Chapitre 508
Lorsque Berstetz Fondalfon fit son retour dans la salle du trône, remarquant quelque chose d’étrange, il constata que la porte de la pièce la plus vénérable du Palais de Cristal était fermement close.
Le mot « fermé » ne se limitait pas simplement à l’ouverture ou à la fermeture de la porte.
Dans ce cas, « fermé » signifiait littéralement que la porte était complètement scellée du monde extérieur. C’était une manifestation de l’intention du maître du palais, l’intention de ne laisser personne entrer.
Cependant――,
???: [――Dans ce cas, je me demande lequel~ des deux intentions des Empereurs est le plus approprié à garder à l’esprit pour cela, Prime Minister-sama ?]
Berstetz s’arrêta, resserrant encore davantage ses yeux déjà filiformes, en raison de la manière clownesque de l’homme délicat qui tendait les bras et se tenait devant la porte fermée.
L’homme là-bas, avec un léger sourire sur le visage, était une exception d’une certaine sorte, étant autorisé à entrer et sortir du Palais de Cristal à sa guise en raison de sa particularité de Stargazer, ce qui faisait de lui une entité imprévisible qui avait obtenu la position d’être ni ami ni ennemi.
Berstetz : [Ubilk-dono, concernant la salle du trône…]
Ubilk : [Je ne vais pas vous laisser en plan, alors je vais vous dire la vérité. Son Excellence l’Empereur est présent. À la fois le vrai et le faux, donc ils devraient~ avoir leur rencontre en face à face.]
Berstetz : […Incompréhensible.]
Même s’il en avait une idée, Berstetz choisit de répondre ainsi en posant la main sur son menton.
Exactement comme il l’avait dit, c’était incompréhensible pour lui, et il ne faisait aucun doute que la situation était difficile à accepter simplement. À la réaction de Berstetz, Ubilk inclina la tête, disant « Incompréhensible ? »,
Ubilk : [Qu’est-ce qui est si difficile à accepter ? Tu te demandes comment le vrai Empereur a été amené ici ? Si c’est le cas, j’ai été guidé par les murmures des étoiles…]
Berstetz : [Même sur le champ de bataille, tu peux réussir à suivre un chemin exempt de flèches tombantes. Même si des soldats se tranchent en combat rapproché, tu peux passer à travers sans que une goutte de sang ne t’atteigne, sans parler de leurs coups d’épée, n’est-ce pas ?]
Ubilk : [Oui, c’est comme ça~. Mais ce n’est pas tout.]
Avec un sourire en coin, Ubilk hocha la tête, ne cachant rien.
Aussi ridicule que cela puisse paraître, Berstetz avait été témoin de ses capacités anormales de ses propres yeux.
Ubilk avait autrefois traversé tranquillement une pluie de projectiles et une forêt d’épées sans subir la moindre égratignure. Ubilk prétendait suivre les murmures des étoiles, mais Berstetz ne pouvait pas déterminer si le fait qu’il possède des compétences de combat surhumaines était vrai ou un mensonge.
Une chose pouvait être dite avec certitude, c’était qu’il était enveloppé par un pouvoir au-delà de la compréhension humaine, que ce soit le murmure des étoiles ou les propres capacités d’Ubilk.
Et parce qu’il était si utile, ni le vrai Vincent Vollachia ni le faux Vincent Vollachia n’avaient été disposés à lâcher Ubilk.
Tout était――,
Berstetz : [Pour servir de lumière guide, dans le but d’empêcher la Grande Catastrophe.]
Ubilk : [Whaaat’s~ cela, n’était-ce pas dû à la reconnaissance de ma propre humanité ?]
Berstetz : [Si quelqu’un devait être convoqué au Palais de Cristal à cause de son humanité, ce serait le Général de Première Classe Goz. À part lui, tout le monde serait appelé en raison de ses capacités. Je ne fais pas exception.]
Du point de vue de la gestion d'une nation, l'attachement personnel n'était rien de plus que le bruit des insectes volant, il fallait l'ignorer.
C'était la vision de Berstetz, et c'était presque certainement la même vision que celle de Vincent Vollachias.
Ce n'était pas une question de bien ou de mal, ou de goûts et de dégoûts, mais plutôt un sujet qui devait être discuté du point de vue de la nécessité.
À cet égard, Berstetz n'était qu'une roue dentée nécessaire à ce stade. Si sa position devenait inutile ou sans valeur, il n'hésiterait pas à être éliminé.
Ubilk ne devait pas non plus dévier de son rôle requis, quelle que soit sa détermination.
Berstetz : [Si tu en avais été conscient, tu n'aurais pas ignoré ce plan que j'ai élaboré avec Son Excellence qui siège maintenant sur le trône, n'est-ce pas ?]
Ubilk : [Se pourrait-il que tu considères mes actions comme une trahison ? C'est~ compliqué. Après tout, pour trahir, il faut d'abord faire confiance. Ou, as-tu confiance en moi ?]
Berstetz : [Non, pas du tout.]
Ubilk : [Vraiment ? Ça me fait mal de l'entendre dire, mais…]
Posant la main sur son front, Ubilk semblait amusé en parlant de combien cela lui avait fait mal. Que ce soit par calme ou autre chose, Berstetz ne l'avait jamais vu échouer à garder une expression sérieuse.
Il n'avait jamais considéré cela comme désagréable auparavant, mais à cet instant, il le trouvait pour la toute première fois comme un regard gênant.
