Chapitre 154
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 154 : Le journal impérial
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Depuis sa réincarnation, Kyle avait vu toutes sortes de choses mystérieuses et bizarres, mais c’était la première fois qu’il voyait un véhicule pareil.
À bien y réfléchir, c’est aussi la première fois que je vois un dragon.
Il avait rencontré le Fragment du Roi Dragon, mais celui-ci avait pris forme humaine, pas celle d’un dragon. Et, bien sûr, ce n’était pas non plus un dragon vivant. C’était un dragon de métal, si immense qu’il ne pouvait décemment pas atterrir au beau milieu du Bosquet de l’Épée.
« Il arrive d’habitude dans un engin pareil ? »
« Non. C’est la première fois que j’en vois un, moi aussi. »
Les nains ne venaient réparer les lieux que tous les quelques dizaines d’années.
« La dernière fois, c’était une wyverne. Elle n’était pas vivante non plus, tout comme celle-ci. »
Helenas ne semblait pas particulièrement surprise, mais les apôtres, eux, restaient bouche bée, les yeux levés vers le dragon qui planait au-delà du Bosquet de l’Épée. Helenas jeta un coup d’œil à Kyle, qui se tenait là, la bouche tout aussi grande ouverte.
« Tu veux aller le voir ? »
« Hein ? … Oui. »
Pour être honnête, il voulait l’observer de près. Rien que l’idée d’un dragon de métal lui faisait bouillir le sang.
Quand Kyle et Helenas sortirent du Bosquet de l’Épée, le dragon qui planait au-dessus d’eux amorça lentement sa descente. Boum.
La forêt trembla, et le souffle de son atterrissage balaya les arbres. De près, il était encore plus majestueux. Le dragon plia les genoux, replia les ailes et posa la tête au sol. Puis sa poitrine s’ouvrit dans un fracas métallique.
« Je n’aurais jamais cru que la Maîtresse de l’Église en personne viendrait m’accueillir. »
Un escalier se déploya de la poitrine ouverte, et un nain trapu, aux jambes courtes et à l’épaisse barbe brun-roux, en descendit d’un pas assuré.
« Vous n’êtes pas le nain qui vient d’habitude. »
« Lagon est mort. »
Le nain répondit d’un air indifférent.
« Il était venu pour la dernière fois il y a quarante ans. Sa vie s’est achevée il y a quatre ans. J’ai pris la relève, alors je sais ce que j’ai à faire. »
Tout en parlant, le nain sortit une carte de visite de la poche de sa veste et la tendit.
[Atelier Duroka, Agur Duroka.]
« J’étais l’apprenti de Lagon. J’ai hérité de tout ce qu’il possédait il y a longtemps, et je le surpasse en habileté. Ce qui ne m’empêche pas d’être médiocre. »
Sa voix débordait d’assurance, tout en se moquant de lui-même. D’un air bourru, Agur sortit de sa poche un paquet de cigarettes froissé et un plan roulé.
« Même avec mon niveau, je peux fabriquer ce dont vous avez besoin. Vous voulez seulement que je reproduise des meubles grossiers, n’est-ce pas ? »
« Cette fois, c’est différent. »
Helenas secoua la tête.
« Nous allons créer des choses entièrement nouvelles. Une maison et des meubles. Et bien d’autres choses encore. »
« Les créer de toutes pièces ? »
Agur s’immobilisa, la main à mi-chemin de son paquet de cigarettes.
« De zéro ? C’est à moi d’y réfléchir ? »
« Il y a un problème ? »
« Il y en a plein. Si je dois réfléchir tout seul et concevoir quelque chose de nouveau, ça va prendre beaucoup de temps. »
C’était dans la nature de tous les nains. Dès leur naissance, ils étaient animés par le désir de créer. Ils pouvaient fabriquer autant qu’ils le voulaient, ce désir ne serait jamais satisfait, et leurs œuvres laissaient toujours en eux un sentiment d’insatisfaction.
