Chapitre 462
« La Terre ? L'Inde ? Je n'ai jamais entendu parler de ces endroits. »
La femme qui s'était présentée sous le nom de Mone était curieuse de tout.
« Les gens qui vivent là-bas sont-ils aussi forts que toi ? »
« Non. »
« Je vois… » Mone hocha la tête. Si tous les habitants de ces contrées avaient la force de l'homme en face d'elle, ils auraient unifié le monde depuis bien longtemps. Pourtant, une nouvelle question lui vint à l'esprit.
« Pourquoi détestes-tu les vampires, Rahmadat ? »
« Parce que ces bâtards enlèvent les gens et sucent leur sang comme si ce n'était rien », répondit Rahmadat. Il marqua une courte pause, comme s'il se remémorait quelque chose, avant de poursuivre : « Et l'un d'eux m'a même mordu. »
« Quoi ?! » Mone paniqua et se réfugia dans le coin de la ruelle. Elle observait Rahmadat avec seulement la moitié de son visage dépassant de l'angle, telle une chatte effrayée.
« T-tu as été mordu ? Quand ? À quel endroit ? »
« Ils m'ont mordu il y a deux jours, près du cou, sur l'épaule. »
« ... Ça fait déjà deux jours et tu n'es pas encore infecté ? »
« J'ai arraché la chair de mon cou et de mon épaule dès qu'ils m'ont mordu. »
« Tu mens. Les humains meurent si on fait ça ! Tu vas avoir des ennuis si tu continues à raconter des salades, tu sais ! » rétorqua Mone.
Les actes étant plus éloquents que les mots, Rahmadat déchira un morceau de sa propre épaule sur-le-champ pour prouver qu'il disait vrai.
« Tu vois ? Je ne suis pas mort. »
« C-ça n'a aucun sens ! » Mone s'approcha rapidement de Rahmadat et tâta son épaule, cherchant quelque chose. Elle alla même jusqu'à renifler Rahmadat comme pour confirmer un détail. « C'est étrange. Je ne sens pas notre sang sur toi... »
« Qu'est-ce que tu entends par "notre sang" ? »
« Hm… » Mone se perdit dans ses pensées. Quelques instants plus tard, elle afficha un regard déterminé et déclara : « S'il te plaît, suis-moi un moment. »
***
La calèche s'arrêta sur une route déserte à l'extérieur de la ville. La lune brillait haut dans le ciel, sans aucun obstacle pour la masquer.
« Vous descendez vraiment ici ? Il est rare de croiser des calèches dans ce coin », demanda le cocher.
« C'est parfait. Voici pour la course. » Mone paya le cocher et fit signe à Rahmadat de la suivre.
Trois heures plus tard, le duo arriva enfin devant une chaîne de montagnes escarpées. Rahmadat était resté silencieux jusque-là, mais il finit par lâcher : « Hé, tu m'as dit de te suivre un moment. Je ne crois pas que sept heures correspondent à "un moment". »
« On y est presque. Nous sommes déjà sur notre territoire. »
« Et de qui parles-tu quand tu dis "notre" ? » demanda Rahmadat. Ses yeux se plissèrent brusquement lorsqu'un grand nombre de personnes l'encerclèrent soudainement.
« Ils appartiennent à ton groupe ? »
« Oui, mais ne t'inquiète pas. Ils sont juste méfiants, c'est tout. »
Mone agita les bras. « Tout va bien, tout le monde ! C'est mon invité ! »
« ... À quoi penses-tu, Mone ? » Un homme sortit de derrière un arbre. L'individu, marqué par une longue cicatrice sur le visage, fixa Mone avec sévérité. « Comment oses-tu ramener un humain sur notre territoire sans réfléchir ? »
« Orca, ce n'est pas juste un humain », répondit Mone.
« Ce n'est pas à toi d'en juger », trancha Orca. Il fit un geste vers les personnes entourant Rahmadat. « Maîtrisez-le. Nous devons nous occuper de son cas. »
« A-attends ! Je te l'ai dit. C'est mon invité ! »
« Tu es la fille du chef, mais tu n'as aucune autorité pour amener des étrangers sur nos terres. »
« Hmm », Rahmadat balaya du regard les personnes qui l'entouraient et lança : « C'est ainsi que votre peuple rend la pareille, Mone ? »
« Je suis désolée, Rahmadat. Laisse-moi gérer ça », dit Mone. Elle se posta alors devant Orca avec une mine déterminée.
