Chapitre 613
△▼△▼△▼△
Traduction humaine par :
Traduction automatique par :
Correcteurs :
Vérification du japonais vers l'anglais par :
Sources des illustrations :
※ ※ ※ ※ ※ ※ ※ ※ ※ ※ ※ ※
Emilia : « Là, je suis vraiiiment en colère, alors je ne me retiendrai pas, même s'il s'agit de toi, Al. »
Ainsi parla la Sorcière de Glaciation qui, après avoir transformé les environs de la Tour-Prison en un paysage hivernal, lui lança un regard sévère.
La fureur qui brûlait dans ces yeux améthyste provoqua une sensation de sécheresse dans la gorge d'Aldebaran.
Même au sein de l'Empire, il avait maintes fois été témoin de la scène où elle déployait toute la force de ses longues jambes, combattant avec une expression sérieuse sur son beau visage. Mais ce sérieux était toujours profondément teinté de courage et de bienveillance, jamais empreint de cette nuance de rage.
Par conséquent, c'était la première fois.
Aldebaran : [――――]
C’était la première fois qu’il se retrouvait face à une scène où les yeux d’Emilia étaient emplis de colère, dardant un regard intense sur quelqu’un.
Sans parler du fait que cette colère fût dirigée entièrement et exclusivement vers lui ; rien que l’idée d’imaginer une telle chose lui semblait inconcevable.
Aldebaran : […Dire que je ne l’avais jamais imaginé… ce serait sans doute trop demander.]
En détournant la dépouille draconique du Dragon Divin Volcanica et en mobilisant la Sorcière de l’Envie dans le but de stopper le Saint de l’Épée Reinhard, il était devenu l’ennemi du monde. ――Et même avant tout cela, au moment où il avait scellé Natsuki Subaru, même si ce n’était pas à l’échelle du monde entier, un grand nombre de personnes étaient devenues les ennemies d’Aldebaran.
Emilia figurait en tête de cette liste. Cette confrontation était le prix inévitable qu’il devait payer pour la décision qu’il avait prise.
?? ? : [Qu’est-ce que c’est~, comme c’est curieux ? On dirait que tu l’as mise très en colère~, tonton. Cette onee-san est terrifiante quand on l’énerve, tu savais~ ?]
Aldebaran : [La ferme.]
?? ? : [Ohh, ça fait peur, ça fait peur.]
Porté sur les épaules d’Aldebaran, Roy, immobilisé, ricana avec dérision.
Les circonstances de la capture de Roy avaient découlé d’un combat contre le groupe de Natsuki Subaru à la tour de guet des Pléiades―― naturellement, Emilia était également présente. Il était logique qu’il la connût.
Même avant cela, Roy avait dévoré de nombreux Noms et Souvenirs à Pristella, et il n’aurait pas été étrange que certaines de ces personnes eussent connu Emilia.
Par conséquent, ce sur quoi il devait se concentrer à présent n'était pas le persiflage visqueux de Roy, mais plutôt――,
Aldebaran : [――Yo, quelle coïncidence de te croiser ici, mademoiselle――]
S'efforçant de choisir les mots pour sa première intervention, Aldebaran ouvrit la bouche.
Mais, malheureusement pour l'effort qu'il avait investi dans le choix de ces premiers mots, cela s'avéra vain.
Et ce, parce que――,
Aldebaran : [――Hk.]
Au milieu de la tirade d'Aldebaran, qui visait à jauger l'approche de son adversaire, Emilia se projeta en avant, provoquant une explosion de la neige accumulée à ses pieds, ses cheveux argentés flottant au vent tandis qu'elle s'élançait du sol.
Au milieu de sa vision recouverte par la neige, juste après avoir perçu l'éclat de ses cheveux argentés virevoltants――,
Emilia : [Hiyaah !!]
――Sans la moindre retenue, un gantelet de glace fut enfoncé directement dans le plexus solaire d'Aldebaran.
△▼△▼△▼△
――Revenons un peu en arrière, avant ce coup porté au plexus solaire.
??? : [Subaru et tous les autres… !]
??? : [C’est ce que m’a rapporté l’un des miens. Tout le monde dans la Tour a été éliminé.]
Celle qui les en informa n’était autre que Felt, qui se trouvait alors dans la capitale royale.
C’était leurs premières retrouvailles depuis les événements de la cité aquatique de Pristella, mais ils n’avaient guère le temps de se remémorer le bon vieux temps.
À vrai dire, la raison pour laquelle Emilia se rendait dans la capitale n’avait rien de réjouissant : elle devait annoncer au château royal que Priscilla Barielle avait perdu la vie dans l’Empire de Vollachia.
Emilia était profondément affligée à l’idée de devoir rapporter une nouvelle qui affecterait considérablement la Sélection Royale et, surtout, qui attristerait tous ceux qui connaissaient et aimaient Priscilla.
Ce que Felt venait de lui révéler fut un coup terrible.
Emilia : [Al…]
Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Tels étaient les mots qu’Emilia ne parvenait pas à prononcer.
Si Al commettait une imprudence à présent, il était impossible que cela ne fût pas lié à la mort de Priscilla. Le dévastation d’Al, après avoir perdu un être si cher, l’avait plongé dans un état insoutenable ; c’était précisément pour cette raison qu’Emilia et les autres avaient accédé à la requête de Subaru et les avaient laissés partir vers la tour de guet des Pléiades.
Elle avait cru que cela offrirait à Al une chance de se reconstruire, ou du moins, une chance d’aller de l’avant.