Même si les autres considéraient leur création comme un chef-d’œuvre incomparable, le nain qui l’avait façonnée y décelait toujours un défaut. Ce défaut était vague, si bien qu’il ne savait pas par où commencer pour le corriger. Voilà pourquoi chaque nain continuait de créer, toujours assoiffé, et mourait sans avoir étanché sa soif.
« Si vous voulez que je fabrique quelque chose, dites-moi précisément ce qu’il vous faut. Ne me demandez pas d’imaginer tout ça moi-même et de le créer de zéro. »
Les nains créaient toutes choses, mais n’étaient jamais satisfaits. C’était ce qu’avait dit l’Ange. Chaque race de ce monde naissait avec une Loi gravée en elle. Tant qu’un membre de cette race n’atteignait pas l’Ascension et ne réécrivait pas la Loi, celle-ci demeurait la Loi de toute la race. La soif et l’autodérision dont parlait Agur étaient, au bout du compte, la Loi que portaient les nains en tant qu’espèce.
Les Lois de toute la création sont gravées dans ce monde.
Les elfes vivaient éternellement, mais ne pouvaient choisir leur mode de vie ; les nains créaient toutes choses, mais n’étaient jamais satisfaits. À l’origine, les humains étaient nés avec une Loi qui leur donnait plus de liberté qu’à n’importe quelle autre race, mais les rendait aussi plus faibles. Ruin avait changé cette Loi.
L’humanité n’est plus la plus faible. Ruin a atteint l’Ascension et a conféré de la force aux humains en tant que race.
Environ quatre cents ans auparavant, après l’Ascension de Ruin, les Racines spirituelles étaient apparues pour la première fois dans le monde. Cent ans plus tard, tous les humains qui naissaient en possédaient une.
Pour Ruin, se trancher la gorge avec Baal aurait peut-être été un soulagement. Pourtant, il avait renoncé même à ce repos pour défier l’Ascension. Il s’était épuisé jusqu’au bout pour accomplir son devoir. Kyle comprenait la solitude que Ruin avait dû ressentir, mais il ne parvenait pas à comprendre ce sens du devoir si dévoué.
C’était pour cette raison qu’il voulait le rencontrer. L’Ascension n’était pas la mort. Peut-être Ruin maniait-il encore l’épée, au-delà de l’Ascension. Peut-être, si Kyle le retrouvait et croisait de nouveau le fer avec lui… S’ils pouvaient se battre encore une fois, dans ce combat que Ruin avait trouvé libre et joyeux, le seul de sa vie.
« … »
Mais cela appartenait à un avenir lointain. Kyle jeta un coup d’œil à Helenas. Elle semblait ne pas savoir comment répondre à la demande d’Agur.
« Je peux expliquer ? »
Kyle intervint. Agur tourna les yeux vers lui. Après l’avoir observé un instant, il éclata d’un rire franc.
« Je me demandais qui tu étais. Je t’ai vu dans le journal de ce matin. Tu es bien plus beau en personne. »
« Ah. »
À bien y réfléchir, on leur avait dit que le journal impérial du jour publierait les photos prises la veille.
« Vous avez ce journal ? »
« Oui. »
Agur remonta l’escalier et revint avec un journal grossièrement plié.
[Le prince héritier impérial Alero Valhart, la Maîtresse de l’Église de l’Épée Helenas et Kyle Alastor, l’Héritier de la Lumière.]
[Le passé, le présent et l’avenir se rejoignent.]
[La vérité sur le voyage de la Maîtresse de l’Église de l’Épée Helenas et de Kyle Alastor, l’Épée Noire… L’Empire accepte la « non-ingérence ».]
[Hier, Helenas, l’elfe qui dirige l’Église de l’Épée et qui est considérée comme la plus grande épéiste du continent, s’est entretenue avec Desmond Galein, Grand Général de l’Empire, et Son Altesse le prince héritier Alero Valhart. La Maîtresse de l’Église de l’Épée n’avait pas quitté le Bosquet de l’Épée aussi longtemps depuis des siècles ; le simple fait que ces pourparlers aient eu lieu constitue donc un événement extraordinaire.]
