Chapitre 156
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 156 : À la lueur des bougies
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Kyle n’était pas le seul à être occupé au Bosquet de l’Épée.
Les Apôtres l’étaient aussi. Avant l’arrivée de Kyle, leurs journées se ressemblaient pour la plupart. Tous les jours, à la même heure et au même endroit, ils regardaient le Maître de l’Église de l’Épée manier son arme. Ensuite, ils s’entraînaient eux-mêmes à l’épée.
À part les passionnés comme Tebar, les Apôtres s’entraînaient dans le calme. Chacun méditait à sa manière, essayant de reproduire l’escrime du Maître de l’Église de l’Épée ou revenant sur la sienne. Seul Tebar défiait le Maître de l’Église de l’Épée ou les autres Apôtres. Les autres ne cherchaient généralement même pas à s’affronter entre eux, encore moins à défier le Maître de l’Église de l’Épée.
Quand cette vie de chercheurs de l’épée leur devenait étouffante, ils quittaient la forêt. Ils enseignaient aux disciples et aux membres de l’Église de l’Épée installés dans les villages voisins, ou partaient en voyage sous prétexte de répandre la foi.
Autrement dit, les Apôtres n’avaient pas l’habitude d’avoir une vie particulièrement chargée.
Puis Kyle était apparu, présenté comme un candidat au titre de compagnon du Maître de l’Église de l’Épée. Il leur avait montré une nouvelle épée, s’était mesuré aux Apôtres et s’était même mis à dévorer puis assimiler leur escrime.
Tout avait changé dans leur façon de voir les choses.
Ils s’étaient mis à manier leur épée avec davantage d’acharnement.
Voir l’épée que l’on avait travaillée toute sa vie se faire dérober était frustrant. Pourtant, l’instinct et le désir d’un épéiste l’emportaient sur cette frustration. Pour éviter de se faire dépouiller, ils devaient ajouter de nouvelles choses à leur escrime plus vite que Kyle ne pouvait les leur prendre.
Les Apôtres n’avaient d’autre choix que d’étudier plus en profondeur qu’auparavant. Ils repassaient en revue les techniques qu’ils avaient pratiquées toute leur vie et se demandaient ce qu’ils pouvaient encore y apporter.
C’était assez drôle, en un sens. Le voleur qui grignotait leur escrime était aussi devenu la pierre à aiguiser qui les rendait plus tranchants.
Pour les Aînés Obion et Theodic, c’était un changement bienvenu.
« Je ne sais pas comment était l’Église de l’Épée avant mon arrivée, mais depuis que je suis ici, elle n’a jamais autant ressemblé à ce qu’elle devrait être. »
Obion sourit en versant du vin dans une coupe. En face de lui, Theodic acquiesça lentement et la prit.
« Serga passe son temps à comparer l’épée du Maître de l’Église de l’Épée à celle du jeune maître. Evan a dû être piqué dans son orgueil lors de son dernier duel, car il a manié son épée toute la nuit. Ronia a cessé de vagabonder à l’extérieur et se consacre entièrement à son épée. »
« Sans parler de Lamika et de Tebar. »
Theodic eut un petit rire à la réponse d’Obion.
« Tebar, surtout. Il suit le jeune maître partout, n’est-ce pas ? Dès qu’il croit repérer une ouverture, il lui tend une embuscade. »
« Je crois qu’il va un peu trop loin. À cause de lui, le jeune maître ne peut même pas aller aux toilettes tranquillement. »
« Ça marche dans les deux sens, non ? Tu n’as pas vu Tebar courir nu dans la forêt, l’autre jour ? »
C’était une scène indécente, impossible à montrer aux membres ordinaires de l’Église de l’Épée. Quelques jours plus tôt, Tebar prenait tranquillement un bain dans les bains publics quand Kyle lui avait tendu une embuscade. Fou de rage, Tebar n’avait même pas pris le temps de s’habiller. Il avait parcouru le Bosquet de l’Épée, son espadon à la main, en hurlant comme un dément.