Mais malgré cela—,
???: [――Felt-sama, puis-je vous demander davantage de précisions ?]
Aux côtés d’Emilia, qui se mordait la lèvre et serrait les poings, se tenait Otto, venu avec elle dans la capitale royale, qui interrogea Felt.
Contrairement à Emilia, accablée par cette nouvelle dévastatrice, Otto affichait un calme olympien, le regard fixé sur Felt, et sa voix ne tremblait pas. Pourtant, Emilia savait ce que signifiait une telle attitude chez lui : il était au paroxysme de sa colère.
Felt perçut la pression silencieuse émanant de la colère d’Otto, bien connue de tous au sein du camp d’Emilia, et croisa les bras avant de répondre : « Ouais, d’accord. »
Felt : [Le grand frère Chevalier et le petit Esprit sont retenus prisonniers par ce bâtard au casque. Je ne sais pas comment, mais il semble qu’il n’ait pas l’intention de les tuer.]
Otto : [Aucune intention de tuer… ? Qu’en est-il des autres à la Tour ?]
Felt : [Flam m’a contactée pour me dire qu’ils allaient bien. Meili et la servante d’Emilia-neechan sont en sécurité. Mais notre Sensei et ce type, Garfiel, ont été salement amochés. Il semble qu’il ne leur ait pas ôté la vie.]
Otto : [――. C’est donc cela ? Je vous remercie.]
Felt : [Ce n’est pas quelque chose pour lequel tu devrais me remercier. Je me serais sentie bien pire si j’avais su ce qu’il en était sans t’en faire part.]
Après avoir tout révélé sans la moindre hésitation, Felt fixa Emilia, qui serrait toujours les poings. Frappée par l’intensité du regard de Felt, Emilia eut un sursaut.
Puis, Felt poursuivit alors que les joues d’Emilia se raidissaient.
Felt : [Nous avons arrêté notre plan. Nous utiliserons Reinhard pour regagner notre territoire aussi vite que possible. Nous devons consulter le vieux Rom et déterminer la marche à suivre.]
Emilia : « N’est-ce pas le domaine Astrea ? Si c’est le cas, c’est proche des dunes de sable d’Augria, alors nous pouvons vous accompagner, Felt-chan―― »
Otto : « ――Non, nous ne devrions pas faire cela, Emilia-sama. »
Emilia : « Quoi ? »
Emilia se pencha en avant avec empressement, mais la voix calme d’Otto la retint.
Cependant, Emilia était déconcertée, car elle ne comprenait pas pourquoi on l’arrêtait. Après tout, elle devait se précipiter vers la tour où Subaru et les autres étaient en difficulté.
Emilia : « Est-ce parce que Reinhard aura du mal si nous sommes plus nombreux ? Eh bien, ce serait vraaaiment difficile de s’alléger davantage, mais je ferai de mon mieux… ! »
Felt : « Même si Emilia et le grand frère Zodda Bug se joignent à nous, cela ne changera pas grand-chose à la charge de travail de ce type. Mais ce n’est pas ce que vous voulez dire, n’est-ce pas ? »
Otto : « Indépendamment de la perception que vous avez de moi, Felt-sama… en effet. »
Felt et Otto hochèrent la tête l’un vers l’autre, tandis que des points d’interrogation flottaient au-dessus de la tête d’Emilia.
Toutefois, bien qu’Emilia fût incapable de suivre le raisonnement des deux autres, elle ne doutait pas que ces pensées fussent justes et mûrement réfléchies.
Emilia : « Felt-chan, sois prudente. Dis-le aussi à Reinhard. Quant à Al… »
Felt : « Naturellement, en ce qui concerne le bâtard au casque, je ne peux rien promettre. Désolée pour ça. »
Emilia : « ――Non, je suis heureuse que tu m'aies dit clairement que tu ne pouvais me faire aucune promesse. »
Leurs retrouvailles furent de courte durée, et la teneur de leur conversation n'avait rien eu d'agréable. Pourtant, Emilia offrit une étreinte d'adieu à Felt et raccompagna la jeune fille, dont l'expression était devenue étrange, hors du château royal.
Par la suite, Felt et les autres furent transportés au domaine Astrea par Reinhard ; il s'agissait alors d'accomplir une grande variété de tâches qui s'avéreraient absolument vitales, et pourtant…
Emilia : « Subaru… »
Après le départ tumultueux de Felt, Emilia demeura dans la résidence royale, le regard fixé vers le sol.
Même à cet instant, elle n'avait pu desserrer ses poings crispés. Felt avait affirmé que tous ceux qui avaient été envoyés à la tour de guet des Pléiades avaient terriblement souffert.
Cependant, parmi eux, celui qui inquiétait le plus Emilia était son chevalier, Subaru.
Même dans l'Empire, il avait fourni de grands efforts pour le bien de Rem et de Spica, il avait combattu aux côtés d'Abel, avait été réduit à l'état d'enfant, avait grandi à nouveau, et pourtant, il n'avait pu sauver Priscilla.
La manière dont il s'était puni, en laissant ses nombreux amis de l'Empire le rouer de coups, était une chose qu'elle ne pouvait supporter de voir. Et pourtant, la bonté dont Subaru avait fait preuve par égard pour Al fut trahie――.
Emilia : « Je… »
Une sensation étrange s'était éveillée au plus profond de sa poitrine et bouillonnait, rendant Emilia consciente de la chaleur qui émanait de son propre cœur.
