Chapitre 170
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 170 : Mâche, mâche
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C’était peut-être une conclusion hâtive, mais tous les soupçons qui pesaient sur l’Empereur n’étaient-ils pas fondés sur de simples circonstances ?
L’Empereur était suspect parce que, bien qu’il ne pratiquât aucune technique de cultivation, il gardait une jeunesse invraisemblable pour un homme de soixante-dix ans.
Le collier qui avait servi à réveiller Lavian avait réagi au contact d’Alero et de Ludmia, et les fils de lumière reliés à leurs poitrines menaient jusqu’à la salle d’audience. Ludmia était également si fragile qu’elle ne pouvait pas quitter le Palais Impérial.
Voilà tout ce qui motivait leurs soupçons. En vérité, n’était-il pas naturel que l’Empereur, maître de l’Empire et homme le plus puissant du continent, s’accroche à sa jeunesse ? Celle-ci allait bien au-delà de simples soins de beauté ou d’une bonne hygiène de vie, mais elle lui venait des arts sacrés de l’Église de la Lune.
Rien ne garantissait que l’Empereur lui-même sache exactement en quoi consistaient ces arts sacrés. C’était Muheok, le Chef de famille d’Izelion, qui avait avancé cette idée extrême : il fallait tuer l’Empereur parce qu’il paraissait suspect.
C’était pour cette raison que Julius avait choisi d’enquêter avec prudence au lieu de pointer aussitôt son épée vers la famille impériale.
À supposer qu’il y ait un autre cerveau derrière tout ça, l’Empereur n’est probablement que son pantin.
À première vue, l’Empereur qui se tenait devant lui ne semblait pas capable de s’en prendre ne serait-ce qu’à la matriarche des Alastor. L’esprit du vieil homme, obsédé par la jeunesse, paraissait ne contenir que son propre pouvoir et les démonstrations de force de l’Empire.
C’est pour ça qu’il se méfierait des Alastor, mais…
Attaquer Lavian ne servirait en rien la gloire de l’Empire. Les Alastor avaient beau être une famille qui échappait au contrôle de la famille impériale, entretenir de bonnes relations avec la famille du Saint de l’Épée constituait une formidable propagande pour tout le continent.
Un Empereur aussi grossier que lui avait-il la moindre raison de se brouiller avec les Alastor, au risque de menacer sa propre autorité et l’Empire ? Julius ne l’avait-il pas dit lui-même ? L’Empereur actuel n’était pas assez fou pour commettre un acte d’une telle ampleur.
Peut-être qu’il n’est même pas un pantin. Quelqu’un veut peut-être simplement semer la discorde entre l’Empereur et les Alastor, et diviser l’Empire.
Kyle se surprit à pencher du côté de Julius. Alors qu’il y songeait, la voix de l’Empereur retentit.
« Kyle Alastor. »
La voix l’avait tiré de ses pensées, alors qu’il réfléchissait justement à l’Empereur. Kyle dissimula son trouble et releva la tête. L’Empereur avait-il entendu ses pensées, d’une manière ou d’une autre ? Muheok avait dit qu’il avait insulté sa mère ici même sans qu’il ne se passe rien. Les arts sacrés avaient-ils gagné en puissance depuis ?
« Au sujet de vos fiançailles avec la Maîtresse de l’Église de l’Épée. »
L’Empereur s’adossa à son trône. Heureusement, il semblait ne pas avoir entendu les pensées de Kyle. Le sujet qu’il aborda ensuite n’était pourtant guère plus bienvenu que si ses pensées avaient été percées à jour.
« Depuis que j’ai annoncé cette heureuse nouvelle au continent, j’y ai beaucoup réfléchi. La Maîtresse de l’Église de l’Épée est sans conteste la meilleure épéiste du continent et une légende vivante. Votre union avec elle est un pont entre l’Empire et l’Église de l’Épée, et je la bénis de tout cœur. »
« Je vous en suis profondément reconnaissant. »
Kyle se contenta de répondre cela pour l’instant. Une bénédiction, mon cul. Cet article sur leurs fiançailles n’avait été que de la propagande impériale depuis le début. Tandis que Kyle y songeait, l’Empereur poursuivit :
« Cependant… »
Les doigts de l’Empereur tapotèrent l’accoudoir de son trône.
