Chapitre 548
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Une épée dans une main et un paquet sous l'autre bras, il ouvrit lentement la porte devant lui.
Il ne prendrait jamais le risque stupide de défoncer une porte ou de la trancher. Faire du bruit inutilement et provoquer les morts-vivants qui rôdaient potentiellement dans les parages était quelque chose qu'il tenait à éviter. Il en allait de même pour attirer l'attention sur lui.
La situation resterait gérable s'il ne s'agissait que d'une poignée de soldats impériaux ordinaires transformés en combattants morts-vivants, mais il préférait éviter de se retrouver face à des adversaires aguerris. Sa réticence était d'autant plus forte qu'il transportait quelque chose qu'il ne pouvait tout simplement pas abandonner.
?? : [――――]
Il huma l'air ambiant d'un reniflement, puis grimaca devant l'odeur de fer rouillé qui émanait de la pièce.
C'était l'odeur du sang. Une fois habitué, il devenait plus ou moins facile d'en distinguer la fraîcheur. Cette odeur provenait de sang fraîchement versé, et pas seulement d'une seule personne, qui plus est.
Comme prévu, en inspectant la pièce du fond, il découvrit deux corps empilés l'un sur l'autre.
Dans cette maison isolée donnant sur la rue principale, gisaient les cadavres d'une vieille femme et d'un homme.
Le coupable devait être le mort-vivant qu'il avait abattu devant la maison juste avant. C'était précisément parce que ces cadavres étaient récents que l'épée entre les mains du mort-vivant avait été trempée de sang.
Les victimes étaient vraisemblablement mère et fils. Malheureusement, leurs expressions lors de leurs derniers instants ne pouvaient être qualifiées de sereines, si bien qu'il fut incapable de comparer leurs traits. La vieille femme était allongée sur le lit, et l'homme semblait s'être effondré sur elle, comme pour la protéger de son propre corps, une épée brisée gisant à ses côtés.
?? : [Ils n'ont pas pu s'échapper à temps… Non, c'est autre chose.]
La scène ne représentait pas deux personnes ayant échoué à fuir, mais un fils resté en arrière pour protéger sa mère incapable de courir.
Percevoir intuitivement la scène ainsi était bien trop ironique pour se produire dans la capitale impériale, cœur de l'Empire de Vollachia, un lieu où il était naturel que les faibles soient piétinés.
Néanmoins, il ne pouvait rire de cette ironie. S'il était arrivé quelques minutes plus tôt...
?? : [――――]
Rengainant son épée, il contempla en silence le cadavre de l'homme qui avait décidé de la manière dont il utiliserait sa vie face à l'inévitable tragédie.
S'il avait été placé dans la même situation, aurait-il été capable de se battre jusqu'à son dernier souffle comme cet homme, le dos tourné au lit où reposait sa famille la plus chère ?
?? : [C'est inutile, la réponse est évidente.]
Il cracha avec irritation, se débarrassant de cette boule d'amertume avec une répulsion persistante qui ne voulait pas disparaître.
Oui, c'était une question qu'il se posait à lui-même et dont la réponse était évidente. Il était clair qu'il aurait pris ses jambes à son cou, quoi qu'il arrive. ――Et, au moment même où il se ridiculisait ainsi.
?? : [Hé, le rouquin ! T'es où !? J'ai fini mes affaires !]
Soudain, une voix tonitruante retentit depuis l'extérieur du bâtiment, et il leva la tête vers la fenêtre.
Le visage rubicond de celui dont il s'était séparé lui revint en mémoire, et il sentit son ivresse s'évaporer, le sang quittant son visage face à l'imprudence de hausser la voix dans cette ville infestée de morts-vivants.
Accablé par le poids de la réalité, qu'il n'arrivait pas à chasser malgré l'ivresse dans laquelle il s'était plongé à force de boire, il claqua la langue en jetant un œil par la fenêtre dont il s'était approché.
Juste là, en bas, dans la rue, un homme aux cheveux bleus vêtu d'un wasou le cherchait en agitant la main―― non, à côté de lui se trouvait une petite silhouette vêtue de manière similaire. [1]
?? : [Où peux-tu bien être, le compagnon de Papa ! Cet endroit n'est pas idéal pour une longue discussion, alors pourquoi ne pas aller ailleurs ? Enfin, si ce que Papa m'a dit sur le fait d'avoir un compagnon n'est pas une illusion due à l'alcool ou une plaisanterie du genre !]
?? : [Oh là là, comment peux-tu dire ça ? Dire des choses pareilles après avoir attrapé ton père... Mon enfant est devenu un fils ingrat. Je me demande, je me demande ! Qu'est-ce qui a cloché dans mon éducation... !]
