Chapitre 546
« *Huff… puff...* » Arthur finit par ralentir. « Je ne sens plus leur présence. Je crois qu’ils ont abandonné la poursuite. »
« Voyons voir. » Gilberto se retourna et concentra sa magie dans ses yeux.
« Œil de serpent. »
Le monde devint noir et les yeux de Gilberto semblèrent se transformer en caméras thermiques.
« Œil d’aigle. »
Swoosh.
Le champ de vision de Gilberto s’élargit et il aperçut les Overminds qui les avaient pris en chasse.
« Ils restent plantés près de la barrière de fer. Qu’est-ce qu’ils fabriquent, bon sang ? »
« On est dans une impasse ? »
« Non. »
Cela n’avait aucun sens pour les Overminds de rester là à se tourner les pouces, même si Arthur et Gilberto se dirigeaient vers une impasse.
« Si on n’est pas dans une impasse, alors il y a forcément une autre raison pour laquelle ils ne franchissent pas cette barrière. »
Gilberto se sentait mal à l’aise.
« Est-ce une bonne situation ou non ? »
Il n’y avait aucun signe de vie ici, et ils n’avaient aucune idée du moment où les ennemis reprendraient leur traque.
« Profitons-en pour courir le plus loin possible. »
« D’accord. »
Les deux hommes coururent avec diligence à travers la forêt, sans laisser de traces.
Après plusieurs heures de course, ils tombèrent sur un mur.
« Un mur ? »
« Ouais, c’est un mur. »
Le mur était si haut qu’il fallait se tordre le cou pour en voir le sommet. Il était évident qu’il leur barrait la route.
« Père, est-ce le mur de la capitale impériale ? »
« *Hmm.* Je ne pense pas. » Gilberto secoua la tête. La civilisation des Overminds était avancée, il n’aurait donc aucun sens pour eux de construire des murs aussi laids pour leur capitale.
« Et regarde ça... » Gilberto frotta les lianes sur le mur avec ses manches en cuir. « Ce mur n’est pas entretenu. Il n’a pas été nettoyé depuis au moins une douzaine... non, depuis au moins des centaines d’années. »
« Ça se tient, donc ce ne peut pas être le mur de la capitale impériale… » Arthur s’interrompit et demanda : « Qu’est-ce que c’est que ce mur, alors ? »
Gilberto garda le silence. Il avait lui aussi beaucoup de questions en tête.
« Qu’est-ce qu’on fait ? »
Le mur semblait infini et il n’y avait aucun autre passage.
« Mieux vaut monter pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. » Gilberto prit sa décision. Il récupéra un long câble dans son Inventaire.
Le doute se peignit sur le visage d’Arthur alors qu’il demandait : « Tu ne comptes pas escalader le mur avec ça, si ? Papa ? »
« Donne-moi une minute. » Gilberto sourit à son fils et lança le câble. Il y avait un crochet au bout. Le crochet volant s’enroula autour des lianes du mur.
« *Heup !* » Gilberto sauta et grimpa le long du mur comme un écureuil.
« Waouh... » Arthur applaudit comme un phoque.
Gilberto atteignit bientôt le sommet du mur. Il regarda au-delà, tandis qu’une brise forte le frôlait.
« … »
Il y avait une jungle tropicale de l’autre côté du mur.
« C’est quoi ce mur ? C’est pour leur ceinture verte ? »
Gilberto ne voyait aucun bâtiment ni aucune trace de présence humaine.
« … Ça n’a pas l’air particulièrement dangereux. »
Gilberto penchait pour passer de l’autre côté, car ils ne pouvaient pas vraiment retourner vers la barrière de fer. Cependant, la hauteur du mur l’intimidait. Pourtant, il devait prendre une décision, et il se décida rapidement.
« Arthur ! » cria Gilberto en jetant le câble vers le bas. « Monte. »
« OK », répondit Arthur. Il grimpa le mur et arriva bientôt aux côtés de Gilberto.
« C’est quoi ce mur ? C’est pour leur ceinture verte ? »
« *Hm*, tu es vraiment mon fils. »
« Quoi ? »
« Rien. Bref, il faut qu’on sache ce qu’on a sous les yeux. »
Gilberto récupéra une corde dans son Inventaire et la tendit à Arthur.
« Tiens, utilise ça. »
« Quoi ? Comment ? »
« Je vais te montrer. »
Gilberto trouva une fissure dans le mur et y fixa un ancrage.
Après s’être assuré que cela pouvait supporter son poids, Gilberto descendit en rappel le long du mur.
« … » Arthur avait l’air de vouloir pleurer.
***
« Désolé, je n’avais aucune idée que tu avais le vertige. Tu n’en avais pas quand tu étais bébé… » marmonna Gilberto.
