Chapitre 650
Le point au milieu du front.
Sa peau mêlait le bleu et le violet, son torse était nu et son vêtement inférieur semblait simplement jeté sur lui.
C’était Shiva.
Avec son expression chaleureuse habituelle, il le salua.
« Waouh, tu as vraiment progressé sans que je m’en aperçoive. Au point que quelqu’un comme moi n’oserait même plus lever les yeux vers toi.
Su-ho se souvenait encore parfaitement de sa rencontre avec Shiva.
Comment aurait-il pu l’oublier ?
Après avoir extrait la Rune de l’Héritage du dieu martial indien, Su-ho avait rencontré Shiva pour la première et la dernière fois dans le cadre du programme d’amélioration d’Infinity.
À l’origine, ça aurait dû se limiter à la cérémonie de succession, mais il avait soudain agi sur un coup de tête, en disant qu’il voulait m’affronter.
À l’époque, Su-ho ignorait les secrets des Demi-Constellations et des Constellations ; il les appelait simplement les Transcendants.
Mais son statut avait changé depuis.
Shiva, l’un des dieux natifs de la Terre, était, de par son rang, une Demi-Constellation.
Et Su-ho était déjà sur le point d’accéder au rang de Constellation.
L’écart était immense.
Su-ho sourit à son tour et répondit :
« Ouais. Ma catégorie de poids a suffisamment augmenté pour que je ne tremble plus à chacune de tes paroles. »
— Je savais que tu finirais par devenir ainsi. Tu es le voyageur temporel choisi par le Système, n’est-ce pas ?
« Merci pour le compliment. Alors tu sais aussi pourquoi je t’ai appelé ? »
— Ah bon ? Si tu ne me le dis pas, comment pourrais-je le savoir ?
« Tu ne regardais pas ? »
— Je suis venu parce que j’ai senti que tu voulais me voir.
« Hein ? »
— C’est vrai. Tu es mon successeur, mais ton statut s’est élevé au-dessus du mien et, à partir d’un certain moment, mon Style du Vide et moi-même avons été complètement relégués à l’arrière-plan. Alors, je ne suivais pas vraiment ce que tu faisais.
« Ah… »
C’était vrai.
En fait, hormis le Démon de l’Épée, s’il avait rencontré le Seigneur de la Lance et Shiva, c’était aussi pour apprendre les arts de la lance et du poing, afin de combler les lacunes de son escrime. Mais à force de devenir si vite plus fort, il avait fini par ne plus chercher à perfectionner son maniement de l’épée.
Voilà pourquoi le Démon de l’Épée m’avait dit de ne pas apprendre des techniques hérétiques et des compétences disparates ?
Ma base, c’est l’escrime.
Et si j’ai voulu apprendre les arts de la lance et du poing, c’était pour renforcer encore cette base, jusqu’à ses racines.
Comme si les enseignements du Démon de l’Épée venaient de le frapper de nouveau en plein cœur, il esquissa un sourire gêné.
« Il y a un ordre à tout, non ? »
— Disons que oui. À vrai dire, ce n’est pas pour ça que j’étais déçu.
« Vraiment ? »
— Bien sûr. Je suis un dieu. Je ne suis pas du genre à garder une broutille sur le cœur et à bouder pour ça.
Waouh, il était à l’opposé de certains dieux à l’esprit étriqué.
Comme on pouvait s’y attendre d’un dieu de la Destruction fougueux et viril.
Su-ho se sentit soulagé et put lui expliquer tranquillement la raison de sa venue.
— … Donc, tu es venu apprendre à te servir de tes poings auprès de moi pour atteindre le domaine de l’Union du Corps et de l’Épée ?
« C’est ça. »
— Dans ce cas, tu es tombé sur la bonne personne. Je suis aussi le dieu qui maîtrise le mieux le combat à mains nues sur Terre, non ?
« Tu vas m’enseigner ? »
— Qu’est-ce que je ne pourrais pas t’enseigner ? Tu es le représentant de notre Terre. Ah, ce n’est plus la Terre, maintenant, mais le Royaume humain ?
Comme on pouvait s’y attendre de Shiva.
Ce n’était pas pour rien qu’il comptait parmi les trois grands dieux de l’hindouisme dans la mythologie indienne.
— Mais je n’ai jamais considéré mon corps comme une lance ou une lame. Ça ne posera pas de problème ? En tant que dieu de la Destruction, je me dis seulement que je peux détruire tout ce que je touche.
« Ça n’a pas d’importance. De toute façon, le point de vue de celui qui manie des armes et celui de celui qui se bat à mains nues sont forcément différents. »
— Si tu le dis, c’est que ça doit être vrai. Dans l’apprentissage, il arrive que le maître choisisse l’élève, mais il arrive aussi que l’élève choisisse le maître. Bien sûr, dans ce dernier cas, il faut que l’élève se connaisse bien lui-même.
