Chapitre 617
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――Un vent impétueux balayait la terre, les puissances s'entrechoquaient, comme si cet affrontement composait une nouvelle strophe de légende.
Un battement de cils après le début du duel entre le Démon de l'Épée et le Dragon Divin, un combat dépassant l'entendement humain―― dans ce bref instant, Heinkel avait basculé du dos du Dragon, exclu de la légende.
Heinkel : [――――]
Durant leur descente depuis les nuages, le Dragon Divin l'avait maintenu en place par le vent, mais dès qu'il avait entamé le combat contre le Démon de l'Épée, le Dragon avait perdu cette attention―― non, cette marge de manœuvre, le forçant à se débrouiller seul. Et ainsi, sans le moindre résultat, Heinkel avait été promptement éjecté de la scène.
Incapable même de s'agripper à ce dos, il s'écrasa au sol, se méprisant pour sa misérable et pathétique disgrâce. ――Mais même cet excès d'autoflagellation était refusé à Heinkel en cet instant.
Heinkel : [――――]
La bataille qui avait commencé à la villa Barielle avait déjà largement étendu son théâtre d'opérations jusqu'au quartier noble, et le combat extraordinaire entre l'homme et le Dragon se déroulait dans un spectacle fantastique, comme un rêve éveillé. ――Heinkel ne pouvait en détacher les yeux.
Heinkel : [――――]
Au fond de lui, il souhaitait détourner le regard. Non seulement il voulait détourner les yeux, mais il désirait tourner les talons et s'enfuir. Si cela ne pouvait se réaliser, alors il voulait se prendre la tête entre les mains, se recroqueviller, se boucher les oreilles et tout rejeter.
Mais il ne le pouvait pas. Il en était incapable. ――Alors que Wilhelm van Astrea brandissait son épée, comment Heinkel Astrea pouvait-il tenter de détourner le regard ?
Heinkel : [――――]
Tandis que le corps âgé du Démon de l'Épée s'animait de mouvements vigoureux, il défiait le Dragon Divin qui le dominait de toute sa stature, plusieurs dizaines de fois supérieure à la sienne ; esquivant la mort à maintes reprises, il assénait d'innombrables coups d'épée qui semblaient ébrécher les écailles du dragon.
S'approcher, bondir, brandir, parer, maintenir sa posture, transférer son poids, guider son regard, appliquer sa technique, utiliser les obstacles ; l'escrimeur ultime qui tirait profit de tout pour sublimer son art―― sans l'ombre d'un doute, Wilhelm, maniant ses lames contre le Dragon, était le plus grand épéiste que Heinkel ait jamais connu.
Pas un instant, il ne put détacher ses yeux de la performance exquise de ce Démon de l'Épée.
Retenant son souffle, oubliant de cligner des yeux, au point que les battements de son propre cœur lui semblaient être une entrave, il était envoûté par les multiples éclairs de l'acier.
Ce n'était rien d'aussi élégant ou poli qu'une danse à l'épée. La nature du Démon de l'Épée, qui cherchait à entailler profondément la vie de ses adversaires sous n'importe quel angle, était plus fruste ; une violence proche de l'instinct d'une bête.
Cette violence se transformait en impulsion, cette impulsion se sublimait en technique, pour finalement aboutir à cette légende luttant contre le Dragon Divin.
Heinkel : [――――]
――Dans la silhouette de Wilhelm échangeant des coups avec le Dragon Divin, Heinkel entraperçut d'innombrables champs de bataille.
Celui de la cité des eaux, où il croisait le fer avec la forme juvénile de Theresia van Astrea.
Celui des plaines de Lifaus, où il faisait tournoyer son épée contre ce redoutable ennemi qu'était la Baleine Blanche, afin de venger son épouse.
Celui de la cité commerciale, où il tranchait l'une des têtes du Dragon Fléau à trois têtes, dominant les cieux.
Celui de cette même cité, où il gravait son nom dans l'histoire en affrontant Kurgan aux Huit Bras, le plus fort de l'Empire.