« Orca, écarte-toi, je t'en prie. »
« Je ne fais que mon travail », répondit Orca.
« C'est un ordre. Je prendrai la responsabilité de tout ce qui pourrait arriver, alors pousse-toi. »
« ... » Orca fixa Mone un long moment avant de soupirer. « Tu as intérêt à tenir parole. »
Une fois la décision prise, l'intention meurtrière qui émanait de la foule s'évapora.
‘Ils sont bien entraînés. Ils sont au moins bien meilleurs que les vampires que j'ai croisés plus tôt.’
Rahmadat suivit Mone et ils se retrouvèrent bientôt devant un immense mur de pierre.
« Ugh, ugh… ! »
Criiic !
Après avoir peiné à pousser la paroi rocheuse, Mone se retourna et essuya la sueur sur son front.
« Rahmadat. Bienvenue dans la tribu de la Griffe du Crépuscule ! »
Derrière l'imposant mur de pierre se trouvaient plusieurs bâtiments à l'architecture unique. La plupart étaient des maisons en pierre, construites pour imiter les habitations humaines tout en conservant leur aspect sauvage.
« Mone ! »
Un groupe de personnes s'avança vers Mone et Rahmadat. L'homme d'âge mûr à la carrure imposante qui menait la marche avait un physique comparable à celui de Rahmadat.
Un homme à la longue barbe grise posa ses yeux perçants sur Rahmadat.
« Comment oses-tu amener un humain sur notre territoire sans ma permission ? »
« C'est mon bienfaiteur ! Il a tué des dizaines de vampires et m'a sauvée. »
« Hmm. »
L'homme imposant fit quelques pas en avant et se posta face à Rahmadat. Rahmadat eut l'impression de se tenir devant une montagne massive, mais il resta immobile, sans ciller.
« Il est plutôt doué. L'un de tes ancêtres aurait-il notre sang ? »
« Je n'arrête pas de répéter la même chose », dit Rahmadat avec une lassitude rare, « je ne sais pas ce que vous entendez par le mot "notre". »
« On dirait que Mone ne t'a rien dit. Très bien, je vais t'expliquer. » L'homme imposant passa son bras autour des épaules de Rahmadat. « Je m'appelle Arnold Osman. Je suis le père de Mone et le chef de la tribu de la Griffe du Crépuscule, et… »
Serrage !
Le poids sur l'épaule de Rahmadat devint plus lourd à chaque seconde.
Rahmadat leva les yeux.
‘Il grandit… il devient plus grand ?’
L'homme d'âge mûr prit du volume tandis qu'une fourrure grise recouvrait son corps. Son nez et sa bouche s'allongèrent, ses oreilles devinrent pointues et ses yeux prirent un éclat qu'on ne peut voir que chez les bêtes.
Une fois sa transformation achevée, Arnold reprit : « Je suis un loup-garou. »
« ... » Rahmadat regarda Arnold en silence. C'était compréhensible, il n'avait jamais vu de loup-garou auparavant. Quelques instants plus tard, Rahmadat leva la main et saisit la patte velue qui pesait sur son épaule.
« Très bien, Arnold. Je comprends que tu sois enthousiaste à l'idée de me rencontrer… »
« ... ! »
Serrage !
La main d'Arnold, qui semblait inamovible, fut lentement soulevée de l'épaule de Rahmadat.
« Mais je n'aime pas vraiment que des gens autres que mes amis posent leur main sur mon épaule. »
Les yeux d'Arnold s'écarquillèrent.
***
On assigna une maison à Rahmadat, et l'intérieur, fait de pierre, était bien plus propre et confortable qu'il ne l'aurait cru.
« Tu étais incroyable ! Je n'ai jamais vu personne d'aussi fort que mon père ! » s'exclama Mone.
« C'est vrai ? » Rahmadat hocha la tête, semblant convaincu. La force d'Arnold était telle que Rahmadat avait dû faire circuler sa magie à plein régime.
« J'ai une question », demanda soudain Rahmadat.
