Chapitre 186
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 186 : Moi aussi
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Dès que Kyle descendit du Dragon de Fer, la puanteur de l’horrible spectacle qui s’offrait à lui le frappa de plein fouet.
Les champs de bataille qu’il avait parcourus dans sa vie précédente étaient toujours jonchés de cadavres, mais aucun ne dégageait une odeur aussi répugnante que cet endroit.
D’innombrables ossements étaient éparpillés alentour. Il y avait aussi la poussière d’os des dragons et des dragons orientaux que Velatus avait vomis. Leur sang, leur chair et leurs organes avaient pourri depuis longtemps, mais le Mana de l’air lui-même, figé dans la décomposition, s’était mué en un miasme toxique.
Flap, flap…
Le battement d’ailes venait du ciel au-dessus du Berceau des Cendres.
Les innombrables suivants ensevelis dans le berceau tournèrent leur œil unique vers Kyle, le corps tremblant.
« Tu es enfin venu. »
Une voix s’éleva de l’intérieur du berceau.
La voix de Velatus avait autrefois été belle, mais celle que Kyle entendit à présent était si rauque et éraillée qu’elle en était désagréable.
Ouuuu… !
Le Mana tourbillonna au son de sa voix. Les vibrations du Mana croupi et putréfié évoquaient des fantômes hurlant à la mort.
« Entre. Je ne permettrai à aucun autre humain de pénétrer ici. Toi, que Ruin a choisi, tu es le seul autorisé à me rencontrer. »
« Voilà ce qu’elle dit. »
Kyle caressa la poignée de Fenris en parlant.
Il ne demanda pas pourquoi Velatus tenait tant à le voir seul, mais il pouvait vaguement le deviner.
Elle débordait d’orgueil, convaincue de sa propre grandeur et de sa noblesse. Un être pareil ne voudrait jamais que beaucoup de gens la voient, vieillie et misérable, s’accrocher à la vie.
Kyle s’avança et transmit ses pensées à Katarina.
[S’il en arrive là, occupe-toi de tout après.]
[Tu comptes vraiment te battre seul ?]
[C’est arrivé par ma faute, et c’est moi qui ai pris cette décision. Je dois donc en assumer seul les conséquences.]
[Ce n’est pas ton seul problème. C’est aussi celui des Alastor.]
[Avant ça, c’est aussi le mien. Je dois en prendre la responsabilité.]
Dès qu’il évoqua son devoir, Katarina ne trouva plus rien à répondre.
Elle ravala un soupir et serra le poing.
[Ne laisse pas les Alastor te venger.]
Kyle eut un sourire en entendant ces mots, puis se dirigea vers l’entrée du berceau.
Flap !
À son approche, les globes oculaires ailés incrustés dans le plafond du berceau s’envolèrent tous ensemble. De la cendre grise se déversa de l’entrée comme une pluie, tandis que des centaines, peut-être des milliers, de globes oculaires ailés obscurcissaient le ciel.
Kyle jeta un bref regard à cette vision terrifiante, puis pénétra dans le berceau.
Floc.
Il avait l’impression de marcher dans la boue.
En vérité, le sol du berceau était devenu un marécage où la cendre grise et le sang rouge vif s’étaient agglutinés. Kyle secoua grossièrement la boue poisseuse et sanglante qui collait à ses semelles, puis s’enfonça dans les lieux.
Ses yeux auraient dû percer les ténèbres sans difficulté, mais l’intérieur du berceau était si noir qu’il distinguait à peine ce qui se trouvait devant lui.
Velatus avait lancé un sort pour dissimuler l’intérieur.
Kyle poursuivit sa route et prit la parole.
« Je suis venu puisque tu m’as invité, mais j’ai du mal à voir le visage de mon hôte. »
« Approche… de moi. »
Sa voix rauque résonna avec force.
Le berceau tout entier trembla, et la cendre se remit à tomber comme une pluie. Kyle épousseta celle qui s’accumulait sur sa tête et ses épaules, puis grommela :
« Je comprends que tu ne veuilles pas te montrer parce que tu es affreuse. Mais combien de temps comptes-tu te cacher ? »
« Mon apparence n’a rien d’affreux… ! »
La colère perça dans sa voix.
Fwoosh !