Celui du château royal de Lugunica, où il dépouillait la Sainte de l'Épée Theresia van Astrea de son arme.
Celui de la guerre des demi-humains, où, couvert de sang, il condamnait de nombreux ennemis à servir de fourrage à sa lame, lui qui allait être surnommé le Démon de l'Épée.
Sur d'innombrables autres champs de bataille, il percevait dans la silhouette actuelle de Wilhelm celle qui avait apporté la victoire par son épée en tant que plus grand manieur de lame ; Heinkel voyait tout cela.
Et simultanément, il comprit. ――Si les choses continuaient ainsi, le Dragon Divin serait vaincu.
Heinkel : [C'est impossible.]
En articulant ces mots, Heinkel, qui était tombé à genoux, se releva.
Alors qu'il vérifiait la présence de l'épée à sa taille, Heinkel fut poussé par cette conviction.
Le Dragon Divin allait perdre. Après tout, son adversaire était le Démon de l'Épée, qui avait scellé sa victoire.
Heinkel : [――――]
Hélas, les yeux de Heinkel ne pouvaient percevoir les limites ultimes de la force du Démon de l'Épée et du Dragon Divin.
Tout comme ceux qui restaient au sol ne pouvaient être certains du paysage au-dessus des nuages, même en supposant qu'un spectacle dépassant leurs imaginations les plus folles s'y déroulât, ils ne pourraient jamais le contempler.
Dès lors, il n'avait d'autre choix que de faire travailler sa piètre imagination pour le concevoir. ――Ainsi, dans le monde conjuré par la pauvre imagination de Heinkel Astrea, le Dragon Divin succombait à la lame du Démon de l'Épée.
Compte tenu des conditions initiales, le Dragon Divin bénéficiait d'un avantage écrasant dans ce combat.
Même aux yeux de Heinkel, les lames du Démon de l'Épée ne perçaient pas les écailles du Dragon Divin, et après de nombreuses tentatives, aucun coup décisif n'avait encore été porté. À l'inverse, chacune des attaques du Dragon Divin était mortelle, si bien qu'une simple éraflure de quelques millimètres suffirait à voler la vie du Démon de l'Épée et à disperser son cadavre sur le champ de bataille.
Heinkel comprenait ces conditions. ――Pourtant, sa vision de la victoire du Démon de l'Épée restait inébranlable.
Il n'y avait aucune logique à cela. La logique et la raison ne pouvaient surpasser la Sainte de l'Épée. C'était dire que la force du Démon de l'Épée, qui avait autrefois vaincu la Sainte de l'Épée, transcendait la logique et la raison.
La force de porter la pointe de son épée au-delà de ces limites résidait en le Démon de l'Épée, et donc――,
Heinkel : [――C'est impossible.]
Ce scénario inéluctable, le pire de tous, était inacceptable pour le destin de Heinkel.
S'il triomphait du Dragon Divin ici, le Démon de l'Épée chercherait probablement à défier la Sainte de l'Épée ensuite. Puis, tout comme il avait vaincu la Sainte de l'Épée de la génération précédente, il triompherait de celle de la génération actuelle―― de Reinhard.
Cela, ce n'était pas possible. Cela seul, c'était impossible.
Il y avait de nombreux obstacles à la réalisation d'un tel combat, comme la présence de la Sorcière de l'Envie qu'Aldebaran utilisait par quelque moyen, mais même sans de tels éléments, c'était impossible.
C'était impossible. Absolument impossible. Impossible, et parce que c'était impossible, c'était tout bonnement impossible. Quant à savoir pourquoi c'était impossible, le degré d'impossibilité ne nécessitait aucune explication, de toute façon, c'était impossible. L'impossible est impossible, et il ne pouvait en être autrement. Impossible. C'était impossible après tout. Ce qui est impossible est impossible. L'impossible restera impossible, donc c'était tout à fait impossible. La lame parfaitement pure du Démon de l'Épée ne pouvait sauver Louanna Astrea. Il ne pouvait la sauver, c'est pourquoi――,
???: [――Heinkel.]
