemble d'ailes, elle perdrait la capacité de rattraper la vitesse incessante d'Aldebaran.
Sans parler du fait que les bras colossaux obstruant Emilia ne se terminaient pas à juste un ou deux. ――Utilisant les matières premières des parois de la falaise, les bras rocheux faisant saillie totalisaient un compte de plusieurs centaines.
Aldebaran : [Respect à Kannon aux Mille Bras… ou plutôt, cela ressemble plus aux coulisses d'une maison hantée.] [1]
En tant qu'élément de base des maisons hantées, un tas de mains surgissait soudainement toutes à la fois de derrière des portes coulissantes en papier ; cela avait une impression similaire à cela. Cependant, contrairement à la menace vide que ces frayeurs posaient, ces bras colossaux étaient sérieux dans leur tentative de saisir Emilia.
Si même un seul pouvait juste l'attraper par la jambe, cette séquence de poursuite serait complètement terminée, et cette situation de vie ou de mort se conclurait par l'évasion réussie d'Aldebaran――,
Aldebaran : [Tu penses pouvoir―― Emilia : [――Je ferai de mon mieux ! !]]
Passer outre cela ; alors qu'il avait tenté de terminer ces mots, ils furent noyés par son enthousiasme.
Il n'avait pas prévu que ce fût quelque chose qu'elle pût faire quoi que ce soit simplement en faisant de son mieux, mais la capacité d'Emilia à faire de son mieux et à finir par pousser à travers était l'un des aspects les plus redoutables à son sujet.
Ayant perdu ses ailes, Emilia mit cette redoutabilité en pleine démonstration―― balançant une épée glaciale dans sa prise, elle trancha les doigts du premier bras géant à s'approcher d'elle, et l'ayant neutralisé, elle l'utilisa comme une plate-forme pour effectuer son prochain saut.
Son élan n'avait pas encore péri. Son altitude, aussi, récupérait de manière significative.
Cependant, même si les bras béhémoths n'atteignaient pas tout à fait le compte d'un millier, il en restait encore plus d'une centaine l'attendant――,
Emilia : [――Soldats, prêtez-moi votre force !]
Suivant l'appel d'Emilia, les soldats de glace avec leur apparence répugnante firent leur entrée une fois de plus.
Les soldats de glace, qui auraient dû être brisés en néant pendant la chute du disque de glace, se dressèrent admirablement contre les bras de terre géants grouillant Emilia ; certains utilisèrent leurs corps entiers pour les arrêter, certains délivrèrent des coups de poing pour les faire dévier de leur trajectoire, et certains furent écrasés tout en prenant une pose après avoir été maîtrisés ; ils effectuèrent une gamme diversifiée de contributions.
Ce qui irritait Aldebaran par-dessus tout, était l'individu qui avait pris Emilia par la main, la guidant loin des griffes maléfiques des bras colossaux, et la lançant en avant pour l'aider dans son avance.
Les Natsuki Subaru de glace, sept au total, se brisaient chaque fois que leur devoir était rempli, seulement pour renaître afin de servir Emilia ; répétant un cycle de destruction et de renaissance, ils ne dépassaient jamais un maximum de sept à la fois, et protégeant Emilia des centaines de mains de pierre maléfiques se refermant, ils continuaient à l'assister.
――La magie était quelque chose qui donnait forme aux sentiments et aux désirs ; la Sorcière l'avait dit.
Il avait pensé que c'était un sentiment étonnamment romantique pour cette Sorcière de l'avoir dit, mais en considérant comment le vent pouvait prendre la forme d'une lame si l'on souhaitait trancher son adversaire, et comment des flammes semblables à un lotus cramoisi pouvaient être enfantées pour tout brûler dans une rage, il n'y avait probablement aucune place pour le débat que ce n'était qu'une manifestation de sentiments et de désirs.
Dans ce cas, à ce moment, la vue des soldats de glace en forme de Natsuki Subaru aidant Emilia devant les yeux d'Aldebaran, quel genre de désir cela pourrait-il être la manifestation de ?
Cela lui faisait bouillir l'estomac. Ce n'était pas au sens figuré, mais plutôt, avec le sens indubitable et vrai.
Alors que ces émotions négatives bouillaient en lui, Aldebaran lia ensemble l'attaque suivante.