« Laquelle ? »
« Qui est le plus fort ? Arnold ou le Fantôme du Vrai Vampire ? »
« ... ! » Le visage de Mone devint pâle, comme si ce simple nom suffisait à glacer son cœur. Elle se mordit les lèvres et demanda : « Où as-tu entendu ce nom ? »
« Hmm… Je ne l'ai entendu de personne en particulier. En fait, je l'ai rencontré en personne. »
« Tu quoi ?! » Mone fixa Rahmadat, les yeux ronds. « C-comment as-tu survécu ? »
« C'était difficile. Il m'a même tranché la tête. »
Bien sûr, Rahmadat n'avait jamais eu de mal à récupérer d'une décapitation, même quand sa Super Régénération était de rang S. Naturellement, c'était devenu encore plus facile et rapide pour lui avec la Super Régénération (EX).
‘Mais je me demande quand même…’
Rahmadat croyait autrefois qu'il mourrait si son cœur ou son cerveau étaient détruits, mais désormais, il n'était plus convaincu que de telles blessures suffiraient à le tuer.
« Tu peux survivre à une décapitation, Rahmadat ? »
« Oui. »
« C'est assez ironique de dire ça en tant que loup-garou, mais tu es vraiment un monstre. »
« Vous autres, vous ne pouvez pas le faire ? »
« Seuls les Arch-Guerriers en sont capables. »
« Je vois. Alors, quelle est la réponse à ma question ? »
Mone réfléchit un instant avant de répondre prudemment : « Si c'est pendant la pleine lune, mon père a l'avantage. Sinon, le Fantôme battrait certainement mon père. »
« C'est assez difficile à croire. » Rahmadat était surpris. La pression intense qu'il avait ressentie de la part du Fantôme était bien plus forte que celle d'Arnold.
Mone sourit et dit : « Penses-tu vraiment que la puissance que mon père t'a montrée tout à l'heure était sa vraie force ? »
« Ce n'était pas le cas ? »
« Bien sûr que non. Nos prouesses peuvent être divisées en trois étapes. »
Mone tendit son bras fin. « La première étape consiste à conserver notre apparence humaine tout en utilisant le pouvoir des loups-garous. »
« Donc tu étais à la première étape quand tu as combattu ces vampires tout à l'heure… »
« C'est exact. Quant à la deuxième étape… » Mone rougit légèrement. Elle baissa la tête, et son bras fut bientôt recouvert d'un magnifique pelage argenté.
« Elle implique la transformation en loup-garou. »
« Alors, quelle est la troisième étape ? »
« L'Émancipation est la troisième étape. »
« L'Émancipation ? De quoi ? »
Mone baissa le bras et sourit doucement. « C'est une émancipation de tout ce qui nous retient. »
« Je ne comprends pas du tout », avoua Rahmadat.
« Hm, laisse-moi te poser une question : penses-tu vraiment que tu peux maîtriser toute ta puissance — la totalité des cent pour cent, Rahmadat ? » demanda Mone.
« Bien sûr que je peux. » Rahmadat pensait qu'il serait impossible d'atteindre un niveau de puissance supérieur s'il ne pouvait même pas contrôler sa force actuelle.
« Je ne crois pas », dit Mone fermement, « c'est parce que tu utilises simplement toute la puissance que tu as accumulée jusqu'à présent. »
« ... Ce n'est pas ça, toute ma force ? » demanda Rahmadat, l'air confus.
« Non, ça ne l'est pas. » Mone secoua la tête. « Ta force inclut ton potentiel et la puissance sous-jacente de ton inconscient. Tu ne peux dire que tu utilises toute ta puissance — les cent pour cent — que lorsque tu utilises tout intentionnellement. »
« Mais c'est impossible… » marmonna Rahmadat.
« C'est possible. Mon père peut le faire », répondit Mone.
« Hm. »
Rahmadat fut convaincu par l'assurance dans les yeux de Mone.
‘Je devrai lui demander de me montrer ça demain’, pensa Rahmadat.
***
Lorsque le soleil se leva le lendemain matin, Mone rendit visite à Rahmadat dans sa maison de pierre.
« Rahmadat. Mon père te cherche. »
« Très bien, allons-y. »
Rahmadat suivit Mone et ils arrivèrent finalement dans un espace ouvert où des centaines d'hommes et de femmes étaient assis les uns près des autres sur le sol.
‘On dirait qu'ils sont moins de trois cents.’
C'était un nombre considérablement faible comparé aux cinquante mille vampires là-dehors.