Devant lui, se tenait le dos du Démon de l'Épée, immobile.
Une voix étouffée par l'écume de sang, une voix qui semblait se noyer, ne se trompa pas en signifiant à Heinkel que son propre nom avait été prononcé.
Ayant perçu cela, tout en exerçant une retenue maximale pour supprimer le tremblement de ses bras, il agrippa fermement la poignée de son épée.
Heinkel : […Avec ta façon de faire, je ne peux pas récupérer Louanna.]
Frappé au front par un fragment de bâtiment en ruine, le sang coulait. Soufflé à maintes reprises par les ondes de choc, il s'était également retrouvé coincé sous un pilier qui s'effondrait. Avec la moitié de son corps brûlé par les séquelles du souffle du Dragon, tranché par un éclair d'épée, il se força à avancer malgré l'agonie du sang, des os et de la chair en feu.
Le corps souillé au possible par les nuages de poussière et le sang versé, il marchait, marchait et marchait―― Heinkel se tenait derrière Wilhelm. ――Se tenant là, l'Astrea dégainée, il transperça son père biologique par derrière.
Wilhelm : [――――]
À travers l'épée qui le transperçait, il sentit Wilhelm tenter de se retourner. Afin d'empêcher ce mouvement, il mit toute sa force dans sa prise, la douleur cuisante de la blessure profonde contrariant toute velléité de se retourner.
À cet instant, il ne pouvait voir le visage de Wilhelm. S'il voyait son propre reflet dans ces yeux, le Heinkel du passé comme celui du présent serait incapable de prononcer un mot. C'est pourquoi il ne le laisserait pas se retourner. Quoi qu'il arrive.
Il ne pouvait se permettre de le laisser se retourner, de le laisser dire ces mots.
Si le Démon de l'Épée était autorisé à agir ainsi, s'il était autorisé à dire qu'il mènerait son entreprise à bien, il finirait par forcer le destin avec son épée.
Dans ce futur entrouvert, peut-être que tous les nuages sombres se dissiperaient, et qu'un coin du ciel bleu, longtemps voilé, serait entrevu. ――Mais la silhouette de Louanna n'y serait pas présente.
Par la lame du Démon de l'Épée, Louanna ne pouvait être réveillée.
Et si elle n'était pas là, alors Heinkel―― Heinkel et une autre personne, seraient au-delà de tout salut.
Heinkel : [Je ne suis pas toi… Je ne suis pas toi, Papa. Je suis moi. ――C'est quelque chose que je dois faire, quoi qu'il en coûte.]
Il voulut maudire le fait que ces mots, arrachés à sa gorge, n'étaient qu'une voix faible teintée de sanglots.
Serre les dents, bon à rien. Mets de la force dans ta voix, lâche. As-tu vraiment le temps de baisser la tête, poltron ?
Même avec ces mains, cette épée tachée du sang de ton père, tu ne peux même pas étouffer le claquement de tes dents, la sensation de chaleur dans tes yeux, le sentiment que toutes tes entrailles grouillent comme des vers, te donnant envie de tout vomir, parasite.
Te vanter d'avoir pris ta décision, depuis quand as-tu jamais pu tromper ton moi hésitant, espèce de pleutre ?
Wilhelm : [――Espèce d'idiot.]
Avec des malédictions incessantes, Heinkel se poussait négativement vers l'avant.
Aux oreilles de Heinkel parvint une réprimande qui n'était pas la sienne, mais qui ne pouvait qu'être en accord avec lui.
La voix ne se noyait pas dans le sang, et après que ses joues se furent crispées à ce constat, Heinkel regarda avec stupéfaction. ――Devant lui, il croisa le regard de Wilhelm, qu'il avait tenté d'empêcher de se retourner.
Heinkel : [――Ah.]
