Chapitre 35
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ Réincarnation du Démon de l'Épée
Chapitre 35
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Tu as de la chance
Depuis une semaine, Bruno logeait dans les quartiers résidentiels de la Tour de l'Épée au lieu de la caserne des candidats chevaliers à Hilt, le district inférieur de Gladiheim.
Normalement, cela n'était pas autorisé. Mais Barkas avait assez d'influence pour rendre l'impossible possible. Lorsqu'un éminent sang-pur de la famille Alastor annonça qu'il superviserait personnellement l'entraînement de son fils, les instructeurs des candidats n'eurent d'autre choix que de s'effacer.
Bruno était donc retourné à la Tour de l'Épée pour recevoir la version de « conseils » de son père. Tes bases sont faibles. Ton cran fait défaut. Tes compétences sont pathétiques. Qu'est-ce que tu as bien pu apprendre tout ce temps ?
Cela faisait déjà trois heures qu'il y était. Il devait faire des tours de piste dans la vaste zone résidentielle du quatrième étage, sur ordre de son père.
Et il ne s'agissait pas seulement de courir. Les bracelets serrés autour de ses deux bras entravaient son flux de mana. En plus de cela, un gilet lourd pesait sur son torse, et des sacoches encore plus lourdes pendaient à ses deux jambes. L'objectif était de maintenir sa concentration sur son mana malgré tout cela, en courant jusqu'à épuisement total.
« Hff, hff... haah... »
Le souffle lui brûlait le fond de la gorge. Son cœur battait la chamade, comme si quelque chose s'était décroché dans sa poitrine, et ses poumons le brûlaient comme s'ils étaient en train de se déchirer. Ses jambes lui semblaient être des poids morts. Elles étaient littéralement lestées de plomb, donc c'était plus ou moins vrai, mais dans tous les cas, c'était insupportable.
S'arrêter n'était pas une option. S'il s'arrêtait, le rugissement de son père suivrait.
Pire que le rugissement, il y avait ce regard froid. Celui que son père arborait lorsqu'il regardait quelque chose de sans valeur. Le regard d'un homme déçu par son propre fils.
Bon sang... bon sang de bon sang... !
Bruno courait, de l'écume aux commissures des lèvres.
Le souvenir de sa défaite écrasante face à Kyle, une semaine plus tôt, lui collait à la peau comme un cauchemar. Il ne se sentirait mieux qu'après avoir rendu la pareille, mais pour l'instant, il n'avait aucune confiance dans le fait que ce jour arriverait un jour.
« Tu travailles dur, je vois. »
Il essayait de chasser ses pensées en se concentrant sur le mouvement de ses jambes lorsqu'une voix l'interrompit. Exaspérant. Effrayant, exactement de la même manière que le regard de son père. Les jambes de Bruno s'emmêlèrent et il bascula en avant.
« Woah. »
Son corps s'immobilisa dans une position inconfortable.
« Tu es complètement trempé... »
L'expression de Kyle se crispa et il lâcha le poignet trempé de sueur de Bruno. Ce dernier retrouva péniblement son équilibre, respirant difficilement, et tenta de lancer un regard noir.
« Toi... toi... »
Il avait l'intention de lancer un regard noir. Ses yeux ne voulaient pas coopérer. Ce qu'il finit par produire n'était ni un vrai regard noir ni une expression normale, juste des yeux écarquillés quelque part entre les deux. Ses sourcils froncés lui donnaient l'air d'être sur le point de pleurer.
« Pourquoi... haah... hff... »
Il voulait dire : pourquoi tu me parles, mais sa respiration saccadée ne se calmait pas. Kyle croqua dans un fruit de tonnerre et observa Bruno.
« Hé, le Porc. Tu essaies de perdre du poids ? »
La pique fit se crisper le visage de Bruno. Ce surnom lui restait en travers de la gorge, pour des raisons évidentes. Il était grand, certes, mais pas gros. Chaque centimètre de son corps était rempli de muscles, pas de graisse.
« Toi... »
Il voulait crier. Il ne pouvait pas. Le sourire facile de Kyle faisait remonter la peur d'il y a une semaine, aussi fraîche que le jour où c'était arrivé. Rien ne se passait jamais comme prévu devant ce gamin.
« Ferme... ta gueule. Si tu es venu pour te moquer de moi, dégage. »
Les mots sortirent plus faiblement qu'il ne l'aurait voulu.