Un sentiment qui n'était ni de la tristesse ni un déchirement, c'était une émotion qu'Emilia avait rarement éprouvée, et qui, par conséquent, la laissait dans une grande perplexité.
Une sensation telle que celle-ci, au creux de sa poitrine, au fond de ses yeux, au cœur même de son âme, ce sentiment d'ébullition intense ; la dernière fois qu'elle l'avait éprouvé, c'était―― lors de sa confrontation avec Regulus, à Pristella.
Contre Regulus, qui avait enchaîné les cœurs de ses épouses, Sylphy et les autres, pour des raisons purement égoïstes, Emilia avait ressenti une colère véritable, profonde. Cette même rage, ou peut-être une plus grande encore, brûlait désormais en elle.
Otto : [Emilia-sama, je vous remercie d'avoir accédé à ma requête.]
Emilia : [Otto-kun…]
Emilia, qui venait de réaliser à quel point sa fureur était immense, au point de pouvoir à peine la contenir, comprit intuitivement qu'Otto, malgré son expression calme, ressentait exactement la même chose.
C'était prévisible. Après tout, inquiet pour Subaru et les autres, Otto faisait partie de ceux qui avaient accompagné Emilia et ses compagnons jusqu'à l'Empire. Une telle situation ne pouvait perdurer――,
Emilia : [Eeep !]
Dans un claquement sonore, Emilia se gifla les joues des deux mains. Ce geste fut si inattendu qu'Otto s'exclama « E-Emilia-sama ? » avec stupeur.
Se sentant coupable, Emilia retira ses mains de ses joues endolories,
Emilia : [À l'instant, mon esprit s'emballait et j'avais l'impression de ne plus pouvoir m'exprimer correctement, c'est pour ça. Mais maintenant, ça va… ! Enfin, dire que ça va est un mensonge, mais je peux parler normalement.]
Otto : […Je vois. Dans ce cas, je vais moi aussi――.]
Emilia : [Aïe !]
Alors qu’Emilia hocha la tête, un claquement retentit : Otto venait de se gifler les joues de la même manière qu’elle. Il l’avait fait avec une telle vigueur qu’Emilia sursauta, le son étant assez fort pour laisser craindre un saignement de nez imminent.
Cependant, Otto ne saigna pas du nez, bien que ses joues fussent probablement aussi rouges que celles d’Emilia.
Otto : [――. Je vais vous expliquer pourquoi nous n’avons pas accompagné Felt-sama. C’est parce qu’il aurait été inutile que nous nous y rendions et… afin de nous préparer à une éventualité peu probable.]
Emilia : […Je vous en prie, continuez.]
Emilia n’interrompit pas les explications qu’Otto, les deux mains plaquées sur les joues, lui fournissait.
Elle avait des questions. Elle avait énormément de choses à dire. Mais avant tout, elle écouterait tout ce que son interlocuteur avait à déclarer. Car Otto avait certainement déjà préparé une réponse appropriée à presque toutes les préoccupations d’Emilia.
Otto : [Si Reinhard-san est sur la ligne de front, alors il est inutile d’envoyer quiconque en se basant sur sa puissance militaire. Felt-sama doit également le comprendre. Dès lors, la raison pour laquelle elle a tout de même décidé de retourner sur son domaine serait――]
Emilia : [――C’est… pour qu’elle puisse se préparer ?]
Otto : [Exactement. Réfléchissez-y. Si, mis à part Natsuki-san et les autres, les compagnons de Felt-sama dans la Tour étaient attaqués, Reinhard-san apparaîtrait évidemment. Malgré tout cela, Al-san… Cet homme a franchi le pas.]
Finalement, Emilia commença à comprendre ce qu’Otto essayait de dire.
Reinhard était d’une force écrasante. Très probablement, parmi les personnes qu’Emilia connaissait―― non, même en incluant celles qu’elle ne connaissait pas, Reinhard était le plus fort au monde. Puck l’avait dit lui-même, cela devait donc être vrai.
En comprenant qu’il allait se mesurer à Reinhard, il était étrange de s’attendre à ce qu’Al n’ait rien préparé. Cela signifiait qu’Al avait assurément préparé quelque chose, et que même Reinhard pouvait être en danger.
Emilia : [Felt-chan s'inquiétait pour Reinhard, alors elle est retournée en arrière pour se préparer… Mais alors, qu'en est-il de nous ? Si nous devions nous préparer, nous devrions probablement le faire avec Felt-chan et tous les autres…]
Otto : [Nous sommes ceux que Felt-sama et les autres ont préparés pour affronter Reinhard-san.]
Emilia : [――. Je vois. S'il sait que Reinhard arrive, et qu'il s'y préparait, et qu'elle planifie cette préparation… Hum.]
Otto : [C'est exact. Bien sûr, si nous commençons à parler de préparer les préparatifs, la discussion ne finira jamais. La raison derrière les actions téméraires de cet homme réside dans ce qui s'est passé dans l'Empire… même si son plan est minutieux, il ne semble pas probable qu'il ait eu beaucoup de temps pour se préparer.]
Emilia : […Mm, oui, c'est vrai.]
Grâce à cette explication minutieuse et détaillée, la compréhension d'Emilia rejoignit celle d'Otto et des autres. Tandis qu'Emilia admirait la profondeur de sa réflexion, elle ne put s'empêcher de ressentir une tristesse terrible et profonde lorsqu'Otto passa intentionnellement de « Al-san » à « cet homme ».