En regardant ses mains, l'épée était dans la même position. Néanmoins, la raison pour laquelle Wilhelm avait pu se retourner était qu'il avait tordu son corps, s'extirpant de force de l'épée qui lui transperçait le torse.
Naturellement, le sang coulait dès qu'une épée était retirée d'une plaie. Et si elle avait été arrachée de force, la blessure s'était élargie.
Mais le Démon de l'Épée avait lui-même retiré la lame. Après tout, s'il ne l'avait pas fait, il n'aurait pas pu se retourner.
Wilhelm : […Heinkel.]
Laissant Heinkel sans voix face à cet acte scandaleux, Wilhelm l'appela à nouveau.
La gorge nouée, Wilhelm ravala le sang qui montait, s'assurant que sa voix resterait claire. Cependant, il avait subi des blessures sur tout le corps lors de ses duels contre Yae et le Dragon Divin, et ayant reçu une blessure profonde de la part de Heinkel, son corps perdait déjà une quantité fatale de sang.
Effectivement, ayant perdu le soutien de l'épée qui lui transperçait le corps, les genoux de Wilhelm se dérobèrent.
Heinkel : [P-Père… Papa…]
Dans l'urgence, Heinkel tendit la main pour soutenir ce corps qui s'effondrait. Mais, au contraire, la main tendue de Heinkel fut saisie, l'attirant brusquement vers lui.
Alors que les joues de Heinkel se raidissaient face à une force physique impensable pour quelqu'un ayant perdu tant de sang, au seuil de la mort, Wilhelm le regarda avec des yeux dont la force ne s'estomperait en aucun cas――,
Wilhelm : [Assez, réveille-toi…]
Heinkel : [――――]
À ces mots, une chaleur sombre s'alluma dans le cœur du Heinkel recroquevillé.
Allait-il vraiment lui faire la leçon pour qu'il « arrête de rêver » ? Ce rêve éveillé de réveiller Louanna, s'il devait se réaliser, Louanna en serait-elle heureuse ? ――Même sans avoir besoin de le dire, il savait qu'il n'y avait aucune chance que Louanna en soit heureuse.
Pas une seule des choses que Heinkel avait faites jusqu'à ce jour, Louanna ne l'approuverait.
Elle le mépriserait, cesserait de l'aimer, son affection se transformerait en haine ; le nom de Heinkel ne manquerait pas d'être gravé dans l'esprit de Louanna comme celui de l'homme le plus répugnant de ce monde.
Mais cela n'avait pas d'importance. La colère, la haine, le mépris, tout cela était acceptable. Si cela signifiait que Louanna sortirait de son sommeil, que ses yeux bleus refléteraient à nouveau le monde, que ses lèvres célébreraient la vie, alors cela suffirait.
Un rêve aussi commode, il n'en voyait point.
Dans cette réalité qui était si cauchemardesque, mais qui n'était ultimement pas un cauchemar, Heinkel vivrait, et mourrait.
À cette fin――,
Wilhelm : [――Faux.]
Sa sombre résolution était revenue avec la douleur dans sa tête ; cependant, Wilhelm avait mis le holà.
Heinkel retint son souffle, fixant Wilhelm avec perplexité. Sans détourner le regard de son fils incompétent, Wilhelm remua ses lèvres tachées de sang.
L'expression sur son visage était une expression que Heinkel connaissait. Un souvenir désagréable des temps passés. ――L'expression douloureuse que Wilhelm avait eue lorsqu'il avait annoncé que Theresia, sa mère, n'était pas revenue de la bataille contre la Baleine Blanche.
Wilhelm : [Réveille-toi, Heinkel… Tu…]
Avec ce visage que, pour autant que Heinkel le sache, le Démon de l'Épée Wilhelm n'avait arboré que lorsqu'il avait montré sa plus grande faiblesse――,
Wilhelm : [Tu… peu importe la haine que tu t'attires… Reinhard n'abandonnera jamais le siège… de Sainte de l'Épée… hk.]
――Tout comme à l'époque, les mots prononcés avaient blessé le cœur de Heinkel au plus profond.