Chapitre 263
[Auerlion] [Points : 300 — Îles : 7]
[Erebus] [Points : 210 — Îles : 7]
[Luminar] [Points : 240 — Îles : 4]
[Solaria] [Points : 700 — Îles : 7]
« Ennuyeux… ennuyeux… » marmonna Emeris, assise au bord du lac, au milieu de l’île.
L’herbe lui chatouillait les mains tandis qu’un léger clapotis résonnait. Elle contemplait l’étendue grise de ce grand étang, qui ressemblait à un véritable miroir de mercure reflétant le soleil au-dessus.
Trois jours s’étaient déjà écoulés depuis qu’elle avait fini de purifier l’île et, depuis, elle n’avait rien eu d’autre à faire que rester assise et monter la garde.
Elle ne pouvait pas abandonner l’île pour aller ailleurs, même si elle avait douze personnes avec elle… enfin, ils n’étaient plus que onze, puisque l’un d’eux avait été éliminé par un monstre… Après tout, c’était elle qui faisait tourner la machine.
Surtout que cette île attirait de temps à autre quantité de monstres volants… Ils venaient boire cette étrange eau dans l’étang.
Elle trempa un pied dans l’eau, puis le leva. Des gouttes argentées ruisselèrent sur sa chaussure. Le liquide était très épais. Elle se demanda ce qui se passerait si elle en buvait… une simple curiosité née de l’ennui.
Les autres membres de son équipe étaient répartis aux quatre coins de l’île pour monter la garde. Quant à elle, elle abattait tous les monstres qui atterrissaient du ciel. C’était pourquoi des dizaines de cadavres s’empilaient derrière elle, dans la plaine herbeuse.
Les autres s’amusent et moi, je suis là… toute seule ! C’est pas juste ! Pas juste ! Elle fixa son bracelet, se retenant d’envoyer un message.
Pas qu’elle en ait eu la possibilité… Elle n’avait droit qu’à un message toutes les douze heures, mais son esprit refusait de l’accepter.
Si elle avait pu choisir, elle aurait coupé tous les ponts de lianes reliant les îles et n’en aurait laissé qu’un seul… mais, malheureusement, c’était interdit pour une raison ou une autre. Peut-être ne voulaient-ils pas que quelqu’un en tire un avantage, ou bien comptaient-ils simplement les garder pour plus tard.
« Un groupe d’Auerlion se prépare à attaquer Kyle ?… Hmm, j’aimerais bien être là-bas. » Elle lut les derniers messages. On aurait dit que Kyle, qui avait choisi l’île offrant la meilleure vue, avait attiré l’attention d’Auerlion.
Il semblait avoir surpris quelque chose qui indiquait qu’ils se préparaient à l’attaquer. Il avait donc envoyé ce message pour demander de l’aide… aux îles les plus proches, au nord, évidemment.
Malheureusement, Emeris se trouvait de l’autre côté… trop loin.
Elle se recroquevilla près de l’étang, posa la joue sur son genou et ferma les yeux, espérant que le temps passerait plus vite et qu’il se produirait enfin quelque chose d’intéressant.
Et, après un temps indéterminé, quelque chose se produisit… Un cri perçant retentit dans le ciel, puis la tempête soulevée par le monstre ailé lui fit voler les cheveux en arrière.
Mais comme si cela n’avait aucune importance, elle ne rouvrit même pas les yeux. À cet instant, un fil de lumière bleue, fin comme un cheveu, passa devant le cou du monstre.
Sa tête se détacha comme celle d’un jouet brisé et tomba de l’autre côté de l’étang, provoquant une onde qui se répandit sur la surface argentée jusqu’à mouiller les pieds d’Emeris.
« Je nettoierai plus tard… » marmonna-t-elle, trop paresseuse pour ouvrir les yeux ou regarder le cadavre démembré. Le sang s’écoulait sous l’eau sans s’y mélanger, se déposant simplement sous les couches de liquide semblable au mercure.
Quand le soleil disparut et qu’il ne resta plus qu’une faible lueur orange à l’horizon, Emeris ouvrit les yeux.
Non pas parce qu’elle en avait assez de dormir… mais parce qu’elle sentit une vibration à son poignet.
Son bracelet vibrait.
Elle ouvrit les yeux et consulta le message. Il était court et truffé de fautes d’orthographe, signe qu’il avait été écrit à la hâte… Un seul mot était parfaitement lisible : « À l’aide. »
Elle n’avait pas besoin de demander d’où venait le message : elle savait où se trouvait tout le monde.
Pour une raison quelconque, un sourire se dessina sur le visage d’Emeris. Elle se remit debout.
L’essence afflua dans son petit corps robuste. Elle partit comme une flèche vers le coucher du soleil, laissant derrière elle le lac argenté en quelques instants pour pénétrer dans la forêt, en évitant de marcher sur les cadavres de monstres éparpillés partout.
Le vent sifflait à ses oreilles. Au loin, elle commençait à distinguer l’orée de la forêt. Des étincelles lumineuses s’évanouissaient dans l’air : quelqu’un venait d’être éliminé… Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu’il s’agissait du membre de son équipe qui avait envoyé le message.
En débouchant de la forêt, ses pupilles se dilatèrent. Elle força son corps à s’arrêter ; le sol éclata sous ses pieds, écrasé par son immense élan.