« Me moquer ? J'ai vu un ami travailler dur et je suis venu l'encourager. »
« Si tu veux vraiment m'encourager, continue ton chemin et laisse-moi tranquille. »
Sa respiration avait enfin commencé à se calmer. Bruno essuya la sueur de son visage.
« Tu crois que t'épuiser à la course rend ton épée meilleure ? »
« Qu'est-ce que tu en sais ?! Tu fais le malin parce que tu es un génie ? Arrête de m'irriter et va... »
« Oui, je suis un génie. Oui, je fais le malin. Mais je n'invente pas des choses juste pour t'énerver. »
Tap. Le pied de Kyle donna un coup dans la sacoche attachée à la jambe de Bruno.
« Un noyau solide rend l'épée solide. Plus de muscles signifie plus de puissance derrière la lame. Bien qu'honnêtement, ton corps n'a pas besoin de devenir plus gros. »
« ... »
« C'est quoi ces bracelets ? »
« Ils... interfèrent avec les Circuits et perturbent le flux de mana. »
« Ah. Pour améliorer le contrôle du mana ? »
Les yeux de Kyle s'illuminèrent. L'idée lui semblait vraiment intéressante. Les arts de l'épée à cette époque exigeaient autant de contrôle du mana que de technique, il était donc logique qu'il existe de telles méthodes.
« Ce n'est pas vraiment s'attaquer à la racine du problème, cependant. »
« C'est une méthode d'entraînement que mon père a suggérée ! Qu'est-ce que tu connais à quoi que ce soit ? »
« Toutes les épées ne sont pas les mêmes. Chaque personne manie différemment. Ce n'est pas parce que tu es le fils de Barkas-samchon que tu dois entraîner l'épée exactement comme lui. »
« Tu es en train de dire que mon père a tort ? »
« Pas tort, exactement. Juste pas adapté pour toi. »
Barkas était un bon épéiste, sans aucun doute, mais être compétent ne garantissait pas d'être bon pédagogue. Et honnêtement, Barkas n'était pas assez obsédé par l'épée pour créer quelque chose de vraiment personnalisé pour son fils. Les parents se projetaient sur leurs enfants et voulaient voir leur lignée perdurer. Mais Kyle n'était pas le père de Bruno. Il n'avait aucune raison de se laisser prendre au jeu de l'ambition paternelle tordue de Barkas.
« Viens avec moi. »
« Quoi ? »
« Viens avec moi, le Porc. Tu es sourd ? »
« Qu, qu'est-ce que tu racontes ? Je suis en plein milieu de l'entraînement que mon père m'a assigné... »
« Barkas-samchon m'a fait une promesse. Il a dit que je pouvais être ami avec toi. Il a dit que je pouvais t'appeler pour traîner. »
« ... »
« Si j'appelle un ami, est-ce qu'il va vraiment dire non ? Après avoir fait cette promesse ? Aucune chance. »
« Mais... mais... »
« Tu es bâti comme une montagne et tu es aussi effrayé que ça ? C'est exactement ce qui ne va pas chez toi. Allez. Est-ce que ton oncle te tuerait vraiment pour m'avoir suivi ? Il lancera un regard noir, dira quelques mots, et ce sera la fin de l'histoire. »
Tout le problème était que ce regard noir et ces quelques mots étaient exactement ce que Bruno ne pouvait pas supporter. Kyle ne reculait pas.
« Si tu ne viens pas avec moi maintenant, tu le regretteras pour le reste de ta vie. »
« Re, regretter ? »
Bruno regarda Kyle, quelque chose changeant dans ses yeux.
« Ouais. Tu veux devenir bon à l'épée, non ? »
Crunch. Kyle prit une autre bouchée du fruit de tonnerre.
« Je suis bon à l'épée. »
Bruno hésita, puis demanda :
« Où est-ce qu'on va ? »
« Dans ma Chambre de Cultivation, à la maison. »
Kyle se tourna et se dirigea vers le Manoir des Roses.
« Je viens juste de finir de la construire il y a quelques jours. C'est un très bon espace. »
La Chambre de Cultivation du Manoir des Roses. Bruno regarda autour de lui, l'expression inquiète.
Construite juste pour Kyle, bien que l'échelle ne soit pas particulièrement surprenante. Bruno profitait de la richesse débordante de la famille Alastor depuis son enfance.
