Chapitre 147
Traductions WeTried
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 147 : Tu as dit que tu aimais ça
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Cinq cents ans plus tôt, le Démon de l’Épée ne s’était installé dans cette forêt pour aucune raison particulière.
L’Âge Sombre avait duré quarante longues années. La guerre était devenue monnaie courante, mais nulle part on ne menait de véritable guerre totale. Les conflits qui éclataient se limitaient à des escarmouches locales et ressemblaient davantage à des démonstrations de force qu’à de vraies guerres.
Voilà ce qui arrivait après quarante ans de combats. Même les membres de la famille impériale qui avaient déclenché l’Âge Sombre ne souhaitaient rien d’autre que maintenir le statu quo. Les petits royaumes nés du chaos et les nobles qui avaient étendu leurs territoires ne voulaient plus dépenser de ressources. Les mercenaires qui avaient enfin de quoi manger rêvaient les uns après les autres de prendre leur retraite. C’était aussi l’époque où les Corbeaux, l’organisation de Cyrus, cherchaient à dépasser le stade de simple compagnie de mercenaires pour devenir une entreprise.
À cette époque, l’ouest était le seul endroit où une guerre semblait encore possible. Au sud, la résistance des autochtones du plateau d’Avara était si féroce que la guerre paraissait improbable. À l’ouest, en revanche, les demi-humains s’étaient rassemblés et s’employaient à former leur propre union.
Une grande guerre pouvait bien finir par éclater à nouveau. Le nord était lui aussi menacé, mais à l’époque, le Démon de l’Épée sentait davantage la guerre dans l’ouest, où les demi-humains aspiraient à fonder leur propre nation, que chez le Roi Démon, qui pouvait envahir à tout moment.
Au bout du compte, je n’ai jamais vu cette guerre.
Avec le recul, tout cela n’était qu’un prétexte. Il avait erré des décennies durant sur les champs de bataille et gagné le nom de Démon de l’Épée. À un moment donné, il avait rassemblé autour de lui une foule de disciples et, malgré tous ses efforts pour s’en débarrasser, ils s’accrochaient à lui comme des sangsues.
Il en avait eu assez de devoir sans cesse les chasser. Après des décennies à parcourir les champs de bataille et à tuer des gens, il n’en était pas au point d’être écœuré, mais il s’était lassé. L’épée qu’il avait maniée avec tant d’ardeur toutes ces années lui était toujours chère et le divertissait encore, mais peut-être l’âge avait-il fini par changer quelque peu ses sentiments.
Il ne voulait plus d’un champ de bataille bruyant, saturé d’une odeur de sang. Il cherchait un endroit paisible et tranquille où méditer sur l’épée qu’il avait poursuivie si longtemps.
À bien y réfléchir, ce n’était qu’un autre prétexte. C’est juste que… plus aucun champ de bataille ne m’attirait.
Il avait aussi recueilli une petite compagne. Une jeune elfe qu’il avait prise sous son aile par hasard, sur un marché aux esclaves. Même recueillir et élever un chiot créait un sentiment de responsabilité ; alors, prendre soin d’une elfe capable de parler… Elle ne se plaignait jamais d’avoir mal aux jambes, même après des journées de marche interminables, et ne faisait preuve d’aucune puérilité. Pourtant, il avait été troublé de la voir s’obstiner à le suivre alors qu’elle était trop épuisée pour avancer, que les ampoules de ses pieds avaient éclaté et que le sang y coulait, sans jamais laisser échapper le moindre gémissement.
C’était pour cela qu’il s’était installé dans cette forêt. Elle était plutôt agréable : paisible, avec un lac. Elle ne sentait pas le sang.
« … »
Y avait-il vécu environ cinq ans ? Kyle descendit au sol et contempla la forêt, le Bosquet de l’Épée.
Il fallait plus de dix jours à cheval pour aller de la porte ouest de Karent au Bosquet de l’Épée, mais Kyle avait volé jusqu’ici. Lorsqu’il avait appris à voler, il n’avait pas compris comment un être humain pouvait bien s’élever dans les airs. À présent, Kyle aussi savait voler.
Il n’allait pas aussi vite qu’Helenas, aussi l’avait-elle aidé pour le voyage.
« Bienvenue au Bosquet de l’Épée. »
Obion, qui les avait accompagnés, leur adressa un sourire bienveillant.