« C’est une bonne chose. »
Obion but une gorgée.
« L’Église de l’Épée était immobile depuis bien trop longtemps. Comme le Maître de l’Église de l’Épée ne bougeait pas, tout le monde avait fini par croire que cette immobilité était normale. »
Jusqu’alors, l’Église de l’Épée avait vénéré le Maître de l’Église de l’Épée, qui n’était guère différent d’une pierre tombale en forme d’épée. Une pierre tombale ne vit pas et ne bouge pas. Bien sûr, le Maître de l’Église de l’Épée était en vie, mais aux yeux des membres de l’Église, elle n’avait jamais été qu’une pierre tombale maniant son épée au même endroit.
Même les Apôtres qui la servaient de près pensaient ainsi. Rien n’existait en elle hormis l’épée. Ni émotions, ni même désirs propres à un être vivant. Elle passait ses journées à manier la même épée qu’hier, manierait la même demain et continuerait ainsi des décennies durant.
Les membres de l’Église de l’Épée et les Apôtres la vénéraient, mais ne la suivaient pas.
Après l’arrivée de Kyle, les Apôtres, qui étaient restés immobiles à ses côtés, s’étaient mis à poursuivre l’épée avec acharnement.
« Leur foi dans le Maître de l’Église de l’Épée reste inébranlable. »
Theodic vida sa coupe.
« Plus on manie une épée et qu’on apprend à la comprendre, plus on se rend compte du caractère extraordinaire de la sienne. Cette grandeur… ne vient pas de l’épée elle-même, mais du désir ardent qu’elle lui a consacré. C’est peut-être irrévérencieux de le dire, mais tu le sais aussi. Le Maître de l’Église de l’Épée n’a aucun talent pour l’épée. »
Comme Obion, Theodic avait observé l’épée du Maître de l’Église de l’Épée de près pendant des décennies. Son propre niveau avait considérablement progressé par rapport à plusieurs décennies auparavant, tandis que son épée, à elle, s’était à peine améliorée.
« L’épée du Maître de l’Église de l’Épée a atteint depuis longtemps les limites de ses capacités innées. Bien sûr, elle continue de les dépasser, petit à petit. Un pas en plusieurs décennies, ou peut-être même un demi-pas. »
Le Maître de l’Église de l’Épée avait manié son arme sans relâche pendant le temps qu’il fallait à un humain pour naître, vieillir et mourir. N’importe qui d’autre aurait désespéré depuis longtemps et abandonné son épée, mais pas elle.
C’était pour cela que Theodic la respectait. Ce ne serait pas exagéré de dire que le Maître de l’Église de l’Épée représentait le sommet qu’une personne sans talent pour l’épée pouvait atteindre. Elle avait depuis longtemps gagné le titre d’épéiste la plus puissante du continent, et pourtant, elle n’était toujours pas satisfaite et continuait de manier son épée.
« Le Maître de l’Église de l’Épée ne connaît pas le désespoir. Elle a manié son épée ainsi pendant des centaines d’années. J’espérais… qu’elle continuerait pour toujours. Si elle devait désespérer maintenant, après tout ce temps, les années qu’elle a vécues deviendraient insupportablement douloureuses. Et, en tant qu’elfe, elle doit vivre encore aussi longtemps qu’elle a déjà vécu. »
Theodic avait parlé comme s’il récitait un texte. Puis il remarqua le sourire chaleureux d’Obion, de l’autre côté de la table, se racla doucement la gorge et se resservit du vin.
« Bien sûr, si j’avais du mal à accueillir pleinement le changement du Maître de l’Église de l’Épée, c’était aussi à cause des membres ordinaires. L’Église de l’Épée compte plus de dix mille membres répartis sur tout le continent. »
C’était le nombre d’épéistes officiellement admis dans l’Église et qui y servaient activement. Si l’on comptait également ceux qui lui étaient affiliés et les jeunes épéistes élevés dans les établissements de ses paroisses, ce chiffre serait multiplié plusieurs fois.