« … » Arthur lança un regard plein de ressentiment à son père. Cependant, il était tout de même étonné d’avoir réussi à descendre un mur aussi haut tout seul. S’il racontait ça à River, Arthur était sûr que ce dernier ricanerait en lui disant d’arrêter de raconter des conneries.
« Enfin bref, la nuit tombe, on devrait installer le campement. »
Gilberto sortit une machette de son Inventaire et tailla l’herbe pour créer une clairière. Il monta une tente, entoura leur camp d’un système d’alerte précoce et fit bouillir une soupe aux champignons pour leur dîner.
« Tiens, ça devrait te réchauffer. »
Arthur prit la soupe et la but. Il afficha un air satisfait et dit : « C’est bon. Je crois vraiment que tu sais tout faire, Père. »
« Voilà que tu exagères encore… »
« Je suis sincère. Je serais mort depuis longtemps si tu n’étais pas là. »
Gilberto prédisait constamment les trajectoires des Overminds et il en avait assassiné un bon nombre avant même qu’ils ne soient découverts. Gilberto n’avait rien fait d’inutile pour leur survie.
« Tu es comme *Superman*. »
« Pffft ! » Gilberto gloussa. Il leva les yeux vers les étoiles visibles entre les feuilles des arbres et dit : « Je ne suis pas *Superman*. Par contre, tes oncles et tantes, c’est une autre histoire. »
« Tu es fort aussi, Père. Je veux dire, tu es le meilleur sniper du monde », répondit Arthur en faisant la moue. Il détestait vraiment entendre son père se dénigrer.
« Le meilleur sniper du monde… » murmura Gilberto.
« Je ne m’attendais pas à ressentir ces émotions à nouveau… » Gilberto se souvenait encore de l’époque où il se cachait dans une poubelle parce qu’il se considérait comme un déchet. Seo Jun-Ho l’avait sorti de là et l’avait qualifié de diamant brut.
C’était aussi Seo Jun-Ho qui avait fait de lui le meilleur sniper de la Terre. Gilberto était devenu son ailier à partir de ce moment-là, et ils avaient percé de nombreux fronts ensemble. Ils dépendaient l’un de l’autre et apprenaient l’un de l’autre.
« Mais à un moment donné… »
Gilberto s’était réveillé et avait découvert que Seo Jun-Ho était déjà hors de sa portée, et il n’était pas le seul.
« Mio, Skaya et Rahmadat. »
Avant même de s’en rendre compte, il ne pouvait plus que courir après leurs silhouettes.
« Et je sens que je suis déjà à ma limite, ça devient écrasant de les poursuivre. »
Il l’avait ressenti intensément au 6e étage. Rahmadat avait appris l’Émancipation, tandis que Skaya était devenue la Maîtresse de la Tour Noire de la Tour de Magie. La lumière de Gilberto faiblissait, mais ses amis brillaient toujours de mille feux.
« Je crois que ce sera mon dernier raid avec eux… »
Il en avait acquis la certitude en combattant les Overminds. À l’avenir, une antiquité comme lui perdrait sa place aux côtés de ses amis. Gilberto esquissa un sourire amer à cette pensée et, sans s’en rendre compte, il écrasa la boîte de soupe aux champignons dans sa main.
***
La forêt était silencieuse à l’aube.
Il n’y avait aucune ride sur les ruisseaux et les oiseaux dormaient encore.
Frou-frou !
C’est pourquoi les bruissements semblaient particulièrement forts…
« … »
Quelques créatures se regardèrent et firent des signes des yeux. Elles encerclèrent immédiatement le campement de Gilberto et Arthur.
Frou-frou !
Elles s’approchèrent encore, mais avant qu’elles ne puissent atteindre le camp…
Bip ! Bip ! Bip !
Le système d’alerte précoce de Gilberto émit un cri strident.
Les intrus furent surpris et se regardèrent précipitamment.
Un monstre se rua dans la tente et dit quelque chose d’incompréhensible.
« Cargalish ! »
Pan ! Pan !
Le monstre fut immédiatement projeté loin du campement.
« … »
Un fusil à double canon était en bandoulière sur l’épaule de Gilberto alors qu’il scrutait les environs.
Ses yeux tremblèrent lorsqu’il reprit ses esprits et murmura : « Les ratés ? »
Les assaillants étaient des Overminds, mais ils ressemblaient davantage aux ratés qu’aux Overminds.
« Roctu ! Bimiros ! »
L’Overmind en forme de grenouille ouvrit grand la gueule.
Swoosh !
Une longue langue jaillit et s’enroula autour du fusil de Gilberto.
« *Ah !* »
Le canon se brisa comme de la paille. Gilberto lâcha la poignée sans hésiter et porta la main à l’étui sur sa hanche.
Pan ! Paan !
Son revolver envoya trois balles dans le front de la grenouille.
« Quoi ? Pas possible ! » Gilberto était sous le choc.
La grenouille secoua la tête pour chasser les balles et rit.