« Après mûre réflexion, je me suis rendu compte qu’un regret me restait. »
« Un regret ? »
« La Maîtresse de l’Église de l’Épée est une elfe, après tout. »
Où voulait-il en venir ? Kyle garda un visage impassible et attendit.
« J’ai entendu dire que les humains et les elfes pouvaient avoir des enfants, mais que c’était extrêmement rare. Et que ces sang-mêlé avaient encore moins souvent des enfants à leur tour. »
L’Empereur eut un petit rire et ajouta :
« Mais cela vaut toujours mieux qu’un mulet. Savez-vous ce que c’est ? Une bête née de l’accouplement d’un cheval et d’un âne. Ces hybrides sont stériles et ne peuvent donc pas avoir d’enfants. »
Mais qu’est-ce que ce cinglé raconte ?
Il prenait peut-être cela pour une plaisanterie, mais c’était le genre de plaisanterie qu’un homme assis sur un trône élevé pouvait se permettre, sans se soucier de ceux qui l’écoutaient.
« Vous pourriez me dire qu’ils ont rarement des enfants, mais rare reste rare. Il serait encore plus difficile pour ces enfants d’en avoir à leur tour. Cela poserait un sérieux problème de succession. »
« … »
« Descendant de la Lumière. Votre lignée ne vous appartient pas à vous seul. C’est la lignée du Saint de l’Épée et l’avenir de l’Empire. Si ce noble sang ne pouvait perdurer, n’en serait-ce pas une perte, non seulement pour votre famille, mais aussi pour l’Empire ? »
Toujours agenouillé, Kyle s’efforça de ne pas laisser son visage se durcir. Un étrange sous-entendu se cachait dans les paroles de l’Empereur. Il feignait d’exprimer un regret tout en orientant la conversation ailleurs.
« J’aimerais donc vous faire une proposition. »
L’Empereur se pencha en avant.
« Pour assurer votre descendance, que diriez-vous de vous unir aussi à une humaine, en plus d’une elfe ? »
« … Pardon ? »
« Je ne vous demande pas de rompre vos fiançailles avec la Maîtresse de l’Église de l’Épée. Cette union a sa valeur propre. Mais les grandes familles nobles ne nouent-elles pas plusieurs alliances afin d’assurer leur succession ? Votre sang doit perdurer. Et certainement au sein de cet Empire. »
Kyle se tut.
Au sein de cet Empire. Ces mots révélaient les véritables intentions de l’Empereur. Les Alastor comme l’Église de l’Épée étaient de grandes puissances, hors de portée de l’Empire. Si Kyle épousait la Maîtresse de l’Église de l’Épée et qu’ils avaient des enfants, les deux puissances seraient complètement liées.
« Dans ce cas, Votre Majesté, avez-vous une candidate en tête ? »
Julius posa la question à la place de Kyle. Sa voix était calme, mais Kyle sentit sa présence s’alourdir très légèrement. L’Empereur ne s’en aperçut pas ou attendait simplement cette question, car un large sourire illumina son visage.
« Oui. Une candidate tout à fait convenable. Kyle Alastor, que pensez-vous de ma fille, Ludmia ? »
La salle d’audience sombra dans le silence. Les chevaliers de la Garde impériale, rangés en formation, ne bougèrent pas d’un pouce, mais ce silence prit une autre tonalité. Le regard de Vandemion, le Capitaine de la Garde impériale, trembla légèrement. À sa réaction, on aurait dit que cette proposition n’avait existé jusqu’alors que dans l’esprit de l’Empereur.
Princesse Ludmia. Le nom de la princesse qui ne pouvait même pas quitter le Palais Impérial venait d’être avancé comme une proposition de mariage.
« Ma fille a quinze ans cette année, un an de moins que vous. Elle est douce, bien éduquée et très belle. »
La voix de l’Empereur s’échauffa.