C'était――,
Aldebaran : [――Désolé de ressasser la même chute, mais c'est le retour de mon atout.]
En prononçant ces mots, dans les airs au-dessus d'Aldebaran, Emilia et les soldats de glace―― remplissant la largeur du Canyon d'Agzadd à son maximum, un énorme et puissant rocher commença à tomber droit vers le bas.
Une force d'écrasement inéluctable par une masse énorme―― c'était la seconde venue du piège qu'il avait tendu dans la Capitale Royale.
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Ce qui avait été désiré―― non, ce qui avait été requis, n'était qu'une victoire singulière dans sa vie.
Il ne serait pas exagéré de dire que la vie d'Aldebaran existait uniquement pour le bien de cette victoire.
Depuis le moment même de sa création, chaque cadeau accordé à Aldebaran, chaque leçon versée dans son vaisseau, chaque bénédiction accordée sur lui : tout avait été ordonné pour le bien de le guider vers cette victoire, pour s'assurer qu'il se lèverait, la réclamerait pour la sienne, et se tiendrait exalté en triomphe.
Le poids et la signification de tout cela étaient des choses qu'Aldebaran avait pleinement comprises―― ou, c'est ce qu'il avait pensé.
Cependant, quand l'heure vint pour sa conviction d'être testée, cette résolution tempérée, ces plans soigneusement élaborés, son âme même, raffinée à la perfection comme elle aurait dû l'être ; tout cela fut rendu dénué de sens.
Sorcière : [――Il n'est personne qui puisse te vaincre, toi que j'ai créé.]
Ces mots, accordés sur lui par la Sorcière, avaient été la référence de la vie d'Aldebaran.
Tant qu'il suivait ces mots, aucun obstacle placé devant lui ne pourrait jamais espérer arrêter son avance. Et ainsi, la pensée qu'il pourrait un jour perdre foi en la Sorcière―― il ne l'exprimerait jamais à haute voix, ni ne souhaiterait jamais qu'elle l'entendît, mais cette notion lui avait toujours semblé totalement impossible.
Ainsi, conformément aux mots de la Sorcière, il s'était convaincu qu'il ne serait jamais vaincu par personne.
――Le jour où cette foi fut brisée, dans un sens, fut le jour où Aldebaran mourut vraiment.
« Mort » ; c'était quelque chose qu'il avait expérimenté tant de fois que même en garder le compte semblait une tâche d'idiot.
Et bien qu'il eût toujours considéré garder le compte comme une tâche d'idiot, il le faisait quand même, simplement parce qu'on lui avait dit de le faire. Pourtant, même alors qu'il gardait la trace du nombre réel, l'absurdité de tout cela ne s'effaçait jamais le moins du monde.
Même ainsi, il croyait que ce jour-là, à ce moment-là, il avait goûté à la Mort sous sa forme la plus vraie.
Ayant été jusqu'à construire Aldebaran pour le bien de son vœu le plus cher, la Sorcière avait préparé pour lui la seule bataille de sa vie qu'il ne pouvait absolument pas se permettre de perdre.
Et pourtant――,
Sorcière : [――Au moment où tu ne pouvais pas te permettre de perdre, tu as été vaincu.]
Une plaine familière d'herbe luxuriante et verdoyante, et la forme de la Sorcière, assise à la table blanche de la fête du thé, profitant de l'arôme du thé ; en la voyant, Aldebaran fut immédiatement frappé de désespoir, écrasé par la profondeur de son propre péché.
N'employant que le noir et le blanc, le plus haut sommet de beauté qui pût être atteint était la Sorcière. Et maintenant, le fait qu'il n'existât pas une seule blessure sur cette figure odieusement attrayante de la sienne, était la preuve que c'était bien un monde de rêves.
Après tout, quand Aldebaran avait échoué à gagner la bataille qu'il avait eu besoin de gagner quoi qu'il arrive, la Sorcière avait sacrifié ses quatre membres pour le protéger, la laissant une figure misérable capable de ne rien faire d'autre qu'attendre la mort.
Alors qu'il l'avait fixée sous le choc, Aldebaran s'était retrouvé vaguement à penser l'évidence douloureuse : même la Sorcière avait du sang rouge coulant dans ses veines.
La chaleur, l'odeur, le toucher ; ce sang n'aurait pas pu être un mensonge.