[Cette rencontre historique a commencé par une tentative de comprendre la situation entourant le voyage de la Maîtresse de l’Église de l’Épée et de Sir Kyle Alastor, membre de la Famille Alastor, l’un des grands piliers du continent. Connu sous l’épithète d’« Épée Noire », ce jeune homme est le plus jeune récipiendaire de l’histoire de la Médaille de l’Étoile Martiale et celui qui a vaincu le Démon du Poing, lequel avait pénétré sur le territoire continental sans le vouloir.]
Jusque-là, tout allait bien, mais les doigts de Kyle se mirent à trembler lorsqu’il lut la suite de l’article.
[Pourquoi Sir Kyle Alastor voyageait-il aux côtés de la Maîtresse de l’Église de l’Épée ? La vérité, aussi surprenante que réjouissante, a été révélée. Selon les vérifications de nos reporters, Sir Kyle Alastor et la Maîtresse de l’Église de l’Épée Helenas ont promis de se marier. Autrement dit, leur voyage jusqu’ici était un « rendez-vous » entre un homme et une femme.]
« Putain. »
Le visage de Kyle se tordit à la lecture de l’article. Ils avaient pourtant dit qu’ils n’en parleraient pas. Les dents serrées, Kyle songea au visage de Desmond. Ce n’était pas intentionnel, mais en provoquant cette « conversation », Kyle lui avait sauvé la vie. Desmond avait reconnu le fait et promis d’exaucer une demande de celui qui lui avait sauvé la vie.
C’est parce que j’ai dit que je ne comptais pas lui faire payer sa dette ?
Le Grand Général, qui tenait sa propre vie pour aussi insignifiante que de l’herbe, pouvait-il considérer avec la même légèreté la faveur de lui avoir sauvé la vie ? Non, cela semblait peu probable. Leur conversation avait été brève, mais Kyle avait compris quel genre d’homme était Desmond. À tout le moins, Desmond n’aurait pas voulu qu’on écrive une chose pareille dans l’article.
La réponse était donc évidente. Alero, qui avait assisté à la scène, avait dû en parler à l’Empereur, et celui-ci avait ordonné la publication d’un article pareil pour servir la propagande de l’Empire.
Évidemment que l’Empereur allait vouloir s’en servir. Tant pis, je n’y peux rien.
L’article avait déjà été publié. Kyle réfléchit à la suite. Desmond était celui qui avait maintes fois évoqué le fait qu’on lui avait sauvé la vie, et c’était aussi lui qui avait parlé d’une dette.
[Puisque celui qui m’a sauvé la vie me le demande avec tant d’insistance, je n’ai d’autre choix que d’accepter. Considérons donc que nous sommes quittes.]
Kyle pourrait peut-être demander une faveur à Desmond à ce sujet.
[La vérité, aussi surprenante que réjouissante, se cachait derrière le voyage de la Maîtresse de l’Église de l’Épée Helenas et de Kyle Alastor, qui a fait tant parler sur le continent. Son Altesse le prince héritier a béni les deux amoureux et partagé avec eux une conversation « touchante ».]
[Le Grand Général Desmond, qui présidait les pourparlers, a brièvement déclaré que la sécurité de l’« Empire » restait solide.]
[Article associé] Qui est l’« Épée Noire » ? Page 2.
[Article associé] La beauté de la Maîtresse de l’Église de l’Épée, une elfe à couper le souffle. Page 5.
Les mains tremblantes, Kyle tourna la page. La deuxième page contenait un article entier, débordant de formules fleuries, à côté de la photo de lui seul prise la veille. En résumé, on y disait que ce jeune garçon était plus près que n’importe quel sang pur de devenir le prochain Chef de famille Alastor, qu’il était animé d’une loyauté sans faille envers l’Empire et qu’il entretenait une relation spéciale avec le prince héritier.