Shiva, qui souriait les bras croisés, les décroisa.
Puis, détendant légèrement ses yeux rieurs, il déclara :
— Mais à une condition.
« Laquelle ? »
— Je ne suis pas déçu par toi et je n’éprouve plus que de la bienveillance à ton égard, tu vois ? Alors, si tu veux mon aide, j’aimerais que tu commences par apprendre ce que j’avais prévu de t’enseigner.
Ce que Shiva, le dieu de la Destruction, avait voulu enseigner à Su-ho.
C’était le Style du Vide, aussi appelé Art du Poing de la Destruction, dont Su-ho avait appris la première forme, le Point.
« Tu parles du Style du Vide, c’est ça ? »
— Tu t’en souviens. Comme tu n’avais pas utilisé la première forme, le Point, depuis un moment, je pensais que tu l’avais complètement oubliée.
« Je n’oublie pas ce que j’ai vu une fois. Je l’ai juste mis de côté un temps, parce que j’avais beaucoup d’autres choses à utiliser. Mais… si je dois apprendre le Style du Vide, jusqu’où veux-tu que j’aille ? »
L’Art du Poing de la Destruction que connaissait Su-ho comptait quatre formes en tout.
Dans sa vie précédente, il savait que Samar Rishi, le dieu martial indien, successeur de Shiva et super-vilain parmi les super-vilains, avait maîtrisé jusqu’à la quatrième forme.
À cette question, Shiva écarta largement les doigts.
« Cinq ? »
Voyant Su-ho surpris, Shiva eut un petit rire.
Puis il replia deux doigts, n’en laissant que trois levés.
— Pour toi, contente-toi d’en apprendre trois. À l’origine, l’Art du Poing de la Destruction du Vide en compte cinq.
« Merci d’en réduire le nombre. Mais cinq formes ? Il n’y en avait pas quatre, à l’origine ? »
— Il y en a cinq. Tu n’en as vu que quatre, alors tu as cru qu’il n’y en avait que quatre. Puisque tu as déjà appris la première forme, le Point, il ne t’en reste que deux à apprendre.
« Ah, tu considères que j’ai appris la première forme ? »
— Ce qui est appris est appris. Alors, on va ailleurs ? Ou bien on peut rester ici.
Ça ne ferait pas l’affaire.
Peu importait que ce fût un lieu d’entraînement et que son rang fût inférieur à celui de Su-ho : son statut réel restait celui d’une Demi-Constellation et d’un dieu de la Destruction.
Un humain ordinaire ou un Joueur vomirait du sang par tous les orifices et mourrait rien qu’en entendant sa voix.
« Allons ailleurs. »
Après un court instant de réflexion, Su-ho ouvrit la porte menant au Palais du Roi Démon.
Il n’y avait qu’une personne dans la Maison du Sous-espace, mais quoi qu’il en soit, il y avait bien quelqu’un à l’intérieur.
Je ne suis pas encore entré dans l’Antre du Dragon non plus.
Il ne voulait pas mettre le Château du Roi Démon sens dessus dessous.
De toute façon, c’était l’endroit dont Grid se servait.
À cet égard, le Palais du Roi Démon, qui faisait office de terrain d’entraînement, convenait parfaitement à la situation.
Lorsqu’ils arrivèrent au Palais du Roi Démon, un paysage familier s’offrit à ses yeux.
— C’est un endroit magnifique. Même s’il n’égale pas celui où je vis.
« Chacun trouve que l’endroit où il vit est le meilleur. Alors, par quoi je commence ? La deuxième forme du Style du Vide, c’était la Ligne ? »
— Tu t’en souviens bien. C’est ça, la Ligne.
Parmi les formes de l’Art du Poing de la Destruction de Shiva, le Style du Vide, Su-ho en connaissait quatre : le Point, la Ligne, le Plan et le Solide.
Ces termes désignaient respectivement un point, une ligne et un plan, tandis que le Solide faisait référence à un volume en trois dimensions.
Marquer un point, tracer une ligne, relier les lignes pour former un plan, puis lui donner une impression de volume.
Tel était le principe subtil du Style du Vide.
Alors, quelle était la cinquième forme ?
Il devrait le lui demander quand l’occasion se présenterait.
— Fais simple. Le Point consiste littéralement à marquer un point. En arts martiaux, ça signifie concentrer l’impact en un seul endroit. C’est pourquoi c’est la base pour les artistes martiaux : lancer un coup de poing, enfoncer le pied… Puisque toi aussi, épéiste, tu portes des estocs, le Point devrait t’être très utile.
