Chapitre 624
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??? : [Je suis désolée, je vous ai causé tant de soucis…]
??? : [Non, c’est Rem qui devrait être heureuse que tu aies pleuré de joie. C’était exactement comme lorsque Nee-sama a fait la même chose… ah.]
Petra inclina la tête à plusieurs reprises, s’excusant pour son comportement troublé et indigne. Rem, qui avait tenté de réconforter Petra, réalisa qu’elle venait de dire quelque chose de maladroit ; elle se figea, le visage crispé, et tourna son regard vers Ram.
En réponse au regard de Rem, Ram sourit doucement et déclara : « Tout va bien ».
Ram : [Après tout, Ram est une sœur aînée pathétique, incapable de garder son calme lors de retrouvailles émouvantes. Il n’est pas étonnant que Rem traite sa sœur de pleurnicharde.]
Rem : « C-ce n'est pas ce que je voulais dire ! C'est un malentendu de croire que tu es une pleurnicharde, Nee-sama ! Et puis, j'étais heureuse que tu pleures pour moi, Nee-sama ! » [1]
??? : « C'est vrai, Ram. Tu es enfin capable de te souvenir de Rem. Même si tu as pleuré, personne ne songerait à te traiter de pleurnicharde. Reprends-toi ! »
Ram : « Rem, Emilia-sama… ouin, ouin, ouin… »
Suivant l'exemple de Rem, Emilia se joignit à elle pour la consoler, ce à quoi Ram répondit en se couvrant les yeux de ses mains et en se détournant. Les deux jeunes femmes restaient inquiètes, mais du point de vue de Petra, tout cela n'était qu'une mascarade.
Bien entendu, il ne faisait aucun doute que cette situation avait arraché des larmes de joie à Ram.
Petra : « …Ram-neesama, je comprends que tu sois heureuse, mais tu ne devrais pas autant les taquiner. »
Emilia : « Hein !? »
Rem : « Taquiner… ? »
Petra parvint à reprendre son calme et réprimanda Ram, ce qui fit écarquiller les yeux d'Emilia et de Rem. Ram, qui avait dupé les deux jeunes filles innocentes, cessa ses faux sanglots, haussa les épaules et déclara :
Ram : « Eh bien, maintenant que les souvenirs sont revenus, il est naturel de vouloir voir toutes les expressions de Rem, alors il y avait un peu de taquinerie là-dedans. Pardonnerez-vous à une sœur aînée aussi méchante ? »
Rem : « Nee-sama… eh bien, il semblerait qu'on ne puisse rien y faire. Juste pour cette fois, d'accord ? »
Ram : « Oui, merci. Cela vous convient-il, Emilia-sama ? »
Emilia : « Rem t'a pardonné, alors je ne peux pas rester fâchée éternellement. Quelle plaie. »
??? : « Incroya~ble. Au lieu de faire preuve d'humilité, tu t'es contentée de jouer les mignonnes et tu t'en es tiré comme ça. »
Bien qu'elle ne montrât pas la moindre once de remords, Rem et Emilia pardonnèrent aisément le comportement autoritaire de Ram, tandis que Meili observait la scène avec stupéfaction et marmonnait son incrédulité. Petra partageait l'étonnement de Meili. C'était typique de Ram, mais elle commençait à aller un peu trop loin.
Petra : « J'aimerais organiser une fête pour célébrer le retour de Rem… Rem-neesama, mais la situation est très délicate, alors pourriez-vous vous en abstenir, Ram-neesama ? »
Ram : « De la retenue, dis-tu ? Cela semble raisonnable au premier abord, mais qu'en est-il de toi, Petra ? »
Petra : « ―― ? Que voulez-vous dire ? J'ai moi aussi réfléchi à ce qui s'est passé plus tôt. »
Ram : « Ce n'est pas que tu devrais te sentir coupable de t'être emportée. C'est juste un autre détail qui m'a interpellée. ――Depuis tout à l'heure, il semble que tu te sois naturellement placée entre Rem et Emilia-sama. »
Ram fit cette remarque un œil mi-clos, et Petra écarquilla les yeux en lâchant un « Hein ? ». Puis, elle regarda à gauche et à droite, et vit les profils d'Emilia et de Rem à ses côtés.
Toutes les trois étaient désormais assises côte à côte sur un long canapé, avec Petra au milieu. Petra enlaçait fermement les deux autres, comme si elle ne voulait plus jamais les lâcher.
Petra : « Hein !? »
Meili : « Ne fais pas ta surprise comme ça. Après avoir serré Rem-oneesan dans tes bras, tu l'as très naturellement entraînée avec to~i. Même Emilia-oneesan a été embarquée dans l'histo~ire. »
Petra : « D-désolée. Il semble que mon amour pour vous deux ait débordé… »
Petra réfléchit à ses actes à la lumière de l'exaspération persistante de Meili. Cependant, son excuse fut exactement la même que celle de Ram un peu plus tôt, ce qui arracha à cette dernière un « Ha ! » sonore.
Rem : [Tout va bien, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, Petra-san. Rem souhaite elle aussi combler les lacunes de sa mémoire, petit à petit.]