« Il est en train de rire ? »
« *Kirrk ?* »
Crac !
La grenouille se saisit soudainement la gorge dans un râle d’agonie.
Arthur avait lancé sa Télékinésie (B) contre elle en sortant de la tente.
« Il est encore trop tôt pour recevoir des visiteurs. »
« En effet, mais ils sont venus sans y être invités. »
Il y avait cinq ratés au total. Gilberto en avait envoyé un valser avec son fusil, il n’en restait donc plus que quatre.
Gilberto balaya le groupe du regard.
« Ils sont venus ensemble, mais ils n’ont pas l’air très proches les uns des autres. »
La preuve en était que les autres ratés ne prenaient même pas la peine d’aider la grenouille mourante.
Ils firent un pas en arrière et observèrent le père et le fils.
« Ils nous regardent comme si nous étions des proies… »
Les ratés semblaient se demander si Arthur et Gilberto étaient comestibles. Ils ne paraissaient pas se soucier de la vie de leurs camarades.
« Arthur, combien peux-tu en supprimer ? »
« *Euh…* Un seul, mais je devrais pouvoir en gérer deux, vu qu’ils ne sont pas si forts… »
« Très bien. Au compte de trois, supprimes-en deux. »
Gilberto Green se lécha les lèvres. Il fallait prendre ces ratés par surprise.
« Un, deux, trois ! »
« Uaaahhh ! »
Arthur leva son autre main et lança sa Télékinésie (B) sur un autre raté.
Le raté à l’apparence de poulpe, à l’arrière, trembla.
« *Kirrr !* »
« *Graw !* »
Les autres ratés finirent par bouger et se précipitèrent sur Arthur. Il semblait qu’ils avaient compris qu’ils seraient en danger si Arthur parvenait à en supprimer deux.
« *Ah*, Père ! » cria Arthur, nerveux.
« Ne t’inquiète pas. Chaque fois que j’installe un camp, je… » Gilberto scruta froidement les ennemis qui approchaient. « Je donne toujours la priorité à la sécurité. »
Clic !
Gilberto Green pressa le détonateur et les mines claymore enterrées explosèrent toutes en même temps.
Boum !
Deux ratés furent pris dans l’explosion et disparurent sans laisser de trace.
« *Uuuh*, maintenant ! Meurs ! »
Crac ! Crac !
Arthur brisa enfin le cou des deux ratés qu’il maintenait.
« Huff… puff… » Arthur s’effondra au sol pour reprendre son souffle.
Cependant, Gilberto se remit en mouvement sans se reposer. Il fourra leurs objets dans son Inventaire avec détermination.
« On s’en va », dit-il.
« … Où est-ce qu’on va ? » demanda Arthur.
« On retourne d’où on vient… »
Gilberto claqua la langue. Ils avaient fait une erreur.
« J’étais sûr qu’il n’y avait aucune créature vivante ici, à part de petits animaux et des insectes. »
Pourtant, ils avaient fini par se faire tendre une embuscade par les ratés. En d’autres termes…
« Ils peuvent dissimuler leur température corporelle aussi, pas seulement leur présence. »
« Il faut se dépêcher », pressa Gilberto. Après tout, ils n’avaient aucune idée du nombre de ratés présents dans cette jungle tropicale. De plus, le combat venait d’être assez bruyant et voyant.
« Je ne sais pas combien d’entre eux vont venir, mais on doit juste sortir d’ici avant qu’ils n’arrivent… » Les mots de Gilberto restèrent coincés dans sa gorge.
Un raté à l’apparence de crocodile, cinq fois plus grand que Gilberto, émergea de la rivière voisine.
« *Krrrrr.* »
Le raté grogna, et le bruit brisa le moral des deux hommes.
Le monstre était puissant, et leur peau picotait à mesure qu’il s’approchait.
« Arthur. » Gilberto parvint à peine à articuler ces mots avec une gorge tremblante. « Je veux que tu t’enfuies sans te retourner dès que je te donne le signal. »
« *Hahaha !* De la viande de crocodile dès le matin ? Quelle chance ! »
Squelch !
Un pied massif écrasa le raté crocodile.
Le raté fut broyé par un géant d’au moins vingt mètres de haut. Le géant s’accroupit et ramassa le crocodile sous son pied.
« *Hmm ?* »
Les yeux du géant croisèrent ceux de Gilberto et d’Arthur.
Arthur tremblait. Il étouffait sous la pression que dégageait le géant.
Clic.
« …Arthur, fuis dès que je tire. »
Gilberto visa l’œil du géant avec son fusil de précision.
Ils étaient dans une situation désespérée.
La main de Gilberto était couverte de sueur alors qu’il tentait de presser la détente.
« Hu… mains ? Êtes-vous des humains ? »
Gilberto ne put pas tirer, car le géant s’était soudainement mis à leur parler.