Le vrai Vincent Vollachia, qui avait été banni du Palais de Cristal, renonçant ainsi à son titre d'Empereur — il avait maintenant été amené à travers la porte, poussé dans cette scène décisive.
Ubilk : [Permettez-moi de répondre à une question, Honorable Premier Ministre… Je n'ai pas changé de point de vue.]
Berstetz : [—Quel point de vue, exactement ?]
Berstetz demanda s'il prétendait être un ami ou un ennemi. En entendant cela, Ubilk joignit ses mains devant sa poitrine, produisant un son qui résonna dans l'air.
Ubilk : [Bien sûr, mon point de vue est de vouloir éviter la Grande Catastrophe et de maintenir la paix et la tranquillité de l'Empire Vollachian.]
Berstetz : [—. C'est pour cette raison que la confrontation de l'autre côté de cette porte est nécessaire ?]
Ubilk : [Oui, c'est ça, c'est ça. Tout ce que je fais, c'est pour cela. —— Le battement de mon cœur, la respiration qui gonfle et dégonfle mes poumons, le flux de sang dans mon corps, tout.]
Berstetz : [———]
Berstetz resta silencieux face à la poursuite d'Ubilk, qui tapotait sa propre poitrine.
Le sourire immuable d'Ubilk, son attitude inébranlable et son regard quelque peu diabolique semblaient être sains et sérieux aux yeux de Berstetz.
Il ne pouvait pas dire avec certitude si cette santé mentale et ce sérieux étaient un aperçu de l'autre côté de la folie.
Berstetz : [——Votre Excellence, que ferez-vous ?]
Alors qu'Ubilk se tenait en gardant la grande porte et que les deux Empereurs se faisaient face de l'autre côté — Berstetz murmura pour lui-même, pensant à la personne qu'il avait bannie.
Berstetz ne se souciait pas d'être décapité, si son âme était embrasée, s'il était soumis à quelque autre forme d'exécution brutale.
Si Vincent Vollachia, l'un des empereurs les plus sages de l'histoire de l'Empire, souhaitait vraiment être Empereur, qu'il en soit ainsi.
Donc ——
△▼△▼△▼△
???: [Un homme toujours prompt à agir, toujours léger dans ses paroles. Je ne compterais pas sur quelque chose du genre du Stargazer, qui plaçait sa foi dans les cieux au-dessus.]
???: [Tout d’abord, je n’attends aucune forme de loyauté de cette chose. Si une hiérarchie devait être établie en fonction de la loyauté, Vollachia n’aurait pas été préservé tel qu’il l’est jusqu’à ce jour. Mais encore…]
???: [――――]
???: [Si ma ruine était due à mon incapacité à questionner les avantages et les inconvénients des ambitions que tu as cachées, alors on pourrait facilement dire qu’il est tout à fait naturel que la perspective que je traverse le sol du Palais ainsi soit si lointaine, n’est-ce pas.]
En marchant sur le tapis rouge sang, Abel posa une question à celui qui se tenait devant ses yeux, le regard de l’ancien fixé sur le dernier, les bras croisés.
Il n’y avait aucun doute quant à qui avait aidé Abel à arriver ici. Cet homme, qui comprenait les particularités de ce qui était hors norme, versant cœur et âme dans la réalisation des souhaits des Observateurs, était sans égal en ce qui concerne l’acte de fouler l’extérieur du plateau de jeu.
Très semblable à une bombe à retardement. Cependant, une bombe qu’on ne pouvait démettre de son poste, à moins que les conditions ne soient remplies.
Identifier ces conditions pour démettre de force cette bombe à retardement de son poste avait été une tâche particulièrement difficile, car la faire bouger était une épée à double tranchant. Pourtant, il l’avait fait.
Le fait qu’il remette maintenant le pied une fois de plus dans la salle du trône d’où il avait été expulsé en était la preuve.
Les intrigues, la dissimulation jusqu’à ce moment-là, il n’est pas exagéré de dire que tout cela avait été fait dans le but de récupérer cette opportunité.
Abel : [――――]
Le visage de l’homme assis sur le trône qu’il fixait, celui à qui il allait poser une question, était un visage qu’Abel avait vu maintes fois.
C’était son propre visage. Cela dépassait de loin la logique d’une simple familiarité intime ou autre.
C’était un visage qui, pour les autres, pourrait sembler celui de Vincent Vollachia lui-même ; cependant, pour Abel, qui connaissait l’homme qui maîtrisait l’art de se déguiser avec ce visage depuis des années, il semblait être un masque mal façonné.
Un masque resterait un masque, même s’il était mal fait.
Un masque sur le visage de quelqu’un dissimule son vrai visage, accomplissant le rôle de couvrir ses véritables pensées, les rendant invisibles. Dorénavant, Abel posa ses questions non pas avec ses yeux, mais avec ses mots.
Et de plus, il posa une question directe, perçante, dépourvue de toute fumée et miroirs.
Abel : [――Tes souhaits de me destituer, ainsi que de rejoindre Berstetz, se sont-ils réalisés ?]
La question posée par Abel, si quelqu’un l’avait entendue, aurait sûrement provoqué de l’indignation.
Les conséquences du drame de l’exil qui avait commencé dans une pièce du Palais de Cristal s’étaient déjà répandues dans tout l’Empire. Même maintenant, soldats impériaux et rebelles s’affrontaient près des murs entourant la capitale impériale, leurs vies continuellement dispersées au vent.
Les habitants de la capitale impériale, eux aussi, confiaient leur vie au résultat.
Dans ce contexte, la question d’Abel était celle qui ne pouvait échapper à la critique comme étant une simple distraction.