Pour une religion vieille de cinq cents ans, cela pouvait sembler peu. Pourtant, l’Église de l’Épée n’était pas un groupe voué à un dieu. Elle suivait un seul Maître de l’Église de l’Épée, bien vivant. À son commandement, ces dix mille épéistes abandonneraient immédiatement toute autre allégeance et se rassembleraient au Bosquet de l’Épée.
« Si le Maître de l’Église de l’Épée devait désespérer un jour et poser son épée, ou si elle était vaincue et cessait d’être l’épéiste la plus puissante, tous ces membres pourraient eux aussi perdre espoir. »
« Tu le penses encore ? »
« Maintenant… je vois les choses un peu différemment. L’épée du Saint de l’Épée que le jeune maître nous a montrée était clairement supérieure à celle du Maître de l’Église de l’Épée. Si le jeune maître hérite pleinement de cet héritage, il pourrait devenir la nouvelle idole de l’Église. »
Theodic supervisait l’ensemble des activités de l’Église ; il ne pouvait donc s’empêcher de réfléchir à son avenir concret. Pourtant, même lui, qui parlait ainsi à présent, pensait récemment davantage à sa propre épée qu’à l’avenir de l’Église. Le changement apporté par Kyle au Bosquet de l’Épée l’avait manifestement touché, lui aussi.
Mais il fallait tout de même penser au proche avenir. Kyle l’avait annoncé plus tôt dans la journée.
Dans une semaine, Kyle quitterait le Bosquet de l’Épée pour retourner chez les Alastor.
« Le vent nouveau qui souffle sur le Bosquet de l’Épée ne cessera pas simplement parce que le jeune maître s’en ira. L’épée du Saint de l’Épée a peut-être captivé les Apôtres, mais ils resteront auprès du Maître de l’Église de l’Épée, comme ils l’ont toujours fait. »
« Parce qu’un jour, le jeune maître dirigera l’Église de l’Épée. »
« C’est exact. Celui qui devrait nous inquiéter, c’est… le Maître de l’Église de l’Épée. Le vent apporté par le jeune maître est bien trop puissant pour quelqu’un qui est resté immobile si longtemps. Je crains qu’elle ne succombe à un démon intérieur après le retour du jeune maître chez lui. »
« C’est pour cela qu’il leur faut un héritier. »
Theodic avait parlé avec fermeté. Les deux Aînés les plus âgés de l’Église de l’Épée s’étaient réunis autour d’un verre pour discuter précisément de cette question.
« Si elle concevait un enfant, le Maître de l’Église de l’Épée se sentirait moins seule. Et le jeune maître ne pourrait plus repousser indéfiniment le mariage. »
« … »
« Qu’y a-t-il à tergiverser ? Le Journal impérial a déjà répandu sur tout le continent la nouvelle de la relation entre le jeune maître et le Maître de l’Église de l’Épée. C’est devenu un fait établi, sans qu’ils aient besoin de promettre de se marier plus tard. Alors faisons-les concevoir un enfant d’abord. »
« Theodic, un enfant est un don du ciel. Même s’ils en veulent un, ça ne viendra peut-être pas facilement. »
« Ne dis pas des choses aussi décourageantes. Je suis le seul Apôtre à avoir eu un enfant. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de don du ciel ? Un enfant, ça arrive quand un homme et une femme se pressent le ventre l’un contre l’autre. »
Theodic maugréa comme si Obion était d’une sottise désespérante, puis but une nouvelle gorgée de vin.
« Je sais que les humains et les elfes ont du mal à avoir des enfants ensemble, mais il leur suffit alors de persévérer jusqu’à ce que ça marche. Le jeune maître est dans la force de l’âge, et le Maître de l’Église de l’Épée change sous l’effet de ces nouveaux stimuli. S’ils passent leur nuit de noces ensemble, ils feront l’effort d’eux-mêmes. »
« Le jeune maître n’a que seize ans. »
« C’est justement ce que je ne comprends pas. À cet âge-là, la vue d’une feuille qui tombe suffisait à me faire frémir. Pourtant, le jeune maître vit sous le même toit que ce magnifique Maître de l’Église de l’Épée, dort dans le même lit qu’elle, et il ne se passe rien… »
« Cela signifie seulement qu’il est pur, qu’il pense sincèrement à l’avenir et qu’il chérit le Maître de l’Église de l’Épée. Ce n’est pas à des vieillards comme nous de les presser. »
« Dans ce genre d’affaires, ce sont les vieillards qui devraient les pousser un peu. »
Theodic ne semblait pas près de céder, pas plus qu’Obion.