Elle inclina la tête en un éclair et sentit un froid lui effleurer l’endroit où se trouvait son cou.
Un éclat d’acier fendit alors l’air. La coupe traversa la forêt et abattit des dizaines d’arbres, les tranchant net en une ligne parfaite.
Avant même que les arbres ne commencent à tomber, Emeris sourit. Ses yeux gris se posèrent sur la personne apparue devant elle : de courts cheveux bleus, des yeux sombres et une armure blanche immaculée.
Riven tenait sa lame fine et releva légèrement le menton, ses yeux fixés sur Emeris avec une froide acuité. « Hoho… mais qui voilà ? Notre chère grande gueule ?
Emeris détourna les yeux des arbres qui s’effondraient. Son sourire enthousiaste se mua en amusement sur son beau visage, et ses yeux brillèrent d’une faible lueur bleue. « Attends un peu que je te botte le cul, toi… »
Riven ne réagit pas à la provocation, mais le mot suivant lui fit saillir les veines du front.
« Salope ! »
…
Très loin de là, de l’autre côté du cinquième niveau, Ellen observait l’étendue de lianes, debout à côté de Kyle.
Après ce qu’il avait dit, elle était la plus proche. Elle était donc venue avec quelques personnes, au cas où une véritable attaque se produirait… Bien sûr, elle en avait laissé la moitié sur l’île pour monter la garde et repérer toute menace qui tenterait de s’introduire.
« Alors, tu ne les vois plus ? » demanda Ellen à Kyle, qui scrutait le lointain. Il secoua la tête. « Non. Ils étaient là hier. À ce que j’ai vu, ils avaient vraiment l’air de se préparer à grimper, mais ils ont disparu ensuite. »
Ellen repoussa une mèche derrière son oreille. « Peut-être une fausse alerte… Peut-être sont-ils partis vers une autre île, invisible d’ici ? »
Kyle fronça les sourcils. Il n’aimait pas qu’on doute de ses informations. Il les avait vus clairement… leurs expressions, leur colère, leur désir, le chaos… Il avait tout distingué, même à cette distance.
« … »
Au moment où il ouvrit la bouche pour répondre, leurs bracelets vibrèrent en même temps. Ils se regardèrent un instant, puis consultèrent le message. Kyle fronça encore davantage les sourcils, tandis qu’Ellen serrait les dents.
« Putain. »
…
Sur le pont suspendu couvert de verdure, trente et un membres d’Erebus avançaient en silence sous le ciel nocturne. À leur tête marchait un grand jeune homme aux cheveux couleur terre, qui menait cette imposante équipe. Il s’appelait Sam.
Quelques jours plus tôt, Theo était parti avec son assistant et une petite équipe de dix personnes. Où étaient-ils allés, au juste ? Ce type arrogant n’avait rien dit.
C’était quelqu’un de contradictoire… Deux jours plus tôt, il les menait avec enthousiasme, puis il avait disparu.
Et, pire encore, ils n’avaient toujours rien envoyé depuis tout ce temps. Qui savait s’ils avaient été éliminés ou non ?
Alors, durant cette période où Erebus s’était dispersé pour s’emparer des îles, Sam avait tenté d’empêcher la situation de se retourner contre eux. Il avait pris la tête du groupe… ou de ce qu’il en restait.
Et maintenant, après avoir reçu un message d’une équipe d’éclaireurs signalant qu’une île de Luminar, au quatrième niveau, n’avait presque pas de gardes, il avait décidé que c’était l’occasion de s’établir là-haut.
Il avait mené tout le monde jusqu’à l’île, sans prendre le risque de laisser qui que ce soit derrière… et, alors qu’ils approchaient de leur destination, il aperçut quelqu’un au bout du pont.
C’était l’un des leurs.
Il leva la main et lui fit signe. Sam se demanda si le camp de Luminar se trouvait de l’autre côté de l’île, ce qui lui permettait de circuler aussi librement… Quoi qu’il en soit, il aurait sa réponse dès son arrivée.
Et il arriva… Il posa le pied sur l’herbe et observa le jeune homme devant lui, ainsi que les environs. Les autres le suivirent par petits groupes.
« Où sont les autres ? » demanda-t-il en balayant les lieux du regard. À cause de l’obscurité, il ne remarqua pas l’expression troublée du jeune homme, ni sa respiration saccadée et sa mâchoire crispée.
Sam ne s’en aperçut que lorsque le jeune homme leva son épée contre lui.
Mais Sam, un Éveillé au sommet du rang 3, esquiva le coup au dernier moment. Les yeux écarquillés, il s’écria : « Qu… Qu’est-ce que tu fais ? »
C’est alors qu’il remarqua les changements subtils chez le jeune homme et comprit qu’il n’avait pas dit un mot depuis leur arrivée.
Il commença à comprendre ce qui se passait, mais il était trop tard… Derrière lui, le reste du groupe venait d’arriver, perplexe en entendant Sam hurler soudainement sur leur compagnon.
Et, derrière les arbres, des dizaines de personnes surgirent pour encercler Sam et son groupe, les acculant au bord.
À leur tête se tenait… un homme aux yeux sombres, qui les fixait avec indifférence.
Ce n’était autre que Silas.