Chapitre 600
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??? : [――Expansion du territoire, redéfinition de la matrice.]
Une formule consacrée n'était rien de moins qu'une déclaration de guerre contre le monde, ainsi l'avait proclamé une Sorcière autrefois.
La magie était une technique qui reflétait la volonté de son utilisateur dans la réalité, défiant les lois de la nature par le biais d'incantations. Un acte de barbarie sophistiqué et délicat, équivalant à réécrire de force un scénario pour en altérer le dénouement.
En d'autres termes, les incantations des sorts magiques n'étaient rien d'autre qu'une salutation polie déclarant : « Je vais maintenant détruire le monde ».
Bien entendu, puisqu'il s'agissait d'une salutation, il arrivait parfois qu'elle soit ignorée, ou rejetée.
Si la formulation de la technique n'était pas parfaitement aboutie, si l'activation était entravée par un manque de Mana, ou si elle se déclenchait spontanément pour engendrer un résultat autre que celui escompté ; les possibilités étaient multiples.
Pour commencer, cette parabole n'était rien de plus qu'une digression.
Ce qu'il tentait d'accomplir n'était pas de la magie.
Seulement, si prononcer une formule équivalait à une déclaration de guerre contre le monde, alors son essence était identique.
C'était précisément pourquoi――,
???: [――Expansion du territoire, redéfinition de la matrice.]
C'était l'avertissement d'un meurtre envers un monde qui ne souhaitait pas être détruit, venant de celui qui désirait le détruire malgré tout.
Tuer. Détruire. Déchirer. Piétiner. Aplatir. Profaner. Lacérer. Mutiler. Incinérer. Écraser. Pulvériser. Liquéfier. Saturer.
N'importe quel mot ferait l'affaire. C'était la même chose que la magie. ――Ce qui importait, c'était que l'essence demeure la même.
Tant que les mots conclusifs restaient inchangés, il emploierait toutes les méthodes nécessaires.
Peu importait ce qui arrivait, peu importait le cours des choses, peu importait le prix à payer―― Natsuki Subaru serait éliminé.
Cette conclusion était la seule chose qu'il ne changerait absolument pas.
À cette fin――,
??? : [――Expansion du territoire, redéfinition de la matrice.]
Même si cette lumière stellaire se trouvait au-delà du royaume des milliards, il l'atteindrait, c'était une certitude.
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――Quatre mille soixante et un.
Celui qu'il avait été le plus laborieux d'écarter de l'échiquier était le Margrave, avec ses pitreries inattendues.
Le Margrave, doté d'une grande perspicacité et vétéran des champs de bataille, ne se laissait nullement émouvoir par des histoires larmoyantes, surtout si l'on considérait la sévérité de son attitude envers le Camp―― non, envers tout ce qui ne servait pas ses intérêts.
Compte tenu des circonstances, se voyant incapable de présenter quoi que ce soit qui fût à l'avantage du Margrave, il n'avait eu d'autre choix que de conclure qu'obtenir l'accord de ce dernier en lui faisant miroiter une récompense était peine perdue. Mais, posséder un sens aigu du profit et des pertes signifiait souvent que l'on flairait les inconvénients avec plus de succès que le commun des mortels.
Par conséquent, la voie optimale consistait à donner l'impression que des pertes seraient subies si le Margrave ne suivait pas sa direction. ――Une fois cette orientation établie, il devint plus aisé de dénouer les fils entremêlés.
Bien que tirer profit de la situation dans laquelle Schult avait été placé ne fût pas sans éveiller en lui un sentiment de culpabilité, il était nécessaire d'emprunter la main de quelqu'un d'autre afin d'éviter toute discorde au sein du Domaine Barielle à l'avenir.
Par tous les moyens, faites valoir vos prétentions comme bon vous semble, cela m'est égal. Après tout, elle n'est plus parmi nous.
――Neuf cent soixante-douze.
Les deuxièmes plus difficiles à gérer avaient été les sœurs Oni, l'aînée en particulier s'étant révélée être une adversaire redoutable.
Dès le début, il avait su qu'une vigilance absolue était indispensable face à elle.
Détourner son intuition, fine au point d'en être anormale, n'avait rien d'une mince affaire. Cependant, il existait un compromis évident dans son cas : la petite sœur, privée de ses souvenirs, avec qui elle avait enfin été réunie, constituait le point faible majeur d'une personne qui, autrement, ne présentait aucune faille.
Elle désirait regagner leur base avec sa précieuse cadette aussi vite que possible. Comme il en avait toujours été conscient, disposer d'un moyen de l'y pousser était un avantage. Mais, l'équilibre entre la subtilité et l'indifférence étant d'une difficulté diabolique, avancer sans relâche vers un objectif qu'il ne pouvait absolument pas atteindre s'était avéré laborieux.
Enfin, bien que sa méfiance fût moindre comparée à celle de l'aînée, la cadette, qui s'était reconstruite sur ses souvenirs perdus après bien des péripéties dans l'Empire et avait forgé un lien qu'elle ne montrait pas ouvertement, demeurait elle aussi une ennemie redoutable.
Utiliser leur amour fraternel me fend le cœur, mais c'est ainsi. Après tout, elle n'est plus parmi nous.
――Six cent trente-trois.
Celui dont il était le plus difficile d'obtenir une compréhension émotionnelle avait été le ministre des Affaires intérieures, impitoyable envers les étrangers.
Contrairement à ses traits doux, il possédait une personnalité coriace, et le prendre pour un homme faible pouvait mener à sa perte. C'était un adversaire qui imposait une appréhension semblable à celle que l'on ressent face à un taureau cornu.
La manière de le mettre dans l'embarras avait été similaire à celle employée avec le Margrave, mais comme il était bien plus humain que ce dernier, en évoquant un terrain d'entente pragmatique, les conditions furent établies, le forçant à accepter.
Aucune arme, un délai de trois jours et la présence de leur officier militaire de confiance : autant de restrictions qui, étant naturelles, ne posaient aucun problème. Désirer davantage de sa part aurait été périlleux ; il en avait été conscient à maintes reprises. Après tout, c'était un adversaire qui, une fois le dialogue rompu, ne laissait aucun espoir de le rétablir.
Pour lui aussi, l'argument décisif avait été le même. ――Le pousser à songer à la personne qui se sentirait moralement responsable du départ de son moi instable.
Exploiter sa gentillesse m'amertit, mais peu importe. Après tout, elle n'est plus parmi nous.
――Quatre-vingt-quatorze.
Bien que le nombre de tentatives fût restreint, écarter celle qui possédait le Sang Rare des compagnons de voyage en route pour la mer de sable avait été une nécessité absolue.
La détentrice d'un Sang Rare parfaitement purifié se serait proposée comme compagne dès que possible si on l'avait laissée faire. Il n'éprouvait aucun doute ni aucune aversion quant à son humanité et ses capacités, mais le sang coulant dans ses veines aurait entravé ses objectifs.
Cependant, la méthode la plus rapide et la plus fiable pour pousser quelqu'un de profondément compatissant dans la direction souhaitée consistait à tirer parti de cette compassion. Une fois son sentiment d'appartenance à un groupe identifié, et connaissant sa profonde répugnance à aller à contre-courant, il n'avait pas été difficile de l'entraîner sur une voie facile à suivre.
À ce stade, il pouvait affirmer avoir une idée précise de la majorité des relations au sein du Camp, y compris celles avec les personnes qu'il n'avait jamais rencontrées. Si on lui faisait croire qu'un mauvais appariement résulterait de sa présence dans le groupe, et que cela deviendrait un fardeau pour l'enfant esseulé, elle prendrait l'initiative et s'efforcerait de résoudre ce problème.
L'idée n'était pas de rendre l'impossible possible. C'était de concrétiser ces possibilités non nulles.
Je n'ai pas de mots réconfortants à offrir, mais peu importe. Après tout, elle n'est plus parmi nous.
――Cinq.
Étant donné qu'il connaissait parfaitement la manière de manipuler « son » cœur, très honnêtement, cela avait été un jeu d'enfant.
Compatissante et bienveillante, débordante de prévenance, « elle » était assez facile à tromper ; ne sachant pas douter des paroles qui sortaient de sa bouche, « sa » nature était de prendre les choses pour franches et véridiques. À tous égards, « sa » magnanimité était telle qu'il n'aurait pas dû échouer une seule fois ―― par conséquent, la raison de ses échecs ne résidait pas dans un problème lié à « elle », mais dans un problème lié à lui-même.
Il s'agissait du fait qu'il avait hésité à la tromper, à tordre « ses » pensées pour qu'elles correspondent à ses préférences.
