Chapitre 153
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 153 : Désir
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Contrairement à avant, Kyle avait moins conscience d’être lui-même celui qui maniait l’épée.
Jusqu’ici, Kyle avait interprété l’épée de Ruin pour la manier. Il s’était inspiré des épées qu’il avait vues dans sa vie antérieure, ainsi que de celle que Fenris lui avait montrée. Il les analysait dans sa tête et les adaptait à sa manière.
Refonte de l’esprit, Unité complète, Unité du soi et de l’objet. Il avait essayé de s’accorder avec Ruin, mais le résultat avait toujours été imparfait. L’épée qu’il recréait ressemblait à celle de Ruin. Ce n’était pas l’épée de Ruin.
« Je dois bien l’admettre. »
Kyle le pensa calmement.
« L’épée que j’ai interprétée reste très inférieure à la tienne. »
Elle ne pouvait qu’être imparfaite. L’épée de Ruin était complète et absolue. Kyle avait beau faire, il ne pouvait pas manier cette épée autrement. Elle était une réponse bien au-delà de Serga ou d’Helenas, et même en la suivant, l’épée de Kyle ne pourrait jamais être la bonne réponse.
« Au mieux, j’aurais quelques points. »
Il n’éprouvait aucun mépris pour lui-même. De telles épées existaient dans le monde. Accepter commençait par reconnaître l’autre. Jusqu’alors, son orgueil mesquin l’avait empêché d’imiter complètement l’épée de Ruin.
Sa Conversation sur l’épée avec Serga l’avait poussé à faire le point sur lui-même. L’épée de Ruin était bien plus profondément ancrée dans l’esprit de Kyle qu’il ne l’avait cru. Tant qu’elle y demeurerait, il ne pourrait pas établir son propre monde. Aucune des épées qu’il voulait manier ne parvenait à surpasser celle de Ruin, gravée dans son cœur. S’efforcer de s’en libérer revenait en soi à agir par complexe d’infériorité, et chacune de ses épées finissait par n’être qu’une version dégradée de cette épée complète et absolue.
Il devait donc la reconnaître avec sincérité.
« Ton épée est sacrément atroce, mais incroyable. Ouais, c’est indéniable. Elle a intérêt à l’être, puisque c’est elle qui m’a tué. »
Il trancha une fois de haut en bas, puis se laissa guider par l’épée. Un loup le conduisit à travers un labyrinthe qui semblait sans fin. Le mouvement de l’épée qu’il venait d’exécuter s’enchaîna naturellement au suivant. Kyle ne résista pas. Il s’abandonna au chemin.
Les coups s’enchaînaient tout seuls. On aurait dit que quelqu’un avait emprunté le corps de Kyle pour manier l’épée. À vrai dire, la sensation était désagréable. Kyle voulait être celui qui maniait l’épée, pas devenir l’épée elle-même.
Et pourtant, comment cette épée pouvait-elle faire battre son cœur si fort ? Malgré ses sentiments confus, Kyle sourit. Un frisson le parcourut et sa colonne vertébrale se hérissa. Ce n’était pas une version dégradée qu’il avait obstinément interprétée. C’était l’épée de Ruin Alastor en personne, telle que Fenris s’en souvenait.
La voie de l’épée était simple. Mais cette simplicité renfermait un absolu plus profond que tout ce que Kyle avait pu voir. L’excès n’existait pas. Pas de trajectoire meilleure, pas de vitesse supérieure, pas de force plus grande. Rien à ajouter, rien à retrancher.
« Une épée accomplie. »
L’aboutissement d’une épée. En maniant une telle arme, Kyle comprit enfin tout à fait pourquoi il était mort sous cette épée dans sa vie antérieure. Pourquoi il n’avait même pas songé à fuir. Pourquoi il avait trouvé normal de mourir.
Face à une épée pareille, on oubliait de résister. Être tranché n’effrayait pas. Cela semblait naturel. Si l’on se trouvait sur la trajectoire de cette épée, on acceptait d’être tranché comme la bonne réponse.
C’était si naturel, et pourtant si beau qu’aucun épéiste ne pouvait s’empêcher d’en être captivé.
« Je comprends, maintenant. »
Tout en maniant l’épée comme Fenris le guidait, Kyle compara côte à côte sa propre épée et celle de Ruin.