Petra : [Rem-neesama…]
Rem : [D'ailleurs, Rem ne pensait pas que Petra-san et les autres villageois s'entendaient si bien avec elle ; c'est donc une agréable surprise de découvrir qu'ils tenaient tant à elle.]
Alors que Petra l'enlaçait, Rem rougit légèrement et esquissa un sourire timide.
Du point de vue de Rem, sa relation avec Petra et les autres était à son apogée au moment où la Sélection Royale avait débuté — durant le mois où Subaru avait été recueilli au manoir. Avant cela, ils n'étaient au mieux que de simples connaissances.
C'est pourquoi la perception de Rem n'était pas erronée. Si Petra éprouvait des sentiments aussi forts pour Rem, ce n'était pas tant à cause de ses propres émotions que de l'ampleur de l'influence de « Subaru ».
Pourtant, malgré cela, elle les ressentait bel et bien.
Petra : [Rem-neesama, avec ce sourire timide, c'est si précieux…]
Emilia : [Petra-chan, tes oreilles sont vraaaiment rouges. Est-ce que ça va ?]
Petra : [Ah, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas de l'infidélité… Emilia-neesama est la numéro un !]
Emilia : [Hein ? Euh, c'est vrai. Je suis la personne la plus importante du camp, alors je dois accomplir mes devoirs correctement.]
Petra, tiraillée entre son impatience et son bonheur, laissa échapper une remarque qu’elle aurait dû taire, mais Emilia, telle l’ange ou la déesse qu’elle était — ou peut-être simplement parce que cela lui échappait totalement — réagit avec la candeur d’une héroïne de roman à l’eau de rose.
Gardant cela à l’esprit, Petra calma les battements effrénés de son cœur et se leva, se répétant : « Subaru est mon numéro un… »
Si elle restait coincée entre Emilia et Rem, son cœur finirait assurément par être mis en pièces.
???: [Bien joué, Petra ! Tu as tenu bon !]
Petra : [Subaru, tu ferais mieux de te préparer à ce que je te dise mes quatre vérités plus tard. Espèce de coureur de jupons.]
« Subaru » : [C’est injuste ! Je ne peux même pas toucher Emilia-tan ou Rem !]
Petra parvint à refouler ses sentiments persistants et dirigea sa colère contenue vers le Subaru imaginaire. Serrant un mouchoir pour étouffer ses larmes, elle soupira en observant « Subaru » virevolter dans le salon de réception, débordant d’émotions à l’égard de Rem, dont les souvenirs étaient revenus.
C’est alors que――,
Rem : [Rem sait qu’elle cause un certain trouble, mais il serait utile que nous nous calmions pour le moment. ――Parlons de cette personne.]
Petra : [――――]
La voix calme de Rem rendit l’air de la pièce sensiblement plus tendu.
Bien qu’elle ne se fût pas totalement détendue, l’atmosphère avait commencé à se réchauffer malgré l’urgence de la situation, mais Rem elle-même balaya cette légèreté. C’était tout à fait admirable et impressionnant.
Emilia : « Ram, Rem, Clind-san vous a-t-il déjà tout expliqué ? »
Ram : « Plus ou moins. D'ailleurs, nous avons aussi vu les ravages dans la capitale royale. Qui aurait cru que les choses en arriveraient là… Barusu a vraiment tout gâché. »
Petra : « Ram-neesama, c'est une façon bien particulière de présenter les choses… »
Ram : « Pardon, reformulons. ――Tout le monde, y compris Ram, a vraiment tout gâché. »
Petra : « ―――― »
Le constat de Ram pesait lourd et résonnait profondément en chacun d'eux.
Comme cela avait été confirmé avant que Ram et Rem ne les rejoignent, la gravité des actes d'Al dépassait ce que l'on pouvait supporter.
??? : « Cela dit, rien ne sert de s'accabler outre mesure. En fin de compte, la responsabilité de ce qui est arrivé devrait incomber à celui qui en est l'auteur. C'est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus. »
Ram : « C'est sans doute ce que pensent Ram et les autres. Mais les choses ne sont pas si simples. Ne seriez-vous pas d'accord ? »
??? : « …Tu es une fille impressionnante. À quoi jouais-tu tout à l'heure ? »
Sur ces mots, Rom-jii caressa son crâne chauve et jeta un regard sévère à Ram. Voyant la complicité entre les deux, Rem pencha la tête et murmura « Nee-sama » :
Rem : « Quand tu dis que "les choses ne sont pas si simples", parles-tu de la question de la responsabilité ? »
Ram : « Oui, c’est exact. Rom-sama souhaite discuter des détails. Je vous en prie, allez-y. »
Rom : « Nous voilà bien chargés… m’enfin, soit. Comme la gamine l’a dit, peu importe notre détermination, la situation actuelle n’est favorable ni pour nous, ni pour vous autres. »
Rom-jii, à qui Ram avait confié le soin d’expliquer la situation, se désigna lui-même ainsi qu’Emilia de ses doigts épais. Fixant ses larges extrémités, Emilia cligna de ses yeux améthyste et demanda :
Emilia : « C’est vrai pour nous, mais, Rom-jii, qu’en est-il de vous, des autres… et de Felt-chan ? »
Rom : « Ezzo était lui aussi à la Tour. Il avait pour mission de la gérer jusqu’à ce qu’une équipe d’enquête officielle soit dépêchée par le Royaume, mais il n’a pas été en mesure d’accomplir son devoir. Même Reinhard n’a pas pu arrêter ce bâtard au casque ni le Dragon Divin, et des dégâts ont été causés à la Capitale Royale. »
Meili : « Mai~s, grâce à Emilia-oneesan, aucun gros rocher n’est tombé sur la ville, pa~s vrai ? Alors pourquoi est-ce qu’on se fait encore gronde~r ? »
Rom : « Si l’on pouvait gagner en popularité rien qu’en brisant les pierres qu’on nous lance, alors Reinhard pourrait continuer à le faire indéfiniment. Meili, ce ne sont pas seulement les résultats qui doivent être jugés équitablement, mais aussi la manière dont on y parvient. »
Meili fit la moue face à Rom-jii, qui secoua lentement sa grosse tête avec une expression grave.