S’il faisait fi de ce déchirement au fond de son cœur, il lui serait aisé de remplir de chagrin ces yeux améthystes qui étaient les « siens ». Pour commencer, « elle » était quelqu’un qui avait tenté de compatir à ses blessures. S’il en appelait à « elle » concernant la meilleure chose à faire pour son propre bien, « elle » se résoudrait naturellement à cette décision.
Je suis de plus en plus incapable de me sauver moi-même, mais peu importe. Après tout, elle n’est plus parmi nous.
――Zéro.
Et, en ce qui concernait Natsuki Subaru, il n’avait pas échoué une seule fois.
Il connaissait Natsuki Subaru sur le bout des doigts, et par conséquent, pas la moindre hésitation n’avait subsisté en lui.
Il s’agissait simplement d’avoir su évaluer le moment opportun avec justesse.
Après tout――,
???: [――Ol Shamak.]
En matière de conditions requises, entraîner Béatrice dans cet atout maître était une priorité absolue.
???: [――――]
En raison de l’incantation inconnue et de la formulation d’une technique jamais vue auparavant, la réaction de Béatrice avait été retardée d’un instant, et puisqu’elle était celle qui protégeait Natsuki Subaru, une faille fatale était apparue.
Rapprocher instantanément son bras d’elle, tout en tentant de réagir, pouvait être qualifié de parangon des Esprits sous contrat―― et c’était là le véritable objectif d’Aldebaran.
Aldebaran : [Trois jours. En trois jours, on finit par se méfier, à se dire que quelque chose pourrait arriver le troisième jour.]
―― Ol Shamak, une sorte d'atout contre la Sorcière, était une technique interdite visant à sceller de force la Porte de sa cible, empêchant jusqu'à ses mouvements par des entraves et un sceau magique.
Dans la mesure où son existence même devait rester secrète, la Sorcière qui l'avait créée avait évité de la consigner par écrit, ne la transmettant qu'oralement ―― et encore, uniquement à Aldebaran.
Peut-être la raison pour laquelle l'inventrice, pourquoi la Sorcière avait légué cet art interdit, capable de tuer même elle, exclusivement à Aldebaran, ne tenait-elle ni à de l'affection ni à de la confiance envers son élève. Elle l'avait fait plutôt par la conviction logique qu'Aldebaran ne se tromperait pas dans l'usage de cette technique, et qu'il ne l'emploierait dans aucun autre but que celui pour lequel elle avait été conçue, et rien de plus.
Aldebaran : [Le corollaire de cela, c'est qu'une personne baisse le plus sa garde juste après une discussion agréable au soir du premier jour.]
En vérité, Aldebaran n'avait jamais nourri l'intention de diriger cette technique interdite contre la Sorcière, ni contre aucune autre Sorcière, et ne l'avait jamais fait en réalité. ―― Il ne l'avait jamais dirigée non plus vers la personne sur qui il aurait dû l'employer, pour être plus précis.
En d'autres termes, la technique interdite qu'elle avait conçue et lui avait transmise voyait enfin le jour.
Aldebaran : [Je comprends, mon pote… non, Natsuki Subaru. ―― Je ne te tuerai pas.]
Au milieu de la bataille contre le Grand Désastre, il avait tenté de l'utiliser comme atout contre Sphinx, qui s'était proclamée Sorcière, mais un problème était survenu du côté de Sphinx ―― en l'absence de Facteur de Sorcière, la technique n'avait pu déployer sa véritable spécialité.
Par conséquent, ce moment marquait la toute première fois que la technique interdite d'Ol Shamak était activée correctement.
Aldebaran : [――――]
Il utilisa ses doigts pour ramasser ce qui était tombé au sol, un objet qui ressemblait à une sphère de verre d'une teinte sombre.
À l'intérieur de l'orbe dont nul ne pouvait percer le mystère, Natsuki Subaru et Beatrice se trouvaient confinés ensemble. ――En tant que Grand Esprit de l'attribut Yin, il aurait été problématique pour Beatrice d'analyser cette technique interdite.
Au moment où il l'avait enfermée dans le champ d'action de la magie, il s'agissait d'un pari risqué de savoir si elle serait elle aussi incluse comme cible de l'art interdit.
Mais il avait gagné son pari. Liée par contrat à Natsuki Subaru et partageant sa Porte, Beatrice devint une cible de la technique, et son existence fut désormais scellée au sein de l'orbe.
Il avait été laborieux de mettre en place cette situation. Mais, cela n'avait été que laborieux.
Elle n'est plus parmi nous. C'est pourquoi――,
Aldebaran : [Ça commence, Maître. ――Afin que je puisse être moi-même.]
En effet, cela se produisit juste après qu'Aldebaran l'eut déclaré avec résolution.
???: [ORAHHHHHHH――!!!]
Poussant un cri de guerre retentissant, brisant et faisant voler en éclats le sol de la Bibliothèque, une bête dorée se rua sur lui avec la vélocité d'une flèche.
Son bras levé, robuste et souple, était chargé d'une telle puissance qu'il aurait pulvérisé Aldebaran en un seul coup s'il venait à l'atteindre, le privant totalement de sa capacité à agir en moins d'une seconde.
Il était probable que, même s'il ne faisait qu'effleurer son épaule au lieu de sa tête, cette force herculéenne suffirait à lui arracher plus de la moitié de sa conscience―― cependant, cela ne se produirait que si le coup était porté.
Aldebaran : [――Hk.]
???: [ESPÈCE D’ORDURE !!]
La bête féroce chargea à une vitesse extrême et, bien que les yeux vert émeraude de Garfiel fussent embrasés d’une fureur scintillante, au lieu de frapper Aldebaran, il le saisit par le bras et le plaqua au sol de la bibliothèque.
Contraint par cette force brute sans avoir pu adopter une posture défensive, Aldebaran laissa échapper un cri de douleur alors que sa mâchoire heurtait le plancher. Ignorant ce cri, Garfiel, pressant son genou contre le dos de son adversaire, découvrit ses crocs,
Garfiel : [Qu’est-ce que t’as fait au Capitaine et à Béatrice !? Où sont-ils !? Cette magie tout à l’heure――]
Aldebaran : [Tu fais fausse route, Garf-chan.]
Garfiel : [HEIN !?]
Face aux tentatives d’interrogatoire de Garfiel, Aldebaran répondit d’une voix basse. Cela fit monter un timbre colérique dans la gorge de Garfiel, mais une telle menace n’avait aucun sens.
En premier lieu, ce dialogue lui-même n’avait absolument aucune signification.
Aldebaran : [Plutôt que de me plaquer au sol, la première chose que tu aurais dû faire, c’était de m’assommer.]
Tout en apportant une réponse sincère à ce dialogue dénué de sens, Aldebaran fit glisser sa langue dans sa bouche. Puis, ignorant la réaction perplexe de Garfiel face à ses mots―― Aldebaran déballa le sachet de drogue qui avait été préparé derrière sa molaire et l’avala d’un trait.
Alors, tandis qu’une chaleur immense faisait bouillir le sang dans tout le corps d’Aldebaran――,
× × ×
???: [ORAHHHHHHH――!!!]
S'élançant du sol avec une vigueur explosive, une bête féroce chargea avec la célérité d'une flèche.
Cependant, cette bête féroce ne cherchait pas à frapper Aldebaran, mais à saisir son bras pour le maintenir au sol. ――À cet instant, il esquiva le bras qui fondait sur lui et leva le coude.
Garfiel: [Guoah!?]
Aldebaran: [Avec ça――]
La vigueur de son adversaire allait être entravée ; alors même qu'Aldebaran pensait cela, un choc percuta son torse.
Garfiel avait reçu un coup sur le nez, son propre élan s'étant fracassé contre le coude d'Aldebaran, et il décocha un coup de pied malgré le sang qui coulait de ses narines ; cet unique impact brisa l'os de la hanche d'Aldebaran, le projetant violemment en arrière.
Être mis hors d'état de nuire aurait été problématique.
Garfiel: [ENFOIRÉ…!!]
Aldebaran: [Suivant.]
S'effondrant au milieu de plusieurs étagères, il déballa le paquet de médicaments alors qu'il était enseveli sous une montagne de livres.
Le choc perfora tout son corps――,
× × ×
???: [ORAHHHHHHH――!!!]
Une bête féroce chargea, accompagnée d'un cri de guerre, et tandis qu'il esquivait son bras, il projeta son coude vers le haut en guise de riposte.
S'il s'était contenté de frapper le nez de son adversaire ainsi, l'issue aurait été la même que précédemment. Et bien qu'il en fût conscient, Aldebaran n'avait aucun moyen d'esquiver un coup de pied frontal asséné à une telle vitesse.
Dans ce cas, il lui suffisait de s'assurer qu'aucun coup de pied frontal ne puisse être porté.
???: [Gobahkhgahh!?]