« Plus une chose est importante, moins il faut se précipiter. »
« En vivant jusqu’à cet âge, j’ai compris qu’il y avait beaucoup de choses qu’il fallait hâter dans ce monde. »
« Je suis plus vieux que toi. Qui essaies-tu de sermonner sur l’âge ? »
« Tu dois être ravi d’avoir quelques années de plus. Bon, faisons comme ça. Nous leur donnerons simplement l’occasion de se rapprocher. J’ai vu que le jeune maître était mûr et qu’il aimait l’alcool, alors nous mettrons quelques bouteilles de grand cru bien corsé dans la chambre du Maître de l’Église de l’Épée et du jeune maître. »
À ces mots, Obion se tut et fouilla dans ses souvenirs. Cela faisait maintenant quarante-cinq ans qu’il servait le Maître de l’Église de l’Épée. L’avait-elle seulement déjà touché à de l’alcool, durant tout ce temps ?
« … »
Obion, en tout cas, ne s’en souvenait pas. Le Maître de l’Église de l’Épée ne s’intéressait généralement même pas aux repas ; elle n’avait donc pas pu goûter de l’alcool en cachette. Et avant qu’Obion ne commence à la servir ? Probablement pas davantage. Il n’arrivait tout simplement pas à l’imaginer en train de boire.
« Ils ont atteint des niveaux si élevés. Même avec de l’alcool fort, pourraient-ils s’enivrer ? »
« Même nous, nous ne réprimons pas l’ivresse quand nous buvons. Je ne veux pas que le jeune maître et le Maître de l’Église de l’Épée perdent la tête. S’ils se laissent un peu plus emporter que d’habitude par leurs émotions, ils coucheront ensemble d’eux-mêmes. Le jeune maître, surtout, est dans la fleur de l’âge. »
« Hum… »
Obion commençait à faiblir. Il ne voulait pas les pousser délibérément à consommer leur union sous l’effet de l’alcool, comme le proposait Theodic. Malgré tout, il se surprit à vouloir faire goûter un bon vin au Maître de l’Église de l’Épée, puisqu’elle n’en avait jamais bu.
« Ce n’est pas à nous de décider. Demain, je demanderai au Maître de l’Église de l’Épée et au jeune maître s’ils aimeraient goûter du vin si nous leur en apportons. »
« Pourquoi attendre demain ? J’ai du bon alcool chez moi, et la pleine lune est magnifique ce soir. »
« Quel rapport avec la pleine lune ? »
« Je comprends mieux pourquoi tu es resté célibataire tout ce temps. Bref, ne remettons pas ça à demain. Allons tout de suite demander au Maître de l’Église de l’Épée. »
Theodic se leva brusquement.
À cet instant, Kyle se trouvait à la lisière du Bosquet de l’Épée.
Les grands travaux de construction du Bosquet de l’Épée étaient terminés depuis longtemps, mais Agur séjournait toujours à ses abords, où il s’était même bâti une nouvelle maison.
C’était à cause de Jor. Une fois son entraînement de l’après-midi terminé, Kyle l’avait amenée ici et s’était consacré aux recherches qu’il lui avait promises. Agur dessinait sans cesse le corps de Jor, effaçait ses croquis, puis recommençait. Il parcourait son long corps des mains, caressait ses écailles et approchait son visage de ses cornes, de ses yeux, de son nez, de sa bouche, de ses dents et même de l’intérieur de sa gueule.