?? : [Non non non, c'est pas ta faute, Papa ! Tu m'as à peine élevé, après tout !]
Avec ces deux énergumènes réunis, dire que le vacarme était deux fois plus fort serait un euphémisme.
Bien qu'il y ait une différence entre être ivre d'alcool ou ivre de soi-même, en entendant la voix de celui qu'il savait être un homme tout aussi éméché, le compagnon que les deux cherchaient―― Heinkel, se prit la tête dans sa main libre.
Alors que la migraine lancinante de sa gueule de bois s'intensifiait, causée par autre chose que l'alcool, il ajusta sa prise sur la nourriture de secours, sur l'homme-hyène qui s'était agité dans ses bras, puis laissa échapper un profond soupir qui empestait la boisson.
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Les deux idiots continuaient de faire un boucan d'enfer sur la rue principale, sans se soucier du fait qu'ils étaient en public.
S'il les abandonnait et qu'ils finissaient dévorés par la foule de morts-vivants, on pourrait dire qu'ils n'auraient récolté que ce qu'ils avaient semé. Cependant, comme Heinkel ne voulait pas être entraîné dans cette galère, il les appela immédiatement.
Alors que les deux étaient invités dans la maison, un invité surprise les accompagnait.
?? : [Je ne m'attendais pas à ce que vous restiez dans la capitale impériale, Heinkel-san. Je pensais que vous aviez déjà fui, ou sinon, que vous étiez... ]
Heinkel : [Mort, c'est ce que vous alliez dire ? Je vais vous retourner exactement la même chose, Aldebaran.]
Al : [Al, s'il vous plaît.]
Al, l'homme au casque d'acier, répondit à leurs retrouvailles inattendues tout en jouant avec les parties métalliques de son casque.
Lors de la bataille totale qui avait embrasé la capitale impériale entre l'armée régulière et les révolutionnaires, Heinkel, en tant que membre de la faction rebelle, avait été déployé sur un champ de bataille différent de celui de Priscilla et d'Al ; il ignorait donc l'issue du combat et leur état de santé.
Une réponse qu'il n'avait aucun moyen de connaître, même s'il l'avait voulu. Par hasard, elle lui était parvenue.
De plus――,
Heinkel : [Alors Mademoiselle Priscilla a été capturée, hein. C'est un peu difficile à croire.]
Al : [Eh bien, foncer tête baissée dans des situations imprévues fait partie du charme problématique de la Princesse, mais cette fois, même moi, je sens que je ne devrais pas la laisser seule. Alors, j'ai fini par rester dans la capitale impériale, mais...]
Heinkel : [Alors, vous êtes tombé sur cette bande.]
Al hocha la tête aux paroles de Heinkel avec un « Ouais ».
Il était recouvert par son casque d'acier, rendant son expression et son teint indéchiffrables, mais Heinkel pouvait deviner l'ampleur des épreuves qu'Al avait traversées à la fatigue dans son ton et à son humeur générale.
Al était quelqu'un capable de s'entendre avec Priscilla, l'incarnation vivante du comportement scandaleux et désordonné. S'il en était réduit à un tel état, alors Heinkel pouvait facilement deviner la dangerosité de ceux à qui il avait eu affaire.
Quoi qu'il en soit, rencontrer la personne qui avait épuisé Al était aussi un étrange tour du destin.
?? : [Eh bien, eh bien, je ne m'attendais pas à vous retrouver dans un endroit pareil, Papa. Je pensais ne pas vous avoir vu depuis un moment, mais serait-ce vous qui m'avez jeté sur l'Île des Gladiateurs et comploté pour que je joue un rôle dans une histoire sur la légende de l'Île ou quelque chose comme ça ?]
Bavardant et enchaînant les phrases à une vitesse folle, le garçon qui grignotait la viande séchée qu'il avait arbitrairement sortie du placard de la maison―― Cecilus, comme il se nommait lui-même, le fils de Rowan, qui accompagnait Heinkel à sa grande stupéfaction.
En plus de cela, ce pourrait être une sorte de blague, mais le nom complet de Cecilus, y compris son nom de famille, était――,
Heinkel : [――Cecilus Segmunt. L'Éclair Bleu de Vollachia.]
Le plus grand épéiste de l'Empire de Vollachia, et l'inébranlable Premier des Neuf Généraux Divins Impériaux.
Peu importe à quel point il était tombé bas, Heinkel restait le commandant adjoint de la Garde Royale du Royaume de Lugunica. Il connaissait au moins les noms des figures célèbres de leur insidieux pays voisin.
Inégalé même dans l'histoire sanglante de l'Empire, il était l'individu qui avait pris le plus de vies dans ce monde, et on disait aussi qu'il était si puissant qu'il rivalisait avec le Saint de l'Épée du Royaume.