« Putain. »
Kyle jura de nouveau et rendit le journal.
« Alors, qu’est-ce que tu voulais me dire ? Tu séjournes toujours au Bosquet de l’Épée et, comme tu semblais vouloir parler au nom de la Maîtresse de l’Église… Tu veux que je te construise une maison de jeunes mariés ? »
« Pas une maison de jeunes mariés, mais oui, quelque chose dans le genre. »
« Bon sang. Je pensais qu’il me suffirait de suivre les plans du vieux Lagon. Tu veux que je fasse quelque chose de complètement différent… Je suppose que je vais devoir prendre encore plus de médicaments. »
Agur grommela en portant une cigarette à ses lèvres.
« Ah, ne critique pas mes cigarettes. Elles m’aident à garder l’esprit stable. »
« C’est vous qui avez fabriqué ce dragon ? »
« Quel dragon ? Ce n’est qu’un lézard avec des ailes. Je l’ai fabriqué parce que j’en avais envie, mais je ne l’aime pas du tout. Je n’y pouvais rien, je n’avais jamais vu de véritable dragon. Je n’ai fait que copier des peintures. »
Il ne restait plus de dragons sur le continent. Après l’Ascension de Ruin, le Roi Dragon Velatus était parti vers l’est avec tous les dragons. Il ne restait plus aujourd’hui que des représentations de dragons datant d’un passé lointain.
« Pourquoi ? Ce monstre te plaît ? Dans ce cas, achète-le. Un jeune maître Alastor doit avoir beaucoup d’argent. »
« Vous ne pourriez pas simplement me le donner ? »
« Comment peux-tu dire ça aussi tranquillement, sans la moindre honte ? Je n’aime pas cette chose, mais tu dois tout de même prendre en compte le temps, les efforts et les matériaux nécessaires à sa fabrication. Ou, tiens, on dit que la Tour de l’Épée où tu vis a été construite par le Roi Dragon lui-même. Tu as quelque chose qui vient des dragons ? Une écaille, peut-être ? »
« Je ne sais pas pour les écailles, mais… »
Il y avait là-bas un pauvre fantôme lié aux lieux, incapable de bouger. Sinon, le trésor de la Tour de l’Épée contenait peut-être des écailles de dragon. Kyle regarda le dragon de métal. En plus de lui faire battre le cœur, un véhicule pareil pouvait être utile à bien des égards. Il existait des portes de transfert pour les longs trajets, mais elles ne permettaient pas de se rendre directement à n’importe quelle destination.
Il est trop grand, mais je peux régler ça en le mettant dans un Artefact de distorsion spatiale.
Kyle pouvait voler, mais les Chevaliers du Loup de l’Épée n’en étaient toujours pas capables. Après un instant de réflexion, il prit la parole.
« Au lieu d’un dragon, un dragon oriental vous intéresserait ? »
« Un dragon oriental… ? Qu’est-ce que c’est ? »
« C’est une bête sacrée venue de l’Est. Elle ressemble à un dragon. »
« Ah, maintenant que tu le dis, je vois. J’en ai aperçu un dans une vieille peinture à l’encre… Mais pourquoi parler soudainement d’un dragon oriental ? »
« J’en élève un. »
À proprement parler, ce n’était pas un dragon oriental. Pourtant, quand Aia, de la branche centrale des Corbeaux, avait vu Jor, elle lui avait demandé si c’était un dragon oriental ; Jor avait donc tout à fait l’apparence d’un tel dragon. Et même si ce n’était pas vrai, qu’est-ce que ça changeait ? Aucun des deux n’en avait jamais vu. Au fond, Jor était un Esprit, pas vraiment un serpent non plus.
Kyle fit apparaître Jor d’un air assuré. Agur resta bouche bée devant l’énorme serpent — non, le dragon oriental — qui sortait de la poitrine de Kyle.
[Euh, maître ?]