Otto possédait un sens aigu de la camaraderie. Parmi les amis d'Emilia, le sien était assurément le plus fort. C'était ce qui le rendait si fiable, mais cela le contraignait aussi à faire des compromis douloureux.
Néanmoins――,
Emilia : […Moi aussi, je ne sais pas quoi penser, Al.]
Il avait une raison. Il devait y en avoir une. Mais, même s'il avait une raison, il y avait des choses qu'elle ne pouvait ni autoriser ni pardonner.
Elle s'inquiétait pour Subaru. Beatrice allait-elle bien ? Elle avait entendu dire que Garfiel était blessé. Petra et Meili étaient sans aucun doute en proie à l'anxiété. La bien-aimée Patrasche de Subaru, elle devait peut-être pleurer aussi. ――Avec des flammes rugissantes, l'intérieur de sa poitrine s'embrasa.
Otto : [――C'est de ma faute.]
C’est ainsi que, devant Emilia dont le cœur s’embrasait d’émotions, Otto murmura soudain ceci.
Ne saisissant pas le sens de ses paroles, Emilia écarquilla les yeux sans même s’en rendre compte, perdant l’usage de la parole. Otto se couvrit le visage de ses mains, qui reposaient jusqu’alors sur ses joues, et fixa le plafond. Comme il était plus grand qu’elle, Emilia ne put voir son visage lorsqu’il adopta cette posture.
Cependant, au tremblement de sa voix, elle comprit que cela ne relevait pas d’une simple colère.
Otto : « Je pensais que Natsuki-san s’impliquait trop. Agissant pour ce que la mort de Priscilla-sama avait laissé derrière elle, je me suis forcé à accepter afin de le sauver en le distrayant de lui-même. J’ai essayé de me convaincre que tout irait bien si Beatrice-chan, qui avait été séparée de lui, restait à ses côtés. Le soin et le suivi, je pensais pouvoir les laisser à la courageuse Petra-chan. »
Emilia : « Otto-kun… »
Otto : « Par-dessus tout, j’ai tout confié à Garfiel. Ces choses que nous aurions dû accomplir, nous les avons imposées à notre Garfiel, si droit, si honnête et si sensible. »
Emilia : « Otto-kun ! »
Au moment où le tremblement de sa voix frôla l’effondrement total, Emilia saisit les deux bras d’Otto et abaissa son visage de ses mains, afin de pouvoir lui faire face. Alors, elle le vit.
――Pour la toute première fois, elle vit les yeux bleus d’Otto embués de larmes.
Otto : « Bon sang… pourquoi suis-je toujours aussi inconsidéré… »
Emilia : « ―――― »
Otto : « Quand mes mains ne peuvent atteindre, quand mes pieds ne peuvent même pas arriver à temps, je n’ai d’autre choix que d’utiliser ma tête pour compenser ces lacunes. Même si j’agis comme si je comprenais cela, même si je prétends être intelligent, aux moments les plus critiques, je finis toujours par―― »
Emilia : [―― !]
Elle ne voulait plus entendre Otto s'accabler ainsi, le visage baigné de larmes et déformé par la tristesse.
Alors, sans lâcher le bras qu'elle tenait, Emilia l'attira vers elle et pressa la tête d'Otto contre sa poitrine. Peut-être fut-ce la soudaineté de ce geste inattendu qui laissa Otto pétrifié, incapable d'émettre le moindre son. Pendant ce temps――,
Emilia : [Ne parle pas de toi comme ça ! Otto-kun fait toujours de son mieux ! Nous le savons tous. C'est précisément pour cela que nous voulons entendre ce que tu as à nous dire.]
Otto : [Emi… lia-sama…]
Emilia : [Je sais ! Même si je dis cela, Otto-kun le comprend probablement aussi, n'est-ce pas ? Mais je n'ai que mes propres mots, et je ne peux exprimer que ce que je ressens, alors je peux au moins le dire avec tout mon cœur. Alors――]
Otto : [――――]
Emilia : [Rien n'est encore fini. Nous pouvons vraiiiment faire encore tant de choses !]
Emilia s'exprima avec une détermination farouche tout en serrant la tête d'Otto contre elle. C'était comme si elle se le répétait à elle-même, tout en restant convaincue de la véracité de ses paroles.
C'était une conviction que nul autre que le chevalier d'Emilia, Natsuki Subaru, avait ancrée en elle, maintes et maintes fois.
Ensemble, Emilia et Subaru avaient forgé cette confiance inébranlable, faisant d'elle leur plus grande fierté.
Emilia : [Nous sommes vraiiiment mauvais quand il s'agit d'abandonner.]
En effet, ils n'étaient pas doués pour cela : baisser la tête sous le poids de la détresse, se recroqueviller et fuir devant l'adversité. Et, précisément parce qu'ils en étaient incapables, ils n'avaient d'autre choix que d'avancer sans relâche et de faire de leur mieux, sans jamais abandonner.
Peut-être l'appel d'Emilia avait-il fini par l'atteindre. Soudain, le corps d'Otto, qui était resté rigide jusqu'à cet instant, se détendit, puis,
Otto : […S'il vous plaît, lâchez mes bras, sinon Natsuki-san va certainement me tuer.]
Emilia : [Non, personne ne va mourir ! C'est précisément pour cette raison que nous faisons tout cela…]
Otto : [Je comprends ! Je comprends, alors s'il vous plaît, lâchez-moi !]