« Imaginez, Descendant de la Lumière. La lignée du Saint de l’Épée et la lignée impériale des Valhart réunies. L’épée de la plus grande famille martiale du continent et la noblesse du plus grand Empire du continent réunies dans une seule lignée. Dès sa naissance, cet enfant se tiendra au sommet du continent. »
« … »
« Un enfant des Alastor et de l’Empire. Quel récit éclatant ce serait ! Une épopée que les bardes pourraient chanter pendant cent ans sans jamais en épuiser le sujet. Si une telle union était scellée et qu’un enfant naissait, l’Empire et les Alastor ne feraient plus qu’un. L’Empire, vieux de mille ans, prospérerait mille ans de plus, non, pour l’éternité ! »
Kyle ravala un soupir. L’Empereur parlait encore de propagande. À ses yeux, ni Kyle ni même sa propre fille, Ludmia, n’existaient. Il ne voyait que la prospérité de l’Empire et la possibilité d’en poser les fondations sous son règne, grâce à sa fille.
Le calcul qui se cachait derrière tout cela sautait également aux yeux. Il voulait lier les Alastor à la famille impériale par le mariage. Planter une graine qu’il pourrait maîtriser dans une famille qui lui échappait.
S’il est sincère, l’Empereur est peut-être idiot, mais il ne cherche pas à semer le chaos sur le continent.
Les paroles et le comportement de l’Empereur suivaient toujours le même schéma. Il ne pensait qu’à la prospérité de l’Empire et voulait l’exhiber devant le continent.
« Veuillez excuser ma franchise… »
Le sourcil de Julius tressaillit.
« Mais la Princesse Ludmia n’est-elle pas fragile ? »
« Elle est née ainsi, mais son état s’améliore. »
L’Empereur en parla comme si cela n’avait rien d’important.
« Le clergé de l’Église de la Lune et les meilleurs guérisseurs du continent s’occupent d’elle sans relâche. Je ne vous demande pas de sceller cette union tout de suite. Si Ludmia guérit un jour, vous pourrez alors vous unir. Il suffit d’en faire la promesse. »
L’Empereur poursuivit, la voix pleine de l’enthousiasme de quelqu’un qui avait déjà tiré sa conclusion.
« Vous n’avez pas non plus épousé tout de suite la Maîtresse de l’Église de l’Épée. Ce n’est qu’un avenir promis. Il peut en aller de même avec Ludmia. Faites simplement une promesse, ici et maintenant. Promettez que vous vous unirez à elle une fois sa maladie guérie. Un seul mot suffit. »
Une simple promesse.
Toujours agenouillé, Kyle plissa les yeux. L’Empereur présentait cela comme une chose sans importance, mais il ne pouvait ignorer le poids de ces mots. Une promesse devenait un carcan. Tout comme ses fiançailles avec Helenas dépendaient de sa victoire, une promesse à Ludmia dépendrait de son rétablissement.
C’est exactement comme avec Lucia.
Kyle ravala un rire amer. Même s’il ne s’agissait que d’un accord, l’accepter le lierait aussi à la famille impériale.
Pour faire simple, Kyle n’éprouvait aucun sentiment amoureux pour Ludmia. Ils ne s’étaient rencontrés qu’une fois et il n’avait ressenti que de la compassion pour elle. Il pouvait laisser une porte ouverte à Helenas ou à Lucia, parce qu’il était profondément lié à elles, mais Ludmia n’avait aucune raison de bénéficier du même traitement.
Le problème, c’était que Kyle ne pouvait pas facilement exprimer lui-même ce refus. Celui qui lui faisait cette proposition était l’Empereur. Kyle pouvait se forcer à traiter le Prince héritier Alero d’égal à égal, mais pas l’Empereur.
À vrai dire, il n’en avait pas besoin. Il n’était pas seul dans la pièce.
« Votre Majesté. »
Julius prit la parole.
« Ah, Julius. Je sais, je sais. »
Mais l’Empereur leva la main et l’arrêta avant qu’il ait pu finir. Puis, avec un sourire délibérément magnanime, il baissa les yeux vers Kyle.
« Je sais que votre petit-fils aime la Maîtresse de l’Église de l’Épée. Je sais aussi combien cette promesse lui est précieuse. Mais comment un vrai homme, et tout particulièrement un héros qui fera connaître son nom sur le continent, pourrait-il ne viser qu’une seule femme ? »
L’Empereur éclata d’un rire sonore.