La différence était flagrante.
L’épée de Kyle était vivante. Elle changeait, acceptait, dévorait et évoluait. Elle avait continué de changer au fil de décennies passées sur les champs de bataille, d’innombrables frôlements avec la mort et de l’absorption d’une multitude d’épées. Une épée qui était morte une fois, avant de renaître dans un monde cinq cents ans plus tard. Une épée qui ne s’arrêtait jamais.
L’épée de Ruin, elle, était complète. Elle n’avait plus besoin de changer. Elle avait enfin atteint la perfection et demeurerait ainsi pour l’éternité. Kyle n’eut d’autre choix que de revoir l’idée qu’il s’était faite la veille. L’image de l’épée de Ruin dans son esprit ne continuait pas à gagner en puissance. Cette épée n’avait pas d’étape suivante.
« Si mon épée avance, la tienne est déjà arrivée au bout du chemin. »
Kyle l’admit sans détour. Il n’était toujours pas certain de pouvoir manier une épée meilleure que celle-là. La sienne était vivante, évoluait et pouvait tout accepter, tout changer. Malgré cela, à cet instant précis, l’épée de Ruin dominait celle de Kyle.
« Ton épée est bien meilleure que la mienne. »
Il n’y avait pas la moindre trace de désespoir dans cet aveu. Certains auraient craint de le reconnaître, se seraient sentis jaloux et auraient douté d’eux-mêmes en se voyant si petits en comparaison. Pas Kyle.
Au contraire, il était heureux.
« Merci. »
Une épée aussi incroyable et parfaite existait dans ce monde. Une épée qui réduisait en miettes l’arrogance de ceux qui se croyaient à la hauteur. Combien de soi-même fallait-il broyer pour atteindre un tel sommet ? Même cette question imprécise lui plaisait.
« Mon épée est encore loin du terme. »
S’abandonner simplement et manier cette épée était un plaisir. À quel point le serait-ce s’il parvenait à la manier entièrement de sa propre volonté ? Kyle sourit en faisant tournoyer son épée. Le désespoir ne venait que lorsqu’on s’asseyait et qu’on renonçait. Kyle ne s’assiérait pas, il ne s’arrêterait pas. Il reconnaissait qu’elle était sacrément atroce, mais incroyable, puis poursuivait sa route. Il n’avait aucune raison de désespérer. Pour lui, cet aveu n’était pas une fin, mais un commencement.
« Voir cette épée me donne envie de savoir quel genre de personne tu étais. »
Kyle leva de nouveau Fenris.
Il avait à peine parlé avec Ruin Alastor. D’après ce qu’il avait entendu, Ruin avait autant apprécié leur combat que Kyle. Pourtant, pendant l’affrontement, il n’avait pas esquissé le moindre sourire.
« Aimais-tu manier l’épée ? »
Il ne pouvait le deviner : ils avaient à peine parlé et Kyle ne l’avait même jamais vu sourire. Mais il y avait une chose dont il était sûr.
Ruin n’avait jamais cessé de manier son épée. Avait-il souhaité un monde en paix ? Kyle ignorait quelles avaient été ses véritables intentions, mais, au bout du compte, son épée avait apporté la paix au monde. Tous les héritiers impériaux impliqués dans la lutte pour la succession étaient morts, à l’exception d’un seul. L’alliance des demi-humains née à l’ouest avait eu trop peur de l’épée de Ruin pour avancer en territoire impérial. Même la Tribu des Démons et le Roi Démon, qui avaient débarqué sur le continent, avaient fait la paix par traité, arrêtés par l’épée de Ruin.
« Pas un seul instant tu n’as cessé de manier ton épée. »
Kyle ignorait si cette vie avait été féroce, mais manier cette épée lui apprit une chose. L’épée de Ruin, telle qu’elle était à présent, était plus parfaite que celle qui avait tué le Démon de l’Épée. Plus belle que celle qui avait poussé le Démon de l’Épée à accepter jusqu’à sa propre mort. L’épée que Ruin avait atteinte juste avant l’Ascension, celle que Kyle maniait maintenant, était plus belle encore.
« Toi… »
Kyle fit un long pas en avant. Fenris le guida plus loin. Au milieu des chemins infinis et sans limites qu’une épée pouvait tracer, une silhouette se dessinait au-delà de ce vaste labyrinthe.