Emilia lâcha à contrecœur les bras d'Otto qui se débattait. Elle l'observa intensément, comme pour s'assurer qu'il s'était véritablement repris. Otto s'essuya le front avec un mouchoir et laissa échapper un soupir.
C'était un soupir long et profond.
Otto : [Je sais que ce n'est pas le moment, mais je viens de m'en souvenir.]
Emilia : [De quoi t'es-tu souvenu ?]
Otto : [――La raison pour laquelle j'apporte mon aide à Natsuki-san et à Emilia-sama.]
Otto prononça ces mots calmement, utilisant son mouchoir pour éponger délicatement les dernières traces de ses larmes. L'expression qu'il arborait désormais contrastait vivement avec la colère qui avait déformé ses traits quelques instants plus tôt, car ce dont il venait de se rappeler avait fait naître sur son visage une bravoure nouvelle.
Otto : [L'ennemi a enlevé Natsuki-san ainsi que Beatrice-chan. Il doit y avoir une raison à cela. Le but d'un enlèvement est généralement de menacer les proches, ou peut-être même les otages eux-mêmes…]
Emilia : « Alors, c'est soit nous, soit Subaru, c'est bien ça ? »
Otto : « Oui. Si le Dragon Divin est réellement impliqué, cela deviendra un problème pour tout le Royaume. Quel que soit le rôle que nous devons jouer, faisons-le dans la Capitale Royale. »
Emilia : « ――. Oui, faisons cela. Nous devons nous montrer pleins d'entrain. »
Tandis qu'elle écoutait les projets d'avenir d'Otto, Emilia faisait de son mieux pour réprimer ses propres impulsions.
Emilia : « ―――― »
Ces impulsions refoulées n'étaient autres qu'un besoin irrésistible de se précipiter sur-le-champ pour venir en aide à Subaru et aux autres. Face à son désir ardent, les arguments rationnels d'Otto, tels que la présence de Reinhard ou la préparation de Felt, menaçaient de voler en éclats.
Elle voulait le toucher. Elle voulait le regarder. Elle voulait entendre sa voix.
Lorsqu'il était blessé, lorsqu'il avait sans nul doute envie de baisser la tête, elle brûlait d'être à ses côtés.
Emilia : « ――Subaru. »
Ce n'était pas la colère qui consumait la poitrine d'Emilia, et pourtant, elle ne parvenait absolument pas à saisir ce qui s'agitait ainsi en elle.
△▼△▼△▼△
Emilia : « Hiyaah !! »
Sans même prendre la peine d'écouter un seul mot, elle asséna un coup de poing imprégné de toute son âme dans le plexus solaire d'Al. ――Tout cela était conforme aux instructions d'Otto, qui avait envoyé Emilia ici.
Otto : [S'il vous plaît, réprimez toute envie d'écouter les supplications ou la version des faits de l'adversaire. Tout cela pourra être réglé en temps voulu, mais pour l'instant, nous devons nous assurer que le camp adverse ne puisse pas jouer sa carte.]
Otto, qui avait poussé Emilia à se précipiter, avait invoqué sa Protection Divine de l'Âme du Langage pour localiser Al et ses complices, ce qui avait fait passer son teint déjà pâle à la blancheur cadavérique d'un homme frappé par la maladie.
Elle ne voulait pas qu'il soit imprudent. Mais, le moment venu, il n'y aurait d'autre choix que de l'être. Emilia, elle aussi, ne vivait pas d'une manière si dépourvue d'imprudence qu'elle puisse l'en empêcher.
C'est pourquoi, afin de mettre un terme à cette imprudence un peu plus tôt, Emilia faisait de son mieux.
Emilia : [Que dirais-tu de――]
Ceci ! Alors qu'Emilia commençait à formuler ces mots, elle ressentit une sensation étrange dans son poing durci par la glace.
Le gantelet aurait dû entrer en contact avec la peau nue d'Al, mais le recul lui donnait l'impression d'avoir frappé un mur dur et inébranlable――,
Al : [Quelle brusquerie… !!]
Al prononça ces mots comme s'il les arrachait de sa gorge, son torse protégé par une armure de pierre.
C'était la frappe préventive qu'Otto lui avait ordonné d'exécuter, mais elle avait échoué. Pourtant, ce n'était pas le moment de s'attarder là-dessus. Si le premier coup ne portait pas, elle n'aurait qu'à essayer une deuxième, puis une troisième fois.
Al : [Le fait que tu ne veuilles même pas m'écouter est assez glacial.]
Emilia : [C’est ! C’est Al qui―― mmphh.]
Al : [Mmphh ?]
Emilia : [J’avais promis de ne pas… DIRE―― !]
Bien que l’armure de pierre d’Al eût absorbé le coup, l’impact l’avait projeté en arrière ; tandis qu’il prononçait ces mots, Emilia s’était fermement plaqué la main sur la bouche en pleine réplique, avant de former un marteau de glace à deux mains pour le balayer d’un coup horizontal.
Al, manchot, portait une petite silhouette sur son épaule droite. Tout en se disant qu’il était injuste d’exploiter ce handicap, Emilia visa délibérément le côté gauche d’Al.
Le coup, asséné de toutes ses forces, serait très douloureux s’il atteignait sa cible. Mais la douleur ne serait pas sa seule conséquence.
Al : [Tch !]
Al para l’attaque sournoise d’Emilia avec son bras gauche―― un membre de pierre forgé par la magie. Mais malgré ce blocage, il claqua de la langue et détruisit aussitôt le bras qu’il s’était donné tant de mal à créer, avant de s’en débarrasser.