Dans ce cas, ce monde, où tout cela avait été perdu, où le faire-semblant avait peint sur la réalité qui aurait dû être, n'était rien de plus qu'un paquet flagrant de mensonges.
Sorcière : [« Faire-semblant » ; je ne suis pas très friande de cette expression. Bien que, à proprement parler, ce ne soit pas le même mot, je ne peux m'empêcher de me souvenir d'un individu désagréable.] [2]
Que ce fût la propre façon de plaisanter de la Sorcière, ou si elle avait juste souhaité exprimer ce qu'elle ressentait indépendamment du fait que ce fût un moment approprié pour le dire, Aldebaran avait été incapable de saisir les vrais sentiments de la Sorcière, même à la toute fin.
Seulement, il était convaincu qu'elle le haïssait. Ou peut-être dans le désespoir, il pensait qu'elle aurait pu complètement l'abandonner.
Cependant――,
Sorcière : [Ton bras, il semble peu probable qu'il y ait un moyen pour toi de le récupérer.]
Le regard de la Sorcière tomba sur le bras gauche d'Aldebaran, pris par l'ombre de l'épaule vers le bas.
Il n'y avait aucune douleur. Cela ne servait que de preuve supplémentaire que cet endroit était le Château des Rêves de la Sorcière―― s'il devait retourner à la réalité, son cerveau serait probablement brûlé par une douleur inimaginable. Et, c'était quelque chose qui ne pouvait plus être renversé par des moyens de Mort, une vraie blessure qui ne s'effacerait jamais.
Sorcière : [Dépouillé de ton bras, tu as perdu la bataille que tu ne pouvais pas te permettre de perdre. Il apparaît comme si mon plan avait fini en échec. Je peux juste imaginer mes amis disant toutes sortes de choses. ――Finalement, cela sera laissé à ceux qui cherchent à poursuivre la volonté de Flugel. Quelle frustration.]
La pensée que sa défaite prendrait tout à la Sorcière, était insupportablement douloureuse.
Sans chercher la compréhension de quiconque, elle avait rompu les liens avec ses compagnes Sorcières et les compagnons qui avaient voyagé à ses côtés, tout cela pour qu'elle pût tenter de remplir son vœu ; mais, Aldebaran avait ruiné tout cela.
La partie la plus cruelle de tout cela était que, même s'il comprenait cela, la passion et la détermination qu'il avait portées avant sa défaite ne reviendraient pas à l'âme creuse d'Aldebaran.
Ayant perdu une bataille qu'il ne pouvait pas se permettre de perdre, le cœur d'Aldebaran avait été brisé.
La seule bataille de sa vie où la défaite n'était pas permise, avait broyé le cœur d'Aldebaran en petits morceaux.
C'était, en étant témoin de la mort inévitable de la personne la plus proche de lui dans ce monde, la Sorcière, Aldebaran souffrirait probablement d'une blessure au-delà de la récupération au sens le plus vrai.
Sorcière : [――Il n'est personne qui puisse te vaincre, toi que j'ai créé.]
Par conséquent, Aldebaran ne comprenait pas la signification de ces mots, prononcés pour lui une fois de plus.
Sorcière : [Maintenant que c'en est arrivé là, nous n'avons plus besoin de nous soucier des apparences. Changeons les conditions de victoire. Nous les laisserons s'occuper d'elle… pendant ce temps, nous nous concentrerons sur la prévention des dommages secondaires.]
La Sorcière était à la fois sage et égoïste.
Ignorant Aldebaran, qui était toujours laissé à une perte, son esprit incapable de penser droit en raison de ses immenses sentiments de culpabilité, elle arriva à une conclusion toute seule, ne laissant aucune place à l'objection alors qu'elle forçait la conversation.
Les conditions modifiées pour la victoire, le nouvel objectif présenté de prévenir les dommages secondaires―― indépendamment, il ne croyait même pas que c'était quelque chose qu'il pût accomplir. Après tout, Aldebaran avait déjà échoué.
Il avait échoué, et pourtant――,
Sorcière : [――Il n'est personne qui puisse te vaincre, toi que j'ai créé.]
Aldebaran ne pouvait pas comprendre ce qui avait causé la Sorcière à dire cela.