Heinkel : [――――]
Heinkel plissa les yeux devant Cecilus, qui semblait avoir environ onze ou douze ans, et se méprisa d'avoir songé à sous-estimer ses capacités simplement à cause de son jeune âge.
Pour les êtres véritablement puissants, des sujets tels que leur apparence et leur âge étaient simplement absurdes et ne laissaient que de la misère.
Lorsque Heinkel avait perdu pour la première fois contre son fils, Reinhard, à l'épée, c'était avant que ce dernier n'ait six ans. ――Dans ce monde, ce genre d'entités existait.
Au fond, Heinkel devait admettre que quelqu'un comme Rowan était une rareté pour lui.
Tout comme Heinkel, s'il était lui aussi le père de quelqu'un proclamé comme le plus fort, alors avoir ses propres réserves concernant les compétences à l'épée et la renommée de son fils, Cecilus, serait――,
Rowan : [Hahaha, tu me fais rire. Les combats à mort sur l'Île des Gladiateurs ne sont que des exhibitions, au final, alors tu n'apprendras rien pour ton épée ou ta technique, peu importe qui ou combien de personnes tu tranches là-bas. Te jeter dans un endroit pareil ne serait rien de plus qu'un détour sur ton chemin vers l'Épée Céleste.]
Indifférent aux pensées qui germaient dans l'esprit de Heinkel, le rubicond Rowan haussa les épaules en portant la gourde remplie d'alcool à sa bouche, semblant de bonne humeur alors qu'il conversait avec son fils.
Cecilus répondit par un « Oh, je vois alors », ne paraissant pas le moins du monde perturbé, penchant la tête tout en croquant un morceau de viande séchée.
Cecilus : [Eh bien, je me doutais que ce n'était pas le cas, car la direction de ce genre de méthode n'était pas claire du tout pour quelqu'un comme toi. Mais alors, cela devient un mystère étrange, étrange, car je ne comprends pas pourquoi j'étais sur l'Île du tout.]
Rowan : [Maintenant, c'est encore une façon étrange, bizarre et inhabituelle de dire les choses. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas organisé par moi... Hmm ?]
Rowan fit une pause au milieu de sa phrase, puis fixa Cecilus de la tête aux pieds.
Remarquant le regard de son père, Cecilus fit osciller les manches de son wasou, effectuant un tour sur lui-même qui fit voler ses longs cheveux bleus non attachés.
Cecilus : [Qu'est-ce qu'il y a ? Même si cela fait longtemps, je penserais qu'il est difficile d'oublier l'éclat de l'acteur principal que je suis.]
Rowan : [En dehors de ça, attends une minute, fiston ! Où as-tu mis Murasame et Masayume ? De si belles lames ne sont pas destinées à être retirées si négligemment de ta taille.]
Cecilus : [Phinbrades ? Tu veux dire katana par là ? Qu'est-ce que tu racontes ? Il y a un accord tacite entre toi et moi selon lequel je ne tiendrai pas de katana, et aussi que tu ne m'en laisseras pas tenir un avant que j'obtienne une lame digne de moi. Hélas, ma taille reste légère car je n'ai toujours pas trouvé le katana exceptionnel que je recherche. Tremble, tremble !] [2]
Rowan : [Hmmmmm ?]
Les yeux de Rowan devinrent de plus en plus troubles de suspicion alors que Cecilus continuait de secouer ses hanches sans arme. Finalement, ses yeux s'écarquillèrent avec un « Ah », comme s'il avait compris la situation.
Et puis――,
Rowan : [En te regardant attentivement à cause de ce sentiment d'étrangeté, qu'est-ce que tu as là ? Cecilus, tu as rétréci en taille !]
Al : [Tu t'en rends compte seulement maintenant ! ?]
Al éleva la voix face au Rowan surpris, frappé par un sentiment de perplexité qui dépassait la surprise.
À côté de lui, le Cecilus en question fit écho à un « Rétréci ? » avec une expression innocente. Inutile de dire que Heinkel n'avait aucune idée de ce qui se passait.
À sa place, Al, qui semblait avoir une idée, réduisit la distance entre lui et Rowan d'un pas vif,
Al : [Je veux que ce soit clair, donc tu es le père de Cecilus, et le Cecilus que tu connais était vraiment un adulte. C'est bien ça, n'est-ce pas ?]
Cecilus : [S'il vous plaît, attendez, Al-san, je ne suis pas sûr de ça. En premier lieu, je me demande quand et à quel moment les humains peuvent dire qu'ils sont devenus adultes ? Par exemple, si quelqu'un tranche une autre personne pour la première fois, et si vous ne le considérez pas comme accompli, alors cela signifierait que la personne qui a été tranchée a été tuée par quelqu'un qui n'est qu'un amateur, donc j'ai l'impression que c'est une discussion sans signification...]