Seulement des épées en bois...
Il avait officiellement commencé son entraînement martial, donc une épée adaptée à lui aurait été raisonnable, mais tout ce qui se trouvait dans le coin, c'étaient des épées en bois.
Ce qui était étrange, c'est que chacune avait une forme légèrement différente. Elles semblaient toutes familières d'une certaine manière. Bruno cligna des yeux devant elles un instant avant de comprendre.
La plupart ressemblaient à Fenris, l'épée qui était plantée dans le sol de la Salle de l'Épée depuis cinq ans maintenant. Les autres étaient modelées d'après les lames du Jardin des Épées.
Réduites à l'échelle pour s'adapter à la carrure de Kyle, naturellement. Pas des répliques exactes, mais proches. Bruno n'avait aucune idée de ce que Kyle avait en tête. Fenris avait du sens, c'était l'épée promise par le Chef de famille. Mais pourquoi remplir la pièce de copies en bois des lames du Jardin des Épées ?
Où est-ce qu'il est allé après m'avoir traîné jusqu'ici ?
Bruno jeta un coup d'œil à la porte fermée hermétiquement. Kyle l'avait arraché à sa course, l'avait garé ici, puis était sorti sans un mot.
Est-ce que son père était venu le chercher ?
En restant assis comme ça, l'inquiétude monta en lui. Puis la porte s'ouvrit.
Bruno sursauta et se leva en catastrophe. Il s'attendait à moitié à voir son père. Ce n'était pas son père.
C'était Kyle.
« ... ? »
Pas seul. Lucia le suivait, l'expression manifestement mal à l'aise. Elle vit Bruno et fit une petite révérence.
« Bonjour, Bruno-nim. »
« Lu, Lucia ? Pourquoi es-tu ici ? »
C'était l'heure pour les candidats chevaliers d'être à l'entraînement du matin. Certes, Bruno lui-même ne suivait pas le programme de la caserne, mais c'était parce qu'il était un sang-pur Alastor.
« Je l'ai appelée. »
Kyle le dit simplement. « Plus précisément, j'ai demandé à ma mère de l'appeler. »
Même avec la faveur de Julius derrière lui, Kyle était assez jeune pour ne pas pouvoir simplement sortir Lucia de l'entraînement de sa propre autorité.
« Ce n'est pas la première fois que tu viens ici. Combien de temps vas-tu continuer à agir de manière inconfortable ? »
« Je suis maladroite à chaque fois que tu m'invites », dit Lucia, hésitante.
Elle avait partagé des repas au Manoir des Roses une poignée de fois à son invitation, mais pénétrer dans les étages résidentiels des sang-purs ne lui convenait toujours pas.
« Et c'est ton espace personnel, Kyle-nim. Pour quelqu'un comme moi d'être dans un endroit comme celui-ci... »
« À partir d'aujourd'hui, c'est commun. Et autre chose, je t'ai dit que je déteste quand tu parles de toi comme ça. »
Kyle marchait vers Bruno quand il s'arrêta et lança un regard à Lucia.
« "Quelqu'un comme moi" ? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi, exactement ? »
« Je ferai attention. »
Une pause, puis un léger sourire. La bouche de Bruno tomba. Il n'avait jamais vu Lucia sourire comme ça auparavant.
« Hé. » Kyle s'approcha et tapota le genou de Bruno avec son pied. Des manières de ruelle pour quelqu'un qui était censé être le plus jeune petit-fils de la grande maison Alastor. « Tu as ton épée sur toi ? »
« Une épée ? »
« Ouais, une épée. Lucia m'a dit que tu avais la tienne. Sors-la. »
« Pourquoi as-tu besoin de mon épée... »
« Si je dis sors-la, sors-la, le Porc. »
Le sourcil de Kyle se fronça. Bruno déglutit et se leva maladroitement. Fwip. L'espace près de la main droite de Bruno ondula, et une grande épée apparut.
Ces jours-ci, ils transportent leurs épées comme si de rien n'était.
Kyle ravala un rire. La grande épée était normalement stockée dans la sacoche dimensionnelle créée par le collier de Bruno, invoquée en un instant quand nécessaire.
« Lucia, sors la tienne aussi. »
« Oui. »
Lucia fit un signe de tête calme et tira la lame à sa hanche. Lisse et simple, rien de distinctif du tout.