Un vent venu de loin fit voleter les cheveux de Kyle derrière lui. Il était chaud et portait une puanteur de pourriture.
Kyle ricana et secoua la tête.
« Et tu as mauvaise haleine, en plus. »
Boum !
Une vibration prodigieuse s’accompagna d’une présence écrasante.
Cette présence était terrifiante, assez puissante pour faire frissonner tous ses sens et hérisser ses poils. Contrairement à la fois où il l’avait vue près de l’Arbre spirituel, Kyle était certain qu’un monstre capable d’inspirer la mort par sa seule présence se tenait devant lui.
« Ne m’insulte pas. »
« Quand on s’obstine à vivre bien au-delà de son espérance de vie, il est normal de devenir affreuse et de puer. »
Une force invisible commença lentement à entraver le corps de Kyle.
Il ne résista pas. Il continua simplement à parler.
« Même toi, qu’on dit la plus noble des grands dragons, tu dois bien le reconnaître. Tu as lutté pour ne pas mourir, alors même que tu devenais si affreuse. »
« … »
« N’est-ce pas pour ça que tu m’as fait venir ? Parce que tu veux arrêter de lutter ? Cessons de détourner les yeux. »
La force qui entravait son corps s’immobilisa brusquement.
Son souffle chaud et fétide, devenu saccadé sous l’effet de la rage et de l’humiliation, s’apaisa peu à peu.
« Oui. C’est vrai. »
Sa voix calme lui répondit.
« Comme tu le dis, ma lutte prendra bientôt fin. Cette apparence répugnante va bientôt mourir, elle aussi. Je n’ai donc pas besoin de te la cacher. »
Les ténèbres qui lui obstruaient la vue commencèrent à se dissiper.
« Depuis que j’ai été placée dans ce berceau, tu es le seul à me voir vivante. Mais, humain, ne prends pas pour un honneur le fait d’avoir vu mon apparence. »
Velatus se dévoila en même temps que cet avertissement empreint de dégoût envers elle-même.
Au début, Kyle ne parvint pas à croire que c’était Velatus.
Il pensa qu’il s’agissait d’une partie de la paroi intérieure du berceau.
À mesure que les ténèbres se dissipaient, un immense amas occupant la moitié de la cavité gris cendre apparut. On aurait dit les débris d’un glissement de terrain, ou l’épave d’un navire abandonné qui aurait pourri pendant des siècles.
Kyle comprit qu’il était vivant en le voyant respirer.
L’amas tout entier se gonflait à chaque inspiration et s’affaissait à chaque expiration. À chacun de ses souffles, de la poussière de cendre s’en détachait. Le bruit rappelait celui d’un soufflet percé, l’air s’échappant de poumons qui ne fonctionnaient plus correctement.
Kyle contempla l’énorme amas dans son ensemble.
Un dragon.
Quelque chose qui avait autrefois été un dragon.
La plupart des écailles qui avaient jadis dû recouvrir son corps en rangs serrés étaient tombées. Elles jonchaient le sol autour de lui, à moitié ensevelies sous la cendre : des fragments rouge sombre et ternes, pareils à des tuiles brisées.
Il était impossible d’imaginer qu’elles avaient autrefois brillé comme des joyaux.
La chair sous les écailles manquantes avait noirci en pourrissant. Du pus sanglant suintait de chaque fissure de la peau putréfiée, coulait le long de son corps et se mêlait au bourbier en contrebas. La cendre s’était collée à sa chair en décomposition et avait durci comme des croûtes, tandis que le bas de son corps était entièrement enseveli dans la boue.
Il était enseveli beaucoup trop profondément.
Ses pattes arrière, sa queue et près de la moitié de son corps disparaissaient sous la boue.
Non, tout cela avait fusionné.
Le pus sanglant qui s’écoulait s’était mêlé à la cendre. D’autres couches de cendre s’étaient accumulées dessus, avaient durci, puis le processus s’était répété au fil du temps, jusqu’à ce que son corps ne fasse plus qu’un avec le berceau.
Velatus était devenue partie intégrante du berceau, formé de la poussière d’os de ses semblables qu’elle avait dévorés.
Il ne restait de ses ailes que la charpente.