Dissimulée derrière l’attitude mécontente de Meili se trouvait sa frustration de voir que le rôle crucial d’Emilia n’était pas correctement reconnu. Comprenant cela, Emilia sourit à Meili et lui dit : « Merci », ce qui poussa la jeune fille boudeuse à se détourner davantage.
Rom : « Au bas mot, nous devons parler de ce que nous sommes absolument tenus de faire. D’abord, nous devons arrêter ce bâtard au casque… cet homme qui se fait appeler Aldebaran, de nos propres mains. Nous ne pouvons laisser personne d’autre, ni le Royaume, s’en charger. Nous ne pourrons discuter de la récupération de nos pertes qu’une fois cela accompli. »
Emilia : « Pourquoi faut-il que ce soit nous ? Bien sûr, il serait naturel que nous fassions de notre mieux, mais si Al est arrêté avant qu’il ne commette l’irréparable… »
Rom : « Emilia, tu ne comprends pas. Il ne s’agit plus seulement d’Aldebaran. Il a le Dragon Divin de son côté. C’est une affaire grave qui pourrait ébranler les fondements de la Sélection Royale… la seule façon d’inverser la tendance est que la Prêtresse du Dragon, une Candidate Royale, rappelle le Dragon Divin. Si cela ne peut être fait… »
Emilia : [――Cela signifierait-il que la Sélection Royale elle-même serait nulle et non avenue ?]
Emilia évoqua une possibilité définitive, et Rom-jii rentra le menton avec une expression grave. En entendant cela, Petra comprit avec retard la gravité de la situation.
À la base, la Sélection Royale destinée à désigner le prochain monarque du Royaume de Lugunica reposait sur la prophétie de la Pierre de l'Histoire du Dragon, nécessaire au maintien du Pacte avec le Dragon. En d'autres termes, il s'agissait d'une cérémonie qui dépendait de la puissance colossale du Dragon Divin Volcanica, et sans le Dragon Divin, la Sélection Royale ne serait pas viable.
Rom : [C'est pour cette raison que nous devons agir. La seule solution est d'arrêter Aldebaran, celui qui a ensorcelé le Dragon Divin, par les mains d'une Candidate Royale.]
C'était là une condition fondamentale pour résoudre cette situation cruciale et assurer la poursuite de la Sélection Royale.
Les paroles du vieux géant, le sage du camp de Felt qui avait longtemps observé le monde, possédaient une conviction que nul ne pouvait réfuter.
La destruction du monde par la main d'Al devait être évitée. Cependant, cela ne signifiait pas que tant que le monde était épargné, rien d'autre n'importait.
Une fois la bataille terminée, il restait la question de――,
Rem : [Nous devons nous assurer qu'il y ait une place digne pour le retour de Subaru-kun.]
Emilia : [Rem…]
Après avoir écouté les paroles de Rom-jii, Emilia regarda Rem qui murmurait ces mots. Rem croisa son regard, ses yeux bleu pâle emplis de détermination, et répondit : « C'est ainsi que cela doit être, n'est-ce pas ? »,
Rem : [Cette personne, il a fait la même chose pour moi. La chambre de Rem au manoir est restée exactement telle qu'elle était auparavant… parce que Subaru-kun avait une telle estime pour elle, Rem a pu se souvenir des choses qu'elle avait oubliées. Tout cela grâce à l'Étoile du Matin que Subaru-kun polissait chaque jour… !]
En effet, Rem l’affirma avec force, une boule de fer au bout d’une chaîne entre les mains : le Fléau d’armes. Submergée par le fracas retentissant de la chaîne et par la vigueur de Rem, Emilia pencha la tête.
Emilia : […Grâce au Fléau d’armes ?]
Rem : [Oui. Cela peut vous surprendre, mais ce fut à l’instant même où je touchai le Fléau d’armes. Tous mes souvenirs jusqu’à ce moment-là me revinrent en mémoire… croire que tout cela n’était que l’obsession de cette personne était un malentendu… Il y a tant de choses pour lesquelles je dois m’excuser.]
Baissant les yeux comme si elle éprouvait de la honte, Rem raconta comment ses souvenirs lui étaient revenus. Déconcertée par le plaidoyer passionné de la jeune fille, Emilia, les yeux écarquillés, agita les mains en signe de dénégation.