La raison en était que la zone frappée par le marteau de glace commençait à geler, et que le givre envahissant était sur le point d’atteindre le corps d’Al.
Otto : [Si nous mettons de côté nos préoccupations émotionnelles, capturer cet homme vivant est une nécessité absolue pour secourir Natsuki-san et Beatrice-sama. À cet égard, votre style de combat est parfaitement adapté, Emilia-sama. Néanmoins――]
Emilia : [――J’ai promis que je ne serais pas imprudente comme Subaru !]
Gardant cet échange et la promesse qu’elle avait faite à Otto avant son départ au plus profond de son cœur, Emilia conjura une nouvelle paire d’épées de glace. ――Les Arts de la Lame de Glace d’Emilia, son utilisation avait gagné une nouvelle variante.
Ses armes de glace gelaient ses adversaires à l'impact, les privant de tout contrôle sur leur corps comme sur leurs armes. Cela exigeait une légère augmentation de sa consommation de Mana par rapport à ses armes habituelles, mais cela restait dans la marge d'erreur standard tant qu'elle ne s'engageait pas dans un combat trop prolongé.
Neutraliser un adversaire sans lui ôter la vie. ――C'était là la possibilité qu'offrait ce nouvel art martial, et c'était précisément ce qu'Emilia avait désiré.
??? : [Ah-haha~ ! Oncle, il semblerait que tu t'es mis dans un sacré pétrin, n'est-ce pas~ ?]
Al : [La ferme !]
Se débarrassant du bras artificiel qui commençait à geler, Al hurla sur le railleur qu'il transportait.
En voyant que la personne qu'Al s'était donné tant de mal à transporter n'était autre que Roy Alphard, qui avait été maintenu en captivité dans la Tour-Prison, Emilia se mordit la lèvre.
Roy, l'Archevêque du Péché que les compagnons d'Emilia avaient fait tout leur possible pour capturer à la Tour de Guet des Pléiades avec l'aide du groupe d'Anastasia. Julius, en particulier, avait déployé des efforts considérables, et sa décision de ne pas ôter la vie à Roy, tout comme le courage d'Anastasia d'accepter ce choix, étaient des choses qu'Emilia avait vues d'un très bon œil.
Emilia : [Mais maintenant, ils seront tous les deux si déçus… !]
Quelles qu'aient pu être ses raisons, Emilia arrêterait Al ici et maintenant. Et avec lui, elle appréhenderait également celui qu'Al avait fait sortir, Roy.
Al : [Je n'ai pourtant pas la moindre raison de me plier à tes intentions.]
Immédiatement après avoir exprimé cet enthousiasme, les pieds d'Al subirent un soudain bouleversement, et les deux fugitifs furent propulsés dans les airs.
De cette manière, il prit ses distances avec Emilia et tenta de s'enfuir. Avec un tel retard, Emilia ne pourrait pas le rattraper, même en étendant sa glace.
Mais――,
Emilia : [――Ligne de stalactites.]
Une barrière de glace et de neige se déploya autour de la Tour Prison, empêchant toute fuite.
Dans un cri de « Gwoah !? » qui résonna à travers le ciel, la tentative d'évasion d'Al échoua, contrecarrée par la canopée de glace qui s'étendait pour recouvrir entièrement la zone autour de lui.
Puis, alors que la tête d'Al heurtait le plafond glacial, il fut précipité vers le sol, la tête en bas ; Emilia pivota vers l'endroit où il allait atterrir et abattit ses épées jumelles de glace sur Al suspendu――,
Emilia : [――Hk !?]
Les épées jumelles furent parées par une sensation de dureté ; les yeux d'Emilia s'écarquillèrent, le souffle coupé.
Si Al avait encaissé les coups avec un bras prothétique, comme il l'avait fait plus tôt, cela ne l'aurait pas surprise. Al avait certes créé un nouveau bras, mais ce n'était pas tout. ――Là, s'étaient manifestées des épées jumelles, façonnées dans la roche.
Al : [Arts de la Lame Terrestre, ou quelque chose du genre.]
Emilia : [Espèce de copieur… !]
Al : [C'est Natsuki Subaru qui a inventé ça, non ? Dans ce cas, j'ai aussi le droit de m'en servir.]
Devant Emilia, les yeux grands ouverts, Al pivota sous le recul de leurs lames jumelles de givre et de pierre ; alors que la distance se creusait entre eux, il atterrit une fois de plus sur le sol enneigé.
Faisant naître un fracas dans son voisinage, des armes de pierre se mirent à se former les unes après les autres autour d'Al. Se préparant au fait qu'Al pût essentiellement reproduire ses Arts de la Marque de Glace grâce à sa Magie de la Terre, Emilia comprit soudain quelque chose.
Avec un bras forgé dans la pierre, Al maniait des armements forgés dans la pierre―― mais Roy, qui était censé se trouver sur son épaule un instant plus tôt, avait disparu.
Emilia : « Ne me dis pas que… »
Al : « Ah, je l'ai laissé s'échapper dans la confusion de l'instant… ça aurait été classe de dire ça, mais je ne pouvais pas permettre que ça arrive non plus. Je l'ai juste mis à l'écart parce qu'il me gênait. Là-bas. »
Les épaules d'Emilia s'étaient contractées, mais Al se contenta de hausser les épaules et d'un mouvement du menton. Il désigna le pilier de terre qui s'était élevé plus tôt, auquel Roy était fixé, la tête en bas, en plein centre.