Al : [Tu te tais pour l'instant ! Alors, qu'en est-il, vieil homme ?]
Rowan : [Tu n'as pas besoin de me presser si fort, monsieur casqué. Premièrement, aux yeux d'un parent, même si leur enfant a grandi un peu, ils resteront toujours dans la catégorie des enfants, tu sais. D'ailleurs, quand il s'agit de Cecilus, les mots et les actions de celui-là n'ont jamais mûri d'un iota depuis qu'il était enfant, peu importe le temps qui a passé...]
Al : [J'en ai assez entendu sur le fait que vous êtes parent et enfant... !]
Bombardé de réponses comparables à une avalanche par Rowan, dont il s'était approché, et Cecilus, qui était à côté de lui, Al tapa du pied comme s'il évacuait sa colère refoulée.
Heinkel eut pitié de lui, se grattant rudement ses propres cheveux roux,
Heinkel : [Alors, Aldebaran. C'est ce que vous voulez dire ? Cecilus Segmunt là-bas a rétréci et est devenu un enfant pour une raison quelconque.]
Al : [C'est Al... Eh bien, je sais tout sur la façon dont c'est arrivé et comment l'annuler, mais ouais.]
Heinkel : [Vous savez aussi comment l'annuler... ?]
Cela semblait absurde de simplement hocher la tête avec un « Je vois » après qu'on lui ait dit qu'une personne avait rétréci, mais en repensant à la scène semblable aux pires des enfers qu'il avait vue lors de la bataille décisive à la capitale impériale, il pouvait accepter que la plupart des choses qu'il voyait n'étaient pas totalement hors de question.
S'ils pouvaient s'attendre à ce que Cecilus redevienne normal, alors ce n'était probablement pas un si gros revers.
Heinkel : [Eh bien, pourquoi ne commencerions-nous pas à parler après l'avoir fait redevenir normal ?]
Al : [Autant je veux faire ça, nous avons besoin d'un certain vieux shinobi pour le ramener à la normale. Donc pour l'instant, nous devons continuer pendant qu'il reste à cette taille... Hé, pourquoi n'as-tu pas remarqué que ton fils est devenu minuscule dès que tu l'as vu ?]
Al secoua lentement la tête de côté, puis pointa le sujet en question vers Rowan.
Cependant, Rowan caressa son menton visiblement hérissé de barbe avec un doigt à la question d'Al,
Rowan : [Bien sûr, que mon fils soit grand ou petit n'a pas d'importance pour moi.]
Al : [Oioi, est-ce un concours pour décider qui est le pire père ? Les pères des plus forts de chaque pays sont-ils tous comme ça ?]
Heinkel : [――. Et vous ? Savez-vous que vous avez rétréci ?]
Al laissa échapper un grognement exaspéré à la réponse de Rowan, donnée avec embarras par quelqu'un qui était loin d'être un père exemplaire. Réticent à réagir au grognement d'Al, Heinkel aborda le sujet avec Cecilus.
À ses mots, Cecilus, qui commençait son troisième morceau de viande séchée, rit, « Eh bien »,
Cecilus : [Si vous me demandez si j'en suis conscient ou non, alors je ne le suis pas ! Rétrécir ou grandir, je suis déjà monté sur scène en tant que moi-même !]
Heinkel : [D'accord...]
Cecilus : [Cependant ! Cependaaant ! Les choses dites par le Boss, Gustav-san, les autres sur l'Île, et le reste des personnages secondaires se mettent en place ! Je crois que le présage s'est concrétisé !]
Cecilus frappa la surface d'un bureau qui était à portée de main, sa voix bouillonnant d'enthousiasme.
L'expression sur son visage disait que quelque chose à ce sujet avait pris du sens pour lui, mais tout cela ressemblait à du charabia pour Heinkel, n'ayant suivi que les mots prononcés au cours de leur conversation. Un corps qui rétrécit devrait être une affaire grave, mais tout ce que Heinkel savait, c'est que ni le père ni l'enfant ne prenaient cela trop au sérieux.
Rowan : [Quoique, tout s'additionne maintenant. Pas étonnant que je l'aie trouvé si calme même quand il m'a fait face. Tu vois, nous avons eu une sacrée séparation.]
Cecilus : [Oh ? Je ne me souviens de rien à ce sujet, mais je suis curieux de savoir comment nous nous sommes séparés――]
Cecilus pencha la tête de côté à la révélation de Rowan, caressant vivement son menton.
Une séparation avec un père que le fils avait oubliée. Pour tout cela, en tenant compte de leurs interactions jusqu'à présent, Heinkel imaginait que cela ne pouvait être qu'horrible.