« Le jeune maître est le deuxième membre de la famille Alastor à venir au Bosquet de l’Épée. »
« Mon grand-père m’a dit qu’il était venu deux fois, autrefois. »
« C’est exact. La première fois, il était venu défier la Maîtresse de l’Église. La deuxième, pour lui demander comment éveiller Dame Alastor. »
« L’endroit a l’air paisible… et calme aussi. C’est agréable. »
La forêt ne portait aucune trace de présence humaine. Cinq cents ans plus tôt, plus d’une centaine de disciples vivaient ici. À présent, seuls Helenas et les apôtres habitaient le Bosquet de l’Épée.
Un petit village avait été bâti à l’extérieur de la forêt. Obion remarqua que Kyle regardait dans cette direction et prit la parole.
« Les membres de l’Église qui portent l’Épaulette Pourpre vivent là-bas. »
L’Épaulette Pourpre était le rang immédiatement inférieur à celui d’Apôtre au sein de l’Église de l’Épée. Certains étaient les disciples des apôtres, d’autres leur obéissaient directement.
« Je dois loger là-bas, moi aussi ? »
« Ha ha ! Vous êtes un invité de marque, il n’en est pas question. Vous pouvez séjourner où bon vous semble dans le Bosquet de l’Épée, jeune maître. »
« Tu peux loger chez moi. »
Helenas répondit en serrant fermement la main de Kyle, puis lui murmura :
« C’est chez nous. »
À strictement parler, elle n’avait pas tort. La cabane où vivait Helenas dans le Bosquet de l’Épée était celle où seuls le Démon de l’Épée et elle avaient vécu, cinq cents ans plus tôt.
Les apôtres, qui ignoraient cette histoire, ne purent s’empêcher d’arborer des mines étranges. Lamika serra le poing tandis qu’une douleur lui traversait la poitrine, et Ronia et Evan promenèrent sur Kyle et Helenas des regards incrédules.
« C’est leur nid de jeunes mariés… ? »
Tebar marmonna, gêné. Kyle se contenta d’avaler le soupir qui lui montait à la gorge, sans prendre la peine de le détromper.
Le Bosquet de l’Épée avait changé depuis cinq cents ans. Tant de temps avait passé que les arbres avaient épaissi, donnant à la forêt une taille plus imposante que dans ses souvenirs.
Les cabanes où vivaient ses disciples avaient changé elles aussi. Il était déjà surprenant qu’elles soient encore debout.
« Ce sont les cabanes où vivaient autrefois les disciples du Démon de l’Épée. Les apôtres y logent maintenant. »
Obion expliqua, et Tebar grommela :
« Vivre dans de vieilles ruines délabrées comme celles-ci, à notre époque, c’est pénible. J’aimerais tout raser et en construire de nouvelles, mais la Maîtresse de l’Église s’y oppose catégoriquement. »
« Nous les avons au moins réparées. Nous faisons aussi régulièrement venir des mages pour qu’ils lancent des sorts de conservation. »
Evan ajouta cela d’un ton détaché. Kyle s’était demandé comment ces cabanes grossièrement bâties avaient pu tenir cinq cents ans sans s’effondrer. Il comprenait maintenant.
On dirait que le temps s’est arrêté de force.
C’était comme si le passé revenait à la vie. Kyle esquissa un sourire amer et jeta un coup d’œil à Helenas. Elle-même souriait. Pas d’un sourire discret : ses lèvres formaient une courbe bien visible.
« Nous ne vous escorterons pas plus loin. »
Après avoir dépassé les cabanes des disciples, désormais occupées par les apôtres, Obion s’arrêta. Il leur adressa un sourire chaleureux, digne d’un grand-père, puis s’inclina profondément.
« Passez un agréable moment. »
Ces adieux avaient quelque chose d’étrange. Alors que Kyle s’apprêtait à s’éclaircir la gorge, gêné, Helenas l’entraîna avec elle. Il n’avait ni le droit de refuser ni le moyen de résister.
Badaboum, badaboum.
Pour une raison quelconque, il lui sembla entendre cette musique dans sa tête. Malgré les cinq cents années écoulées, la porte de la cabane s’ouvrit sans difficulté.