Recouvert d'une chape de terre, Roy était enchaîné au pilier, ricanant en croisant le regard d'Emilia :
Roy : « Fais de ton mieux, Onee-san. Si Onee-san ne gagne pas ici, nous n'aurons pas d'autre choix que de faire tout ce que dit cet oncle~. Attends une seconde~ ? Mais même si Onee-san gagne, nous devrons retourner directement dans cette Tour Prison… haha-, j'imagine que peu importe qui gagne, n'est-ce pa~s ? »
Emilia : « …Si tu es capable de te réveiller et de réfléchir à tes actes, alors fais-le. »
En répondant ainsi à Roy, dont le regard restait obstinément fixé sur elle, Emilia se sentit soulagée de ne pas l'avoir laissé s'échapper, et elle se tourna de nouveau vers Al.
Roy, ayant été libéré du sceau qui l'avait enfermé dans la magie, était extrêmement dangereux, mais son temps ayant également été figé, ils n'avaient pas été en mesure de le faire réfléchir. Ainsi, le compromis d'Emilia s'était manifesté : elle allait le confiner dans un environnement dont il ne pourrait s'échapper, et tant que sa conscience demeurerait, il serait forcé de réfléchir à tout ce qu'il avait fait.
Emilia : « Tout cela pourra attendre, une fois que tout sera réglé ici. »
Al : « C'est très bien tout ça, mais… quoi, tu as enfin envie de me parler ? »
Emilia : « Ah… ! À partir de maintenant. À partir d'ici, je ne dirai plus un mot. »
Al : « Quelle froideur. Mademoiselle, je pensais que vous comprendriez si je me contentais de discuter avec―― woah ! »
Al brûlait d'envie de poursuivre, mais un pieu de glace fut projeté vers lui par Emilia ; une proclamation claire de ses intentions. Al bondit sur le côté pour l'esquiver, et Emilia contourna sa position, enfonçant une lance de givre dans son flanc.
La pointe de la lance de glace fut interceptée par la lame d'une épée rocheuse, brisant les deux armes simultanément.
Instantanément, tous deux forgèrent leurs armes suivantes, Emilia une rapière de glace et Al une épée de pierre, et le fracas de leurs lames commença ; c'était un duel où les lames étaient forgées au moment de se briser, et où les lames se brisaient au moment d'être forgées.
Roy : « Comme c'est agréable, si agréable, tout à fait agréable, très agréable, peut-être est-ce agréable, n'est-ce pas agréable, c'est probablement agréable, car cela semble être agréable- ! Ivresse gloutonne- ! Gloutonnerie- ! »
Le son de la voix de Roy, tandis qu'il se léchait les babines, résonnait alors qu'il observait Emilia et Al engagés dans ce combat à l'épée de givre et de pierre.
Tout en l'ignorant délibérément, Emilia déchaîna une multitude d'attaques agiles ; des assauts dont elle était certaine qu'ils porteraient, et pourtant, Al les esquivait précairement, chaque évitement de justesse emplissant Emilia d'une sensation grandissante que quelque chose clochait.
Ses attaques ne portaient pas, même lorsqu'elles semblaient devoir atteindre leur cible. Cela ressemblait à donner un coup de pied dans une eau sans forme.
Par-dessus tout――,
Al : « ――Je ne veux pas trop faire de compliments, mais c'est une technique bien affinée. J'envie votre amour et votre compréhension mutuels, Mademoiselle. »
À cette remarque qui était allée trop loin―― Emilia entra dans une rage folle.
Elle résolut de faire tout ce qui était en son pouvoir pour débarrasser le royaume de ce roi cruel et impitoyable. ——Se remémorant cette phrase toute faite que Subaru lui avait dite, celle que les gens utilisaient lorsqu'ils étaient en colère, Emilia entra dans une rage folle. [1]
Elle ne supportait pas qu'Al parlât d'elle et de Subaru de la sorte.
Mais ce qui avait davantage encore exaspéré Emilia, c'était la certitude qu'Al ne croyait pas un mot de ce qu'il disait. Il ne faisait que la provoquer, cherchant délibérément à attiser sa fureur.
De plus――,
Emilia : [J'y réfléchis depuis un moment, mais pourquoi as-tu l'air si seul quand tu me parles, Al ?]
Al : [――. Tu avais dit que tu ne me parlerais plus…]
Emilia : [Ne sors pas ça uniquement quand ça t'arrange ! Et il y a autre chose !]
Élevant la voix, Emilia brandit haut sa grande épée de glace et l'abattit, forçant Al à placer son épée de pierre au-dessus de sa tête pour parer le coup―― lorsqu'au même instant, quelqu'un s'agrippa aux jambes et à la taille d'Al.
Haletant, Al comprit que ce qui venait de s'agripper à lui n'était autre que le propriétaire d'une paire de bras glacés―― un soldat de glace.
Face à ce soldat de glace sculpté à l'image de Subaru, sur qui Emilia s'appuyait si profondément, Al grinça des dents en lâchant un : « C'est le pire… ! »
Sur ce, Emilia leva le pied, chaussé d'un escarpin de glace, au-dessus de sa tête――,
Emilia : [――Quand tu me parles, regarde-moi comme il faut !!]
Cette fois, son coup de pied, porté de toutes ses forces, transperça les défenses rocheuses et percuta Al de plein fouet.