Jor avait parlé d’une voix gênée. Elle avait entendu leur conversation, mais elle ne pouvait pas se montrer aussi effrontée que Kyle.
[Je ne suis pas un dragon oriental…]
À partir d’aujourd’hui, si.
[Moi ?]
Quand on y pense, tu n’es même pas un serpent. Quel serpent a des cornes sur la tête ? Et les dragons orientaux sont plus cool que les serpents.
Présenté comme ça, Jor n’eut d’autre choix que de se laisser convaincre. Agur s’approcha d’elle tandis qu’elle hochait la tête. Il oublia même d’allumer la cigarette qu’il avait à la bouche ; il se caressa la barbe à plusieurs reprises en l’examinant de près.
« Je vois. Elle ressemble bien aux dragons orientaux que j’ai vus sur les peintures. Un long corps semblable à celui d’un serpent, des bois sur la tête et une tête qui rappelle celle d’un dragon… Mais est-ce vraiment un dragon oriental ? Ceux que j’ai vus avaient des moustaches et des membres. »
« C’est parce que ceux-là étaient adultes. Elle est encore jeune. Pour être plus précis, c’est un Esprit qui a pris la forme d’un dragon oriental, mais pour l’instant, c’est bien un dragon oriental. »
Kyle n’avait au moins pas entièrement menti. À l’évocation d’un Esprit, la bouche d’Agur s’ouvrit un peu plus.
« Un Esprit ? Il en existe de pareils ? »
« Elle est spéciale à bien des égards. »
« Alors, vous voulez échanger ce dragon oriental contre ce monstre ? »
« Non, pas l’échanger. Vous n’arrêtez pas de traiter votre dragon de monstre, alors on dirait que vous n’êtes pas fier de votre œuvre. Pendant votre séjour ici, je vous laisserai observer et toucher mon dragon oriental. En échange, prêtez-moi votre monstre. »
Dans une négociation, il fallait savoir profiter de l’élan. Avant qu’Agur ne puisse répondre, Kyle enchaîna rapidement :
« Comme vous le savez, l’Est est coupé du reste du monde depuis trois cents ans. Personne ne peut s’y rendre. Les dragons sont introuvables sur le continent aujourd’hui, sans même parler des dragons orientaux, les bêtes sacrées originaires de cette région. Et pourtant, en voilà un, ici même. Cela signifie que vous serez le seul nain du continent à pouvoir observer un dragon oriental et créer des œuvres qui lui ressemblent, Agur-nim. »
« Hum… ! »
« Et la Tour de l’Épée contient peut-être des écailles de dragon. Si j’emprunte le vôtre et rentre chez moi, je pourrais persuader le Chef de famille de m’en donner quelques-unes. Si j’y parviens, je vous les enverrai. »
Rien de ce qu’il disait n’était certain, mais les yeux d’Agur vacillèrent devant le discours enthousiaste de Kyle. Tous les nains vivaient avec le désir de créer ; ils pouvaient bien fabriquer des choses, ils n’en étaient jamais satisfaits. Agur ne faisait pas exception. Il avait créé d’innombrables objets pendant des années et reçu les éloges d’autres races, mais lui-même n’avait jamais été satisfait de ses œuvres.
Créer ne lui apportait que douleur et stress, si bien qu’il fumait même des cigarettes addictives pour garder l’esprit calme. Mais cela ne faisait qu’atténuer le problème temporairement. Pour apaiser cette envie de créer, semblable à une malédiction, il devait fabriquer quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant.
« Très bien. »
Après un moment de réflexion, Agur acquiesça. D’une main tremblante, il tendit le bras et caressa les écailles de Jor. À cet instant, Kyle lui lança aussitôt un regard.
Crépitement !
Les écailles violettes de Jor se hérissèrent et l’électricité parcourut leur surface. Agur sursauta et retira sa main.