Ruin Alastor, tel que Fenris se souvenait de lui. Kyle le vit continuer à manier son épée, même avec l’Ascension devant lui. Il ne distinguait pas son expression. Ce qu’il voyait n’était qu’un souvenir de l’épée, demeuré dans Fenris.
Pourtant, cette épée ne lui semblait pas indifférente. Elle lui paraissait désespérée, pénible, presque vide.
« Et lourde. »
L’épée de Ruin portait trop de choses. Parce que Ruin lui-même avait choisi de les porter. Peut-être que manier cette épée ne lui avait pas procuré de plaisir. Ce noble épéiste avait accompli le devoir lié au pouvoir avec lequel il était né.
Il avait abattu les princes impériaux parce que c’était le seul moyen de mettre fin à la lutte pour la succession de l’Empire. Il avait accepté le titre de Grand-Duc de l’Empire parce que c’était le seul moyen de rétablir la stabilité sur le continent. Il avait empêché l’alliance des demi-humains de pénétrer en territoire impérial et s’était opposé au Roi Démon parce que c’était le seul moyen d’arrêter la guerre.
Et pourtant, il ne s’était pas arrêté. Il avait accepté la Tour de l’Épée, qui touchait au sinistre Au-delà, comme cadeau de la Reine des Dragons, puis avait confié à ses descendants de sang la tâche de la transmettre de génération en génération. Enfin, Ruin avait lui-même atteint l’Ascension.
« Tu n’as même pas utilisé Baal pour te tuer. »
C’était Astaros, le Roi Démon d’il y a cinq cents ans, qui l’avait dit.
Ruin avait acquis un pouvoir insensé et attiré trop d’attention à cause de lui. Il avait essayé de mettre ce pouvoir au service de son peuple et du monde où il était né. Sans refuser la requête de la Reine des Dragons, il avait continué de manier son épée au bord du monde. S’il mourait, il était condamné à être arraché au cycle de la réincarnation et dévoré par un dieu céleste. S’il atteignait l’Ascension, un dieu extérieur devait le dévorer en chemin.
Pourtant, Ruin avait même changé ce destin. Il avait réussi l’Ascension, coûte que coûte, et avait transformé l’humanité en tant qu’espèce. Si les humains du monde actuel possédaient des Racines spirituelles, c’était parce que Ruin avait atteint l’Ascension.
« De ton vivant, puis après l’Ascension, tu as accompli ton devoir. »
On disait que le dernier souvenir de Ruin avait été son combat contre le Démon de l’Épée. Un affrontement où ils s’étaient mesurés l’un à l’autre à l’épée, avec un sérieux absolu, sans responsabilités ni preuves à fournir.
« Toi… »
Kyle fit un nouveau pas en avant. La silhouette de Ruin semblait toujours lointaine. Pourtant, plus il s’approchait, plus il ressentait vivement cette épée et plus il prenait conscience de la médiocrité de la sienne.
« Tu étais seul. »
Une épée désespérée, pénible, vide et lourde. Une épée qui avait atteint seule le sommet, sans personne capable de la suivre, ni personne osant sincèrement espérer la surpasser.
« Es-tu au-delà de ce ciel, au-delà de l’Ascension ? »
Si j’atteins ton épée et peux poursuivre le chemin au-delà de la tienne, est-ce que je pourrai te revoir ?
Kyle arrêta son épée. Fenris ne le guidait plus. La voie de l’épée qui s’étendait devant ses yeux pâlit, puis disparut.
« Ouf… »
Il ignorait combien de temps s’était écoulé et combien de fois il avait manié son épée. Jusque-là, Kyle avait été Kyle, et pourtant il ne l’avait pas été. Il s’était contenté de suivre Fenris et de recréer Ruin. D’une certaine manière, c’était l’Unité du soi et de l’objet, mais Kyle n’en était pas le centre, ce qui lui laissait un goût amer.
« Même après avoir autant manié l’épée, elle me semble à peine familière. »
La main qu’il baissa les yeux pour observer tremblait. Quelques instants plus tôt, il avait bel et bien manié son épée à toute allure, mais la voie qu’elle avait suivie lui semblait déjà lointaine. Frouich. Il donna un coup d’épée, mais, comparé à ceux d’avant, le geste lui parut grossier.