« Depuis l’Antiquité, ne dit-on pas que les héros aiment les femmes ? À mes yeux, votre petit-fils est sans aucun doute né pour être un héros. Alors, qu’y aurait-il de mal à ce qu’il garde deux femmes à ses côtés ? Ou trois ? »
Kyle resta sans voix. Avant même de pouvoir se dire que l’homme était grossier, il fut frappé par son incroyable constance. Au lieu de s’inquiéter pour sa fille malade, l’Empereur s’accrochait obstinément à cette proposition de mariage. À ses yeux, Ludmia était d’abord un atout au service de son autorité et de la prospérité de l’Empire, et seulement ensuite sa fille.
Bon sang.
Dans cette vie comme dans la précédente, Kyle n’avait jamais rencontré d’homme puissant dont les intentions soient aussi transparentes. Un complot sinistre l’aurait au moins rendu méfiant. Si tout cela n’était qu’un jeu d’acteur, l’Empereur serait terriblement dangereux, mais son sourire et ses paroles n’avaient rien d’un rôle.
« Votre Majesté. »
Julius reprit la parole. Il se tenait droit, mais sa voix trahissait une irritation manifeste. Elle n’était plus assez discrète pour que seul Kyle la remarque. Tout le monde dans la salle d’audience pouvait la sentir.
« Je vous prie de comprendre que je ne dis pas cela parce que je méconnais la valeur de la princesse. »
Julius ne s’en tint pas à son ton. Il appuya fermement un doigt contre son front plissé en fixant l’Empereur. Le sourire de ce dernier se figea.
« Les Alastor ne troquent pas les membres de leur famille. »
L’atmosphère de la salle d’audience se glaça. Vandemion, le Capitaine de la Garde impériale, fronça les sourcils en regardant Julius, mais ne prit pas la parole pour l’arrêter. Dans une certaine mesure, il respectait lui aussi la position et les propos de Julius.
« Troquer ? Julius, ce n’est pas ce que je voulais dire. »
L’Empereur balbutia. Une anxiété manifeste avait remplacé le rire sonore qui animait son visage quelques instants plus tôt. Comme prévu, il avait du mal à traiter avec les Alastor. Plus précisément, il avait du mal à traiter avec Julius, Chef de famille des Alastor et Grand-Duc de l’Empire.
« Je sais que ce n’était pas l’intention de Votre Majesté. Mais je suis trop sot pour comprendre vos nobles desseins. C’est donc ainsi que j’ai interprété vos paroles. »
« Je vous ai dit que ce n’était pas… »
L’Empereur ajouta ces mots avec prudence, mais Julius ne recula pas.
« Par conséquent, Votre Majesté, faisons comme si rien de ce qui a été dit aujourd’hui ne s’était jamais produit. »
« Comme si rien ne s’était produit ? »
« Si nous disions que nous n’avons pas entendu, cela voudrait dire que nous pourrions l’entendre à nouveau un jour. Mais si nous disons que cela ne s’est jamais produit, alors cela ne se reproduira jamais. C’est ce que nous allons faire. »
Les doigts de l’Empereur s’immobilisèrent sur l’accoudoir. Avant qu’il ait pu réfléchir davantage et ajouter quoi que ce soit, Julius poursuivit :
« Par conséquent, Votre Majesté, ce qui a été discuté ici aujourd’hui ne doit en aucun cas être révélé au monde. »
« … »
« La dernière fois, Votre Majesté a annoncé au continent les fiançailles de mon petit-fils et de la Maîtresse de l’Église de l’Épée, conformément à vos nobles desseins. Mais si cette affaire venait à être rendue publique, on raconterait que la princesse a essuyé un refus. Cela porterait atteinte à la dignité de la famille impériale, et je ne laisserai jamais une telle histoire se répandre. »
Ses paroles étaient respectueuses. L’argument consistant à protéger la dignité de la famille impériale était lui aussi irréprochable. Mais elles contenaient un avertissement : si l’Empereur tentait encore un coup pareil, comme publier l’affaire dans les journaux, les Alastor feraient tout voler en éclats.
« Hum… »
L’Empereur se racla la gorge. La gêne traversa son visage, qui riait encore de l’appétit amoureux des héros quelques instants plus tôt. Il jeta un regard prudent à Julius avant de prendre la parole.