À ce moment――,
?? : [――L'enculé là-bas est le fils de pute qui a planifié un putain d'assassinat de Son Excellence et qui s'est fait trancher pour ça.]
Une voix aiguë coupa, capturant les regards de Heinkel et des autres dans sa direction.
Et là, se trouvait le petit homme-hyène qui dormait profondément jusqu'à présent, se relevant du sol où il avait été laissé de côté. S'asseyant en position jambes croisées, il fixa Rowan avec un regard amer sur le visage,
?? : [Je suis aussi vraiment putain de surpris de voir cette merde en vie alors qu'il devrait être mort. Surtout parce que je ne peux pas imaginer que même le putain d'abruti de Cecilus puisse foirer ça.]
Cecilus : [Oh, tu es réveillé, toutou. Ouaf, ouaf ! Je suis content que tu aies l'air en très bonne forme.]
?? : [Tu es toujours aussi putain de stupide, espèce de merde !]
Cecilus fit la moue avec une expression boudeuse face à l'homme-hyène qui criait.
À en juger par sa réaction, l'homme-hyène semblait connaître Cecilus. Cependant, il faut dire que c'était Cecilus qui ne se souvenait pas d'un tel fait. ――Non, d'après le flux actuel de la conversation, peut-être que dire qu'il avait oublié ce qui s'était passé avant qu'il ne rétrécisse serait la bonne façon de le formuler.
C'était une histoire ridicule, mais ce pourrait être parce qu'il ne se rappelait rien de son âge adulte que lui, Rowan et l'homme-hyène étaient tous sur des longueurs d'onde différentes, se parlant sans se comprendre.
Al : [Au fait, qui est ce type qui a été assommé plus tôt ? Il semble assez énergique...]
Rowan : [Ah, Monsieur Boule de poils ici est le Général de Première Classe Groovy. Il est l'un des Neuf Généraux Divins de l'Empire, et le collègue de Cecilus.]
Al : [Par Groovy... Oh, vous voulez dire Groovy Gumlet !]
Perplexe face à l'identité imprévue de l'étranger, la voix d'Al monta d'un ton, mais Heinkel était tout aussi surpris que lui.
Après tout, Rowan lui avait seulement dit que la personne était quelqu'un d'important sans lui donner d'autres informations, alors il l'avait transporté comme un paquet de bagages.
Selon la situation, il aurait pu traiter les bagages que représentait l'homme-hyène comme un bouclier contre les attaques des morts-vivants.
Al : [Ce qui signifie que, même si l'un d'eux a rétréci, il y a deux Généraux de Première Classe ici. Je veux dire que cela me donne un espoir inattendu, mais...]
Rowan : [―― ? Qu'est-ce que ça pourrait être ?]
Al : [Le Général de Première Classe-san n'a-t-il pas juste dit quelque chose de fou ? Planifié l'assassinat de l'Empereur ?]
Une fois qu'Al eut remis le sujet sur les rails, Rowan fut à nouveau au centre de l'attention.
Pendant un instant, le réveil de l'homme-hyène―― Groovy et son échange avec Cecilus avaient volé l'attention de Heinkel, mais il avait bel et bien dit cela.
Face aux regards méfiants de tous, Rowan posa une main sur son front avec un « Oupsie »,
Rowan : [C'est un malentendu, tu vois. Je n'ai pas planifié d'assassiner Son Excellence le Grand Empereur. J'ai seulement essayé de faire en sorte que mon fils le fasse.]
Heinkel : […Ce n'est pas une excuse. Donc, en tant que parent et enfant, vous êtes tous les deux coupables d'une tentative d'assassinat de l'Empereur ?]
Heinkel fixa le parent et l'enfant aux cheveux bleus, stupéfait par l'explication qui ne servait pas son but.
Il n'avait jamais entendu dire que l'Empereur avait été tué, donc c'était probablement juste traité comme une tentative, mais c'était une rumeur assez flagrante à faire circuler.
Cependant, Groovy secoua la tête avec un « Tu as tort » à la question de Heinkel,
Groovy : [Cette merde a dit à Son Excellence que son père de merde le planifiait. Après ça, l'histoire dit qu'il est allé mettre fin au sale complot de merde avec son père de merde.]
Al : [Mais n'est-il pas en vie parce que Cecilus n'y a pas mis fin ?]
Groovy : [Je n'en sais rien non plus, putain de merde ! HÉ, CECILUS, ESPÈCE D'ENCULÉ ! À quoi tu pensais, à laisser ton père de merde en vie ! ?]