Peut-être était-ce une question de timing. ――Ce que la Gourmandise, qu’Al avait libérée de la Tour Prison, avait accompli était probablement lié à la renaissance des souvenirs et du nom de Rem. Et cela s’était produit au moment même où Rem avait touché le Fléau d’armes dans le manoir.
C’était la raison pour laquelle Rem était convaincue que le Fléau d’armes l’avait éveillée.
Emilia : [Tu sais, Rem, pourrais-tu te calmer un instant pour m’écouter…]
Rem : [Soyez rassurée, Emilia-sama. Avec ce Fléau d’armes, Rem sera certainement d’une aide précieuse pour ramener Subaru-kun. Une fois cela accompli, nous discuterons de ce qui s’est passé dans l’Empire et de l’avenir…]
Emilia continuait d’avoir l’air troublée tandis que Rem serrait les poings avec détermination. À ses côtés, Meili regarda Ram et demanda : « Tu ne vas pas l’arrête~r ? », ce à quoi elle répondit :
Ram : [On n’y peut rien. C’est quelque chose que Ram n’avait pas prévu non plus. ――Qui aurait cru que les divagations ridicules de Barusu sur le fait de le polir chaque jour s’avéreraient réellement utiles ?]
Meili : […C’est vraiment grave que ce soit moi qui aie le plus de bon sens i~ci.]
Meili se lamenta de la situation, dans laquelle même Ram accordait une confiance excessive au pouvoir du Fléau d’armes.
Quoi qu’il en soit, il était nécessaire de partager tout ce qu’ils savaient au sujet de la Gourmandise avec Rem et les autres, y compris leurs propres spéculations. Petra décida de laisser cette tâche à Emilia et se tourna vers le vieux Rom, tout en gardant un œil sur l’échange onirique qui se déroulait entre Emilia et Rem.
Et alors――,
Petra : [Clind-niisama n’est toujours pas revenu avec le Maître et les autres… mais nous n’avons pas beaucoup de temps. Nous allons coopérer avec Rom-ojiisan, n’est-ce pas ?]
Rom : [――. Ouais, c’est ça. Nous sommes tous d’accord pour dire que la Sélection Royale doit se poursuivre.]
Petra : [Alors, je vous en prie, dites-nous tout. Rom-ojiisan, qu’avez-vous remarqué au sujet d’Al-san ?]
Le vieux Rom les avait rejoints dans les plaines et les avait accompagnés alors qu’ils se précipitaient vers la Capitale Royale. Pour faciliter la Compression de Clind, il avait choisi d’agir séparément de Tonchinkan et des autres, mais il avait préparé le terrain pour combattre aux côtés d’Emilia et de ses compagnons, affirmant détenir des informations cruciales concernant Al, obtenues lors de leur précédent affrontement.
Au vu des discussions menées jusqu’à présent, les camps d’Emilia et de Felt étaient sur la même longueur d’onde. Il était temps pour les deux parties de jouer cartes sur table ; ainsi, Petra pressa le vieux Rom.
En réponse à la requête de Petra, le vieux Rom se tapota le crâne chauve et déclara :
Rom : [Ce que je vais vous raconter va vous sembler assez extravagant, voire insensé. Si j’ai gardé ça pour moi, ce n’est pas pour me donner de l’importance, mais parce que c’est tout bonnement incroyable.]
Petra : [Tout va bien. Je vous croirai, Rom-ojiisan. Je suis certaine que Rom-ojiisan serait surpris s’il savait, vraiment.]
Rom : […Tu es vraiment une gamine singulière, Petra.]
Prenant peut-être cela pour de la flatterie, le vieux Rom fronça les sourcils et marmonna avec exaspération.
Pourtant, il n’y avait aucun mensonge dans les paroles de Petra. Petra faisait confiance au vieux Rom. Elle savait qu’il se souciait profondément de Felt, prise en otage par Al et ses complices, et qu’il était un homme doté d’un amour paternel qui n’hésiterait pas à sacrifier sa vie pour elle.
C’est pour cette raison que l’obstacle de la méfiance, qui préoccupait tant le vieux Rom, fut levé dès le départ.
Ignorant tout des circonstances de Petra, tout en restant attentif à Emilia et Rem qui, à cet instant même, tentaient encore d’accorder leurs perceptions l’une de l’autre, le vieux Rom déclara :
Rom : [C’est quelque chose que je dirai à Emilia et aux autres plus tard, mais… ce type, Aldebaran, il utilise probablement une sorte de technique de triche appelée une Autorité.]
« Subaru » : [――Une Autorité.]
« Subaru » réagit aux mots soigneusement choisis du vieux Rom avant même que Petra ne le puisse.
« Subaru » cessa ses pirouettes dans les airs et son visage se figea, son regard fixé intensément sur le vieux Rom. La réaction du Subaru imaginaire était compréhensible. Ils venaient tout juste de l’entendre de la bouche de Clind, mais tant Petra que « Subaru » étaient familiers avec le mot « Autorité » et sa signification plus sinistre.