« Je n’aurais jamais cru revenir ici avec toi. »
Helenas semblait ravie, mais Kyle avait l’esprit troublé. Il l’avait déjà ressenti en entrant dans le Bosquet de l’Épée, mais cela lui apparut encore plus clairement à l’intérieur de la cabane.
Rien n’avait changé ici. On aurait dit que le temps s’était figé, que tout avait été conservé et exposé. Helenas était censée vivre ici depuis cinq cents ans, pourtant la cabane ne portait aucune trace de ces années ni de la vie qui s’y était écoulée.
Tout était resté exactement comme au temps lointain où le Démon de l’Épée vivait ici. Le lit qu’il avait fabriqué lui-même en abattant des arbres et en enfonçant des clous était toujours là, tout comme la literie dont il avait oublié jusqu’à l’origine. Le lit, mais aussi le bureau, les chaises, les commodes et tous les autres meubles étaient les mêmes.
« Même avec des sorts de conservation, comment tout a-t-il pu rester à ce point identique ? »
« Je les ai refaits. »
Kyle se figea à cette réponse. Il tourna lentement la tête vers Helenas. Son visage, tout rayonnant à leur arrivée, s’était à présent assombri.
« Au début, je n’avais pas pensé à les conserver avec de la magie. Après une cinquantaine d’années d’usage, ils sont tombés en ruine. Alors, j’ai demandé à des nains de les refaire. Je me souviens de tout ce qu’il y a ici, jusque dans les moindres détails. »
Autrement dit, elle avait fait venir des nains, à qui il était déjà difficile de demander une faveur, pour qu’ils reproduisent à l’identique cette literie grossière et ces meubles mal fichus.
« C’était triste, mais je ne pouvais rien y faire. Même les nains disaient qu’il était impossible de réparer ce qui était déjà brisé. Alors, je leur ai simplement demandé de refaire les mêmes choses. J’ai cherché le même bois que celui dont tu t’étais servi et, pour la literie, j’ai choisi des matériaux qui avaient le même toucher que dans mes souvenirs. »
« … »
« Le seul regret, c’est que ton odeur ait disparu. Je n’y pouvais rien. Impossible de recréer ton odeur. Mais je ne les ai fait refaire qu’une fois. Ensuite, j’ai régulièrement appelé des mages pour lancer des sorts de conservation. »
« Tu es un peu flippante. »
« Flippante ? Pourquoi ? »
« Qu’est-ce que tu ferais si je mourais un jour ? »
Le regard d’Helenas s’assombrit à cette question. Il devint encore plus inquiétant, et Kyle s’empressa d’ajouter :
« Je ne veux pas dire que quelqu’un d’autre me tuerait. Je suis humain, moi aussi. Je ne peux pas vivre mille ans comme un elfe. »
« … C’est vrai. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Tu es jeune. »
« Si je mourais, tu… tu ferais quelque chose comme ça ? »
« Comme ça ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Tu lancerais un sort de conservation sur mon cadavre et tu le garderais ici ? »
« C’est une possibilité. »
Helenas hocha lentement la tête. En la voyant, Kyle se renfrogna et secoua la tête.
« Ne fais pas ça. »
« Je ne veux pas que tu meures. »
« Tout le monde finit par mourir, mais… enfin, c’est trop tôt pour en parler. Commençons plutôt par changer les choses, étape par étape. »
« Qu’est-ce qu’on change ? »
« Cette maison. »
Kyle balaya la cabane du regard en parlant.