Sur le coude qui s'apprêtait à entrer en collision avec le visage en pleine charge, il avait placé une protection rocheuse ; frappant avec une force comparable à celle d'un pilon, il l'écrasa contre le nez de son opposant.
Alors que son nez subissait une contre-attaque tirant profit de son propre élan, Garfiel fut projeté en arrière dans les airs, son sang giclant de ses narines tandis qu'il volait au-delà du flanc d'Aldebaran.
Aldebaran : [Avec ça――]
Garfiel s'écroula sur le sol et percuta une étagère, se retrouvant enseveli sous les livres qui en tombèrent.
Tout en observant la scène du coin de l'œil, Aldebaran fit un bond immense en arrière, confiant d'avoir réussi à éviter la première attaque.
Sur ce――,
???: [――El Shiha.]
À peine eut-il reposé le pied sur le sol qu’Aldebaran sentit son corps tout entier s’alourdir après le tissage de cette courte incantation―― non, ce n’était pas de la lourdeur. Son corps tout entier venait d’être submergé par une sensation d’immobilité totale.
La source de cette paralysie était une masse d’eau considérable ; quelque chose de totalement incongru dans une bibliothèque――,
???: [Veuillez excuser mon manque de savoir-vivre en agissant ainsi, alors que je sais pertinemment que l’humidité est le pire ennemi des livres.]
Aldebaran : [――Hk.]
???: [Cependant, invoquer le feu aurait été déraisonnable. Le vent aurait dévasté la bibliothèque, et la terre aurait souillé les ouvrages ; j’ai donc cherché à éviter ces éléments. Je tiens à ce que vous compreniez qu’il s’agissait d’une décision amère prise dans le feu de l’action. Eh bien, la raison pour laquelle j’ai porté mon choix sur l’eau est celle que je viens d’expliquer, mais――]
Sur ces mots, le petit individu, la main levée vers lui―― Ezzo Cadner, agita sa cape noire tout en s’approchant lentement.
Loin d’être une simple pose, cette lenteur relevait d’une stratégie tactique ; la méthode d’un mage pour maintenir une vigilance constante sur les mouvements de son adversaire.
Il était honoré d’être traité avec une telle prudence, mais il semblait qu’il ne serait pas en mesure de répondre à ces attentes.
Après tout, Aldebaran était enveloppé par la quantité d’eau minimale nécessaire pour recouvrir entièrement son corps―― comme s’il était vêtu d’une combinaison liquide, il se voyait privé à la fois de sa liberté de respirer et de celle de mouvoir son corps.
Face à une telle capacité magique extraordinaire, Aldebaran ne possédait aucun moyen de rivaliser.
Cependant, tandis qu’Ezzo maintenait une distance fixe avec Aldebaran,
Ezzo : « Al-dono, puis-je vous demander une explication afin de mieux comprendre votre point de vue ? Qu’était-ce que cela, tout à l’heure ? Cette magie qui m’est inconnue, à moi-même ? Plus important encore, qu’est-il arrivé à Natsuki-dono et à Mademoiselle Beatrice ? Ils craignaient tous deux que vous ne sombriez dans le désespoir et ne vous négligiez. Pour ces deux-là... »
— Cent six.
Ezzo avait formulé avec célérité un raisonnement juste et sensé, que l’on pouvait qualifier, à juste titre, de point de vue d’adulte.
Contrairement à son apparence juvénile, Ezzo Cadner était une personne étonnamment honnête et sincère. Il rendait la sincérité par la sincérité, et répondait au respect par le respect ; telle était la droiture ancrée au plus profond de lui.
Par conséquent, face à Ezzo, il était absolument indispensable de faire preuve de sincérité et de respect. Tant que ces conditions étaient remplies, il demeurait passif, quoi qu’il arrive. Sa personnalité le poussait à attendre bien trop des autres. À cet égard, sa manière d’être différait fondamentalement de celle de Roswaal, bien qu’ils fussent tous deux des mages.
Si cela avait été Roswaal, il aurait promptement calciné les membres d’Aldebaran, ravagé ses poumons par le vent pour lui ôter toute conscience, et l’aurait privé de sa liberté en l’emprisonnant dans la terre ; tout cela sans se soucier de l’impact sur les Livres des Morts.
Ezzo, lui, ne ferait pas cela. C’était précisément pour cette raison.
Ezzo : « — Hk, quel acte insensé ! »
Interrompant ses paroles, alors qu’Ezzo s’écriait avec une expression rigide, le visage d’Aldebaran, à travers la membrane aqueuse, se voila d’une teinte rouge sombre.
C’était la preuve qu’il avait régurgité ses viscères rôtis et liquéfiés, qui avaient remonté sa gorge pour s’échapper par sa bouche.
Sans perdre un instant, Ezzo annula l’entrave magique et tenta de passer à la magie de soin, mais il était déjà trop tard.
Au moment même où il l’avait conçu dans son esprit, il n’était déjà plus en mesure de rattraper Aldebaran —,
× × ×
???: [――El Shiha.]
???: [El Donaaa !]
Comparée à cette incantation gracieuse et raffinée, la sienne était informe, dénuée de la moindre élégance.
Pourtant, activée alors qu'il haletait, cette armure de terre maladroite recouvrit rapidement le corps d'Aldebaran et, comme pour supplanter la délicate pellicule d'eau, elle en absorba tout le liquide.
???: [Quoi !?]
L'armure de terre se mua instantanément en une armure de boue, permettant à Aldebaran de reprendre appui sur le sol, une action qui aurait dû être entravée, avant de bondir en arrière tandis que son armure se désagrégeait.
Alors que ses talons glissaient sur le sol de la Bibliothèque, il se retira vers une position plus éloignée, obtenant une ligne de vue dégagée sur les deux individus qui dirigeaient leur hostilité contre lui.
Ezzo, qui restait vigilant à son égard, et Garfiel, enseveli sous les Livres d'une étagère effondrée――,
Garfiel : [TU TE FOUS DE MOI !!]
Extirpant son bras de la montagne de Livres, Garfiel fit son retour en repoussant l'étagère effondrée. S'avançant à grands pas pour ne pas piétiner les ouvrages éparpillés, il foudroya Aldebaran du regard.
Essuyant le sang qui maculait son museau du revers de la main, l'hémorragie cessa en quelques secondes à peine. Jusque dans les racines mêmes de leur existence, la puissance combative de son corps différait fondamentalement de celle d'Aldebaran.
Traînant son corps robuste et massif, Garfiel s'apprêtait à avancer davantage vers lui――,
Ezzo : [Attends, Garfiel-kun ! Il serait périlleux de s'approcher sans réfléchir !]
Garfiel : [AHH !? C'est vraiment le moment de dire ça, Sensei-san !? Le Capitaine et Beatrice se sont fait avoir par cette foutue boule incompréhensible ! Je dois faire ça au plus vite…]
Ezzo : [C'est précisément pour cette raison ! Ce genre de magie, même moi, je ne le connais pas ! Et par-dessus tout, il vient de démontrer qu'il est capable d'encaisser parfaitement nos deux attaques ! C'est anormal !]
Garfiel : [――Hk.]
Ezzo : [Je n'ai jamais révélé mes cartes devant lui. Et pourtant, il a su contrer parfaitement l'entrave aqueuse en l'absorbant avec de la terre. Cela ne peut s'expliquer par une simple maîtrise de l'art de la guerre. Garde ton sang-froid. Toi et moi sommes les seuls ici capables de le contenir.]
Maintenant le bouillant Garfiel en respect, Ezzo ajusta sa voix sur un ton posé.
Il était clair que les paroles d'Ezzo étaient persuasives, car la rage et l'agitation sur le visage de Garfiel s'apaisèrent progressivement.
Par-dessus tout, c'était la perspicacité d'Ezzo, percevant et faisant allusion à un fragment de la capacité de triche d'Aldebaran comme un sentiment de malaise après un seul échange de coups, qui était anormale.
En fait, les paroles d'Ezzo étaient justes.
Peu importait les efforts qu'il avait déployés pour trouver une solution ingénieuse, il n'avait aucun moyen d'écarter Ezzo et Flam, qui étaient déjà arrivés à la Tour, ou Garfiel, qui les accompagnait suite à un compromis trouvé avec le camp d'Emilia.
Mais, dans le même temps, on pouvait dire qu'il avait réussi à réduire les forces adverses à une simple combinaison composée d'un guerrier extrêmement puissant et d'un magicien.
Aldebaran : [Même ainsi, c’est toujours cent fois plus problématique que n’importe quelle difficulté ordinaire.]
Marmonnant ses plaintes comme des imprécations, Aldebaran observa les deux individus avec attention.
Ezzo, qui surveillait ses moindres mouvements, et Garfiel, qui avait retrouvé son calme suite aux paroles d’Ezzo―― ils affichaient une attitude extrêmement pesante.