C’était un mot qui avait été prononcé par l’Archevêque du Péché de la Paresse, et par la Sorcière de l’Avarice qui sommeillait dans son tombeau.
La manifestation d’un droit redoutable qui permettait à son détenteur d’interférer avec la nature même de ce monde, de renverser des concepts, de réécrire égoïstement ses lois.
La raison pour laquelle le vieux Rom en avait conclu qu’Al en utilisait une était que――,
Rom : [――Ce type, il semble capable de revenir sur le temps passé. Mais, ça n’a pas l’air de remonter très loin, cela dit.]
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— Au bout du compte, que devait-elle faire, absolument ?
Ce « problème », qui l'accompagnait sans relâche depuis l'époque où elle était petite et fragile, continuait de hanter Felt avec une familiarité déconcertante, même maintenant qu'elle avait été enlevée par l'équipage d'Aldebaran.
Felt : « Bon sang, c'est d'un agaçant. »
Se grattant la tête sous le coup de la frustration, Felt cracha l'amertume qui lui nouait l'estomac.
Les sentiments d'impuissance et de résignation, bien que réels, ne servaient à rien ; Felt le savait pertinemment. Pourtant, sans étancher sa soif ni remplir son ventre, ils cherchaient à envahir son être, surgissant par tous les moyens possibles pour se mettre en travers de son chemin.
Felt : « — Tsk. »
D'un claquement de langue, Felt planta ses dents dans la viande séchée qui lui servait de dîner, la déchiquetant. Insatisfaite par ce goût trop salé, elle fut dégoûtée de voir à quel point elle s'était habituée au confort.
À peine deux jours et demi s'étaient écoulés depuis leur séparation, et déjà, la cuisine de Flam et de Grassis lui manquait.
Même les plats rustiques et épicés qu'Ezzo, Rachins et les autres apportaient parfois à table étaient bien préférables à ces rations de voyage. Flam et Grassis se mettaient en colère si elle demandait à Reinhard de cuisiner, jugeant cette tâche indigne de son rang, alors elle s'en abstenait ; mais lorsqu'elle lui faisait préparer des sucreries en secret, il ne s'en sortait pas si mal.
Malheureusement, les talents culinaires de Felt et du vieux Rom étaient si désastreux qu'elle s'étonnait de ne pas avoir succombé à une intoxication alimentaire durant les dix années passées dans la maison de recel. C'était probablement la raison de sa croissance chétive comparée à celle des autres jeunes de son âge.
Quoi qu'il en soit des circonstances culinaires de son campement —
Felt : « Je ne sais pas cuisiner, ni rien faire d'autre. Alors, qu'est-ce que je peux faire ? »
Léchant un grain de sel sur le bout de son doigt, Felt plissa ses yeux rouges, ses pensées revenant au « problème » initial.
――À l'heure actuelle, l'équipage d'Aldebaran allait de lieu en lieu, Aldebaran et le Dragon Divin s'efforçant de récupérer de l'épuisement subi dans la Capitale Royale. Au départ, Felt avait supposé qu'Aldebaran et ses complices se dirigeraient droit vers leur objectif, le Grand Geyser de Mogolade, après avoir fui la Capitale Royale, mais il semblait qu'il ne s'agissait pas simplement d'atteindre leur destination ; une question de timing entrait également en jeu.
Cependant, ces moments de répit en attendant le moment opportun étaient loin d'être idéaux ―― ils avaient été confrontés au sabotage incessant d'un poursuivant impitoyable, Otto Suwen.
Felt : « Ce n'est pas juste parler avec des insectes, c'est une Protection Divine incroyablement terrifiante… Ou plutôt, ce qui est terrifiant, ce n'est probablement pas la Protection Divine, mais le grand frère Zodda-insecte lui-même. »
Otto arborait un visage calme et ignorant, mais sa véritable nature semblait être celle d'un individu méritant une extrême prudence.
En fin de compte, chaque Protection Divine ne servait que d'outil supplémentaire. Peu importait la finesse de l'épée que l'on tenait, si l'on n'était pas doté de la force nécessaire pour la manier, de l'ambition et de l'opportunité d'apprendre à s'en servir, et du courage de brandir la lame le moment venu, alors l'épée ne serait qu'une simple décoration.
Otto possédait la force, l'opportunité, l'ambition et le courage. ――Ainsi, Felt n'aurait d'autre choix que de prouver qu'elle possédait elle aussi ces qualités, bien qu'elle fût sans épée.
Felt : « Ce grand frère est en train de passer à l'offensive totale… il manigance des trucs sacrément vicieux. »
Grâce à la Protection Divine de l'Âme du Langage, Otto s'était allié aux insectes, aux oiseaux et aux poissons ; sans laisser à l'équipage d'Aldebaran un seul instant de tranquillité, il les forçait constamment à répliquer.
Le bourdonnement des insectes et le hurlement lointain des bêtes, la pollution de l'eau et la contamination des réserves de nourriture, ses méthodes d'attaque étaient variées ; comme ils étaient incapables de trouver le moindre moment pour dormir, Felt, qui était entraînée dans leur sillage, souffrait elle aussi de maux de tête.