« Je comprends que tu aies gardé cet endroit tel qu’il était il y a cinq cents ans parce que les souvenirs que tu y as de moi te sont précieux. Mais celui qui vivait dans cette maison est revenu. »
« C’est vrai. »
« Commençons par l’intérieur. Remplaçons ce vieux lit… artificiellement vieilli, ce bureau, ces chaises, ces commodes, tout. Non, construisons carrément une maison neuve. »
Helenas ouvrit de grands yeux. Voyant ses yeux bleu pâle trembler, Kyle poursuivit :
« Pourquoi ? Il n’y a aucun problème. Garde tes souvenirs en tête et faisons-en de nouveaux avec moi, le réincarné. »
« Je comprends… ce que tu veux dire, mais… »
« Je comprends ce que tu ressens. Tu as vécu cinq cents ans, alors tu dois être attachée à cet endroit. Mais il faut savoir se débarrasser de ce qui doit l’être. Est-ce que ça a le moindre sens de vivre dans de vieilles ruines pareilles après tout ce temps ? Qu’est-ce que les apôtres ont fait pour mériter ça ? Hé, ne me dis pas que les toilettes sont encore les mêmes qu’il y a cinq cents ans ? »
« Je n’utilise pas les toilettes. »
« Les elfes ne chient pas non plus ? »
« À partir d’un certain niveau, il n’est plus nécessaire d’évacuer ses déchets. »
« Alors, tu n’en as pas besoin. Mais c’est censé être une maison, tout de même. Ne pas avoir de toilettes du tout, c’est un peu exagéré. On va en installer de propres et de modernes. Et on fera construire une nouvelle salle de bains. »
Lamika, qui tenait beaucoup à préparer les bains d’Helenas, ne l’accepterait jamais. Mais ce serait toujours mieux que de puiser l’eau du lac dans la forêt et de la purifier. Kyle s’affala sur la vieille chaise — ou plutôt, la chaise vieillie avec soin — fabriquée par un nain.
« Les nains sont vraiment doués. Comment ont-ils réussi à reproduire jusqu’au léger penchement de ce meuble que j’avais si mal fabriqué ? Je viens à peine de m’asseoir et j’ai déjà mal aux fesses et au dos. »
« Moi, j’aime bien. »
« Pas moi. C’est peut-être ton caractère d’elfe, mais je pense que ton environnement y est aussi pour beaucoup. Je vais faire venir des gens pour reconstruire cette cabane et toutes celles des apôtres. Tu n’auras qu’à donner ton accord. »
« … »
Helenas ne répondit pas tout de suite et pinça les lèvres. Le silence s’éternisant, Kyle ajouta rapidement :
« Qu’est-ce qu’il y a à réfléchir ? J’ai fabriqué ces meubles il y a cinq cents ans juste parce que j’avais envie d’essayer une fois. »
« C’est pour ça qu’ils sont précieux. »
« Précieux ? Tu as dit que tout ce que j’avais vraiment fabriqué était cassé et que les nains avaient reproduit ce qu’on voit ici. C’est à moi, ça ? Ça appartient aux nains. »
« C’est… »
« Et quand j’ai fabriqué ces meubles, je ne t’ai même pas demandé ton avis, pas vrai ? Cette fois, choisissons ensemble ce qu’on mettra dans la maison. Construisons-en une nouvelle qui nous plaise à tous les deux. Et… comment tu as dit ? Mon odeur ? Quelle odeur ? Celle d’un célibataire, tout simplement. »
Kyle désigna sa peau lisse de garçon de seize ans.
« C’est un peu gênant de le dire moi-même, mais j’ai mangé plein de bonnes choses depuis que je suis petit et Mère a bien pris soin de moi, alors je sens plutôt bon. Je n’ai certainement pas l’odeur d’un célibataire esseulé. Une maison neuve, des meubles neufs et mon odeur actuelle. C’est quand même mieux, non ? »
« Tu n’es pas obligé de faire venir des gens toi-même. »
À peine eut-elle répondu qu’Helenas agita la main.
Chra-ra-ra-rak !
Les murs et le toit de la cabane furent tranchés par d’innombrables entailles, et des copeaux de bois réduits en poussière s’éparpillèrent dans l’air.
« … »
Kyle ne s’était pas attendu à une réaction aussi radicale. Il regarda autour de lui, hébété. De la cabane qu’Helenas avait chérie pendant cinq cents ans, il ne restait plus que le plancher et des murs qui lui arrivaient à la taille.
« Maîtresse de l’Église ?! »
Les apôtres accoururent au cri stupéfait. Ils avaient escorté le couple jusqu’à la maison et leur avaient souhaité de passer un agréable moment ; moins de dix minutes plus tard, la cabane était en morceaux. Leur réaction était compréhensible. Kyle se tourna vers Obion, les yeux écarquillés, et dit :
« La… la Maîtresse de l’Église a dit qu’elle voulait construire une nouvelle maison. »
« Comme ça, tout à coup ? »
« C’est la maison de cet enfant et de moi. »
Helenas le corrigea.
« Obion, fais venir des artisans pour construire une maison et fabriquer des meubles. »
« Bien… compris. »
« Vous pouvez aussi reconstruire les maisons des apôtres. »
À ces mots, les jeunes apôtres, comme Ronia et Evan, s’illuminèrent.