Pourtant, Abel l’avait exprimée. Le rebelle, qui préférait ne rien gaspiller, qui avait élaboré tant de plans rusés pour en arriver là, l’avait dit. Parce que c’était nécessaire.
Pour déterminer ce que Abel — Non, le vrai Vincent Vollachia — devait rechercher dans le prochain dialogue avec le faux Vincent Vollachia.
Enfin, après une pause si longue qu’elle en devenait à peine une hésitation, mais trop courte pour être considérée comme une contemplation――,
Vincent : [――Non, pas encore. Je n’ai pas encore obtenu le résultat que je cherche.]
D’une voix imitant celle de celui qui avait posé la question, telle était la réponse du faux Empereur au vrai Empereur.
Abel : [――――]
Pour cette réponse, Abel avait lui aussi besoin d’un instant.
Il fit une pause pour reprendre son souffle, sans hésitation ni contemplation entre-temps.
Et puis――,
Abel : [Tu n’as pas encore obtenu ce que tu cherches, n’est-ce pas ?]
Alors que ces mots s’échappaient de lui, il ferma les deux yeux. ――Contrariant ainsi sa habitude naturelle.
Jamais Abel ne fermait les deux yeux simultanément. Il était obligé de garder un œil ouvert en permanence, de peur que ses préparatifs ne soient trop faibles en tant qu’Empereur qui gouvernait son Empire sans vie en un clin d’œil.
Le point ici n’était pas qu’avec Abel, qui grâce à son entraînement et sa conscience de soi était capable de garder un œil ouvert même en dormant, son conscience restant à moitié éveillée, cela marquait la première fois depuis plusieurs années que l’obscurité venait en fermant les deux yeux.
C’était qu’en le faisant, en possédant cette capacité même, Abel avait affirmé ses propres intentions.
En d’autres termes,
Abel : [C’est un mensonge.]
Depuis qu’il avait mis le pied dans la salle du trône, aucune colère, aucune déception n’avait été présente dans la voix et le regard d’Abel. La même chose s’appliquait même lorsqu’il se trouvait face à l’homme qui avait commis un acte de trahison, le poignardant dans le dos. Son contrôle de soi d’acier lui avait permis de faire cela.
Ici, la voix d’Abel, qui avait assidûment rejeté toute émotion, était pour la première fois teintée d’un ton.
Un ton de mépris qu’il avait cessé de dissimuler, dirigé vers la personne qui s’était déguisée sous son propre visage.
Vincent : [――――]
Après ces mots prononcés, le faux Empereur, réchauffant son trône, garda le silence.
Silence, il fit. Bien que cela aurait été quelque peu utile si son silence était dû à une fierté insignifiante.
Abel : [En me démettant du trône, tu as éliminé ce maudit Goz de l’équation puisqu’il avait pris connaissance de la situation, planifié pour anticiper et écraser mes plans après ma fuite, et participé à la destruction de la Ville-Démon. Les braises fumantes se sont répandues dans tout le pays, permettant à cette capitale impériale, un lieu où les rebelles armés de leurs projets d’insurrection n’avaient jamais été autorisés à atteindre, d’enfin voir leurs pieds corrompus et grossiers y entrer.]
Vincent : [Crois-tu que cela ne serait pas arrivé si c’était toi sur le trône ?]
Abel : [Pour commencer, si j’avais été sur le trône, tout cela ne serait pas arrivé. En conséquence, l’incendie que tu as déclenché a brûlé tout l’Empire. Cependant.]
En coupant court à sa phrase, Abel tendit la main vers le masque d’oni qui couvrait son visage.
Et puis――,
Abel : [――Il existe un moyen d’éteindre immédiatement ces flammes.]
Après avoir dit cela, il arracha le masque fixé à son visage, exposant ainsi son vrai visage à l’extérieur, en plein regard de l’autre personne.
Avec son visage baissé sur lui et tous deux semblables en tout point, comme deux pois dans une cosse, les deux Empereurs se faisaient face. Vrai et faux, un miroir parfait tel qu’aucun ne pourrait détecter de discrepancies.
Abel : [――――]
C’était un homme sage. Les actions et les paroles d’Abel auraient clairement exprimé ses intentions.
Avec les choses étant arrivées à ce point, il avait une compréhension suffisante de sa position désavantageuse, de la difficulté à réaliser son plan. Il était temps que les vagues irrésistibles de la raison balayent les stratagèmes qui avaient été ourdis.
Si les obstacles qu'ils avaient ciblés, si la Grande Catastrophe contre laquelle ils devaient lutter, étaient tous deux identiques, ce ne serait que logique.
Dorénavant――,
Abel : [Je vais――]
Il s'apprêtait à annoncer son intention de retourner à l'endroit où il était censé être.
Il émettrait un décret difficile à contester, réglant ainsi la bataille initiée par des raisons insensées.
Et, cela se produisit juste avant cela.
Vincent : [――Votre Excellence.]
Cette seule expression coupa le reste des paroles d’Abel.
C’était une expression qui ne devrait pas être prononcée, avec cette apparence, avec cette voix. Se déprécier et placer celui à qui elle était destinée à une position supérieure, c’était une déclaration stupide de la part de quelqu’un qui avait perdu conscience de sa propre position, ce qui ne devrait pas arriver.
Au moment où cela fut entendu, les mots d’Abel furent interrompus pour une pause.
Peut-être, c’était la deuxième fois qu’Abel―― Non, Vincent Vollachia, voyait ses attentes trahies dans le Palais de Cristal, un moment potentiellement fatal.