△▼△▼△▼△
??? : [――――]
La réaction de Yae, un léger tressaillement du sourcil, n'échappa pas à la perspicacité de Felt.
Ce n'était pas qu'elle fût convaincue. Simplement, dans cette situation pathétique où elle ne pouvait rien faire, elle tentait de se raccrocher à la moindre parcelle d'espoir, estimant que toute humiliation supplémentaire n'avait plus d'importance.
L'une de ces parcelles, alors qu'elle se remémorait une occasion passée où elle avait « été imprégnée de la résolution de mourir », était l'espoir que cette conversation entre elle et Yae fût peut-être écoutée par quelque chose d'insignifiant,
Yae : [Tais-toi.]
Ouvrant l'un de ses yeux habituellement mi-clos, Yae s'avança vers la porte de la pièce.
La pression de cette exigence possédait suffisamment de force pour convaincre Felt que si elle commettait la moindre imprudence, le fil attaché à son cou scellerait son exécution.
Par conséquent, laissant Felt immobile sur place, Yae tendit la main pour ouvrir la porte―― à cet instant, la pointe acérée d'une épée transperça la porte sans le moindre bruit, se dirigeant impitoyablement vers la gorge de Yae.
Felt : [――Hk.]
Le souffle de Felt se coupa, et elle vit la gorge blanche de Yae, l'épée prête à la transpercer―― mais il n'en fut rien. La pointe de l'épée s'immobilisa juste avant de pouvoir trancher la gorge de Yae.
Ce n'était pas que son adversaire s'était arrêté. En attachant un fil à la pointe de son épée, Yae avait évité l'attaque de justesse.
De l'épaisseur d'un cheveu, elle avait arraché sa survie aux mâchoires de la mort ; pourtant, la crise qui frappait Yae ne s'arrêtait pas là. ――Une épée, distincte de celle qui avait été entravée, jaillit dans un éclair de lumière, tranchant la porte tandis que son acier étincelant se déchaînait.
Yae : [――――]
Face à la tempête d'épées qui s'abattait sur elle, Yae bondit en arrière tout en brandissant ses fils.
Une épée pour l'une, un fil pour l'autre, le choc entre les deux armes fit néanmoins résonner le fracas de l'acier contre l'acier dans toute la pièce, brûlant les yeux de Felt, spectatrice ébahie, par la scintillation des lames.
Avec une maîtrise habile de ses mains, Yae libéra une volée de fils qui masqua toute visibilité, lacérant le luxueux décor de la pièce. Cependant, son adversaire fit également preuve d'une impressionnante maîtrise de l'escrime à deux mains, balayant de front son assaut féroce et écartant avec force les fils qui s'étaient enchevêtrés à sa propre épée――,
???: [GYAHHHHH!!]
Yae : [――Guh.]
Un coup de pied frontal fut asséné, atterrissant en plein sur la taille fine de Yae. Tordant promptement son corps, Yae effectua un demi-tour tout en étant projetée ; posant ses pieds sur le mur avant de retomber au sol, elle porta ses mains à son estomac.
Puis, fixant son regard sur l'intrus qui avait commis ces actes,
Yae : [Porter si soudainement un coup de pied à l'estomac d'une dame, quel invité impitoyable vous faites~ !]
???: [――Une telle chose était-elle nécessaire ? Céder, pour une shinobi telle que vous ?]
Yae : « N’est-ce pas là faire preuve de discrimination envers les shinobi ? Ce n’est guère un comportement de gentleman, n’est-ce pas ? »
??? : « Malheureusement, je n’ai aucun souvenir d’avoir jamais mérité le titre de gentleman. Peu importe où le vent me porte, je ne saurais être rien de plus qu’un épéiste, dépourvu de tout talent hormis celui de manier la lame. »
Sur ces mots, l’individu secoua ses deux épées pour en faire tomber les fils, tournant ses yeux bleus et calmes vers Yae — en entendant cette auto-évaluation, Felt murmura doucement : « Arrête de débiter ces conneries. »
Certes, elle ignorait s’il était un gentleman ou non. Seulement, l’étiquette de « simple épéiste » ne pouvait suffire à définir sa personne. Felt savait pertinemment que beaucoup refuseraient de se contenter d’une telle description pour cet homme.
Après tout, cet homme, qui se qualifiait lui-même d’épéiste, était le Démon à l’Épée qui avait autrefois surpassé le sommet de l’art de l’épée —
??? : « — Wilhelm Trias. Ayant eu vent de la situation périlleuse menant le Royaume à sa perte, je suis venu sans attendre pour offrir le peu d’aide en mon pouvoir. »
En entendant cette présentation, Felt se retira dans un coin de la pièce et soupira.
Face à l’arrivée de ce renfort inattendu, elle fut envahie par des émotions terriblement complexes —
Felt : « ... Zodda bug-niichan, tu es vraiment prêt à tout, n’est-ce pas... ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez tous ces types qui viennent de chez Emilia-neechan ? »
Sur ce, elle murmura ces mots, mêlant exaspération et admiration.
Note de traduction :
[1] – Il s’agit d’une référence à une nouvelle japonaise d’Osamu Dazai, intitulée 走れメロス (« Cours, Melos »), publiée en 1940 et devenue un classique largement étudié dans les écoles japonaises. L’histoire s’ouvre sur la phrase : « Melos était enragé. Il résolut de faire tout ce qui était en son pouvoir pour débarrasser le pays de ce roi maléfique et impitoyable. »