Cecilus : [Qui sait ? Même si tu me disais que c'était quelque chose que j'ai fait, entre le moi d'hier, le moi d'aujourd'hui et le moi de demain, les citations et les directions exceptionnelles du genre qui traversent mon esprit pendant le moment changeront aussi. Cependant, il est difficile d'imaginer que j'ai échoué à le faire, alors peut-être pourrait-il être que je ne l'ai pas fait exprès ?]
Groovy se leva d'un bond, s'approchant de Cecilus, mais le garçon à la stature similaire agita la main avec un regard sans remords, comme s'il disait que la réponse était perdue avec sa taille manquante.
En réalité, demander à Cecilus à ce sujet alors qu'il ne pouvait vraisemblablement pas se rappeler ses propres raisons serait infructueux. Au lieu de s'accrocher à une réponse inconnue――,
Heinkel : [Cheveux bleus, pourquoi avez-vous comploté l'assassinat de l'Empereur ? Votre but est-il de renverser le gouvernement ?]
Rowan : [Hahaha, tu dis des choses si idiotes, si idiotes, le rouquin. Mon but est très simple. Si mon fils devait en finir avec Son Excellence l'Empereur, l'ensemble de l'Empire deviendrait son ennemi.]
Heinkel : [C'est assez… Évident, pourtant ?]
Rowan : [C'est mon but. Une situation où ces soldats impériaux vont continuer à attaquer sans perdre de temps pour manger ou dormir... Il n'y a pas de meilleur environnement que celui-là pour polir ses compétences à l'épée entre la vie et la mort !]
Heinkel : [――――]
Agissant comme s'il avait trouvé une idée merveilleuse, Rowan donna une claque retentissante et pleine d'humour sur son genou.
Heinkel ne put qu'écarquiller les yeux tout en restant figé, incapable de comprendre la logique qu'il exprimait. D'un autre côté, Cecilus prit la parole, enchaînant avec un « Ah, ah, ah ! » après avoir entendu ces mots,
Cecilus : [Je vois, je vois, alors c'est pour ça ! Je n'en ai aucun souvenir, mais si c'est Papa, alors il me ferait faire quelque chose comme ça. Il ne reculerait devant rien pour atteindre l'Épée Céleste !]
Rowan : [Ton talent avec l'épée est authentique... Mais, quand il s'agit de toi, tu as atteint le plafond juste devant l'Épée Céleste. Si c'est le cas, j'ai pensé, pourquoi ne pas utiliser une méthode un peu musclée pour te laisser sortir de ta coquille... Par amour paternel.]
Cecilus : [Hahhahha, amour paternel ? C'est vraiment différent de toi ! Si tu avais des émotions humaines comme ça en toi, Papa, alors tu n'aurais pas tué cinq ou six de tes propres enfants jusqu'à ce qu'un enfant avec du talent, moi, soit né.]
Rowan : [Oh mon Dieu ! Pas moyen de contester ça !]
Leurs plus grands doutes ayant été dissipés, le rire excentrique du père et du fils qui gloussaient résonna bruyamment.
Alors que Groovy considérait leurs paroles avec un air renfrogné et qu'Al les écoutait avec une main sur le cou, la vision de Heinkel commença à vaciller dans un accès de vertige, et il heurta son épaule contre le mur.
Leur relation parent-enfant était insondable.
Il avait du mal à comprendre ce qui le poussait à aller aussi loin. Soudain, le faible espoir qu'il avait nourri envers Rowan jusqu'à il y a un instant, un type de sentiment partagé qu'il avait pour la personne qui se tenait sur le même pied―― le père de quelqu'un considéré comme le plus fort, s'était évanoui rapidement avant de disparaître complètement.
Il avait comploté l'assassinat de l'Empereur de Vollachia, avait été trahi par son propre enfant et avait échoué dans son but en plus, était considéré comme mort depuis longtemps, et dans une position où il serait bien connu pour sa notoriété épouvantable.
Avec tout cela à l'esprit, Heinkel ne pouvait pas comprendre pourquoi il était capable de rire si nonchalamment.
Heinkel était dans une position similaire dans son pays d'origine. Même ainsi, c'était terriblement étouffant.
Même s'il n'avait été que soupçonné d'un crime dont il n'avait aucun souvenir d'avoir commis, comme être impliqué dans l'enlèvement d'un membre de la Famille Royale, c'était toujours insupportablement étouffant――.
Al : [――Bien, j'ai compris que chacun de nous a ses propres circonstances.]
Al parla doucement, ignorant Heinkel, qui était au milieu d'un accès de vertige.
Lui aussi pourrait avoir ses propres pensées concernant la conversation précédente entre le père et le fils, ainsi que le statut de Groovy, dans son esprit. Cependant, il ravala l'intégralité de ces émotions et plaça un couvercle dessus.
C'était parce qu'Al avait déjà décidé quoi prioriser dans cet endroit, au-dessus des doutes qui traînaient devant lui.