Lors de la première occasion, il avait été évincé du trône. Et maintenant, lors de cette seconde――,
Vincent : [――――]
Profitant de cette brève ouverture, le faux Empereur se leva du trône.
Se redressant de sa position assise, la différence de taille entre eux, qui n’était que celle d’un regard supérieur de l’un sur l’autre, augmenta encore d’un petit peu. Cependant, cette notion disparut en un clin d’œil. Cela n’avait plus d’importance.
La raison en était――,
Vincent : [――Votre seule erreur a été d’avoir une vue d’ensemble du plateau.]
La figure qui lui annonçait cela avait comblé la distance en un seul souffle, se tenant devant Abel.
△▼△▼△▼△
――Dans le Palais de Cristal de la capitale impériale de Lupugana, deux Empereurs, l’un vrai et l’autre faux, se trouvaient à portée de souffle l’un de l’autre.
À cet instant précis, diverses modifications se produisirent simultanément dans tous les endroits où la capitale impériale était assiégée.
Chacune d’elles avait été causée par des sentiments et des croyances différents, mais elles avaient toutes un point commun.
Ce point commun, c’était que aucune des modifications survenant à ces endroits n’était souhaitable.
???: [――El Fula.]
Brandissant une baguette dans sa main, ils créèrent une rafale de vent dans l’air asséché du champ de bataille.
Normalement, cette magie aurait pour but de trancher la gorge de l’adversaire avec précision et effort minimal. Cependant, Ram avait compris que cela ne serait pas efficace contre l’ennemi présent sur ce champ de bataille.
Formant une horde, des golems de pierre se tenaient sur leur chemin comme s’ils n’avaient pas de vie propre.
Ils n’avaient rien d’une conscience de soi, ils attaquaient mécaniquement les objets approchants, et bien qu’ils soient humanoïdes, ils manquaient de ce qu’on appellerait les points vitaux du corps humain.
Que leur tête soit arrachée ou que leurs membres soient sectionnés, ils attaquaient leurs ennemis en utilisant les parties restantes de leur corps comme armes.
Par conséquent, les tactiques caractéristiques de Ram étaient inefficaces.
Mais elle ne pouvait pas simplement jeter l’éponge comme une demoiselle raffinée totalement incapable de faire quoi que ce soit par elle-même.
???: [Lâchez――!]
En réponse à la Ram éclatante qui avançait vers la horde, une rangée de jeunes femmes guerrières à la peau brune avançait également en première ligne. Les peuples de Shudraq poussaient sans peur sur le champ de bataille, leurs arcs tendus, leurs flèches prêtes, et leurs tirs dirigés contre les obstacles de pierre qui s’approchaient.
En appliquant le vent à chacune de leurs flèches, Ram tenta de résoudre le problème par la force.
Les flèches portées par le vent étaient dotées de vitesse et de rotation, et au moment où l'une d'elles frappait un golem de pierre, la pointe de la flèche émettait une explosion de vent avec une force pénétrante telle qu'elle pulvérisait le golem.
La flèche continuait avec une force implacable et perçait directement dans les golems de pierre derrière elle, dans une réaction en chaîne, causant la même destruction et augmentant les dégâts.
Avec une seule flèche tirée, deux à trois golems de pierre s'effondraient en conséquence.
En plus de cela――,
Ram : [Fula.]
Le chant délicat et chuchoté créait un vent d'une longueur d'onde différente de celle du vent destructeur, et soufflait la terre presque comme pour la caresser afin de disperser les pierres dont elle était composée.
Immédiatement, les flèches qui étaient tombées au sol après avoir détruit les golems de pierre tourbillonnaient de nouveau, retournant ainsi dans les mains des Shudraqs en fuite, pour être de nouveau encochées et tirées, afin de vaincre à nouveau les golems de pierre. Encore et encore.
Ram : [Fula, El Fula, Fula, El Fula.]
Le chant alterné, l'utilisation rapide de la magie en succession, ressemblait à un mouvement délicat combinant le même système de magie.
Les peuples de Shudraq, qui n'avaient que du respect et de l'admiration pour l'Empire Vollachien, maître dans l'art de la guerre au prix du développement de la magie, ne pouvaient pas comprendre cette compétence extraordinaire.
C'était comme si elle enfilait une aiguille les yeux fermés et les mains liées. Ou peut-être, c'était un exploit surhumain, semblable à faire passer le même fil à travers d'innombrables lumen simultanément.
Grâce à l'arrivée de Ram et à sa magie du vent très efficace sur le champ de bataille, la puissance de percée des Shudraq avait augmenté de plusieurs fois.
Les femmes guerrières, laissées derrière en raison de la foi et du sentimentalisme de Zikr Osman, utilisaient leur force ainsi conservée pour écraser les forces du troisième bastion presque impénétrable.
???: [Ahh, quelle agréable sensation ! Pouvoir choquer à la fois amis et ennemis !]
Tenant des dagues noires brillantes dans ses mains, Mizelda dit cela en courant à travers le champ de bataille.
Bien qu'elle ait une jambe prothétique à la place de celle qu'elle avait perdue, sa démarche inébranlable ne donnait aucune impression de déficience. Mizelda dépassa la ligne de front du champ de bataille, là où les flèches de ses alliés volaient impitoyablement, et, brandissant ses dagues dans les deux mains, elle déchira les golems de pierre comme une tempête, ouvrant un trou dans leur groupe.