En voyant Rahmadat, Arnold prit la parole : « J'ai entendu parler de ce qui s'est passé. Tout d'abord, je tiens à te remercier, en tant que père et en tant que chef de cette tribu. »
« Ne mentionne pas ça », répondit Rahmadat.
« Mais je veux te demander quelque chose… »
« Et quoi donc ? » demanda Rahmadat.
À peine eut-il fini sa phrase qu'une énergie tranchante jaillit d'Arnold. L'énergie forma une aiguille invisible qui semblait sonder Rahmadat.
« Es-tu un ennemi des vampires ? » demanda Arnold.
« ... » Rahmadat réfléchit un instant et répondit : « Oui. Je suis un ennemi des vampires. »
« Je vois… »
L'énergie tranchante disparut.
Arnold se leva de son siège et s'inclina. « L'ennemi de mes ennemis est mon ami. Pardonne-moi pour le manque de respect de ce matin. »
« C-chef ! »
« Pourquoi t'incliner devant un humain insignifiant… »
« Arrêtez. » Arnold se rassit comme si s'incliner n'était pas grand-chose pour lui. « L'autre partie a un statut, une position et une origine différents, mais cela ne signifie pas qu'il ne mérite pas mes excuses. Après tout, j'ai été impoli envers lui. »
« Mais la fierté du loup-garou est… »
« La fierté ? Avons-nous encore une chose aussi noble en nous ? » Arnold renifla et leva le menton. « Le pays que nous défendons depuis des centaines d'années a été pillé par ces chauves-souris, et nous avons fini par être chassés dans un coin de cette chaîne de montagnes escarpées… »
« Pire encore, la lune ne se lève même plus dans la ville. »
Le brouillard rouge qui couvrait la lune chaque nuit était la raison pour laquelle elle ne se levait plus sur la ville de Trium. Le clair de lune résiduel durant la journée ne suffisait pas à servir de carburant à la transformation des loups-garous.
« C'est une honte que tout cela soit arrivé sous ma génération, et est-ce que chacun d'entre vous a encore de l'intégrité ? » Arnold balaya les loups-garous du regard avant de poursuivre. « Si c'est le cas, ne la jetez pas. Nous sommes… des perdants qui n'ont pas pu protéger les humains qui nous servaient, c'est donc le moins que nous puissions faire. »
« ... »
Un silence assourdissant s'abattit sur l'espace ouvert. C'était inévitable, car les loups-garous avaient toujours eu du mal à affronter la dure réalité qu'ils tentaient d'éviter.
Soudain, Rahmadat leva la main. « Excusez-moi. »
« Oui. Qu'y a-t-il ? »
« J'ai entendu de Mone hier soir que les prouesses des loups-garous sont divisées en trois étapes au total, et que la dernière est apparemment l'Émancipation. »
« Je ne sais pas pourquoi tu abordes ce sujet maintenant, mais tu as raison. » Arnold hocha la tête.
Rahmadat demanda : « Vraiment ? Je n'arrive pas à l'imaginer, peu importe mes efforts, alors peux-tu me montrer à quoi ressemble l'Émancipation ? »
« ... »
Un silence encore plus assourdissant que le précédent enveloppa l'assemblée. Mone croisa les bras pour former un « X » tout en fixant Rahmadat, le visage livide.
‘Mauvaise idée ! C'était une mauvaise idée ! En premier lieu, c'est une demande terriblement impolie !’
Les yeux d'Arnold devinrent froids.
« Sais-tu seulement ce que tu viens de dire ? »
« Hm ? Oh, bien sûr que je le sais. »
‘Je veux juste que tu me montres à quoi ressemble l'Émancipation…’
Cependant, les mots qui sortirent de la bouche d'Arnold furent un peu différents de ce à quoi Rahmadat s'attendait.
« C'est la première fois. Je n'aurais jamais cru qu'un humain me défierait en duel un jour. »
« Chef ! C'est ridicule ! Je vais m'occuper de cet humain arrogant ! » s'exclama Orca en fixant Rahmadat avec colère.
« Non, non, non. Ce n'est pas nécessaire. Refuser un duel est une honte pour nous, loups-garous. » Arnold secoua la tête et se leva. Il fixa alors Rahmadat et dit : « Tu ferais mieux de te lever, humain téméraire. »