« Très bien. Face à face. »
« Pour, pour quoi faire ? »
Demanda Bruno, confus, mais le visage de Lucia était composé. Kyle l'avait déjà mise au courant.
« Que fait-on quand deux personnes tiennent des épées ? On se bat. »
« Quoi ? »
« Pas confiant ? »
Bruno ne put répondre immédiatement. Il regarda Lucia, puis retourna son regard vers Kyle.
« Regarde-moi en ce moment. Je peux à peine balancer une épée. »
Il avait toujours les bracelets perturbateurs de mana, et les lourdes sacoches attachées à son torse et à ses jambes.
« Enlève l'équipement lourd. Garde les bracelets. »
« Mais mon père... »
« Tu es venu ici avec la permission de ton oncle ? Non. Tu as déjà enfreint ses règles une fois. Tu penses qu'en enfreindre une de plus va te faire tuer ? »
Bruno hésita, puis fit comme Kyle lui avait dit et retira le gilet et les sacoches.
« Pourquoi je dois garder les bracelets ? »
« Je te le dirai plus tard. »
« S'entraîner avec de vraies épées est... dangereux. Mieux vaut utiliser du bois... »
« Tu ne pourrais pas mettre Lucia en danger réel même à pleine puissance, alors laisse tomber. »
Le sourcil de Bruno tressaillit.
« Qu'est-ce que tu viens de dire... »
« Quoi. Tu penses que c'est faux ? Tu crois vraiment le contraire ? »
Pas de moquerie. Les yeux de Kyle avaient le même poids froid qu'il y a une semaine, le genre qui se déposait sur la poitrine de Bruno et appuyait dessus. Il ouvrit la bouche pour argumenter et la referma sans un mot.
Exaspérant, mais vrai. Lucia avait treize ans et n'était devenue candidate chevalier que cette année, pourtant dans toute la salle d'entraînement, les seuls candidats qui pouvaient être qualifiés de clairement plus forts étaient ceux à la limite de la chevalerie complète, et même eux ne pouvaient pas l'égaler en pure maîtrise de l'épée.
« Toi, donne tout. Lucia, retiens-toi, ajuste ta force en conséquence. Trop demander ? »
« C'est bon », dit Lucia, le visage calme.
Le sang de Bruno monta à cette réponse simple. Il acceptait, plus ou moins, que Lucia soit plus forte que lui. Ce qui piquait, c'était qu'un bâtard de la Tribu des Démons le regarde sans un battement de cil d'inquiétude.
« Commencez. »
Kyle joignit ses mains derrière son dos et s'écarta.
Fidèle aux formes dans lesquelles il s'était entraîné, Bruno ne se précipita pas. Il lut Lucia. Aucune ouverture. Aucune qu'il puisse voir. La même chose que lorsqu'il avait affronté Kyle une semaine plus tôt, mais la posture de Lucia n'avait pas cette même aisance. Elle avait la pointe de sa lame pointée fermement vers lui.
Ce qu'il ressentait face à elle était différent, aussi. Pas d'ouvertures, oui, mais rien de cette terreur viscérale que lui inspirait Kyle.
Elle ne semblait pas vouloir bouger en premier. Alors il irait vers elle. Submerger par la force.
« Hraaah ! »
Il leva la grande épée et chargea. Les bracelets rendaient le mana lent, mais sans le gilet lourd et les sacoches, son corps semblait léger.
Bruno s'élança du sol. Un coup vertical simple et écrasant descendit, mais Lucia ne l'esquiva pas. Sa lame traça un arc fluide et dévia proprement la grande épée sur le côté.
Clang !
Son équilibre se rompit. Il avait tout mis derrière ce coup et n'avait rien touché. Il basculait en avant.
« Ngh... ! »
Lucia ne le manqua pas. La pointe de sa lame s'arrêta juste devant la gorge de Bruno.
« C'est fini », dit-elle.
Plat et sec. Le visage de Bruno devint rouge et il baissa la tête. Un échange. Il avait perdu en un seul. Aucune humiliation n'était plus profonde que celle-ci.
« Le Porc. »
Kyle claqua de la langue et s'approcha.
« Pourquoi tu t'es arrêté ? »
« Quoi ? »
« Si ta lame est déviée, réinitialise et balance encore. Pourquoi tu restais juste là à lui offrir ta gorge ? »
« Mon équilibre était parti... »
« Alors récupère-le. À quoi tu penses que servent tous ces muscles ? À quoi servaient tous ces élixirs ? »
Il claqua de nouveau de la langue et donna un coup dans le pied de Bruno.