Mais, se retrouver prise dans les tirs croisés de la sorte était quelque chose que Felt pouvait considérer comme des dommages collatéraux mineurs. Si possible, Felt tirerait profit de sa position aux côtés de l'ennemi pour contribuer impitoyablement aux tactiques d'Otto.
Felt : « Je pensais qu'il y aurait bien assez de sens à servir à supprimer le Dragon Divin, mais… »
Cela ne suffirait pas à lui seul ; elle l'avait compris lors de la bataille entre le Dragon Divin et le Démon de l'Épée dans la capitale royale.
Même si la présence de Felt réduisait la puissance du Dragon Divin de dix pour cent, les quatre-vingt-dix pour cent restants suffisaient encore à déployer une force catastrophique ; telle était la véritable valeur du Dragon Divin Volcanica — en considérant la possibilité qu'à partir de maintenant, Rom-jii cherche à prendre sa revanche contre le groupe d'Aldebaran après sa défaite initiale, son état actuel était insuffisant.
À l'heure actuelle, c'était là le « problème » auquel la captive Felt devait faire face.
Felt : [Non, je suppose qu'il y en a un autre.]
Marmonnant ces mots, Felt tourna les yeux vers l'autre « problème », visible depuis sa position.
??? : [――――]
Devant elle, de l'autre côté du feu de camp crépitant, un homme était assis face à Felt. — Non, on ne pouvait pas dire qu'il lui faisait face. Après tout, son visage était baissé, sans le moindre regard dans sa direction.
Serrant une épée fourrée contre sa poitrine, se recroquevillant en silence comme s'il était mort, l'homme aux cheveux roux irradiait un sentiment de vexation dans toutes les directions — Heinkel.
Laissés seuls à l'entrée d'une grotte naturellement formée dans une paroi rocheuse, Felt et Heinkel passaient un moment lugubre ensemble, attendant ceux qui étaient partis s'assurer de la sécurité des environs et éliminer les obstacles.
Pour le moment, Heinkel était censé être chargé de surveiller Felt, mais à en juger par le rapport de qui regardait qui, il aurait été impossible de dire exactement qui était le surveillant. Cette manière de rejeter le monde extérieur, au point de ne toucher ni à son dîner de viande séchée ni de porter de l'eau à ses lèvres, exaspérait profondément Felt.
Felt : [――――]
Felt avait déclaré qu'elle n'avait aucune règle du bien ou du mal pour mesurer les actions de Heinkel. Il n'y avait aucun mensonge là-dedans, et elle ne changerait pas d'avis, mais — elle avait bel et bien une règle de ce qu'elle aimait ou n'aimait pas pour juger.
À tout le moins, cette attitude digne d'une carcasse vide alors qu'il était encore en vie, c'était quelque chose qu'elle détestait par-dessus tout.
Felt : [Hé, si tu ne comptes pas manger, passe-moi cette viande séchée.]
Heinkel : [――――]
Felt : [Tu m'entends, pas vrai ? Ne m'ignore pas… oh, doucement.]
Malgré son agressivité initiale, la viande séchée qu'elle avait utilisée pour entamer la conversation lui fut jetée au visage comme pour la faire taire. Elle se hâta de la ramasser, mais Heinkel ne daigna même pas poser les yeux sur elle.
Sur le moment, jugeant stupide de desserrer les poings, Felt l'interpella une nouvelle fois :
Felt : [Alors, pourquoi diable es-tu intervenu tout à l'heure ?]
Allant droit au but, Felt s'attaqua sans détour à la source du repli sur soi de Heinkel.
Heinkel : [――――]
Heinkel garda le silence ; cependant, étant donné qu'il lui avait lancé la viande séchée, il ne s'était pas totalement coupé du monde extérieur. Saisissant cette opportunité, Felt expira doucement :
Felt : [Ton vieux… comment devrais-je l'appeler. Le combat entre le grand-père de Reinhard et le Dragon Divin. Je ne suis pas vraiment une guerrière ou quoi que ce soit du genre, alors je ne connais pas les détails sur qui était le plus fort dans cette bataille. Mais, tu es censé être l'allié du Dragon Divin, non ?]
Heinkel : [――――]
Felt : « Le fait que tu sois intervenu signifie que la situation tournait mal pour le Dragon Divin. C’est une perspective scandaleuse, mais il y a aussi quelque chose d’étrange là-dedans. ――Si ton objectif était le Sang du Dragon, alors le fait que ce grand-père soit sur le point de l’emporter aurait dû être l’occasion idéale. »
Heinkel : « ―――― »
Felt : « Même si tu avais pu mettre la main sur le Sang si le Dragon était mort, tu t’es mis en travers de son chemin. Pourquoi ? »
Profitant de l’absence d’objection de son interlocuteur pour faire valoir son point de vue, Felt aligna ses mots sans détour.
Comme elle l’avait souligné, l’interférence de Heinkel dans le combat entre le Dragon Divin et le Démon de l’Épée était extrêmement contre-nature au regard de ses objectifs. Il était possible qu’il eût agi sous l’impulsion d’une profonde rancœur envers son père, mais avant de s’envoler avec le Dragon Divin, Heinkel avait demandé à la créature de soigner Wilhelm, qu’il venait pourtant de poignarder.