Sans dire grand-chose à Aldebaran, toujours stupéfait alors qu'il se tenait fixé en place, la Sorcière se leva et commença à marcher lentement vers lui, avant de venir se tenir face à face avec lui.
Le visage de la Sorcière, celui qu'il avait contemplé plus que tout autre dans sa vie―― sur lui, émergea une expression qu'il n'avait jamais témoignée auparavant.
Sorcière : [――Tes étoiles étaient mauvaises.]
Ce n'était pas la faute d'Aldebaran ; il pouvait dire que c'était la signification sous-jacente à ces mots.
Avant qu'il ne pût se réconcilier avec les émotions bouillonnant à l'intérieur de lui, le Château des Rêves prit abruptement fin.
Semblable à déchirer la scène de papier même du kamishibai, c'était une manière terriblement violente de conclusion ; ce qui l'attendait de l'autre côté était une réalité sinistre. Cet instant, son cerveau fut dominé par la douleur et les sentiments de perte, du sang frais et le vacarme dans l'air minant sa compréhension. Le ciel et la terre avaient été tachés d'un noir si sombre qu'il n'existait plus aucune semblance de temps, et les gémissements d'Aldebaran furent noyés par les crissements du monde s'effondrant, incapables même d'atteindre ses propres oreilles.
Simplement, dans un monde où juste à propos tout s'était effondré, malgré être au milieu d'une cacophonie si forte qu'il ne pouvait même pas entendre sa propre voix, il réussit d'une manière ou d'une autre à entendre correctement ce son flou, frêle, haletant.
Une voix qu'il souhaitait ne pas laisser échapper, l'incantation finale de la Sorcière――,
Sorcière : [――Ol Shamak.]
× × ×
La prochaine fois que la conscience d'Aldebaran revint, fut après que tout eût fini―― ou plutôt, quand ce qui avait fini commença à nouveau, et ce nouveau commencement arriva à une nouvelle fin, avant de commencer et finir encore et encore. Il semblait qu'après que cela eût répété maintes fois, encore, et encore, et encore, le monde avait été laissé sans aucune trace de la Sorcière.
Que ce fût en raison d'une différence dans les préconditions, ou simplement parce qu'elle avait été exécutée par la puissance énorme de la Sorcière, le choc qu'il ressentit à comment l'efficacité du sort différait de quand lui-même l'avait manié dura seulement un moment――,
???: [――Hé toi, d'où viens-tu ? Qui es-tu ?]
Cette question, fut délivrée par la voix d'une personne complètement inconnue de lui.
L'homme, vêtu d'une tenue qui était tout aussi minable que l'apparence échevelée d'Aldebaran, fixa Aldebaran avec de la trépidation et de la prudence teintant ses yeux.
Les mots, il pouvait les comprendre. Son expérience avec l'interaction humaine était rare, mais en un sens, ce n'était pas un problème non plus.
Ce qui importait était de comprendre où il était, et quand.
???: [Ginunhive… c'est l'Île des Gladiateurs. Sorcière ? C'est la chose d'il y a genre des centaines d'années, non ?]
L'homme semblait perplexe, comme s'il avait été demandé quelque chose d'étrange, et recevant ses mots, Aldebaran laissa échapper une expiration. Fixant cela, l'expression de l'homme passa de perplexe à surpris.
Après tout, alors que son expiration se transforma en sanglots, Aldebaran s'effondra au sol, un flot de larmes coulant sur son visage.
Sorcière : [――Il n'est personne qui puisse te vaincre, toi que j'ai créé.]
Les mots de la Sorcière qu'il avait laissée des centaines d'années derrière dans le passé, s'accrochaient toujours à son âme, refusant de lâcher prise.
Pour le péché d'avoir transformé cette personne en menteuse, Aldebaran avait souhaité mourir.
Mais mourir il ne pouvait pas.
Notes de traduction :
[1] Kannon est le nom japonais d'Avalokiteśvara, une figure du bouddhisme associée à une grande compassion, qui dans certaines représentations possède mille bras.
[2] – La Sorcière fait référence au terme « Faire-semblant » lui rappelant un individu désagréable. La meilleure supposition qui puisse être faite ici est celle de Pandore ou de la Sainte, car le terme japonais 虚構 utilisé ici comme faire-semblant, est assez proche de 虚飾, le terme utilisé pour le Péché de Vanagloria.