Al : [Nous sommes tous des membres qui ont quelque chose qu'ils recherchent, ou ont un objectif à la capitale impériale. La liste peut être pleine de personnes talentueuses qui n'ont pas vraiment besoin de quelqu'un pour leur donner un coup de main, mais elles n'ont aucune raison de rejeter des collaborateurs volontaires. N'est-ce pas ?]
Demanda-t-il, en examinant la liste dans la pièce d'un coup d'œil.
Groovy croisa ses bras courts, gonflant sa poitrine à la question d'Al,
Groovy : [Je viens juste de me réveiller, donc je sais seulement que la capitale impériale a cette putain d'odeur terreuse. De plus, je ne veux pas être laissé derrière avec cet abruti de merde et le père de l'abruti de merde. ――Je ne sais pas non plus ce que Son Excellence Putain d'Intelligente planifie.]
Al : [L'objectif principal est de combattre les morts-vivants, peu importe si nous sommes ennemis ou alliés... Au moins, je peux croire que vous avez la même idée que nous, n'est-ce pas ?]
Groovy : [Tu n'as pas à t'inquiéter pour de la merde, c'est la même chose pour moi.]
Groovy affirma d'un ton brutal, montrant son accord avec l'opinion d'Al de manière assez agressive. Par la suite, après avoir reçu sa réponse, Al regarda vers Cecilus,
Al : [Je comprends que toi et ton père avez une relation parent-enfant unique. Je ne sais pas pourquoi vous êtes capables de vous entendre et de rire ensemble compte tenu de ce qui s'est passé, mais le sujet des parents est aussi un sujet sensible pour moi. Je ne vais pas élaborer. Mais, au lieu de――]
Cecilus : [Il n'y a pas besoin de s'inquiéter, Al-san. Vous n'avez pas à choisir vos mots si anxieusement. Il y a eu quelques occasions où vos décisions m'ont sauvé lors de la bataille précédente avec l'archer. Alors ! Pour l'instant, je crois qu'il est inutile d'avoir un conflit dans nos objectifs juste pour que nous nous séparions.]
Al : [C'est génial. C'est génial, mais s'il vous plaît, n'essayez pas de me tuer sur un coup de tête. Je ne peux pas gérer ça, peu importe le nombre de vies que j'ai.]
Cecilus : [Hahaha, peu importe le nombre de vies que tu as ! Jolie blague !]
Al : [Ce n'est pas une blague, pourtant...]
Al laissa échapper un soupir alors que Cecilus poussait un rire joyeux tout en faisant un pouce levé.
Finalement, il rassembla à la fois Heinkel et Rowan dans son champ de vision,
Al : [Qu'en est-il de vous, vieil homme ? Qu'allez-vous faire ?]
Rowan : [Whoaaa, monsieur casqué ! Comparé à mon fils et Monsieur Boule de poils, la façon dont vous parlez quand vous nous invitez est comme si vous étiez forcé de parler... Ça me blesse, vous savez.]
Al : [Je veux dire, j'ai un peu la pire impression de vous en ce moment.]
Haussant les épaules et son bras, Al fit savoir à Rowan son impression sur lui de manière directe, puis tendit le cou en direction de Heinkel,
Al : [Vous n'avez peut-être rien eu à montrer pendant la bataille totale, mais vous pouvez vous rattraper si vous allez sauver la Princesse. Sans elle, votre souhait ne se réalisera pas. N'est-ce pas, Heinkel-san ?]
Heinkel : [Je...]
En se faisant dire cela par Al, Heinkel serra l'arrière de ses dents alors qu'il baissait le regard.
Tout comme Al l'avait dit, Heinkel faisait partie du camp de Priscilla parce qu'il y avait quelque chose qu'il voulait, une récompense qu'il pourrait obtenir si elle gagnait sa place dans la Sélection Royale.
Essentiellement, aucune attente n'avait été placée sur les contributions et les capacités de Heinkel lui-même. La seule chose qu'on attendait de lui était d'agir comme une contrainte contre Reinhard, qui était allié avec une autre candidate.
S'il y pensait de cette façon, peu importe à quel point il était capable de contribuer à Priscilla dans cette situation, il ne ferait qu'obtenir des résultats qui s'écartaient de son rôle original.
Ajoutant à cela――,
Heinkel : [――――]
Heinkel était déjà tombé à genoux une fois sur le champ de bataille, abandonnant l'idée de se battre.
En témoignant d'une vue qui semblait surnaturelle, comme si le monde avait été retourné sens dessus dessous, il avait perdu courage. ――Heinkel avait essayé d'abandonner.
C'était pourquoi il avait quitté le champ de bataille, s'était noyé dans l'alcool alors que Rowan l'entraînait, et avait fermé le couvercle sur tout.