Chaque fois que Jor libérait de l’énergie électrique, Agur y plongeait hardiment la main et se faisait électrocuter avec une expression extatique. Lorsqu’il avait découvert que Jor pouvait aussi libérer du mana doté d’autres attributs que l’électricité, il s’était mis à réclamer de les expérimenter lui-même.
À cet instant, Agur tremblait en caressant une bourrasque brûlante. Le corps des nains, adapté à la fabrication d’objets, résistait naturellement très bien au mana. Un humain aurait été gravement brûlé au moindre contact avec ce vent brûlant, mais Agur ne laissa échapper aucun gémissement de douleur tandis qu’il le caressait à mains nues.
« Oh, oh… »
À la place, il émettait des sons d’un tout autre genre. Ravis, ses doigts caressaient le vent tandis que son autre main glissait sur les dents de Jor. La gueule grande ouverte, celle-ci supportait ce contact répugnant tout en lançant à Kyle un regard chargé de reproches.
Je suis désolé. Vraiment.
Même Kyle n’avait pas prévu que le nain deviendrait aussi obsédé par Jor. Il ne pouvait pourtant pas demander à Agur d’arrêter maintenant. Le regard du nain, tandis qu’il étudiait Jor, était bien trop sérieux.
C’était logique. Les nains créaient toutes sortes de choses, mais ne connaissaient jamais la satisfaction. Rien de ce qu’ils fabriquaient ne leur plaisait. Ils passaient leur vie insatisfaits, à créer des objets en vain jusqu’à leur mort.
C’est pourquoi les nains fabriquaient sans relâche. La plupart du temps, mécontents du résultat, ils détruisaient eux-mêmes leurs créations. Les ouvrages nains qui subsistaient dans le monde étaient surtout des commandes ou des pièces qu’ils avaient été forcés de fabriquer après avoir été capturés. Dans les deux cas, ils n’avaient pas créé ce qu’ils désiraient vraiment.
« C’est pareil pour l’épée du jeune maître. »
Après avoir examiné Jor un moment, Agur s’allongea à plat ventre et se mit aussitôt à dessiner.
« Fenris. Elle est connue dans le monde entier comme l’épée du Démon de l’Épée et celle du Saint de l’Épée. Mais à l’origine, elle était le symbole d’une famille détruite il y a cinq cents ans. Ce n’est qu’une épée fabriquée par un nain inconnu, à la demande du Chef de famille. »
Kyle baissa les yeux vers le croquis d’Agur. Même en le regardant, il n’arrivait pas à comprendre exactement de quoi il s’agissait, mais on aurait dit un plan représentant quelque chose qui ressemblait à Jor.
« Ah, je ne dis pas qu’elle est mal faite. Même quand ils travaillent sur commande, les nains ont leur fierté. Rien de ce qu’ils fabriquent ne les satisfait, mais ils font quand même de leur mieux. Fenris est une épée bien faite. Il y en a peu qui soient mieux conçues dans le monde. »
En disant cela, Agur fronça les sourcils.
« À propos, jeune maître, tu viens d’Alastor. Les nains n’aiment pas beaucoup les Alastor. Pour être plus précis, nous n’aimons pas la Tour de l’Épée, où vivent les sang-pur de ta famille. »
« Parce que la Reine des Dragons l’a construite ? »
« Exactement. Je te le jure, pas un seul nain au monde n’aime les dragons. Ces lézards cupides et vaniteux exploitent les nains depuis la nuit des temps. Celle qui en a exploité le plus, c’est la Reine des Dragons, Velatus. »
Crac.
Agur grinça des dents en parlant.
« On raconte que la Reine des Dragons a rassemblé des nains et leur a ordonné de fabriquer toutes sortes d’artefacts. Elle ne leur a même pas dit à quoi ils devaient servir. Puis elle a englouti une quantité innombrable d’artefacts et a disparu. »
Kyle en avait déjà entendu parler par le Fragment. Les récompenses des Étages de Cultivation de la Tour de l’Épée étaient des copies d’artefacts que la Reine des Dragons avait obligé les nains à fabriquer dans un passé lointain.