C’est pourquoi――,
Garfiel : [S-sale bâtard !?]
Ezzo : [――Hk, quel acte insensé !]
En entendant les voix stupéfaites de Garfiel et d’Ezzo, Aldebaran s’effondra sur les genoux. S’écroulant vers l’avant sur le sol, toute force quittant son corps alors qu’il dégringolait les marches de la bibliothèque, une quantité abondante de sang jaillit de la base de son casque――,
× × ×
??? : [Attends, Garfiel-kun ! Il serait périlleux de――]
S’approcher imprudemment, au moment même où Ezzo l’interpellait pour retenir Garfiel, Aldebaran saisit l’étagère à ses côtés et la fit basculer pour lancer une attaque contre Ezzo, qui se trouvait plus bas sur les marches, provoquant un effet domino.
En temps normal, les étagères de Taygeta étaient maintenues au sol par le poids des Livres des Morts et ne pouvaient donc pas tomber facilement, mais la situation changeait du tout au tout si des « pierres » étaient discrètement glissées en dessous.
――Trois cent quatre-vingt-dix-sept.
Dès le départ, il avait eu l’intention d’utiliser cet endroit comme champ de bataille, étant donné l’abondance d’obstacles et la facilité avec laquelle il pouvait y effectuer ses préparatifs.
Il avait terminé tous ses préparatifs depuis longtemps. Chaque fois qu’ils devenaient méfiants, il n’avait qu’à reporter l’action à la prochaine occasion.
Ezzo : [――Merde !]
Alors que les étagères s’effondraient vers lui, Ezzo souleva promptement une bourrasque, stoppant de force l’effet domino et tentant d’empêcher les dégâts de s’abattre sur les Livres des Morts qui jonchaient le sol.
Ce souci pour les Livres était tout à fait admirable, mais――
Aldebaran : [Dona.]
Par la suite, les étagères à la gauche, à la droite et derrière Ezzo furent toutes renversées, l’encerclant de toutes parts.
Sous cette vague d’étagères qui s’écroulaient et l’avalanche de Livres, Ezzo finit par renoncer à protéger les ouvrages avec une grande amertume, et s’appuya sur le vent pour bondir hors de portée, échappant ainsi aux dommages.
Garfiel : [SENSEI-SAN !!]
Alors, Garfiel, qui n’avait pas été retenu par Ezzo, écarquilla les yeux et fit face à Aldebaran avec une expression de pure rage.
Devant ces yeux vert émeraude brûlant d’une indignation frénétique, Aldebaran redoubla d’efforts.
Dans sa main, entre son majeur, son annulaire et son auriculaire, il saisit une orbe noire, et soulevant son casque avec les deux doigts qui lui restaient, il l’enfonça dans la brèche――,
Aldebaran : [Gulp.]
――Bien qu’il fût imposant et qu’il laissât une sensation absolument atroce en franchissant sa gorge, il le força à descendre jusqu’à son estomac.
Garfiel : [Espèce de… SALAUD――!!!]
Ayant été témoin de cet acte, Garfiel s’abandonna à une éruption de fureur et chargea.
Sous la sensation d’une bourrasque puissante et redoutable le poursuivant à une vitesse que l’œil ne pouvait suivre, Aldebaran fut projeté par un coup de poing, tout en nourrissant la conviction d’avoir réussi à briser la coopération de ses adversaires et à anéantir le sang-froid de Garfiel.
Un poing implacable s’enfonçant dans ses organes internes, son dîner remonta à l’intérieur de son casque alors qu’il sentait qu’il allait vomir l’orbe qui venait de pénétrer dans son ventre, et il serra les dents.
Et alors――,
Aldebaran : [――Expansion du territoire, redéfinition de la matrice.]
――Une fois de plus, il déclara la guerre au monde.
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――La rage avait peint la vision de Garfiel d’un rouge absolu.
Une partie de cette rage était dirigée contre Al, qui avait transformé Subaru et Beatrice en une sphère noire, mais la plus grande partie était tournée vers sa propre personne, pathétique.
Garfiel s'était vu confier un rôle crucial par Otto, Emilia et les autres.
Tous brûlaient d'impatience de retrouver Subaru, qui était enfin revenu de l'Empire de Vollachia.
Cependant, chacun avait ses propres responsabilités à assumer ; ils avaient donc ravalé leurs émotions pour tout confier à Garfiel. Bien entendu, Beatrice, Petra et Meili, qui les avaient accompagnés, avaient elles aussi des rôles à jouer.
Malgré tout, la mission de Garfiel était de garantir la sécurité de Subaru.
C’était pourquoi――,
Garfiel : [Mon incroyable personne est une PUTAIN D'IDIOTE !!]
Ses molaires, fissurées par le serrement intense de ses mâchoires, étaient réparées par la Protection Divine des Esprits de la Terre, pour aussitôt se briser à nouveau sous la pression continue. Telle était, en vérité, l'ampleur de la rage de Garfiel.
Il avait gardé un œil attentif sur les agissements d'Al.
Gardant à l'esprit l'opinion d'Ezzo, entendue au sommet de la Tour, il était pleinement conscient qu'il devait surveiller Al de près afin de s'assurer qu'il ne tente rien d'imprudent avec Subaru et ses compagnons.
Mais, dans le même temps, Garfiel avait quelqu'un d'autre à surveiller en dehors d'Al.
Il ne s'agissait nul autre que de Subaru lui-même.
??? : [Écoute, Garfiel. S'il te plaît, garde un œil sur Natsuki-san. Bien qu'il soit peu probable qu'il agisse de manière imprudente à cause de Priscilla-sama… il pourrait, sans le vouloir, faire tout ce qui est en son pouvoir pour Al-san.]
Garfiel : [――Hk.]
La prudence que lui avait inculquée celui qui était comme son grand frère avait été légèrement émoussée par les mises en garde supplémentaires qu'il avait reçues par la suite. En conséquence, la réaction de Garfiel face aux agissements d'Al fut ralentie d'un demi-pas.
Al avait tiré le meilleur parti de ce demi-pas, comme s'il l'avait parfaitement anticipé. ――Non, il n'avait pas seulement anticipé ce demi-pas. Il avait également percé à jour toute la foulée qui suivait.
Garfiel : [RUAAAH!!]
Le revers de main du rugissant Garfiel fut esquivé de justesse par son adversaire, qui s'était accroupi au moment opportun. La puissance du coup fut réduite à un simple effleurement par le dessous de son petit doigt, ce qui fit grincer les dents de Garfiel.
Il ne cessait de manquer sa cible. Peu importait le nombre de coups qu'il assénait, il ne parvenait pas à en porter un seul qui soit net.
Quant à son adversaire――,
Aldebaran : [Dona.]
Une brève incantation, et la sensation de la magie interférant avec le monde firent se dresser les cheveux de Garfiel tandis que son corps basculait vers l'avant.
L'instant suivant, un bloc de pierre apparu dans les airs vint frapper le visage de Garfiel avec un impact notable, comme pour épouser l'angle selon lequel il avait incliné la tête.
Un gémissement de douleur s'échappa de sa bouche, et sa lèvre fut fendue. En termes de puissance, c'était un coup faible. Pour Garfiel, qui avait combattu des guerriers de haut rang dans l'Empire et qui s'était même mesuré à un Dragon, cela était loin de suffire à le mettre hors d'état de nuire, et encore moins à lui causer une blessure significative.
Cependant, il ne croyait pas que ce fût là le résultat d'une retenue de la part de son adversaire.
Aldebaran : [Huff, huff…]
Haletant, Al, qui venait de lancer le sort ayant frappé le visage de Garfiel, demeurait sur ses gardes sans le moindre signe de relâchement.
Son épuisement apparent n'était pas une ruse destinée à induire la négligence de Garfiel ; il était sincèrement à bout de souffle. C'était une suite logique des choses. Selon l'évaluation de Garfiel, la différence de niveau entre eux était si considérable qu'Al serait mis hors d'état de nuire par un seul coup puissant.
Peut-être même qu'un coup puissant n'était pas nécessaire.
Si ne serait-ce qu'un seul des coups de poing de la rafale de Garfiel venait à porter, le combat prendrait fin. En l'espace d'un seul souffle, il pouvait en décocher des dizaines de ce genre.
Inutile de préciser qu'une telle situation épuisait autant les forces mentales que physiques.
Bien que cela allât sans dire――,
Garfiel : [Ça ne… veut juste pas toucher… Hk !]
Déconcerté, Garfiel était incapable de comprendre ce qui lui arrivait.
Les mouvements et les contre-attaques d'Al révélaient un écart de compétence significatif par rapport à Garfiel. Ce n'était pas une question d'arrogance, mais bien parce qu'en tant que guerrier, Garfiel était largement supérieur à Al.