L’ossature de ses immenses ailes repliées sur son dos était intacte, mais les membranes qui les reliaient s’étaient décomposées. Elles étaient percées, déchirées et pendaient en lambeaux. Ces ailes avaient dû autrefois couvrir le ciel, mais elles ressemblaient à présent à de vieux drapeaux pitoyables.
Son cou, replié contre son corps, bougea dans un craquement.
La cendre incrustée s’effrita sous le mouvement. Sa chair se fendit et du sang fétide et putride jaillit à gros bouillons. Le simple fait de bouger semblait déchirer son corps.
Pourtant, son cou bougea.
Pour faire face à Kyle.
Sa tête était si décharnée que les contours de son immense crâne se distinguaient nettement sous sa peau. Toutes ses cornes s’étaient brisées, il n’en restait que la base. La chair sous sa mâchoire pendait, flasque et pourrie, tandis que de la fumée noire s’échappait de ses narines lorsqu’elles se dilataient.
Dans cette apparence terrifiante, seuls ses yeux semblaient encore vaguement vivants.
Vaguement.
Ses yeux immenses, animés d’une faible lueur grise, fixaient Kyle. Ils étaient la seule partie de son corps colossal qui n’avait pas pourri. Les yeux d’un être qui avait vécu cinq mille ans. Des yeux gonflés de nostalgie, chargés de chaque instant passé à refuser la mort.
« … »
Kyle ne dit rien.
Sa langue, qui s’était moquée de son haleine, resta immobile. Il n’éprouvait ni mépris ni pitié.
Il se contenta de regarder la scène telle qu’elle était.
Voilà le prix à payer pour refuser la mort, cette fatalité qui attend chaque être.
Elle avait dévoré tous les dragons orientaux de l’Est, ainsi que tous les dragons qui l’avaient accompagnée ; elle avait pris un continent entier pour bouc émissaire, capturé tous les Esprits, transformé les humains en bétail et lâché des monstres dévoués pour prolonger sa vie.
Voilà comment finissait ce dragon.
La seule chose qu’elle pouvait faire de la vie qu’elle avait étirée jusqu’à ses limites, c’était pourrir, mêlée à la poussière d’os qu’elle avait vomie.
« As-tu… tout vu ? »
Velatus prit la parole.
Sa voix éraillée résonna sourdement dans le berceau. Ses yeux gris scrutaient le visage de Kyle avec insistance, comme si elle attendait l’expression qui allait s’y dessiner.
« Si tu veux te moquer de moi, fais-le maintenant. Si tu veux dire que je suis affreuse, dis-le maintenant. »
Ses paroles étaient mordantes, mais Kyle percevait l’émotion qui se cachait dessous.
Ce monstre arrogant avait peur.
Peur de ce que ressentirait et dirait le premier à la voir dans toute sa déchéance.
« Je n’ai pas l’intention de me moquer. »
Kyle répondit calmement.
« Maintenant que nous nous sommes retrouvés face à face, parlons de la raison de ma venue. Tu as dit que tu me donnerais ton cœur. Comment comptes-tu me le remettre ? »
Les yeux de Velatus s’écarquillèrent.
Jusqu’ici, Kyle s’était montré insupportablement arrogant et grossier ; elle ne s’attendait donc pas à ce qu’il ne laisse paraître aucune moquerie.
Velatus le fixa un instant, puis prit la parole.
« Tu n’es pas totalement dépourvu de respect. »
À ces mots, le berceau trembla.
Grrrr… !
La vibration ne venait pas des parois du berceau, mais des profondeurs sous ses pieds. Le bourbier sanglant se déchaîna. Le sol tout entier, semblable à un marécage, commença à enfler.
Quelque chose d’énorme remontait des profondeurs du berceau.
Kyle recula vivement.
Toum.
Il entendit un bruit.
Toum. Toum. Toum.
Un séisme se déclencha.
Le bruit et les vibrations ébranlaient le sol lui-même. À chaque battement, la cendre dévalait du plafond du berceau comme une cascade, tandis que des ondulations concentriques se propageaient dans le bourbier.
Kyle sentit le pouls sous ses pieds, dans sa poitrine, dans son Mana et jusque dans son intention.
C’était une résonance écœurante, comme si le sang de son corps était entraîné par ce battement.