Et pourtant, pensa-t-il,
Heinkel : […Louanna.]
Au fond de son cœur, en se faisant dire qu'il avait une opportunité de se racheter, un certain regret montra son visage honteux.
Si Priscilla ne l'avait pas vu quand il s'était enfui, ni son état d'esprit quand il avait abandonné ; s'il pouvait prétendre que tout allait bien, il voulait fermer les yeux sur la peur qui avait autrefois saisi sa gorge, et continuer à tendre la main.
Heinkel : [――. Mais, que pouvons-nous faire ? Même si nous nous regroupons, nous ne sommes que cinq personnes. Dites-vous que nous pouvons sauver un Empire au bord de la destruction avec ce groupe de cinq ?]
Cecilus : [C'est certainement une opinion bouleversante et offensante. Bien sûr, nous semblons être un groupe de cinq personnes si vous ne regardez que les chiffres, mais la force qui réside en moi seul est supérieure et au-dessus de l'équivalent d'une centaine d'autres, donc vous choisiriez de le reformuler comme un million et quatre peopmrghmrghmrgh...]
Groovy : [Ferme ta putain de gueule.]
Enfermé dans une bataille avec ses soucis intérieurs, Heinkel cherchait leurs chances de réussir et leurs perspectives sur ce qui les attendait.
Comme on pouvait s'y attendre, le Général de Première Classe Groovy avait utilisé sa propre main pour couvrir la bouche des bavardages sans signification de Cecilus visant les mots de Heinkel. Gardant la bouche de Cecilus couverte, il jeta un coup d'œil à Al avec un « Cependant »,
Groovy : [C'est exactement comme le vieux pet roux l'a dit. Même si nous avons moi et cet abruti de merde, ce n'est pas facile de tuer ces fils de pute dehors.]
Cecilus : [Au fait, je pense que nous ne devrions pas faire ça. Pourquoi ? À cause d'une intuition que l'acteur principal a !]
Groovy : [Ferme ta putain de gueule !]
Laissant de côté les deux, qui commençaient à se disputer sur le fait de savoir s'ils devaient couvrir la bouche de Cecilus ou non, les doutes de Heinkel restaient suspendus dans l'air, non résolus.
En vérité, Heinkel avait déjà pris sa décision dans une certaine mesure. S'il pouvait régler cela sans céder, alors il ne pouvait pas se permettre de céder. Tout ce qui restait était la raison qu'il cherchait.
Al fit claquer les ferrures métalliques de son casque avec un doigt vers Heinkel, qui continuait de chercher la raison qu'il cherchait,
Al : [Tout comme Heinkel-san l'a dit, nous sommes beaucoup trop ambitieux si nous pensons que nous pouvons renverser la situation avec juste nous cinq. Cela dit, ce que nous devons faire n'est pas quelque chose d'aussi grandiose que de sauver l'Empire. ――Nous devons paver la route.]
Rowan : [La route, vous avez dit ?]
Rowan lécha l'alcool dans sa gourde, puis s'essuya la bouche avec une manche. Al hocha la tête à sa question avec un « Ouais ».
Il tourna la tête, regardant devant lui vers la fenêtre fermée ; la capitale impériale pouvait être vue derrière, réduite à une ville de cadavres.
Et puis――,
Al : [Sauver l'Empire est un travail pour un héros. Nous allons créer un point de départ pour cela. Autant de points que nous pouvons, et n'importe où nous pouvons mettre la main, parce qu'il n'y a aucune connaissance de ce qui sera utile.]
Heinkel cligna des yeux aux mots d'Al, ce qui lui donna l'impression de sonner étrangement confiant.
C'était comme s'il impliquait qu'il avait une idée de quelqu'un qui pourrait y arriver, mais Heinkel n'avait aucune idée de qui était ce quelqu'un, ni Rowan ou Groovy.
Cependant, comme celui qui n'était pas lié regardait ces mots avec des yeux brillants,
Cecilus : [――En d'autres termes, c'est un présage ! !]
De bonne humeur et très enthousiaste, le jeune Éclair Bleu déclara ainsi, accueillant l'objectif d'Al à bras ouverts.
En termes de dynamique de pouvoir dans cet endroit, il n'a pas fallu longtemps pour qu'elle soit exprimée comme l'opinion collective des cinq personnes participant à cette réunion.
Note du traducteur :
[1] Wasou – « tenue traditionnelle japonaise » dans la langue de ce monde.
[2] Rowan fait référence à ces deux épées comme « 業物 », ce qui est quelque peu peu conventionnel, et la réponse de Cecilus est écrite en utilisant l'orthographe Katakana de l'expression, qui est rendue ici comme une prononciation bâtarde du terme.