En d’autres termes, Heinkel ne souhaitait la mort ni du Dragon Divin, ni du Démon de l’Épée, au cours de cet affrontement.
Felt : « C’est beaucoup trop incohérent. Qui es-tu exactement―― »
Réfléchir ; c’était le moment où elle s’apprêtait à poursuivre. ――Aussitôt plaquée au sol, une lame dégainée fut pressée contre la gorge de Felt.
Heinkel : « Tu parles trop, gamine. »
Sous ses yeux se trouvaient les yeux bleus injectés de sang de Heinkel. Peut-être parce qu’il s’était mordu l’intérieur de la joue, son haleine l’inonda d’une odeur de sang, ce qui fit grimacer Felt. Tandis qu’elle réagissait ainsi, Heinkel continua de faire glisser la lame comme pour l’intimider :
Heinkel : « Si tu ne veux pas souffrir, alors ne dis pas de choses aussi inutiles―― goaghh !? »
Profitant d’une faille dans sa menace, Felt projeta son poing en avant sans hésiter, droit dans le nez de Heinkel.
Heinkel laissa échapper un « Uh, ah ? » ; plus que la douleur, c’était la réalité d’avoir été frappé qui le stupéfiait. Alors qu’il se relevait avec élan, un coup de pied en pleine poitrine le renversa sur le dos, et Felt le domina du regard.
Felt : « Il n’y a aucune chance que j’aie peur de toi à ce stade. »
En disant cela, Felt ramassa l’épée de Heinkel qui était tombée près d’elle. Pendant un instant, le corps de Heinkel se tendit, mais Felt poussa un soupir et lui relança son arme. Heinkel saisit l’épée, les yeux écarquillés, mais Felt se contenta de hausser les épaules en guise de réponse.
Le motif de ce geste pouvait sembler mystérieux, mais du point de vue de Felt, c’était la décision la plus naturelle qui soit.
Même si Felt perdait les pédales ici, elle ne pourrait pas vaincre Heinkel, et dans l’éventualité où ce dernier tenterait imprudemment de l’abattre, il était clair que Yae en serait ravie. Pour commencer, dès l’instant où Felt et Heinkel s’étaient retrouvés seuls, les intentions de Yae étaient devenues évidentes.
Si possible, Yae souhaitait se débarrasser à la fois de Felt et de Heinkel. Recourir à la violence ici n’était pas idéal, car cela ne ferait que servir ses intérêts. ――Même sans un tel raisonnement, il y avait aussi le fait que ce n’était pas le rôle de Felt de corriger Heinkel.
Felt : « Alors, on pourrait penser que c’est le rôle de Reinhard, mais je ne crois pas que ce soit juste non plus. »
Heinkel : « ――Hk. »
À l’évocation du nom de Reinhard, Heinkel fut une fois de plus profondément troublé.
Qu’un homme ayant plus du double de l’âge de Felt se recroqueville de peur devant chacun de ses mots et de ses gestes était d’une laideur absurde. Pourtant, Felt voulait découvrir la raison de cette disgrâce.
Même si cela devait laisser un goût terriblement amer à Felt, elle voulait savoir.
Felt : « Comme avant, tu n’as pas à répondre. Je parlerai toute seule, et je déduirai toute seule. »
Essuyant l'ourlet de ses vêtements, souillés pour avoir été maintenue au sol, Felt n'attendit pas la réponse de son interlocuteur et leva les yeux vers le ciel. Dans la voûte nocturne, visible à travers une fissure de la paroi rocheuse, d'innombrables étoiles brillaient d'un éclat qui n'avait rien de naturel.
Fixant avec mépris cette beauté ironique, Felt entama la conversation : « En fait, »
Felt : « Ce qui m'a tracassée dans le combat entre le Dragon Divin et ce vieux, c'est tout ce que j'ai dit précédemment. Même si tu convoites le sang de ce Dragon, tes actions ne semblent pas cohérentes. Et il y a autre chose chez toi qui ne colle pas non plus. ――C'est Gourmandise. »
Heinkel : « ―――― »
Felt : « Passons sur le fait que ce bâtard a la pire personnalité qui soit et qu'il ne s'arrête jamais de parler. Même sans ça, c'est un Archevêque du Péché bon à rien, et il n'y a aucune chance qu'il soit bien accueilli, mais… pour ce qui est des raisons de détester ce type, tu devrais en avoir bien plus que moi, non ? »
Silencieux, Heinkel ne répondit rien, mais son souffle se coupa à l'audition de cette question. Même s'il ne répliqua pas par des mots, la réaction d'Heinkel était bien trop facile à lire, et Felt plissa les yeux.
Libéré de la Tour Prison, Roy Alphard était contraint de les accompagner par Aldebaran, par nécessité pour son plan―― il existait d'innombrables raisons de haïr, de détester les Archevêques du Péché qui avaient engendré tant de tragédies, mais Heinkel aurait dû avoir une raison plus précise et déterminée de nourrir une telle inimitié.
Après tout, la femme qui était la mère de Reinhard, qui était l'épouse d'Heinkel―― l'affection dont souffrait Louanna Astrea, plongée dans un sommeil éternel, présentait une ressemblance frappante avec celle des victimes de Gourmandise.