??? [La sœur les évitera toute seule ! Ne t'arrête pas ! Laisse le vent de Ram porter notre esprit !]
Taritta, elle-même armée d’un arc, tira trois coups en même temps que les autres Shudraqs mettaient à tirer un seul, et, fixant ses yeux sur le dos de sa sœur aînée qui faisait rage en première ligne, elle fit appel à ses frères et sœurs.
En conséquence, alors que les flèches des Shudraqs infligeaient un coup dévastateur au groupe de golems de pierre, Zikr et les autres, qui avaient repris leur vie après avoir été sur le point d’être abandonnés, chargèrent pour détruire leur formation de combat.
???: [Bouge, bouge, bouge ! Vous, petits golems de pierre, vous n’allez pas prendre le contrôle de ce champ de bataille !]
Lâchant une voix vulgaire à la tête du groupe, se trouvait un homme avec une élégante maîtrise de l’épée, en contradiction avec son apparence. Abattant plusieurs golems de pierre d’un seul coup d’épée, l’homme avec un cache-œil nivela le champ de bataille en un seul mouvement.
Si l’on se fiait à ce qui avait été décrit jusqu’à présent, c’était une situation de guerre qui pourrait probablement être qualifiée de supériorité écrasante.
Cependant――,
Zikr : [Reculer―― !!]
Monté sur le dos d’un cheval Galewind au pelage magnifique, Zikr cria, et le groupe avançant sur la ligne de front se divisa immédiatement. Juste après, un « mur » tomba du ciel vers le centre de ce groupe.
Un rugissement tonitruant et une secousse violente engloutirent la terre ; sans exagérer, ce phénomène ressemblait à une bataille contre une forteresse elle-même―― telle était la menace posée par Moguro Hagane, qui était devenu une avec le mur de la ville, et qui ne diminuerait pas, peu importe combien de golems de pierre étaient ébréchés.
Littéralement, d’un seul coup de bras de Moguro, leurs gains dans la bataille seraient annulés en un clin d’œil.
Plutôt que de se balancer équitablement, la bataille se déroulait avec un pas en avant, suivi de deux pas en arrière.
Mais――,
Ram : [――Quoi ?]
Ram, qui se concentrait sur l’avancement sur le champ de bataille, ainsi que sur le tir d’arcs sur le Shudraq et la perforation de l’ennemi par leurs flèches, plissa ses yeux rouge clair et réfléchit aux changements qui s’étaient produits.
Ce n’était qu’au début Ram qui remarqua les signes, mais peu à peu, le changement sur le champ de bataille au-delà du troisième bastion devint évident pour tous.
Un changement, à savoir――,
Jamal : [――Fous-moi la paix ! Ne tourne pas le dos à ton ennemi ! Es-tu même un Général de Première Classe !]
Moguro Hagane, qui était devenu une énorme figure d’une taille incroyable, fut frappé par des jurons vulgaires lancés vers leur dos.
Oui, vers leur dos. ―― Moguro Hagane, avait fait un pas de géant vers la capitale impériale, tournant le dos à Ram, aux Shudraqians, et aux hordes de guerriers qu’il avait rencontrés sur le champ de bataille.
△▼△▼△▼△
???: [Ce n’est pas bon ! Elle ne se réveillera pas du tout !]
Secouant ses épaules, lui criant dessus, et lui tapotant légèrement les joues, cela ne réveilla pas la jeune dragonne inerte dans ses bras―― Madelyn Eschart.
Emilia, après l’avoir récupérée dans la neige, où elle gisait immobile, faisait de son mieux pour rendre le champ de bataille un peu plus supportable, mais elle n’obtenait aucun résultat.
Emilia : [Mezoreia est…]
Emilia, dont les cheveux argentés flottaient dans le vent froid, tenait Madelyn, toujours enfermée dans un sommeil obstiné avec les yeux fermés ; et une fois qu’elle se retourna, elle fut témoin d’un combat entre deux êtres extraordinaires.
D’un côté se trouvait un Dragon enveloppé de nuages, séparé des créatures ordinaires par la simple nature de leur existence.
Et, tandis que le garçon aux cheveux bleus de l’autre côté pourrait peut-être ressembler et parler comme un petit enfant, il volait autour du champ de bataille avec un style de combat qui ferait honte à n’importe quel adulte ou à Emilia.
Le combat entre le Dragon des Nuages Mezoreia et Cecilus Segmunt était désormais légendaire.
Cecilus : [Shuwa !]
Avec la plante de ses zori sur le mur de glace sans aucune aide apparente, le corps de Cecilus courut dans l’air à un angle parallèle au sol.
Sans rien pour s’accrocher, le corps humain tomberait normalement au sol. Pourtant, Cecilus ignora ces principes naturels et utilisa le mur de glace imposant comme point d’appui pour approcher le Dragon au-dessus de la tête d’Emilia.
Prenant un dernier pas puissant, le corps de Cecilus rattrapa Mezoreia à une vitesse éclair.
Mezoreia battit des ailes et tenta de garder ses distances, mais il était à la merci de ses manœuvres, étant frappé par la coupe d’une épée de glace à son cou exposé sans pouvoir se défendre, une fois que Cecilus eut évité ses griffes balançantes.
Mezoreia : [――GYAHHHHHHH!]
Du Dragon est sorti un cri de douleur qui était tout à fait différent de celui d’un Dragon, puis un bruit aigu de l’épée de glace se brisant contre le cou du Dragon, transmettant sa disparition par le son à ceux qui se trouvaient dans les environs. Était-ce la robustesse des écailles du Dragon du Nuage qui avait fait éclater la lame de glace, qui avait été durcie comme du fer, ou était-ce la vitesse à laquelle Cecilus avait balancé l’épée qui l’avait fait se briser ?