« Je l’utilisais déjà comme ça. La Ligne, c’est littéralement tracer une ligne, non ? On s’en sert pour trancher ou se déplacer. »
— Exact. Tant que deux lignes ne se touchent pas, la Ligne offre des applications bien plus vastes que le Point. C’est pareil pour le Plan. Le Plan part du Point, se prolonge en Ligne, puis change selon la manière dont tu exploites le contact entre les lignes.
« Ça peut devenir un bouclier, un obstacle ou une technique d’attaque. »
— Tu as bien compris. Et jusque-là, tout artiste martial doté d’un certain talent peut l’apprendre sans trop de difficulté.
Un certain talent.
Shiva sourit et en parla comme si de rien n’était, mais Su-ho savait.
Il savait que la barre était extrêmement haute pour ce que Shiva appelait un certain talent.
Seuls ceux qu’on qualifiait de génies parmi les génies des arts martiaux pouvaient à peine satisfaire aux exigences de Shiva.
Et Su-ho était le talent que Shiva avait convoité.
Alors même qu’il avait vu son ancien successeur, Samar Rishi, mourir sous les coups de Su-ho, n’avait-il pas convoité ce dernier au lieu de pleurer la mort de Samar, allant jusqu’à vouloir l’affronter ?
Voilà pourquoi Su-ho ne fit pas non plus preuve de fausse modestie.
« Je vais l’apprendre vite. »
— C’est vrai, tu vas l’apprendre vite. Alors, si on maîtrisait tranquillement le Plan ?
Su-ho prit tranquillement sa garde.
Il commença par lancer un direct depuis sa position.
BAM !
Son poing partit droit devant lui, à toute vitesse.
Sa garde était celle d’un direct ordinaire, mais sa vitesse et son impact ressemblaient étrangement à ceux d’un jab de boxe.
« Ça, c’est le Point. »
Aucune notification du Système n’apparut.
Pourtant, l’effet se produisit.
Parce que le Joueur avait décidé d’utiliser le Point.
Ensuite, il fit un pas de côté et lança rapidement son poing.
FWOUSH !
Son poing décrivit une courbe en partant vers l’avant.
Devant cette courbe gracieuse, Shiva sourit sans même s’en rendre compte.
Et il pensa :
Comme prévu, tu es vraiment le génie que j’avais convoité.
Bien sûr, le Système ne fit entendre aucune notification.
Car il ne maîtrisait pas encore complètement la technique.
Su-ho répéta ensuite le même enchaînement plusieurs fois.
Il lança son poing, balança son bras, lança son poing, balança son bras.
Cette suite de mouvements semblait ne faire qu’un.
BAM, BAM ! FWOUSH, FWOUSH ! BAM, BAM ! FWOUSH, FWOUSH !
Au fil du temps, il enchaîna les directs des deux mains, puis se déplaça de nouveau et balança les bras.
Les gestes étaient simples, mais ils s’accumulaient peu à peu, comme superposés, tout en évoluant légèrement. À partir d’un certain moment, ils commencèrent à ressembler à une danse unique.
C’était magnifique.
Du moins, aux yeux de ceux qui connaissaient les arts martiaux, les lignes et le rythme.
Et Shiva connaissait tout cela.
Car lui aussi aimait danser.
Mais les mouvements de Su-ho ne s’arrêtèrent pas là.
Il ajouta des rotations aux gestes qui consistaient à projeter et à balancer le bras.
En ajoutant le poids de son corps à la force centrifuge du bras lancé, il fit un tour sur lui-même et acheva le Plan.
BAM ! FWOUSH ! Tourne— BAM ! FWOUSH ! Tourne—
Les rotations variaient.
Parfois, il tournait une fois sur lui-même ; d’autres fois, il faisait pivoter largement son bras tendu de haut en bas.
Les variations se multipliaient.
Et ces mouvements, une fois suffisamment enchaînés, donnaient eux aussi l’impression d’une nouvelle danse.
— Haha…
Shiva était subjugué.
Quelqu’un qui comprenait et utilisait aussi bien son Style du Vide.
N’était-ce pas là le véritable plaisir de la succession ?
Shiva ne put s’empêcher de le reconnaître.
Ce fut alors que Shiva applaudit, transporté d’extase.
[Shiva vous reconnaît pleinement.]
[Les informations sur l’Art du Poing de la Destruction sont mises à jour.]
[Vous avez maîtrisé « Style du Vide, 2e forme : Ligne (S+). »]
[Vous avez maîtrisé « Style du Vide, 3e forme : Plan (S+). »]
Su-ho finit par s’arrêter.
Après avoir lu les notifications, il esquissa lentement un sourire.
« Ça a marché, pas vrai ? »