« Je comprends ce que vous voulez dire, Julius. Je me suis laissé emporter. Pour ce qui a été dit aujourd’hui… faisons comme si cela ne s’était pas produit, pour l’instant. »
« Pour l’instant ? »
« On ne peut pas savoir comment les sentiments des gens évolueront, n’est-ce pas ? Quels que soient nos souhaits, à vous et à moi. Si Ludmia et votre petit-fils souhaitent s’unir, comment pourrions-nous faire comme si cette conversation n’avait jamais eu lieu ? »
L’Empereur regarda Kyle avec ferveur en parlant. Cette expression et ce regard pouvaient-ils vraiment être feints ? Était-ce possible ? Si oui, Germea Valhart n’aurait pas dû être Empereur, mais acteur.
« Aujourd’hui, j’ai simplement été trop pressé. Je pensais à l’avenir de l’Empire, voyez-vous. »
L’Empereur ajouta ces mots avec un sourire embarrassé. Julius baissa lentement la tête à son tour.
« Je comprends les nobles intentions de Votre Majesté. »
Toute trace de la fermeté qu’il avait montrée quelques instants plus tôt avait disparu. Julius savait vraiment dégainer son épée et la rengainer avec aisance. En le regardant, Kyle réfléchit :
Il recule quand on le pousse dans ses retranchements, et il observe aussi les réactions des autres…
L’Empereur se méfiait peut-être des Alastor, mais ne semblait pas vouloir ouvertement s’en faire des ennemis et semer le désordre. Sinon, l’Empire qu’il voulait rendre si glorieux se déchirerait et le nom de Germea Valhart ne resterait jamais dans l’histoire comme celui d’un souverain sage.
L’audience avec l’Empereur terminée, Kyle et Julius quittèrent la salle du Trône. Ils auraient pu sortir immédiatement du Palais Impérial, mais Kyle jeta un regard à Julius et prit la parole.
« Avant de rentrer à Gladiheim, j’aimerais rendre visite à la Princesse Ludmia. »
« Kyle. Souhaites-tu vraiment t’unir à la Princesse Ludmia ? »
Julius le lui demanda d’un air incrédule, et Kyle agita aussitôt les mains.
« Non, ce n’est pas ce que je veux dire. Puisque je suis ici après tout ce temps, ne devrais-je pas aller la saluer ? Je lui avais aussi dit que je viendrais la voir de temps en temps. »
« Voilà donc pourquoi Sa Majesté a dit toutes ces choses. Tu as d’abord fait espérer la Princesse Ludmia, séducteur. »
« Non, non, ce n’est pas ça, séduire ! »
Quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas dire au beau milieu du Palais Impérial que c’était parce qu’il avait pitié de la princesse. Kyle devait encore choisir ses mots avec prudence, ici.
« Je veux juste lui tenir compagnie un petit moment. Ça ne prendra pas longtemps… »
« D’accord. Je viens avec toi. »
« Tu comptes rester avec nous ? »
« Ma présence la mettrait mal à l’aise. Je viendrai avec toi et je vous attendrai dans une autre pièce. »
Il craignait que quelqu’un, au Palais Impérial, ne cherche des ennuis à Kyle.
* * *
« Monsieur Kyle ! »
Ludmia, que Kyle revit après plusieurs mois, paraissait toujours aussi fragile. Son visage était pâle et son corps menu, comme auparavant. L’Empereur avait dit que son état s’améliorait, mais rien, en apparence, ne semblait avoir changé.
« Cela fait longtemps, Votre Altesse. »
Kyle s’exprima avec toute la politesse requise. Julius avait emmené Epor, le chevalier chargé de garder Ludmia, en leur proposant de prendre le thé ensemble.
Les Alastor et Vandemion, membres de deux des Trois Grandes Familles martiales, entretenaient depuis longtemps des relations, mais pour Epor, le plus jeune petit-fils de Vandemion, Julius était un grand homme, extrêmement intimidant.
Epor était naturellement terrifié, mais ils ne pouvaient refuser une invitation à prendre le thé du Grand-Duc en personne. Il ne resta donc que Kyle et Ludmia dans la pièce.
« J’ai beaucoup entendu parler de vous, Monsieur Kyle. On m’a dit que vous aviez voyagé hors de Gladiheim pendant plusieurs mois. »
Ludmia joignit les mains, les yeux brillants. Née dans ce vaste Palais Impérial et n’ayant jamais mis le pied dehors, la princesse semblait voir devant elle le héros d’un conte de fées. En vérité, elle avait hâte d’entendre les récits des aventures de Kyle.