« Tu as grandi normalement, certes, tu tombes à plat quand ton équilibre part. Mais tu n'as pas grandi normalement. Quand ton équilibre s'est rompu, tu l'as senti, n'est-ce pas ? Tu savais que tu basculais en avant. Alors pourquoi tu n'as pas tenu ? »
Bruno se mordit la lèvre.
« Ce n'est pas comme si je ne savais pas. Je juste... »
« Tu as pensé qu'il était trop tard pour balancer encore ? »
« Quoi... ? »
« Tu as pensé que ça ne changerait rien, que tu perdrais de toute façon ? Ça, c'est quelque chose. Tu te tues à la tâche en faisant tout ce que ton oncle te dit, mais dès que tu as une épée en main, tu abandonnes aussi vite ? »
Bruno fixa Kyle, sans rien dire.
« Pourquoi tu es allé sur Lucia ? »
« Tu... tu m'as dit de me battre... »
« Ce n'est pas ce que je demande. Quand tu lui faisais face, tu savais. Pas d'ouvertures. Alors pourquoi tu as chargé ? »
« S'il n'y a pas d'ouvertures, tu en crées une. »
« Alors pourquoi tu n'as pas fait la même chose avec moi la dernière fois ? »
« J'ai chargé ! »
« Tu as chargé parce que ton oncle t'y a poussé. Soyons honnêtes, le Porc. S'il n'avait pas fait tout ce foin, tu serais resté là, figé pour toujours. J'ai tort ? »
« ... »
« Tu n'as pas chargé Lucia parce que tu étais confiant que ta taille et ta force pouvaient forcer une ouverture. Tu l'as fait parce que tu as entendu ce qu'elle et moi avons dit et que tu t'es mis en colère. Tort ? »
La précision de la chose laissa la bouche de Bruno grande ouverte. C'était comme si son esprit avait été ouvert en deux.
« Si tu es en colère, reste en colère. Tu te fais bloquer une fois et tu abandonnes immédiatement. C'est quoi ça ? Pourquoi tu tiens une épée ? »
« ... »
« Tu vas faire des combats toute ta vie ? Seulement te battre contre des gens que tu peux battre ? Bien sûr, tu pourrais faire ça. Personne n'aime perdre. »
Kyle renifla et tapota la grande épée de Bruno.
« Mais ne choisis que des combats contre des gens que tu peux battre, et ton épée ne grandira pas. Aller vers quelqu'un que tu ne peux pas battre, perdre, serrer les dents et jurer que tu gagneras la prochaine fois, y retourner. C'est comme ça que l'épée grandit. »
« Mais si tu ne penses pas pouvoir gagner, tu t'entraînes jusqu'à ce que tu puisses, puis tu y vas ! »
« C'est aussi vrai », dit Kyle, hochant la tête à cet éclat.
« Mais si tu ne t'es pas battu, comment sais-tu si tu vas gagner ou perdre ? Peux-tu faire confiance à ton propre jugement aussi complètement ? »
« Mais si je perds... »
« Perdre, c'est de la merde. Alors tu dis que tu as perdu, et à l'intérieur tu jures que tu gagneras la prochaine fois. Si c'est un vrai combat et pas un entraînement, tu lis la situation et tu cours. »
« Courir ? »
« Quoi. Une reddition rapide c'est bien mais courir c'est honteux ? Ce n'est pas mieux que de mourir ? »
Bien que parfois il y ait des combats dont on ne peut pas s'enfuir. Des combats dont on ne veut pas s'enfuir. Des combats dont on ne devrait pas.
« C'est... plus facile à dire qu'à faire... »
« Je sais. Ce n'est pas facile à faire. Ça prend du temps et un réel effort pour tout déconstruire et tout remettre en place correctement. Si tu ne veux pas t'en donner la peine, passe juste le reste de ta vie à te pavaner devant des gens plus faibles que toi. C'est ce que tu veux ? »
Bruno hésita, puis secoua la tête.
Ce n'est qu'à ce moment-là que la dureté quitta les yeux de Kyle.
« Remercie-moi, le Porc. »
« Quoi ? »
« Tu as de la chance, tu sais ça. »
Tap, tap.
Kyle tapota l'épaule de Bruno et sourit.
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