« Si tu détestes les dragons, pourquoi en as-tu fabriqué un, Agur-nim ? »
« Parce que je les déteste. Je ne suis pas né à l’époque où ils sévissaient, mais depuis mon enfance, j’ai entendu plus de jurons contre les dragons que je n’ai pris de repas. Je me suis dit qu’en fabriquant cette créature cupide, puis en la chevauchant en tant que nain, je finirais peut-être par combler l’insatisfaction qui m’a rongé toute ma vie. »
Agur maugréa et jeta un regard de côté. Le dragon de métal sur lequel il était arrivé gisait là, à plat ventre.
« Eh bien, ça n’a pas marché. J’ai seulement gagné un nouveau monstre à entreposer dans mon entrepôt. Je ne peux même pas le détruire, ce serait gaspiller les matériaux que j’ai utilisés… »
Agur qualifiait son véhicule de monstre et de ferraille, mais Kyle n’avait aucune intention de l’appeler ainsi. En échange de l’autorisation d’étudier Jor, le dragon de métal était devenu sa propriété.
À proprement parler, il s’agissait d’un prêt, mais Kyle avait déjà baptisé le véhicule Dragon de Fer.
« Peut-être que, cette fois, je finirai enfin par être satisfait. »
Agur marmonna, les yeux brillants d’enthousiasme.
« Toutes les connaissances sur les dragons dans le monde sont anciennes, et chaque nain a déjà essayé de travailler avec un dragon au moins une fois. Mais à ma connaissance, aucun nain n’a jamais fabriqué de dragon oriental. Il n’existe presque aucun document de référence, non plus. Ça veut dire que je serai le premier nain à en créer un. »
« … »
« Avant d’arriver ici, je pensais que ce vieux Lagon m’avait confié une tâche pénible. Mais maintenant que j’y repense, j’ai l’impression que c’était le destin. Dragon, je ferai de toi le chef-d’œuvre de ma vie… »
Agur murmura en jetant un coup d’œil à Jor. Kyle ne put s’empêcher d’être partagé devant cette scène. À proprement parler, Jor n’était pas un dragon oriental.
Enfin… elle est unique au monde.
N’était-elle pas encore plus exceptionnelle qu’un dragon oriental, si l’on y réfléchissait ? Agur rêvait de fabriquer quelque chose qu’aucun nain n’avait jamais créé, et Jor était précisément l’être qui correspondait à ce désir.
« Hum… Il se fait tard, nous devrions y aller. »
« Je ne vous raccompagnerai pas. Mais, jeune maître, quand vas-tu apprendre à piloter ce monstre ? »
« Je devrais m’y mettre bientôt. Je dois retourner à la demeure principale dans une semaine. »
« Une semaine… Il ne reste plus qu’une semaine… »
Agur poussa un son contrarié et jeta un regard à Jor.
« Tu ne pourrais pas laisser le dragon oriental ici ? »
« Non. Jor et moi ne faisons qu’un. »
Comme il la gardait d’ordinaire dans son Dantian moyen, ce n’était pas un mensonge. Kyle laissa Agur derrière lui, le nain soupirant de déception, puis repartit avec Jor.
[Combien de temps encore dois-je tromper ce nain sinistre ?]
Le tromper ? Ne me fais pas passer pour un méchant. Tu n’es ni un serpent ni un dragon. Je peux donc bien t’appeler dragon oriental.
[Je ne suis pas un dragon. Je suis un Esprit.]
Tu sais que c’est encore plus bizarre, pas vrai ? Quel Esprit au monde te ressemble ? Supporte ça encore une semaine.
Kyle consola Jor et retourna chez Helenas. Rien à voir avec la cabane miteuse d’autrefois : on aurait dit une maison tout droit sortie d’un conte de fées.
« Je suis ren… tré… »
Kyle ouvrit la porte et se figea.
Le salon baignait dans la douce lumière des bougies.
Helenas était assise devant une table sur laquelle se trouvaient plusieurs bouteilles de vin.
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