Enfin, le bourbier se fendit et quelque chose en émergea.
Un cœur immense surgit du marécage sanglant.
Il n’était ni pourri, ni gris, ni noir. Il était écarlate, vif et luisant, comme du sang fraîchement répandu. Des vaisseaux sanguins épais saillaient à sa surface, pareils à des vers ; ils frémissaient tandis que le cœur entier se contractait et se dilatait avec force à chaque pulsation.
Dans ce berceau, amas de décomposition, lui seul était vivant.
Des centaines, peut-être des milliers, de tentacules étaient reliés à la base du cœur.
Des filaments rouge sombre, semblables à des vaisseaux sanguins et à des racines, s’enfonçaient sous le bourbier. Les plus épais étaient aussi gros que de grands arbres, les plus fins pareils à des fils. Ces innombrables tentacules transperçaient le sol du berceau, passaient sous la Mer de Sable et s’étendaient jusqu’à des lieux lointains, invisibles.
Kyle suivit leur parcours grâce à son sens de l’aura.
Un frisson lui parcourut la peau.
Les filaments s’étendaient au-delà de la Mer de Sable et parcouraient tout l’Est. Comme des cours d’eau souterrains.
Non, c’étaient réellement des cours d’eau souterrains.
Un réseau de vaisseaux sanguins s’étendait en toile d’araignée sous le continent oriental. Même à cet instant, ils étaient à l’œuvre. Ils déversaient dans la terre du sang noir et mort ainsi que du Mana, tout en aspirant le sang frais et le Mana.
Inspiration et expiration.
Relâchement et contraction.
Approvisionnement et évacuation.
Tous les mécanismes d’exploitation dont Kyle avait été témoin dans l’Est convergeaient ici.
Ce cœur avait planté ses pailles dans tout le continent.
« C’est mon cœur. »
La voix éraillée de Velatus débordait de fierté.
« Il renferme cinq mille ans. L’essence de tous les dragons orientaux et de tous les dragons que j’ai dévorés s’y trouve aussi. Regarde, humain. Mon corps a pourri, mais pas mon cœur. Loin de pourrir, il est plus puissant que jamais. »
Ses yeux gris se tournèrent vers le cœur.
Ses yeux abîmés s’emplirent d’attachement. Celle qui avait méprisé la décomposition de son corps ne retrouvait sa fierté qu’en présence de son cœur.
« C’est un cœur que j’ai préservé pour moi-même et pour Ruin. Approche, humain. Toi que Ruin a choisi, toi qui demeures attaché à lui. Approche-toi. »
Velatus murmura :
« Approche-toi, tends la main et accepte la puissance de ce cœur. »
Toum.
Le cœur battit bruyamment. Les vaisseaux sanguins à sa surface frémirent et se gonflèrent imperceptiblement en direction de Kyle.
« À propos… »
Kyle prit la parole.
« Je n’ai jamais entendu de véritable raison. Pourquoi accepter la puissance de ce cœur servirait-il Ruin ? »
« Tu ne demandes la raison que maintenant ? »
L’agacement s’insinua dans la voix de Velatus.
« Même si Ruin a laissé derrière lui un attachement et organisé ta réincarnation, ta puissance est insignifiante face à la sienne. Même si tu manies l’épée toute ta vie, peux-tu espérer atteindre Ruin ? »
« Je le saurai en essayant. »
« Humain, voilà ton obstination. Pense à Ruin, qui a porté le poids du devoir toute sa vie et qui, même après sa mort, est allé au-delà du ciel pour s’en acquitter. Il a changé à la racine la Loi de la faible espèce humaine. Pourtant, il n’a pas estimé que c’était suffisant. Il a refusé le repos, brandi son épée au bout du ciel et confié à ses descendants la mission de protéger les frontières du monde. Un tel être n’est-il pas pitoyable ? Un être humain, mais aussi grand qu’un dragon, plus radieux et plus beau que le plus précieux des joyaux. Écourter d’un seul jour cette longue solitude et se tenir à ses côtés, voilà le devoir qui t’a été confié, à toi qui t’es réincarné. »
La voix de Velatus s’échauffa.
Kyle se retourna, par précaution.