« Racontez-moi, Monsieur Kyle. Quelles aventures avez-vous vécues à l’extérieur ? Pourquoi êtes-vous allé à Avens ? C’était à la demande des Corbeaux, n’est-ce pas ? »
« Je ne peux pas vous parler en détail de cette demande. Ce n’est pas parce que je n’en ai pas envie, mais à cause du contrat. En revanche, je peux vous parler de l’Église de l’Épée. »
Les yeux de Ludmia brillèrent davantage encore. Par quoi commencer ? Kyle réfléchit un instant, puis prit la parole.
« Connaissez-vous les Apôtres de l’Église de l’Épée ? »
Ils étaient les Sept Apôtres ; il pouvait donc continuer à raconter un bon moment, même en n’en présentant qu’un à la fois. C’était dommage pour Epor, que Julius avait entraîné à l’écart.
Ils veulent me fiancer à une gamine comme elle.
Kyle regarda Ludmia, qui lui arrivait à peine au ventre, et accabla mentalement l’Empereur.
Mâche, mâche.
* * *
« Que penses-tu de l’Empereur ? »
« Il n’a pas l’air de comploter dans l’ombre. »
« Tu l’as bien cerné. »
De retour à Vigrid, le grand-père et son petit-fils discutèrent dans la calèche qui les ramenait à Gladiheim.
« Germea Valhart. Aux yeux des habitants de l’Empire, c’est un souverain sage. Il est très vaniteux et tient à se mettre en valeur, mais il n’exploite pas le peuple de l’Empire. Au contraire, parce qu’il veut que l’histoire le retienne comme un souverain sage, il se consacre à la gouvernance. »
Julius poursuivit en regardant par la fenêtre.
« Il tient à ce que les habitants de l’Empire révèrent la famille impériale et souhaite la prospérité de l’Empire comme de cette famille. Il lui arrive d’être si flagrant que c’en est désagréable, mais on peut le comprendre. Voilà pourquoi je ne crois pas que l’Empereur ait orchestré l’attaque contre Lavian. »
« Et s’il pompait la vitalité de ses enfants ? »
« Il a déjà tout ce qu’il peut désirer, alors il n’accueille probablement pas la vieillesse à bras ouverts. C’est pour cela qu’il s’accroche à sa jeunesse, mais… Je me demande. Quelqu’un qui conserve sa jeunesse en pompant la vitalité de sa fille ferait-il une proposition de mariage avec cette même fille, si fragile qu’elle pourrait mourir à tout moment ? »
Julius pencha la tête et jeta un regard à Kyle.
« S’il voulait vraiment mêler le sang de la famille impériale à celui des Alastor, la Princesse Ludmia devrait vivre longtemps et te donner des enfants. Envoyer sa fille, qui pourrait bientôt mourir, dans une autre famille ne ferait que ternir la réputation de la famille impériale. L’opinion publique, aussi bien dans l’Empire que dans les autres nations, ne serait pas favorable non plus. »
« Et s’il voulait susciter la compassion ? »
« La famille impériale doit être révérée, pas prise en pitié. L’Empereur est le genre d’homme qui considérerait la compassion de ses sujets comme une humiliation. »
« Hum. Alors peut-être ne sait-il même pas qu’il pompe la vitalité de sa fille. »
« La Princesse Ludmia est fragile depuis sa naissance. Il pense peut-être qu’elle est simplement ainsi. Mais les soupçons qui pèsent sur l’Empereur ne concernent pas seulement ses enfants. Les racines de l’Arbre spirituel, dont Izelion a la charge. On dit que son dépérissement est également lié au Palais Impérial. Rends-toi à Izelion pour t’en assurer avant de franchir la frontière de l’Est. »
« Oui. »
Kyle hocha la tête. Le manoir principal d’Izelion se trouvait près de la Chaîne de montagnes de la Sagesse, là où se dressait le Mur de la Séparation. Il devait donc s’y arrêter de toute façon.
« Je partirai dans quelques jours. »
Il n’était pas rentré depuis longtemps, mais il allait bientôt devoir repartir.
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