Et pourtant, les attaques qui auraient dû porter et les esquives qui auraient dû réussir échouaient totalement.
Les attaques de Garfiel continuaient de manquer leur cible, tandis que celles d'Al continuaient de faire mouche.
Bien qu'ils manquassent de la puissance nécessaire pour blesser grièvement Garfiel, ces attaques importunes suffisaient à entraver ses mouvements et à empêcher toute frappe de suivi――,
??? : [Garfiel-kun, écarte-toi ! Je vais t'apporter mon soutien !]
Une fois de plus, la progression de Garfiel fut contrariée par une force l'enfonçant sous ses pieds.
Comme pour réprimander Garfiel, incapable de poursuivre son assaut, Ezzo, qui lui criait de garder ses distances, était venu à sa rescousse en lui offrant une couverture magique depuis l'arrière.
Un instant, il songea à suivre les conseils d'Ezzo pour évaluer la stratégie déconcertante d'Al――,
Aldebaran : [Ouais, c'est ça, recule. Bats en retraite et va pleurer dans les jupons de ta frangine et de Nanna, Garf-chan.]
Garfiel : [――JE VAIS T'ÉCRASER, ESPÈCE DE SALOPARD !]
Alors qu'il s'apprêtait à battre en retraite, ces remarques provocatrices volèrent ses pensées en mille éclats.
La vision de Garfiel vira au vermillon sous l'effet de la rage tandis qu'il écartait les bras pour charger Al. Cette fois, il était déterminé à ne s'arrêter pour rien au monde, quelles que fussent les interférences.
Si ses bras et ses jambes étaient esquivés, il se contenterait de projeter tout son corps contre lui pour le plaquer au sol.
Aldebaran : [Honnêtement, c'est ce qu'il y aurait de plus difficile à gérer.]
Sentant les intentions de Garfiel, Al murmura ces mots dans un souffle lourd.
Garfiel ancra fermement ses pieds dans le sol, craignant une quelconque manipulation de la terre sous ses appuis. Il se projeta alors vers l'avant d'une impulsion vive, propulsant son corps en avant.
Le corps de Garfiel fondit droit sur Al avec une force colossale―― Soudain, sa vision se troubla.
Garfiel : [――Gah !]
Une sensation familière frappa les yeux de Garfiel, et un gémissement lui échappa de la gorge.
C'était le même sentiment que celui éprouvé lors de leur rencontre avec le Vent de Sable dans la mer de dunes, en chemin vers la Tour. D'infimes grains de sable s'étaient engouffrés dans les yeux de Garfiel, le privant impitoyablement de sa vue.
Encore une des sales manœuvres d'Al. Cela aurait suffi à le faire s'arrêter de surprise. ――À moins qu'il ne fût déterminé à ce que ses bras et ses jambes ne faiblissent pas, quoi qu'il arrive.
Al se méfiait par-dessus tout de cet assaut téméraire.
Ainsi, même avec la vue dérobée, la meilleure ligne de conduite pour Garfiel était de s'agripper à lui avec une partie de son corps et de le priver de sa capacité à combattre.
Ezzo : [――Garfiel-kun !!]
Alors même qu'il décidait de poursuivre son assaut, la voix désespérée d'Ezzo l'interpella.
Entendant la voix d'Ezzo l'avertir d'un danger, Garfiel sentit quelque chose fondre droit sur son nez―― il ouvrit grand la mâchoire et le saisit entre ses crocs.
Un coup de poing de pleine puissance visait à fracasser le visage de Garfiel juste après qu'il eût été aveuglé, une manœuvre destinée à l'attirer dans un piège. Mais cela ne suffisait pas à briser la résolution de Garfiel, prêt à tout pour parvenir à ses fins.
Garfiel : [J’vaish t’r’parer ça, p’tite merde !]
Sentant ses crocs s’enfoncer dans le poing et l’immobiliser, Garfiel serra les mâchoires, jurant de soigner Al après l’avoir mis hors d’état de nuire.
C’était une décision de sang-froid, mais Al n’avait qu’un bras. Il ne se battait qu’avec son bras droit, et s’il venait à perdre l’usage de son unique membre restant, il ne serait plus en mesure de combattre. Garfiel avait donc l’intention de le lui arracher, du poignet jusqu’au coude――,
Garfiel : [――Hein ?]
Alors qu’il accentuait la pression de sa morsure, il réalisa quelque chose.
Le poing que Garfiel tenait entre ses crocs avait la forme de la main gauche d’Al, une main qu’il n’était pas censé posséder.
Garfiel : [――Bwaagh !?]
L’instant d’après, le poing d’Al, coincé dans la gueule de Garfiel, gonfla violemment, fracassant sa mâchoire sous la pression et projetant des éclats de ses canines supérieures et inférieures dans les airs.
De plus, les doigts qui s’étaient déployés dans sa bouche s’enfoncèrent profondément dans la gorge de Garfiel, provoquant un réflexe nauséeux insupportable — une réaction déclenchée par l’intrusion de doigts dans le gosier — et le paralysant. ――Puis, un coup calculé, dur et lourd, frappa la mâchoire de Garfiel en diagonale.
Garfiel : [Kah… Kh !]
Aveuglé et plongé dans les ténèbres, Garfiel eut la sensation que son monde entier basculait. Frappé à la mâchoire, son cerveau fut secoué et son sens de l’équilibre s’évanouit, rendant impossible le fait de rester debout alors que ses genoux se dérobaient.
Totalement submergé et pris de court, Garfiel réalisa tardivement une chose.
Le cri désespéré d’Ezzo avait été un avertissement délibéré, anticipant que si Garfiel encaissait l’attaque d’Al de plein fouet, le résultat serait celui-ci.
En d’autres termes, tout cela s’était déroulé selon l’appât tendu par Al――.
Aldebaran : [Tu te souviens quand j’ai dit que l’imprudence était ce qu’il y avait de plus dur à gérer ? J’ai menti. Ceux qui ne réfléchissent pas ne représentent aucune menace pour moi.]
La frustration et l’humiliation nées de ces mots provocateurs continuaient de teinter les pensées de Garfiel d’une nuance de rouge toujours plus sombre.
△▼△▼△▼△
Un assaut incessant et successif, semblable à une tempête ou à une tornade ; pour quiconque se trouvait à sa merci, être balayé comme une feuille ou une brindille n’était que l’issue inévitable.
À ce titre, un tel combat aurait dû être à sens unique, et pourtant, contre toute attente, les résultats favorisaient le camp opposé.
??? : [Garfiel-kun !!]
Témoin d’une telle anomalie se matérialisant sous ses yeux, Ezzo hurla depuis l’arrière de Garfiel.
Garfiel, les bras largement déployés, s’était rué vers Al pour l’empêcher de s’échapper. Il voyait clairement son champ de vision se faire dérober par un fin voile de sable qui avait été répandu sur son passage.
Il n’y avait eu aucune réaction magique. Ce simple aveuglement par le sable―― provenant de l’extérieur de la Tour, était le résultat de la dispersion du sable prélevé sur les escaliers qui s’élevaient depuis la mer de sable.
Par la suite, en apercevant l’attaque qui suivait cet aveuglement, Ezzo avait poussé un cri.
Al avait eu recours à la magie pour reconstruire son bras manquant à partir de terre, et il avait asséné un coup de poing avec ce dernier.
Garfiel avait ouvert grand la mâchoire, tentant de mordre dans ce bras de terre, mais cela ne pouvait que mal finir. La sombre prémonition d'Ezzo se révéla exacte, car le bras de terre explosa violemment à l'intérieur de la bouche de Garfiel.
Garfiel : [――BWAAGHHK !?]
Le bras en expansion déchiqueta l'intérieur de la bouche de Garfiel, et une gerbe de crocs et de sang s'ensuivit.
Pour couronner le tout, ayant enveloppé sa main droite dans un gantelet de pierre, Al décocha un puissant coup de poing latéral à la mâchoire d'un Garfiel stupéfait.
Garfiel s'effondra sur les genoux. ――Ses mouvements successifs étaient efficaces, extrêmement efficaces.
Ezzo : [Une chose pareille ne devrait pas être possible, même lors d'un entraînement chorégraphié… !]
Alors qu'Al stoppait brillamment l'avancée de Garfiel par une rafale de coups, avec des frappes qu'il aurait été impossible d'exécuter même si la séquence avait fait partie d'une démonstration d'arts martiaux, la vigilance d'Ezzo atteignit son paroxysme.
Cependant, si Garfiel venait à cesser ses mouvements, ce serait plutôt une aubaine――,
Ezzo : [Il n'est plus question de vous sous-estimer comme quelqu'un de rang inférieur ! Préparez-vous à perdre bien plus que ce bras gauche, au moins une jambe y passera ! ――Ul Shiha !!]