« C’est vraiment sacrément nul. Combien de fois faut-il que je la manie avant qu’elle devienne mienne ? »
Lorsqu’il tentait d’intégrer l’épée de Ruin à la sienne, la voie devenait grossière. Lorsqu’il essayait d’imposer sa propre épée à celle de Ruin, le mouvement se brisait. N’avait-il d’autre choix que de continuer à la manier comme il le pouvait et de l’imprimer de force dans son corps ?
Alors qu’il réfléchissait,
il sentit trop de regards posés sur lui et releva la tête. Tous les Apôtres de l’Église de l’Épée se tenaient devant Kyle.
« … »
Kyle cligna des yeux, hébété. Puis, sentant un regard juste à côté de lui, il tressaillit et tourna la tête. Helenas le fixait intensément, son épée à la main.
« Cette épée. »
Helenas prit la parole.
Ce n’était pas la première fois qu’elle la voyait. Quand ils avaient été prisonniers des ténèbres de Galera, Kyle avait délibérément manié l’épée de Ruin. Il s’en était également servi à plusieurs reprises pendant leur voyage.
« C’est l’épée de Ruin. »
Mais l’épée qu’elle avait vue jusqu’alors et celle-ci étaient clairement différentes. Ce n’était pas une imitation passée au filtre de l’interprétation : c’était exactement la même épée. Les yeux d’Helenas brillèrent tandis qu’elle caressait la poignée de son épée.
« Avec cette épée, tu pourrais peut-être me vaincre, maintenant. »
« Non. »
Kyle rengaina Fenris et leva sa main tremblante.
« Ce qui vient de se passer, c’était quoi ? On pourrait dire que j’étais possédé ou quelque chose comme ça. C’est tout. »
« Mais tu sais la manier. »
Même sans talent pour l’épée, après l’avoir maniée pendant cinq cents ans, on pouvait le sentir instinctivement. Ce n’était pas une simple épée d’entraînement, conçue pour être utilisée sans adversaire. S’ils se battaient, Kyle pourrait massacrer son adversaire avec cette épée autant qu’il le voudrait.
« Je me suis mal exprimé. Je ne le ferai pas. »
Kyle serra son poing tremblant.
« Peut-être contre quelqu’un d’autre, mais je ne me servirai jamais de cette épée contre toi, Maîtresse de l’Église. »
« Pourquoi ? Parce que tu ne veux pas me vaincre ? »
« Parce que ce n’est pas mon épée. »
Kyle regarda Helenas droit dans les yeux en lui répondant.
« C’est avec mon épée que je dois te vaincre. C’est seulement comme ça que ça aura un sens. »
S’il devait affronter quelqu’un d’autre qu’Helenas, Kyle utiliserait l’épée de Ruin si nécessaire, même si cela lui laissait un goût amer. Refuser de s’en servir par orgueil alors qu’il en avait besoin ne ferait que le tuer pour rien.
Mais il ne pouvait pas faire ça avec Helenas. Sa victoire n’aurait de sens que s’il la remportait avec l’épée de Kyle, et non celle de Ruin.
« Ha ! »
Parmi les Apôtres qui fixaient Kyle, Tebar laissa échapper un rire et s’avança. Il tira de son dos son épée à deux mains et murmura :
« Tu ne peux pas l’utiliser contre la Maîtresse de l’Église, mais contre moi, tu peux, pas vrai ? »
Tebar n’était pas le seul. Les regards des Apôtres posés sur Kyle frémissaient d’un désir ardent d’épéistes. L’épée qu’ils venaient de voir les avait captivés à ce point. Ils voulaient l’affronter. Ils voulaient gagner. Ils voulaient la tuer. S’ils pouvaient briser cette épée, s’ils en étaient capables…
« Une épée intolérable. »
C’était comme un instinct d’épéiste. Elle était trop parfaite pour qu’ils l’acceptent. S’ils la reconnaissaient, toutes les épées qu’ils avaient maniées jusque-là leur sembleraient médiocres. Alors ils voulaient la nier, quitte à la tuer. Ils le devaient, s’ils ne voulaient pas désespérer face à elle.