« C’est incroyable. Des écailles chargées d’énergie électrique… E-et même moi, qui n’ai pas d’Affinité spirituelle, je peux les toucher… ? »
« C’est parce que c’est un dragon oriental. »
À ce stade, Kyle ne savait même plus si Jor était un Esprit, un serpent ou un dragon oriental. Peut-être n’était-elle rien de tout cela. Leur première rencontre et le lien qui les unissait s’étaient noués alors qu’elle était un Esprit, mais Jor n’était désormais plus un Esprit ordinaire.
Ce démon a parlé d’un Dragon oublié.
C’était ce qu’avait dit le démon qui était sorti du Cube noir.
Kyle ne savait pas exactement ce que cela signifiait, mais il était clair que le démon s’était adressé à l’« être » qui avait parlé par la bouche de Jor.
C’était peut-être le Roi Dragon.
La vérité restait incertaine, mais les yeux d’Agur, qui étudiait Jor, brillaient d’impatience.
* * *
Les nains créaient sans jamais connaître la satisfaction, mais cela ne signifiait pas qu’ils manquaient d’esprit artisanal. S’ils devaient fabriquer quelque chose, ils tenaient à le faire correctement, afin de réduire leur insatisfaction au minimum. C’était d’autant plus important s’ils ne pouvaient pas suivre un plan existant et devaient y mettre leur propre touche.
« Une nouvelle maison. Pas une simple cabane comme l’ancienne, mais une vraie maison. Quel style voulez-vous ? »
« Un style ? »
« Un style architectural. »
La cabane n’avait plus ni murs ni toit. Agur étala une grande feuille de papier sur le bureau et tapota son crayon.
« Si vous ne connaissez pas les styles, dites-moi quelle apparence ou quelle structure vous voulez. Les meubles, ça marche aussi. »
« J’aimerais qu’elle soit bien ensoleillée. »
Kyle répondit :
« Pas besoin que les meubles soient aussi étrangement inclinés qu’avant. Et, pour commencer, j’aimerais un grand lit. »
« Grand comment ? »
« Assez grand pour que dix personnes puissent s’y allonger. Comme ça, personne n’aura à dormir serré contre les autres. »
« Le lit d’un jeune couple devrait être plus petit. »
« Nous ne sommes pas jeunes mariés. »
« Tu continues à le nier alors qu’un article a déjà été publié. Enfin, tu as dit que la cérémonie n’avait pas encore eu lieu. Quoi d’autre ? »
« Il faudrait des choses qui valent la peine d’être là. »
Kyle répondit en jetant un coup d’œil à Helenas.
« La table à manger devrait être grande, elle aussi. »
Helenas prit la parole.
« Assez grande pour qu’une famille puisse se réunir et manger ensemble. »
D’ordinaire, Helenas mangeait peu de nourriture humaine. C’était déjà le cas lorsqu’elle séjournait au Bosquet de l’Épée, mais, pendant le voyage de retour avec Kyle, elle avait partagé tous ses repas avec lui. Ces changements dans son quotidien s’étaient peu à peu intégrés à sa vie.
« Les fenêtres… devraient être grandes. Pour que je puisse voir le soleil se lever et se coucher. »
« Eh bien. »
Agur s’interrompit et leva les yeux de son crayon, surpris.
« J’ai vu des elfes à plusieurs reprises dans l’ouest… mais c’est la première fois que je rencontre une elfe qui formule des demandes aussi précises. Bien. Quoi d’autre ? »
« Une cuisine. »
« Vous comptez aussi cuisiner ? »
« Il se peut que j’en aie envie un jour. »
Pour l’instant, elle n’avait pas envie de cuisiner, mais cela changerait peut-être à l’avenir.
« Je vois à peu près ce que vous voulez. Une maison ordinaire, donc ? Pas une maison pour quelqu’un qui vit seul, mais une maison pour une famille. »
« C’est ça. »
« Ça reste une demande étrange, même après l’avoir entendue plusieurs fois. »
Agur eut un rire sec et se mit à tracer des lignes sur le papier.
Notes :
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