Incapable de le lancer jusqu'ici par souci pour Garfiel, qui combattait au corps à corps avec Al, il tenta de priver son adversaire de sa capacité de combat grâce à une magie puissante.
Conformément à l'incantation d'Ezzo, le Mana libéré intervint selon sa formule magique, et le monde fut réécrit. Ce qui fut alors déchaîné, ce fut un torrent féroce de « vent ».
Déguisée en incantation de classe Shiha manipulant l'eau, il s'agissait d'une fausse incantation qui, en pratique, pouvait altérer la magie ayant été réellement invoquée.
De surcroît, en combinant cette fausse incantation avec un Goa incanté silencieusement, un piège sous forme d'attaque en tenaille, à la fois par l'avant et par l'arrière, avait été mis en place.
Le lancement simultané de deux sorts différents était une technique de haut vol, à tel point que l'on disait qu'elle n'était possible que si l'on possédait deux cerveaux pour la concevoir, et il n'existait pas plus de cinq individus dans le monde entier capables d'y parvenir.
Comparée à Roswaal, qui figurait parmi eux, la présence d'un instant de flottement dans le lancement simultané d'Ezzo était indéniable ; toutefois, cela restait dans les limites de ce qui pouvait être compensé par l'usage combiné de la fausse incantation et de l'incantation silencieuse.
Ezzo : [Avec ça―― !]
Même si ce n'était pas décisif, cela porterait tout de même un coup fatal.
Telle était l'évaluation d'Ezzo ; mais elle fut totalement balayée par les actions d'Al qui suivirent.
Sans hésitation, Al tourna le dos au déchaînement du vent invisible qui approchait devant lui et, tout en encaissant la ruée de ce vent dans son dos, plongea dans l'enfer flamboyant derrière lui.
Bien entendu, cette puissance de feu n'était pas destinée à incinérer, mais si l'on était touché directement, de graves brûlures étaient inévitables. Au milieu de cela, Al était sans défense―― non, il façonna le gantelet de pierre sur son bras droit en un bouclier fin, traversant cet enfer de plein fouet.
Aldebaran : [URRRRAAAA !!]
Même s'il parvenait à percer ce mur de flammes, il serait tout de même pris dans le vent et projeté au loin.
Immédiatement, Al aurait été balayé par le vent, et son corps entier se serait écrasé contre les murs et le sol, le rendant incapable de bouger.
Cependant――,
Ezzo : [――Absurde.]
Murmurant ces mots d'une voix stupéfaite, Ezzo ne pouvait croire à la scène irréaliste qui se déroulait sous ses yeux.
Emporté par le vent, Al était bel et bien sans défense alors que son corps s'écrasait contre plusieurs parois de la Tour. ――Pourtant, comme s'il avait anticipé chacun des points d'impact, Al créait des coussins de boue, annulant presque totalement la force du choc, et il échappait ainsi à l'étreinte du vent.
Ezzo : [――――]
La situation en était arrivée à un point tel qu'Ezzo n'avait d'autre choix que d'accorder un certain crédit à ses spéculations les plus absurdes.
Ses compétences de guerrier étaient manifestement inférieures à celles de Garfiel, et il avait même esquivé l'attaque imparable d'Ezzo, le plus grand magicien du Royaume ; il devait donc y avoir une technique défiant toute règle dissimulée là-dessous.
S'il devait deviner, le plus probable serait――,
Ezzo : [Incroyable, une observation du futur à très court terme ?]
Face au fait qu'une possibilité aussi ridicule exigeait un examen sérieux, Ezzo ne put s'empêcher de sentir un frisson lui parcourir l'échine.
On disait que, parmi les guerriers et les artistes martiaux exceptionnels, certains pouvaient lire la présence de leurs adversaires et discerner intuitivement leur prochain mouvement.
Même dans le monde des magiciens, il était théoriquement possible de prédire le mouvement suivant d'un opposant en observant la forme et la nature du Mana qui avait été intensément raffiné juste avant que le sort ne soit lancé.
Cependant, les phénomènes entourant Al ne pouvaient être entièrement expliqués par de telles théories.
Il ne s'agissait pas de quelque chose d'aussi simple que l'intuition ou l'expérience. ――Il possédait la solution optimale à chaque situation.
En tout respect, Ezzo, en tant qu'éducateur, avait le privilège de pouvoir transmettre son savoir aux autres. De ce point de vue, il savait pertinemment que les explications contre-nature s'accompagnaient de processus tout aussi contre-nature.
Une explication qui faisait l'impasse sur les processus requis pour parvenir à une réponse s'avérait souvent être un coup d'œil furtif sur la solution.
En d'autres termes, la même possibilité pouvait s'appliquer au phénomène provoqué par Al.
Le problème était――,
Ezzo : [La possibilité d'une magie inconnue, en dehors de celle utilisée pour sceller Natsuki-dono et Mlle Beatrice…]
Une magie qu'Ezzo lui-même, qui avait parcouru toute la littérature disponible et acquis la connaissance de presque toutes les magies existantes, ignorait. S'il s'agissait d'une sorte de technique interdite absente des archives, il était fort probable que des techniques magiques ne se conformant pas aux six attributs de base aient été conçues.
Ezzo : [――――]
Il pouvait anticiper tous les mouvements ; gardant cela à l'esprit, Ezzo éleva son estimation de la menace représentée par Al au niveau le plus élevé possible.
Un adversaire redoutable, maniant une magie inconnue avec des intentions inconnues―― le qualifier ainsi ne suffisait plus. Le degré de danger qu'il représentait devait être considéré comme équivalent à celui d'un Archevêque du Culte ou d'une Sorcière.
Par conséquent――,
Ezzo : [――Tant qu'il me reste du Mana, je m'assurerai la victoire !]
△▼△▼△▼△
En entendant ce rugissement tonitruant, Petra souhaita de toutes ses forces qu'il ne fût pas réel.
Cependant――,
Petra : [――Hk.]
Elle se mordit l'intérieur de la joue pour se réveiller grâce à la douleur.
Le désir de croire était dangereux. Les gens avaient tendance à dériver facilement vers les options les plus simples, les plus confortables et les plus sûres. Mais si un malheur devait survenir, que feraient-ils ?
Cela signifiait-il qu'ils mettraient quelque chose ou quelqu'un d'important en péril pour le simple plaisir de leur égoïsme passager ?
Petra : [――Meili-chan, par ici !]
Sur ces mots, Petra attira à elle Meili, qui l'aidait à débarrasser après le dîner.
Comme à l'accoutumée, Meili ne faisait que gêner sans apporter la moindre aide, mais sa présence n'en demeurait pas moins providentielle. Grâce à elle, il lui avait été possible de lui tendre la main.
Tandis que Meili se laissait entraîner par Petra, elle leva les yeux vers le plafond, d'où le bruit avait émané.
Meili : « … Petra-chan, on dirait que certaines personnes sont en train de se battre. »
Petra : « ——Peux-tu dire de qui il s’agit ? »
Meili : « Je ne sai~s pas. Mais onii-san et fang onii-san n’ont aucune raison de se battre, alors ce doit être soit Sensei-san, soit helmet-ojisan, n’est-ce pa~s ? »
Petra : « Al-san et Ezzo-san… »
Meili : « Si c’est Sensei-san, alors nous devons aussi nous méfier de cette fille Flam. »
Contrairement à la tension palpable de Petra, le ton et l’expression de Meili demeuraient inchangés.
La différence entre Meili, habituée à ce genre de situation, et Petra, qui ne l’était pas, était flagrante. Pourtant, Petra avait la chance de pouvoir s’appuyer sur son expérience acquise durant son séjour dans l’Empire, ce qui lui permit de ne pas perdre son sang-froid.
La vie de Petra devait bien tirer profit des événements survenus dans l’Empire, ne serait-ce qu’un peu.
Meili : « Que devrions-nous faire ? Devrions-nous monter aussi ? »
Petra : « … Eh bien, évitons cela. Si nous avions été présentes dès le début, ce serait une chose, mais si nous essayons de nous mêler à la lutte maintenant, nous ne ferons que gêner. »
Meili : « E~h bien, je suppose que cela suffit. Je pourrais envoyer la petite Crimson Scorpion-chan pour monter la garde, mai~s… »
Répondant à la remarque absurde de Meili, le scorpion en question sortit de ses cheveux et fit claquer ses pinces.
Bien qu'il fût louable qu'ils fissent preuve d'autant d'agressivité et de motivation, il ne semblait pas qu'un petit scorpion de cette taille pût être d'une quelconque utilité. Cela ne changerait pas grand-chose si Petra et Meili y allaient elles-mêmes.