On dirait que je ne dormirai pas sous un toit ce soir non plus.
Il avait sous-estimé le caractère radical d’Helenas.
* * *
« On dirait que la Maîtresse de l’Église est complètement sous le charme de ce morveux. Qui aurait cru qu’elle démolirait elle-même la cabane à laquelle elle tenait tant ? »
En regagnant sa cabane, Tebar laissa échapper un rire sans joie et marmonna.
« Sœur Lamika avait l’air partagée. »
Ronia répondit en trottinant à la suite de Tebar.
« Ça a dû être un sacré choc d’apprendre qu’on allait construire une nouvelle salle de bains. Lamika appartient à une lignée qui s’occupe de la Maîtresse de l’Église depuis des générations, depuis son maître et le maître de son maître. »
« Avec des toilettes, le travail de sœur Ronia sera aussi plus facile. Vous le savez, frère Tebar. Préparer le bain de la Maîtresse de l’Église fait partie des tâches quotidiennes principales de sœur Lamika. »
« Si Lamika passait moins de temps à faire ça et s’entraînait davantage à l’épée, elle serait devenue plus forte. Enfin, elle n’aurait quand même pas pu prendre la place de Quatrième Apôtre. »
Tebar sourit méchamment et se retourna vers Ronia.
« À bien y penser, le problème, c’est toi. Tu es la Sixième Apôtre parce que tu es encore moins douée que Lamika, qui commence à puiser l’eau du lac avant l’aube pour préparer le bain. »
« Pourquoi est-ce que vous vous en prenez à moi, tout à coup ? »
« Parce que tu le mérites. Bref, ça me plaît. Ça veut dire qu’on va reconstruire non seulement la maison de la Maîtresse de l’Église, mais aussi la mienne. »
« M’insulter, c’est comme vous cracher au visage. C’est vous qui m’avez fait entrer dans l’Église de l’Épée et qui m’avez élevée comme votre disciple. »
Ronia fit la moue et grommela.
« Je t’ai fait Apôtre, alors je t’ai quand même bien élevée. Après ça, tu aurais dû te débrouiller toute seule… »
Tebar s’interrompit brusquement et tira la grande épée qu’il portait dans le dos. Une présence acérée s’était glissée dans son angle mort. Par instinct, sa grande épée alla parer la lame, mais au moment du choc, l’entaille se tordit comme un serpent et visa la gorge de Tebar.
Fwhoosh !
L’image rémanente laissée par l’entaille vacilla puis disparut. Tebar avait reculé de plusieurs pas, les cheveux dressés sur la tête. Le froid inquiétant de la coupure à son cou se mêlait à la chaleur du sang qui coulait, provoquant une sensation désagréable.
« Ce salaud est complètement dingue. »
Tebar avait l’air abasourdi, mais un sourire déforma tout de même son visage. Ronia poussa un cri de stupeur et se retourna.
Je ne l’ai même pas remarqué ?
Elle n’avait pas été la cible. L’attaque n’était même pas chargée d’Intention meurtrière. Tout cela n’était que des excuses. La seule vérité, immuable et incontestable, était que Ronia n’avait pas remarqué l’approche de Kyle ni son attaque.
« J’ai entendu dire que tu aimais ce genre de choses. »
Kyle se redressa avec un sourire. Il avait l’air aussi glaçant qu’un serpent venimeux qui se dépliait après s’être lové sur lui-même. C’était précisément ce genre de présence qui émanait de Kyle.
« Pwahaha ! »
Tebar ne put retenir son éclat de rire. Qui aurait imaginé que le jeune maître de la famille Alastor, ce garçon arrivé au Bosquet de l’Épée pour devenir le compagnon de la Maîtresse de l’Église, lancerait une attaque surprise aussi audacieuse ? Et ce n’était pas une simple façon de saluer. L’épée qui n’avait pas trahi la moindre Intention meurtrière avant de frôler sa gorge était une lame d’assassin, si brutale qu’on aurait eu du mal à croire qu’un jeune maître d’une famille prestigieuse la maniait.
« Oui, j’aime ça. »
Crac !
La blessure au cou de Tebar, d’où le sang avait coulé à flots, se referma. Inutile de prolonger la conversation.
La grande épée de Tebar heurta Fenris.
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