En tout cas, l’épée de glace disloquée avait rempli sa fonction, et Cecilus était sans défense en plein air――,
Cecilus : [Je suis gâté avec autant d’options à choisir ! Il n’y a pas de limites, pas de petites astuces !]
La voix aiguë, comparable au son de l’épée de glace qui se brisait, était une indication de la voix naturelle de Cecilus et de son excitation.
Les mots de Cecilus, prononcés sur un ton agréable, furent suivis d’un second son de glace qui se brisait―― non, pas un second, mais un troisième et un quatrième de suite.
Cecilus : [Ch-ch-ch-ch-ch !]
Pas sans protection en plein air comme on pourrait le penser, Cecilus sauta vers le haut, sans faillir.
Il sortit une multitude d’armes de glace créées par Emilia―― des armes créées via la Ligne de Glaçons, une après l’autre, qu’il avait enfoncées dans ses vêtements.
De son dos, de sa taille, et entre ses cuisses, les objets que Cecilus avait ramassés en rattrapant Mezoreia, qui s’échappait dans le ciel, furent balancés l’un après l’autre par les mains de Cecilus en l’air, en déchirant les écailles de Mezoreia.
Des épées, des haches, des lances et des marteaux de glace faisaient des ravages, et le Dragon du Nuage se retrouvait en position défensive à cause de l’assaut violent. Ou peut-être, même cette expression était un nom impropre étant donné que Mezoreia ne pouvait pas se défendre.
Emilia : [Wow…]
Ses yeux pouvaient le suivre parce qu’elle était loin, dans un endroit où elle ne serait pas prise dans le feu croisé, mais si Cecilus se déplaçait juste devant elle, Emilia ne pourrait probablement pas suivre son image rémanente.
En considérant ce niveau de surprise, alors peut-être que Cecilus pourrait vaincre Mezoreia même si Madelyn ne se réveillait pas.
Bien que son cœur ne soit pas dans un état où elle ne ressentirait pas de frustration à ce sujet.
Emilia : [Tu te bats aussi pour quelqu’un que tu aimes, n’est-ce pas ?]
Emilia abaissa les coins de ses yeux d’améthyste en voyant le visage endormi et inconscient de Madelyn.
Madelyn avait toujours été hostile, en colère, et réticente à écouter, mais Emilia ne la connaissait pas assez bien pour ne pas l’aimer pour cela.
Ce qu’elle savait, c’était que la raison de sa colère résidait dans ses sentiments pour quelqu’un qu’elle tenait à cœur, et Mezoreia était venue pour aider Madelyn de cette manière.
Si Mezoreia venait à mourir pendant qu’elle dormait, que deviendrait l’esprit de Madelyn ?
Emilia : [Madelyn, réveille-toi ! Réveille-toi déjà !]
Ils étaient en plein combat. De plus, Cecilus avait sauvé la vie d’Emilia du danger.
Il lui était impossible d’être si égoïste qu’elle lui demande de reculer ou de ne pas tuer Mezoreia.
Par conséquent, il ne restait que Madelyn. Elle seule pouvait mettre fin au combat sans que Madelyn elle-même ou Mezoreia, qui était venue à son secours, ne perdent la vie.
Cecilus : [Ah, je vois ! Donc, l’articulation de l’aile est faible !]
Malgré les espoirs et considérations d’Emilia, l’analyse de Cecilus, qui encourageait le combat, avançait.
En repensant à ses souvenirs de son combat contre Volcanica, Emilia n’avait à l’époque aucune idée des faiblesses de la créature connue sous le nom de Dragon, mais Cecilus semblait différent.
Le coup de l’épée de Cecilus avait rencontré l’articulation d’une des ailes du Dragon comme il l’avait indiqué, alors qu’il continuait à se battre dans les airs en utilisant le corps du Dragon comme point d’appui, ne tombant pas du ciel, tout en esquivant les attaques de ses ailes et de sa queue dans une tentative de le repousser.
En un instant, la nature du cri changea, et du sang bleu goutta sur la décoration blanche comme neige.
C’était la preuve qu’une entaille avait transpercé les écailles robustes, allant au-delà.
Cecilus : [Si un Dragon perdait ses ailes, qu’est-ce qui le différencierait d’un dragon terrestre ? As-tu eu l’occasion d’apprendre à te battre au sol durant ta longue vie ?]
Il ne se moquait pas d’elle, ni ne la méprisait.
Le ton de Cecilus était resté le même ; si quelque chose, c’était pour s’encourager lui-même. Mais même Emilia était convaincue que ce qu’il disait allait devenir réalité.
Si Emilia était convaincue, Mezoreia, qui était directement visée par l’épée, devait l’être encore plus.
Un Dragon dont les ailes seraient coupées, tombant ainsi au sol.
Emilia, qui n’avait pas d’ailes et n’était pas un Dragon, ne pouvait pas imaginer à quel point cela serait insupportable. Mais elle comprenait comment cela pourrait lui faire perdre ses chances de gagner.
Il était difficile de croire que Cecilus, qui ne pouvait pas suivre même dans le ciel, pourrait suivre sur le sol.
Mezoreia : [――Ce dragon…!!]
Un instant plus tard, la voix grave de Mezoreia résonna, tentant de balayer l’humiliation imminente.