Felt : « Je l'ai déjà dit, mais je suis au courant pour ta… pour la situation familiale de Reinhard. Que ta femme dort depuis plus de dix ans et que tu ne trouves aucun moyen de la réveiller. Eh bien, cela pourrait se résoudre une fois que tu auras obtenu le sang du Dragon, mais… comment comptes-tu régler tes comptes ? »
Heinkel : « ―――― »
Felt : « Comment comptes-tu régler tes comptes avec l'ordure qui a plongé ta femme dans ce sommeil depuis plus de dix ans ? »
À travers l'assaut contre la Duchesse Crusch Karsten et la bataille dans la cité des canaux de Pristella, les dégâts causés par l'Autorité de Gourmandise avaient été mis en lumière ; les Belles au bois dormant―― ces êtres tragiques dont tous les liens avaient été rompus, découverts dans un état de sommeil léthargique, sans que personne autour d'eux ne soit conscient de leur existence. Il fut révélé que ces individus n'étaient autres que des victimes du Culte de la Sorcière.
Bien entendu, cela aurait dû parvenir aux oreilles de Heinkel. Pourtant, jamais Heinkel n'avait manifesté le moindre intérêt pour Gloutonnerie, qui aurait pu être la cause du sommeil de son épouse.
――Était-ce parce que sa priorité absolue était d'obtenir le Sang du Dragon pour réveiller sa femme ?
――Le choc d'avoir poignardé son propre père, de s'être baigné dans son sang, était-il tout simplement trop lourd à porter ?
Ou peut-être――,
Felt : [Si tu ignores vraiment ce bâtard, alors pourquoi ?]
Heinkel : [A-attends… qu’est-ce que…]
Felt : [Tu n’as pas besoin de répondre. Je te l’ai dit, non ? Je parlerai seule, et j’en déduirai seule.]
La poigne tremblante sur son épée, le visage d'une pâleur mortelle, Heinkel fixa Felt. Le regard de ses yeux bleu Astrea se heurta au sien, rouge, et Felt en fut convaincue.
Au plus profond des yeux de Heinkel brûlaient des braises terriblement indéfinies, mais finalement inextinguibles. ――Il s'agissait probablement de la même chaleur que celle qui habitait les yeux de Rom-jii lorsqu'il posait son regard sur Felt.
Heinkel : [――――]
Un homme méprisable, égocentrique, égoïste, autodestructeur, au cœur vacillant tout en ignorant ses propres capacités, et au-delà de tout secours, voilà ce qu'était Heinkel Astrea. ――Si, dissimulée au plus profond, visible seulement à travers la plus infime des failles, se trouvait une chaleur toujours présente dans les moindres actions de cet homme, alors cela signifiait.
Felt : [La raison pour laquelle tu ne prends même pas la peine de regarder Gloutonnerie, c'est parce que tu sais qu'il n'y a aucun lien entre le sommeil de ta femme et lui. Tu sais que c'est faux, alors tu ne tournes pas ton épée vers lui. Mais…]
――L’affliction de la Belle au bois dormant dont souffrait Louanna Astrea différait radicalement de celle des autres Belles au bois dormant.
Contrairement à ces dernières, dont tous les liens avec le monde avaient été rompus, Louanna demeurait présente dans la mémoire de Reinhard, de Heinkel et de tous ceux qui l’avaient connue, et tous déploraient son sommeil.
En d’autres termes, il s’agissait d’un cas distinct. Louanna Astrea n’était pas une victime de la Gourmandise. Or, bien que Heinkel connût la vérité à ce sujet, il ne l’avait partagée avec personne.
Pourquoi en était-il ainsi ? Parce qu’il ne pouvait se permettre que quiconque l’apprît. ――La cause, du sommeil de Louanna.
Cette cause était――,
Felt : [――Reinhard.]
Heinkel : [――――]
Une paire d’yeux écarquillés et immobiles, un visage privé de voix, un souffle rauque dénué de vitalité ; tout cela devint une réponse plus éloquente que les mots, donnant du crédit à la conviction de Felt.
Ce qu’elle devait absolument accomplir. ――Découvrir cela, voilà quel était le « problème » actuel de Felt.
Par sa détermination et sa volonté de faire face à ce « problème », elle parvint à une vérité terriblement amère, et celle-ci était――,
Felt : [――Ainsi, celui qui a plongé la mère de Reinhard dans ce sommeil, c’est Reinhard lui-même ?]
Note de traduction :
[1] Depuis qu’elle a recouvré la mémoire, la façon de s’exprimer de Rem oscille entre son style habituel et celui qu’elle avait adopté à Vollachia avant de sombrer dans le sommeil. Un signe très révélateur de ce phénomène est son hésitation constante entre l’usage de son propre nom et celui du pronom « watashi » (私), qu’elle employait durant son séjour à Vollachia. Dans nos traductions, nous rendrons cela par « je/me » pour le pronom et par « Rem » lorsqu’elle se désigne par son nom. À l’avenir, nous ne soulignerons plus chaque occurrence de ce changement, car il est fort probable qu’il se reproduise fréquemment.