« Cette conversation ne peut pas être entendue de l’extérieur, n’est-ce pas ? »
« Tu te soucies de choses aussi insignifiantes… ! Je n’ai autorisé que toi à entrer ici et à me rencontrer. Tu crois que je parlerais de Ruin comme si je bavardais avec des êtres insignifiants qui n’y connaissent rien ? »
Velatus cria.
Les battements du cœur s’intensifièrent, et la cendre retomba du plafond.
Kyle se protégea la tête d’une main et demanda :
« Donc, si j’accepte la puissance de ce cœur, je pourrai atteindre Ruin plus vite ? »
« Bien sûr. Il renferme l’essence de toutes les puissances que j’ai préservées malgré mon refus de mourir ! Tu n’as qu’à le toucher, puis accepter sa puissance et son sang. Alors, tu deviendras un être nouveau, grand et unique, qui dépassera l’humanité ! »
La voix de Velatus se mit à trembler d’excitation.
« Mon sang illustre te transformera. Il changera tes imperfections de faible en grandeur. C’est ce que je souhaite. Une fois uni à mon cœur et à mon sang, tu atteindras rapidement le ciel lointain où Ruin est parti. Et Ruin se tournera de nouveau vers moi, qui ne ferai plus qu’un avec toi. »
« Ne faire qu’un ? »
« Tremble devant cette gloire. »
Velatus murmura :
« Et réjouis-toi, humain. Tu étais faible. Même cinq cents ans plus tôt, tu n’étais rien face à Ruin. Si Ruin ne s’était pas souvenu de toi, j’aurais même ignoré ton existence. Pourquoi Ruin a choisi un être aussi insignifiant que toi comme attachement et s’est souvenu de toi, je ne peux le comprendre… mais tu as sans aucun doute ému Ruin plus profondément que le Roi démon Astaros ou moi. »
Grrrr… !
Velatus bougea la tête.
Son cou, d’où dégoulinait du pus sanglant, s’allongea. Sa tête pourrie et ses yeux gris s’approchèrent de Kyle.
« Je respecterai donc la volonté de Ruin et te donnerai mon cœur. Ruin a beau avoir réécrit la Loi des humains, ton espèce demeure désespérément faible. À mes yeux, tu n’es toujours qu’un être insignifiant. Mais en acceptant mon cœur, tu deviendras nouveau, grand et unique. »
« … »
« Prends mon cœur. Si ces cinq mille ans d’essence deviennent tiens, tu atteindras cette voie bien plus vite qu’à présent. Le côté de Ruin. Le souhait inachevé de Ruin. Voilà pourquoi j’ai enduré ces années d’humiliation pour lui. »
Toum. Toum. Toum.
Le cœur battait à toute allure, comme pour l’exhorter.
« Quelle raison as-tu d’hésiter ? Tout être imparfait aspire à la grandeur, et tout être faible désire la puissance. Toi, humain. Toi qu’on appelait le Démon de l’Épée. Toi qui as repris l’épée après ta réincarnation, poussé par un attachement persistant. Toi qui as convoité le pouvoir en t’adaptant aux Lois d’un monde transformé. La puissance que tu n’aurais jamais pu obtenir, quelles que soient tes luttes, se trouve devant toi. »
« On dirait bien. »
Kyle hocha lentement la tête et s’approcha du cœur.
En le voyant faire, Velatus murmura avec ravissement :
« Ah… ! Oui, c’est ce que tu dois faire. Si tu acceptes cette puissance, je n’aurai plus besoin de maintenir ce corps en vie. Toutes les racines qui parcourent cette terre se dessécheront, et tout ce qui a reçu mon sang se dissoudra dans le sang. Tout ce qui se trouve sur cette terre que tu as appelée l’enfer disparaîtra. Comme tu le souhaites. »
Kyle l’écouta et s’arrêta devant le cœur.
Il leva les yeux vers la tête de Velatus.
Ses yeux tremblaient de joie, comme si elle avait enfin atteint le dénouement qu’elle attendait depuis si longtemps.
« Velatus. »
Kyle tendit la main vers le cœur.
« Tu ne connais ni Ruin ni moi. »
Baal apparut dans sa main, jusque-là vide.
« Ruin ne voudrait pas de ça. »
L’Épée de l’Annihilation s’enfonça dans le cœur.
« Moi aussi. »
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