Chapitre 112
Nous restâmes là, à regarder la créature gigantesque s'éloigner, projetant son ombre sur les dunes de sable.
Je tournai la tête vers l'endroit où se trouvait le ver. La dune avait été totalement pulvérisée, ses grains éparpillés aux quatre vents.
Résultat, nous nous étions enfoncés jusqu'à la taille dans le sable.
« On vient vraiment de se faire ignorer par ce monstre ? » lança Izel, la voix empreinte de choc et d'incrédulité.
Tout s'était joué en quelques secondes, sans le moindre grabuge.
Je tirai ma jambe hors du sable. « Heureusement, il a dû nous juger trop insignifiants pour servir de repas. »
Izel tenta de se dégager. « Je ne sais pas si je devrais rire parce qu'on n'a pas eu à combattre ce ver, ou pleurer parce qu'une chose pareille existe ici. »
Je la regardai en époussetant mes vêtements. « Je pense que pleurer est la meilleure option. »
Sur ce, je tournai la tête vers la direction où l'oiseau s'était envolé... la même direction que celle que nous suivions.
Je doute que ce soit la dernière fois que nous croisons ce monstre.
« Continuons. »
...
Les heures passèrent alors que nous nous enfoncions dans le désert.
En regardant vers l'est, je pouvais désormais voir le soleil entièrement levé.
Et ce n'était pas une bonne nouvelle pour nous.
La chaleur augmentait et devenait extrêmement irritante. C'était bien plus brûlant que ce qu'un désert normal devrait être.
Je fixai le cadavre massif du ver étendu devant moi tandis qu'une goutte de sueur coulait sur mon visage.
Je me retournai pour voir Izel avaler goulûment de l'eau à même sa gourde. « Arrête de boire autant d'un coup. On doit réfléchir à ce qui nous attend. »
Elle écarta la gourde de ses lèvres. « C'est moi qui te paie, alors arrête de te plaindre. »
Eh bien, je ne m'attendais pas à ce qu'elle retourne ça contre moi.
Je soupirai et redirigeai mon attention vers l'avant.
Là, j'aperçus ce qui pourrait être notre destination : l'endroit d'où le signal avait été émis.
À l'horizon, une muraille rocheuse se dressait, de la même couleur jaune que le sable, s'étendant à perte de vue vers la gauche et la droite.
Je regardai Izel, qui essuyait la sueur et le sang sur son visage. « Il ne reste plus grand-chose, alors ne ralentis pas maintenant. »
Quand je dis cela, elle me fixa de ses yeux perçants, mais ne fit aucun commentaire.
C'était vrai que j'avais dit qu'il ne restait plus grand-chose, mais au fond de moi, je savais que ce n'était que le début.
...
À chaque instant, la muraille se rapprochait jusqu'à ce que quelques kilomètres seulement nous en séparent.
Plus nous approchions, moins il y avait de vers des sables, et je crois savoir pourquoi.
Car au loin, une bête plus grande, semblable à l'oiseau précédent, volait en tenant un ver dans ses serres, ce dernier luttant inutilement pour se libérer.
C'était très loin de nous, alors peut-être étions-nous en sécurité.
Et je ne pense pas que ces monstres massifs veuillent nous manger. Pour eux, nous sommes comme des doigts faits de peau et d'os... n'est-ce pas ?
Ou peut-être suis-je le seul à penser ça... J'espère que non.
Izel leva la main et essuya la sueur qui coulait vers ses yeux. « Comment est-ce qu'on est censés les trouver là-dedans maintenant ? Je ne pense pas qu'ils vont rester dehors à s'exposer au danger. Il est aussi possible qu'on ait légèrement dévié de notre trajectoire et qu'on se soit éloignés d'eux. »
Elle avait raison. Et le problème, c'est qu'ils n'avaient envoyé aucun autre signal depuis ce jour-là.
En regardant l'oiseau disparaître derrière la muraille rocheuse, je compris peut-être pourquoi ils s'étaient contentés de ce seul signal.
Espérons juste qu'ils n'ont pas été avalés comme de légers en-cas.
« On ne peut rien faire d'autre que d'y aller. Au moins, on trouvera de l'ombre pour se reposer. »
Après plus de deux jours de combat et de marche sans dormir, je commençais à sentir l'épuisement s'infiltrer dans mon corps. Je suppose que j'ai besoin de repos avant que ça ne s'aggrave.
Alors que je réfléchissais, nous nous rapprochâmes de la muraille rocheuse. Au moment où nous le fîmes, je sentis quelque chose entrer dans mon champ de perception sur la gauche, fonçant vers nous à une vitesse folle, accompagné d'un léger sifflement déchirant l'air.
Tout ce que je fis, ce fut de m'arrêter net, juste au moment où une flèche rapide passa à côté de moi pour se planter dans le sable.
Izel le remarqua et fit un bond en arrière, prête à se battre. « C'était quoi ça ? »
Je fixai l'endroit où la flèche avait atterri avant de tendre la main pour la retirer.
Je la levai alors que le sable tombait de ma main, l'étudiant quelques instants et reconnaissant son propriétaire sans trop réfléchir.
Je tournai la tête vers la gauche. Je ne vis rien, mais je compris ce que nous devions faire.
Je la soulevai pour qu'Izel puisse la voir. Elle s'approcha. « Eh bien, je suppose qu'on n'a pas besoin de les chercher, ils l'ont fait pour nous. »
Elle l'observa brièvement. « C'est la flèche de Kyle ? » Je hochai la tête.
Sur ce, nous changeâmes de cap et nous dirigeâmes vers la gauche.
À chaque pas, l'envergure de la muraille devenait plus claire. Certes, ce n'était rien comparé à ce que nous avions vu dans le Berceau des Éclats, mais c'était tout de même assez haut.
Après avoir marché une distance considérable, je vis enfin celui qui avait tiré la flèche.
Là, assis sur un rocher en saillie à mi-hauteur de la muraille, Kyle tenait son arc et nous suivait du regard avec ses yeux perçants.
Quand il vit que nous avions atteint l'endroit voulu, il se leva et commença à descendre la paroi.
Ses mouvements étaient équilibrés et rapides, indiquant qu'il était habitué à ce genre d'exercice.
Il ne lui fallut pas longtemps pour descendre et poser les pieds au sol.
Au même moment, nous nous approchâmes de lui. Il nous regarda avec son calme habituel, mais dans ses yeux tranquilles, je pouvais voir la tension qui le rongeait.
Je lui tendis la flèche. « Merci pour le guidage... alors, c'est toi qui as envoyé le signal ? »
Il accepta la flèche et la remit dans le carquois sur son dos. « Non. C'était la princesse, et Leona Starlin. »
Peut-être que Kyle était le seul à encore utiliser les formules de politesse dans notre classe... peu importe.
Izel s'avança. « Alors où sont-elles ? »
Quand elle posa la question, Kyle leva la main et pointa une ouverture dans la muraille à quelques dizaines de mètres. « Elles sont là-dedans. »
À l'instant même où il dit cela, Izel se dirigea vers l'entrée de la grotte en marmonnant : « Enfin, je vais rencontrer de vrais humains. »
Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire par là.
Mais je la suivis jusqu'à ce que nous atteignions l'entrée de la grotte et y pénétrions.
Là, nous trouvâmes Leona et Ellen assises.
« Content que vous soyez en sécurité, les gars... »
Les mots d'Izel moururent dans sa gorge alors qu'elle les fixait un instant, avant que je ne pose la question qui me brûlait les lèvres.
« Vous êtes tombées d'une falaise ou quoi ? »