Petra secoua la tête et tempéra l'enthousiasme du petit Scorpion Cramoisi.
Qui plus est――,
Petra : [――Nous devons nous préparer à toute éventualité.]
D'après ce que Meili avait raconté, il était fort probable que quelqu'un se battît à un étage supérieur ――dans la bibliothèque où étaient conservés les Livres des Morts. Des personnes s'y étaient rendues pour travailler après le dîner, et naturellement, les deux individus mentionnés par Meili en faisaient partie.
Et l'un d'eux était―― Natsuki Subaru.
Petra : [Subaru…]
Comme si elle priait, Petra forma le vœu qu'il fût en sécurité.
À ses côtés se trouvaient Beatrice et Garfiel. Avec ces deux-là auprès de lui, elle espérait qu'il serait bien plus en sécurité que si elle s'y était trouvée elle-même.
C'est alors que――,
??? : [――Petraaa ! Meili !]
Petra : [――Hk, Garf-san !?]
Sans prévenir, Petra bondit sur ses pieds au son de la voix tonitruante de Garfiel.
En entendant la réponse de Petra, Garfiel se précipita dans la pièce où se trouvaient Petra et les autres.
Petra fut ravie de voir un visage familier, mais elle ne pouvait même pas se permettre de l'exprimer.
Petra : [Tu es gravement blessé… ! Que s'est-il passé ? Tu dois recevoir des soins médicaux immédiatement… !]
Garfiel : [Maintenant, dépêche-toi et lance de la Magie Yang sur moi ! Tout de suite !]
Petra : [――Hk !]
Garfiel, le visage couvert de sang et plusieurs dents en moins, fit sa requête, et Petra se tendit un instant avant de renforcer immédiatement le corps de Garfiel avec de la Magie Yang.
Sa Magie Yang, encore peu maîtrisée, était quelque chose d'assez instable à utiliser sur quelqu'un d'autre qu'elle-même, mais l'expression féroce de Garfiel ne lui laissait pas le choix. Dans ce cas, Petra n'avait d'autre option que de surmonter son immaturité ici et maintenant.
Garfiel : [RAAAAAH !]
Meili : [Kya~a !?]
Sous l'effet de la Magie Yang de Petra, Garfiel enfonça alors violemment ses mains dans le sol de la pièce et arracha le dallage en pierre avec une force brute.
Un cri s'échappa des lèvres de Meili face aux actions incompréhensibles de Garfiel, et elle lui demanda alors : « Q-qu'est-ce que tu fai~s ? », tandis qu'il soulevait le sol qu'il venait de desceller.
En réponse, Garfiel se tourna vers l'entrée de la pièce et,
Garfiel : [DHISH !]
Après avoir poussé un rugissement indistinct, Garfiel barricada l'entrée de la pièce avec le morceau de plancher qu'il venait d'arracher.
Petra voulut l'interroger sur ce qui venait de se passer, pensant qu'il cherchait à empêcher quiconque d'entrer. Cependant, elle comprit rapidement que le problème était tout autre.
La raison pour laquelle Garfiel avait bloqué l'entrée devint évidente à travers l'interstice sous la porte condamnée.
Meili : [――De l'ea~u ?!]
Une fois de plus, Meili hurla, et le petit Scorpion Cramoisi sur sa tête tendit également ses pinces et sa queue vers le ciel, surpris.
Les yeux ronds de Petra s'écarquillèrent alors qu'elle regardait au-delà de l'entrée bloquée par Garfiel ; elle pouvait entendre et sentir la présence d'un torrent d'eau qui inondait le couloir du quatrième étage de la Tour avec une force prodigieuse.
Pourquoi cela avait-il été créé, dans quel but, et par qui ?
Garfiel : [Si tu lis dans mes pensées… alors que dis-tu d'une attaque que tu ne peux bloquer même en sachant qu'elle arrive… !?]
Alors qu'il prenait appui sur le sol, résistant continuellement à la force de l'eau déchaînée, les joues de Garfiel se crispèrent.
Petra fut horrifiée par le sourire vicieux et belliqueux de Garfiel, empreint de colère. Contre qui, au juste, Garfiel se battait-il avec une telle expression sur le visage ?
Et pourquoi s'était-il précipité seul vers Petra et Meili ?
Petra : [――Tiens bon !]
Refoulant les nombreuses questions qui lui serraient le cœur, Petra tendit la main pour soutenir le dos de Garfiel.
Garfiel : [――Hk.]
Sous la main de Petra, le corps entier de Garfiel se tendit, imprégné d'une force nouvelle.
Bien entendu, les bras graciles de Petra ne pouvaient en rien accroître la puissance de Garfiel. Elle aurait été bien plus utile en se concentrant sur sa magie du Yang.
Mais en cet instant, Petra confia toutes ses inquiétudes et sa foi au dos de Garfiel.
Et Garfiel, elle en était convaincue, s'efforçait de répondre à cette confiance de toutes ses forces.
Finalement, le fracas du torrent d'eau déferlant dans le passage commença à s'apaiser, se muant peu à peu en un mince filet, semblable aux dernières gouttes tombant d'une gouttière après l'orage.
Garfiel, qui avait tenu bon, détendit ses jambes, poussa sur le côté la dalle de pierre dont il s'était servi pour bloquer l'entrée, et laissa échapper un profond soupir.
Il commença alors à se retourner vers Petra, qui touchait encore son dos――,
??? : [Garfiel-kun, viens ici ! À l'étage, pas du côté de Taygeta !]
Peut-être s'agissait-il là encore d'une application de la magie, mais la voix d'Ezzo résonnait si fort qu'il était difficile de déterminer à quelle distance il se trouvait, et Garfiel, ainsi interpellé, leva les yeux comme s'il sortait d'une torpeur.
Ses crocs, d'ordinaire si acérés, étaient brisés, et il se demanda un instant s'il devait expliquer la situation à Petra et Meili.
Garfiel : [Meili et toi… je vous espliquerai plus tard… !]
Petra : [――. Est-ce Al-san ?]
Garfiel : […Ouais.]
Sans en dire davantage, il parvint seulement à révéler l'identité de celui qui avait déclenché tout cela, puis Garfiel s'élança dans le couloir humide pour rejoindre Ezzo.
Elle l'observa jusqu'à ce que sa silhouette disparaisse, puis Petra laissa échapper un souffle tremblant et se couvrit le visage de ses mains.
Petra : [Ne pleure pas, ne pleure pas, ne pleure pas, ne pleure pas, ne pleure pas, ne pleure pas…]
Tentant désespérément de chasser l'effroi qui montait en elle, Petra répétait ces mots en boucle.
Mais malgré tout, elle ne pouvait empêcher ce sentiment de déferler en son for intérieur.
Meili : [Petra-chan.]
Meili posa doucement, et sans prévenir, une main sur la tête de Petra, toujours enfouie dans ses paumes.
Puis elle ébouriffa les cheveux de l’autre ; Petra trouva cela agaçant, mais finit par réaliser plus tard que Meili était tout simplement incapable de caresser la tête des gens correctement.
Et tout en consolant maladroitement Petra, Meili laissa échapper un petit soupir :
Meili : [C’est peut-être de ma fau~te… Tout le monde ne peut pas être sauvé par la gentille~sse de Onii-san et Onee-san.]
Petra : [Ce n’est pas…]
Vrai, aurait-elle voulu dire, pour nier catégoriquement. Mais au lieu de cela, un sanglot lui échappa d’abord, et elle se sentit incapable de trouver la force de rejeter totalement les paroles de Meili.
△▼△▼△▼△
Assailli par le déluge qui inondait le couloir, ses adversaires ayant découvert une stratégie véritablement optimale, insensible à la moindre de ses provocations ou excuses, Aldebaran fut frappé par un sentiment d’impuissance.
Bien qu’il possédât une telle technique de triche, bien qu’il bénéficiât d’un tel avantage, il était poursuivi avec une telle intensité par des personnes qui avaient maîtrisé l’art de la contrer.
Face à une telle force, il ne put s’empêcher d’être impressionné, toutes excuses mises à part.
Aldebaran : [――Ubububu.]
Le torrent d’eau ne lui laissait aucune échappatoire, l’empêchant de prendre appui ou de se raccrocher à quoi que ce soit ; le corps d’Aldebaran fut donc emporté, le privant impitoyablement de ses forces et de sa chaleur corporelle.
Plus il tentait de lutter contre l’eau, plus il s’épuisait, perdant ses forces sans relâche. L’eau qui s’engouffrait par tous les orifices de son corps le submergeait totalement, le laissant dans l’incapacité la plus totale de réagir.
Contrairement au vent, qui possédait une certaine direction, il était impossible de canaliser le flux de l'eau au moyen de murs ou de structures façonnées à partir de terre.