En donnant un coup de pied dans le flanc de Mezoreia, Cecilus sauta en l’air et son coup s’approcha de la racine de son aile. Juste avant de toucher, il fit un tour en rotation et se retourna de face vers le haut tout en étant en vol.
Regardant vers Cecilus qui visait l’aile, le bras draconique de Mezoreia se dressa devant lui.
Un corps humain pouvait facilement être déchiré si ses griffes ou ses écailles l’attrapaient.
Même Cecilus, qui pouvait se déplacer rapidement, n’était pas exempt de ce danger, ce qui fit presque pousser Emilia à crier. Mais le cri d’Emilia ne visait pas la mort de Cecilus, mais autre chose.
Cecilus : [Hoowee, c’était juste !]
Le bras oscillant du Dragon avait certainement attrapé Cecilus en plein vol.
Cependant, Cecilus aligna sa seule contre le bras du Dragon qui frappait, lui permettant de courir le long du bras tout en évitant le coup furieux.
Se lançant en utilisant la pointe de la griffe du Dragon comme point d’appui, il commença à courir près du coude du Dragon.
Il avait réussi à transformer une attaque qui aurait pulvérisé son corps à l’impact en une opportunité de courir et de sauter hors de portée ; c’était sa vitesse de pied ridicule qui lui avait permis d’échapper à une mort autrement certaine.
Cecilus : [Beauty-san !]
Emilia : [Ah, oui !]
En étant appelée « beauté », Emilia était sans mots pour répondre avec modestie.
Saisissant instinctivement la raison pour laquelle elle était appelée ainsi, Emilia s’éloigna du bout du bras du Dragon, puis lança une nouvelle arme de glace à proximité de Cecilus, qui venait d’atterrir sur le mur de glace.
Cecilus la ramassa rapidement, se tournant vers Mezoreia, qui s’apprêtait à poursuivre, et plia les genoux en préparation pour un autre saut.
La distance qui s’était creusée entre eux pouvait être comblée en un clin d’œil, mais c’était là la chance de Mezoreia pour la victoire, car à l’instant même, aucune attaque de Cecilus ne pouvait l’atteindre.
Naturellement, Mezoreia allait y mettre toute son énergie. ―― Du moins, c’était ce qui aurait dû se produire.
Cecilus : [Hm ?]
Se préparant à une attaque immédiate, Cecilus inclina la tête tout en s’accroupissant.
Malgré leur entente tacite et malgré le fait qu’il abandonnait le premier mouvement, l’attaque attendue ne vint pas.
Emilia semblait partager les mêmes doutes que Cecilus. Avant même qu’elle ne s’en rende compte, Emilia comprenait que c’était la dernière frontière entre la victoire ou la défaite, alors qu’elle était poussée à ses limites.
Et pourtant, Mezoreia ne bougea pas. Au contraire――,
Mezoreia : [――――]
Juste avant ce moment, Mezoreia avait tenté de balancer son bras de Dragon pour anéantir Cecilus. S’étant arrêté en plein vol, ses globes oculaires blancs avec pupilles et irises noires fixaient un seul point.
Sur Cecilus, qui avait essayé de le mettre sur la corde, lui faisant goûter l’humiliation―― ce n’était pas le cas.
Mis à part Cecilus, qui se tenait sur le mur de glace, et Emilia, qui berçait Madelyn, il y avait une autre présence que Mezoreia ne pouvait ignorer sur ce champ de bataille blanc.
Mezoreia, immobile comme s’il avait été frappé à mort, leva encore plus haut son regard vers le ciel.
Il s’arrêta et fixa un point dans le ciel bien, bien plus haut que lui.
Emilia : […Y a-t-il quelque chose qui vole ?]
Emilia suivit le regard de Mezoreia et se concentra sur les nuages grisâtres, chargés de neige.
Plus haut dans le ciel que l’endroit où flottait le corps immense de Mezoreia, il y avait une ombre de quelque chose en vol, à peine visible pour la vue d’Emilia.
Les seules options qu’Emilia pouvait envisager pour ce qui vole dans le ciel étaient le Dragon devant elle, les dragons volants qui traversaient le champ de bataille en nombre, ou Roswaal distrait pendant son voyage.
Et――,
Mezoreia : [――Ce ne peut pas être.]
Mezoreia battit des ailes en murmurant cela.
Le corps du Dragon inactif reprit son mouvement. Cependant, ce n’était pas un mouvement pour lancer une attaque décisive comme il était censé le faire juste avant,
Cecilus : [Quoiiii ?! Eh, eh, eh, attends, attends, ça ne peut pas être vrai ?!]
Dès que Cecilus observa son mouvement, son expression trembla de la plus grande surprise.
Jusqu’alors, son visage semblait être heureux peu importe ce qu’on lui faisait, mais maintenant ses yeux papillonnaient rapidement, perplexes. C’était tout à fait naturel. Au moment où il s’attendait à ce que son adversaire fonce, le fait que Mezoreia lui tourne le dos ainsi était tout à fait incroyable.
Mezoreia : [――――]
Sans prêter attention à la voix de Cecilus, Mezoreia battit des ailes et fendit le ciel.
Une fois que le Dragon eut décidé de voler et commença à bouger, sa vitesse était extraordinaire, tournant en arrière et s’élevant dans le ciel si rapidement qu’on aurait dit une flèche tirée à pleine force.
Cecilus : [Je ne te laisserai pas faire ça !!]