« Elle diffère de celle de la Maîtresse de l’Église. »
Obion déglutit sans même s’en rendre compte. L’épée d’Helenas ne laissait que le résultat, sans le processus. Chaque épéiste pouvait imaginer lui-même ce processus absent. Mais l’épée qu’ils venaient de voir était l’absolu en personne, sans la moindre place pour l’interprétation. Voilà pourquoi elle semblait si écrasante, rapetissait les épéistes et faisait naître le désespoir.
Que resterait-il après ce désespoir ?
« La foi. Quelle épée absolument mythique… »
Même si cette épée n’appartenait pas encore entièrement au garçon, celui-ci était lié au mythe à seulement seize ans. Obion se remémora la conversation qu’ils avaient eue la veille. Elle s’était terminée comme une plaisanterie sans importance, mais il se souvenait de ce qui s’était dit avant.
Si ce garçon vainquait vraiment un jour la Maîtresse de l’Église, cela signifierait qu’il se serait entièrement approprié cette épée mythique. Sans le moindre détour, il deviendrait l’idole de tous les membres de l’Église de l’Épée. Non, pas seulement des membres de l’Église de l’Épée. Tous ceux qui maniaient une épée, qu’ils appartiennent ou non à l’Église, vénéreraient ce garçon comme l’incarnation de l’épée.
C’était une pensée enivrante, digne d’un rêve, mais aussi dangereuse. Le monde, l’Empire, tolérerait-il une telle épée ?
« Non… Pourquoi l’Empire aurait-il à la tolérer ? Dès que le mythe s’incarnera chez le jeune maître, l’Empire devra se soucier de son humeur. »
Comme il l’avait fait pour Ruin Alastor, dans un passé lointain.
« Tu peux me défier si tu veux. »
Kyle esquissa un sourire narquois.
« Mais si tu veux me forcer à manier une épée qui n’est pas la mienne, il va falloir m’y contraindre. Hmm, à en juger par ce que j’ai vu hier, je ne crois pas que tu en sois capable… »
— Espèce de salaud, tu t’es enfui parce que tu as eu peur… !
— Allons, oui, je me suis enfui, mais parce que tu trichais. Pourquoi est-ce que je me battrais contre toi alors que tu allais utiliser la Sublimation, une technique que je ne sais même pas manier ? Il faudrait être idiot pour t’affronter.
— C’est toi qui m’as défié le premier !
— Et alors ? Bref, je ne sais pas utiliser la Sublimation. Alors, Tebar-nim, si tu l’utilises, je ne me battrai pas contre toi.
— Hé hé hé, si j’utilise la Sublimation, tu n’auras pas d’autre choix que de te servir de cette épée de tout à l’heure…
— On dirait que tu n’es pas sûr de pouvoir me forcer à utiliser cette épée sans la Sublimation ?
Le visage de Tebar se déforma devant cette réplique désinvolte. Un combat consistait avant tout à gagner ; nul besoin de faire de concessions à un adversaire incapable d’utiliser la Sublimation. Tebar avait pour habitude de saisir le moindre avantage et d’écraser son adversaire.
Pourtant, l’épée qu’il venait de voir continuait de lui trotter dans la tête. Plus que l’envie de gagner le combat, un désir ardent d’avoir une Conversation sur l’épée bouillonnait en lui, au point de piquer son orgueil.
« … Très bien. Je te ferai manier cette épée sans utiliser la Sublimation… ! »
En fin de compte, Tebar n’eut d’autre choix que de dire quelque chose qui ne lui ressemblait pas. Il savait que tout se déroulait exactement comme Kyle le voulait. S’ils ne s’affrontaient qu’à l’épée, sans utiliser la Sublimation, les épées que Tebar avait maniées toute sa vie seraient peu à peu dévorées par Kyle.
Même en le sachant, il ne parvenait pas à réprimer le désir qui montait en lui. Tebar n’était pas le seul. Tous les Apôtres brûlaient d’envie d’échanger des coups d’épée avec Kyle et voulaient faire surgir celle qu’il ne comptait pas montrer au combat.
« … Dire que tu as réussi à remuer le sang de ce vieil homme. »
Obion sourit avec amertume et releva la tête.
« Mais remettons la Conversation sur l’épée à un peu plus tard. »
Quelque chose volait vers le Bosquet de l’Épée, au loin.
« Un nain est arrivé. »
Kyle s’était demandé ce qui volait vers eux.
C’était un dragon de métal.
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