Dès lors, tout ce qu'Aldebaran pouvait faire était de se laisser emporter par le courant, d'être balloté par les flots et de périr noyé, rien de plus. En vérité, il n'avait aucune idée de la quantité d'eau qu'il avait fini par avaler.
Seulement――,
Aldebaran : [Guh… Buh… Abahh… Hk.]
Tout en gargouillant et en recrachant l'eau qu'il avait ingurgitée, Aldebaran prit de lourdes inspirations.
Le corps vidé de toute force, il se soutint et se redressa à l'aide de son unique bras, faisant de son mieux pour expulser l'eau qui l'avait envahi, au point qu'il avait été sur le point d'éclater comme une baudruche.
Il lui semblait que l'eau s'écoulait de son nez, de sa bouche, de ses yeux et de ses oreilles. Il ne sentait plus le bas de son corps, et il était trop terrifié pour vérifier s'il s'était uriné ou souillé dessus.
Et puis, après avoir expulsé, expulsé, et vomi autant d'eau qu'il le pouvait――,
???: [――Eh bien, tu ne devrais plus avoir la force de résister, mais voyons ce que tu as à dire pour ta défense.]
Après avoir lentement gravi l'escalier, le mage et le guerrier toisèrent Aldebaran.
Impuissant, Aldebaran avait été malmené alors qu'il était entraîné le long des marches ; bien que les deux individus qui avaient gravi ces escaliers avec prestance fussent épuisés, il leur restait bien assez de volonté pour combattre.
À l'inverse, Aldebaran était trempé comme un rat d'égout, son corps entier couvert de blessures.
Aldebaran : [Pfffff.]
Aldebaran s'effondra avec langueur, relâchant le bras qui soutenait son corps, et se retrouva allongé sur le dos.
Dans le ciel où le soleil déclinait, là où le rideau de la nuit commençait à tomber, l'éclat des étoiles éparpillées devenait visible. Ayant l'impression que les astres scintillants au-dessus de lui l'observaient, Al voua une haine profonde aux cieux.
Les étoiles, il les détestait.
Les étoiles, qui toisaient la surface depuis les hauteurs, brillant simplement à leur guise, étaient quelque chose qu'il exécrait.
???: [Capitaine et Béatrice, rends-les-moi… !]
C'est ce que déclara Garfiel, à qui il manquait quelques crocs, à l'attention d'Aldebaran qui gisait face au ciel.
Son attitude, consistant à faire passer Natsuki Subaru et Béatrice avant de se plaindre du carnage qu'on avait fait de sa bouche, était admirable, et Aldebaran aurait presque voulu l'encourager, mais malheureusement, leurs points de vue étaient diamétralement opposés.
Il trouvait cela réellement triste. Aldebaran ne détestait pas particulièrement Garfiel.
Il ne détestait aucun d'entre eux.
Il ne haïssait ni Garfiel, ni Ezzo, contre qui il venait de se battre, pas plus qu'il ne détestait Petra, Meili ou Flam, qui se trouvaient dans cette Tour, et il ne haïssait aucun de ceux contre qui il finirait probablement par se battre par la suite.
Les seuls qu'il détestait étaient lui-même et Natsuki Subaru.
Garfiel : [HÉ, CONNARD, TU M’ÉCOUTES !?]
Ezzo : [Je t’en prie, calme-toi, Garfiel-kun. Même si tu considères son silence comme une provocation, Al-dono n’y peut rien. De surcroît, cette provocation serait dénuée de sens. Il devrait l’avoir compris à présent.]
Garfiel : [――――]
Ezzo : [Il semble que tu possèdes, d’une manière ou d’une autre, la capacité d’utiliser une magie inconnue… une sorte d’art interdit, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit omnipotente. Que ce soit moi, ou probablement quelqu’un d’autre, elle sera contrée. Peu importe ton habileté dans l’art de la guerre, tu ne peux remporter toutes tes batailles.]
Contenant l’impétueux Garfiel, Ezzo s’exprima, rationnel jusqu’au bout des ongles.
Ces mots furent fort persuasifs pour Al, avec qui Ezzo avait fait ce qu’il voulait jusqu’à présent. Par sa force manifeste et sa perspicacité, Ezzo avait vaincu l’Autorité d’Aldebaran.
En cet instant, Aldebaran ne pouvant même pas lever le petit doigt, il ne lui restait aucune excuse.
C’était juste que――,
Aldebaran : [――Ezzo-dono, c’est précisément comme vous dites. Je ne peux pas gagner toutes les batailles.]
Toujours étendu sur le dos, Aldebaran confirma les paroles d’Ezzo.
À cette remarque, Garfiel et Ezzo affichèrent chacun leur propre réaction. Garfiel manifesta de la frustration, et Ezzo une vigilance accrue.
Le fait qu’ils ne perdent pas leur concentration, même après une telle déclaration, l’irrita.
Cela m'irrite, mais soit. Après tout, elle n'est plus parmi nous.
――Sept cent quarante-huit.
Tel était le nombre de tentatives durant lesquelles il avait dérivé sans but, tout en éprouvant un sentiment d'impuissance face à son incapacité à accomplir quoi que ce soit de particulier.
La seule variable qu'il avait pu tester était l'endroit vers lequel le courant l'entraînait. Une fois emporté par les eaux, Aldebaran ne pouvait rien faire, aussi insignifiant fût-il.
Au lieu de cela, jusqu'à ce qu'il tire le bon numéro, encore et encore, inlassablement, il se laissait porter par le courant.
Et puis, enfin, il l'obtint.
Aldebaran : [Je ne peux pas gagner toutes les batailles. ――C'est pourquoi je dois simplement remporter la dernière.]
Ezzo : [De quoi parles-tu…]
Aldebaran : [Je voulais arriver ici. Cet endroit est ma seule et unique condition de victoire.]
Ignorant Ezzo et Garfiel, qui arboraient des points d'interrogation au-dessus de leurs têtes, Aldebaran poursuivit ainsi.
Il n'avait pas le temps d'attendre une réponse. À cet instant même, il débitait n'importe quelle absurdité lui passant par la tête pour éviter de perdre connaissance.
Il ne se vantait pas de son succès, et n'avait nullement l'intention de les importuner avec une déclaration de victoire.
Simplement, il souhaitait qu'ils comprennent. ――Ne serait-ce qu'une infime partie de toute la poussière d'étoiles qu'Aldebaran avait accumulée, il souhaitait qu'ils la comprennent.
Aldebaran : [――――]
Alors que le duo laissait transparaître son trouble, Aldebaran, toujours étendu sur le sol, leva le bras et désigna une direction précise.
Réalisant que quelque chose était tombé à l'endroit pointé par Aldebaran, Ezzo et Garfiel eurent la gorge nouée, cela ne faisait aucun doute.
Même s'ils ne saisissaient pas la signification de la présence de ceci, ils avaient probablement ressenti un sentiment de malaise.
C'était――,
Garfiel : [C'est ça, un Livre des Morts… !]
Ezzo : [À qui appartient-il !?]
Bien qu'il eût été submergé, ce Livre des Morts conservait encore la forme d'un ouvrage.
En contemplant ses pages détrempées, gisant ouvertes sur le sol, les yeux des deux hommes s'écarquillèrent sous le choc, et leurs voix tremblèrent.
Ils n'étaient pas encore parvenus à comprendre. Et, à vrai dire, même en obtenant la réponse, ils n'en saisiraient probablement pas le sens.
Mais, dès le départ, Aldebaran était venu à la Tour dans le but de trouver ce Livre et de s'en servir.
Après tout, il savait qu’il n’existait aucun autre moyen de préparer le terrain pour éliminer Natsuki Subaru.
Le titre de ce Livre des Morts, inscrit en ces lieux, était――,
Aldebaran : [――C’est mon nom.]
Ezzo & Garfiel : [――――]
Face à cette réponse révélée, Ezzo et Garfiel furent saisis d’un instant de stupeur.
Bien qu’il s’agît d’une ouverture manifeste, Aldebaran n’avait malheureusement pas la force d’en tirer profit. Cette occasion unique, Aldebaran ne pouvait la saisir.
Par conséquent, il confierait le soin d’exploiter cette opportunité inespérée à « Aldebaran ».
Des yeux contemplaient les pages détrempées du Livre des Morts gisant sur le sol ; ces yeux se levèrent lentement pour se tourner vers l’avant.
Puis, revêtu d’écailles d’un azur pâle, l’être vivant considéré comme le plus puissant au monde déploya ses ailes et prononça ces mots.
??? : [――Vos astres étaient funestes.]
L’instant suivant, visant le mage et le guerrier, tous deux pétrifiés, le souffle du Dragon Divin Volcanica―― non, du Dragon Divin Aldebaran, fut impitoyablement déchaîné.