Pour empêcher le Dragon en vol de s’échapper, Cecilus plia les genoux, non pas pour contre-attaquer, mais pour libérer de façon explosive la force nécessaire de ses jambes afin de poursuivre le Dragon en vol.
Le petit corps produisit une poussée incroyable, faisant fissurer et s’effondrer le mur de glace épais et immense à partir de sa plante des pieds, alors que le corps de Cecilus s’élançait en avant.
En volant en ligne droite, la silhouette de Cecilus dépassa la vitesse du Dragon, visant ses ailes. Il se rapprocha. Plus près, encore plus près, jusqu’à――,
Cecilus : [――Ah, mince, on dirait que je ne peux pas atteindre.]
Peu importe la rapidité de Cecilus sur ses jambes et la distance qu’il pouvait sauter, il était incapable d’effacer la distance qui le séparait du Dragon, déjà dans le ciel.
Hélas, le corps de Cecilus ne pouvait suivre Mezoreia, cette dernière s’éloignant, et une fois qu’il atteignit le sommet de son saut, il perdit son élan, retombant en arrière. Si le Dragon des Nuages avait changé de cible pour viser Cecilus, même lui aurait peut-être été en danger.
Mais Mezoreia ne riposta pas. Au lieu de cela, elle s’éleva lentement et fendit le ciel.
Et――,
Cecilus : [――Il se dirige vers la Capitale Impériale ?]
△▼△▼△▼△
――Des changements avaient eu lieu à plusieurs endroits lors du siège de la Capitale Impériale, parmi eux, les développements survenus en deux endroits étaient particulièrement importants.
En même temps que ces événements se déroulaient à l’extérieur du Palais de Cristal, dans la salle du trône, deux Empereurs se rencontrèrent face à face, leurs regards si proches que leurs cils auraient pu se toucher.
Abel : [――――]
Le chef des rebelles, Abel, avait été un coup en retard ; cependant, il changea de tactique sur place.
Il se pencha en avant pour jouer son meilleur coup―― ou plutôt, pour jouer le coup suivant qu’il avait en réserve, contre la personne portant un visage identique au sien, qui s’était approchée de lui de front.
Abel : [――Hk.]
Une frappe précise fut portée à sa clavicule gauche, ses pensées se soudant en rouge sous l’impact sévère.
En regardant, il vit que ce qui avait frappé la base de son cou était tenu par la main de celui juste devant lui, un éventail de fer―― l’arme préférée de la personne portant le même visage que lui, un objet qu’il connaissait de vue.
Manier cette arme demandait quelque chose de spécial, et il avait souvent douté de la puissance réelle de cette chose par le passé.
Abel : [――――]
Le fait d’avoir trouvé la réponse à ses questions passées, la douleur pénétrant son cerveau, il les exclut consciemment de ses pensées.
Imagine dans ton esprit les priorités du moment présent et formule immédiatement des mesures pour y répondre. En tenant compte d’un mélange de faisabilité et d’efficacité, en plus de tes blessures, organise les priorités.
Mais――,
Vincent : [Ce n’est pas un jeu de société. C’est pourquoi tu ne mérites pas d’être un guerrier, ça se sent.] [1]
Plus vite qu’Abel ne put choisir parmi la multitude d’options qui lui étaient venues à l’esprit, le guerrier montra les techniques qui avaient pénétré son corps, ses veines, plutôt que sa tête.
Tordant sans pitié le bras d’Abel, il lui arracha la chose qui était tenue par le membre désormais affaibli, et dans l’instant suivant, la vision d’Abel fut recouverte d’obscurité.
Abel : [――――]
A-t-il écrasé mes yeux, ou mes yeux ont-ils été aveuglés d’une quelconque manière ?
Une réflexion rapide, annulée par le fait que sa vision bloquée revint immédiatement après. Si c’était le cas, quelle était la véritable signification des actions de l’autre partie ? Et en même temps à cette pensée, il comprit.
――Que de nouveau, son propre visage était couvert par quelque chose qui lui semblait familier.
Abel : [Toi――]
Et ainsi, ses lèvres, bougeant plus vite que ses mains ou ses pieds, laissèrent échapper un son en fixant les yeux noirs devant lui.
Avec ces mots d’Abel, sur qui il avait placé le masque d’oni qui lui avait été arraché auparavant, le faux Empereur devant lui―― Non, Chisha Gold, il retroussa les lèvres, les lèvres d’un visage qui n’était pas le sien.
Reconnaissant que sur son propre visage se trouvait un sourire terriblement décadent, les yeux d’Abel s’écarquillèrent.
Un instant plus tard――,
Abel : [――――]
――Une lumière blanche s’engouffra, perçant un mur de la salle du trône, et perfora la poitrine de celui qui se trouvait au sommet de l’Empire, Vincent Vollachia, par derrière. [2]
Notes :
[1] Le style de discours de Vincent change ici de manière quelque peu spectaculaire, passant de la manière habituelle de s’adresser à Abel par un pronom de deuxième personne, « 貴様 » (kisama), à un ton plus familier (ou même irrespectueux, compte tenu du contexte) « あなた » (anata), parmi d’autres changements. Cela sert peut-être à indiquer qu’il abandonne sa façade à cet instant, et agit comme Chisha Gold plutôt que comme un faux Vincent Vollachia.
[2] Une nuance qui se perd un peu dans la traduction, c’est que « 頂点 » (chouten) est ici traduit par « sommet » ou « apogée », dans « sommet de l’Empire », mais c’est aussi le même mot utilisé pour désigner les bastions des murs de la capitale impériale, ce qui est présent dans le titre du chapitre.