Chapitre 1 697
Le Jeune maître Jin avait probablement compris que ce petit événement inutile était nécessaire. Le petit marié faisait seulement son enfant gâté ; il n’était pas inconscient. Ne lui avais-je pas déjà expliqué la situation en détail la veille au soir ?
Bien sûr, je ne pouvais pas savoir s’il avait vraiment compris ou s’il faisait semblant, mais à en juger par sa réaction, une chose était certaine.
« On dirait qu’il ne veut vraiment pas que Mo-Ryeon le déteste. »
À mon avis, la menace de le quitter s’il ne pouvait pas faire confiance à la fidélité de Mo-Ryeon l’avait profondément marqué.
« Au moins, il ne se roule pas par terre en sanglotant. »
C’était sans doute pour cela qu’il ne pouvait pas exprimer ouvertement son mécontentement. Il se retenait, de peur que Mo-Ryeon ne se remette à pleurer s’il la brusquait trop. À voir ça, je compris que je n’avais pas vraiment besoin de son autorisation. Il suffisait que Mo-Ryeon tienne compte des sentiments du petit marié et lui annonce ce qui allait se passer.
Naturellement, je pris aussitôt la parole. « Ce n’est pas n’importe qui. C’est ton petit frère. Et ce mariage n’a lieu que pour que la Famille Jin le reconnaisse officiellement. »
« … »
« Nous organisons simplement une petite cérémonie au sein de la Famille Jin, alors ça ne signifie pas grand-chose. Ce n’est pas comme si j’allais réellement devenir la femme de ton frère. Lui aussi le comprend parfaitement. »
« Je te le répète tout le temps, mais dans mon cœur, tu passeras toujours en premier », le rassurai-je.
« Mon épouse… » marmonna le Commandant Jin.
« Ton frère ne pense à rien de mal non plus. Tu as entendu toute notre conversation, pas vrai ? Alors arrête de le fusiller du regard comme ça », lui dis-je.
« … »
« Mais où est-ce que ce gamin a appris à gonfler les joues comme ça ? »
« Viens là. Je vais te faire un câlin… » lui proposai-je.
« … »
« Ça ne me réjouit pas non plus. Me marier avec ton petit frère, entre tous… Tu sais à quel point c’est gênant pour moi ? Mais… qu’est-ce qu’on peut y faire ? Je t’ai déjà dit que c’était la meilleure solution pour Jin Cheon.
« Le Khan descend du nord… et les jeunes seigneurs et dames de l’Alliance orthodoxe semblent être des Récurrents, eux aussi », dis-je.
« … »
« Je ne sais pas avec certitude si ces frères et sœurs sont vraiment des Récurrents, ni s’ils se souviennent de ce qui s’est passé sur le continent, mais j’ai le pressentiment qu’il pourrait s’agir de Hayan et Sora.
« Et ce n’est pas tout. La Prêtresse de Qiongqi est suspecte, et je n’ai aucune idée de l’endroit où se trouve l’Immortel de l’épée de Kunlun, ni de ce qu’il fait. Je ne peux même pas être sûre que Black soit de mon côté, et qui sait où les autres possesseurs se cachent ? » demandai-je.
« … »
« Si nous continuons à nous terrer au manoir Taowu, autant leur demander de venir nous dévorer. Il nous faut une véritable base de pouvoir si nous voulons transmettre quoi que ce soit à Jin Cheon », dis-je.
« … »
« Nous ne pouvons pas non plus révéler que tu fais partie de la Famille Jin, et nous ne pouvons pas simplement aller trouver Jin Cheon, qui ne sait rien, pour lui dire tout à coup : “Je suis ta mère.” Alors il faut bien que nous nous forgeions une identité, d’une manière ou d’une autre, si nous voulons exercer une influence au sein du culte. Tu ne crois pas ? » demandai-je.
« … »
Il comprenait. Impossible qu’il ne me comprenne pas, alors qu’il enfouissait son visage contre moi et faisait son enfant gâté. Après avoir doucement écarté le petit marié, je lui déposai un léger baiser sur la joue.
« Tu peux m’attendre tranquillement ici, Jeune maître Jin ? » lui demandai-je.
Comme prévu, il leva vers moi ses yeux encore pleins de larmes et hocha la tête. La cérémonie commença peu après. Bien sûr, elle n’avait rien à voir avec celle que j’avais célébrée avec Jin Cheong-Yeong. À la différence de ce mariage d’un luxe excessif, celui-ci avait été considérablement simplifié et nombre de rites traditionnels avaient été entièrement supprimés.
À vrai dire, je ne savais même plus ce qui était convenable ou non.
Les Plaines centrales étaient tout simplement trop vastes et peuplées de trop de peuples différents ; les coutumes du mariage variaient donc d’une région à l’autre. Apparemment, celles du culte différaient aussi de celles du Liaoning.
Il semblait toutefois que le marié chaussât la mariée de souliers rouges ici aussi. Ensuite, échanger des coupes de vin paraissait être à peu près tout ce qu’on pouvait raisonnablement inclure dans une cérémonie simplifiée.
« C’est… un peu décevant. »
Je savais déjà que ce le serait, mais comparé à mon précédent mariage, celui-ci était incroyablement sobre.
« Il n’y a même pas… de poème d’amour… »
« … »
« Pas de palanquin nuptial… pas de musique… »
« … »
« Franchement, ils ne me traitent pas un peu trop mal ? Ils font tout à moitié parce que je suis censée être une fille de basse extraction ? »
Le cortège du marié, qui se dirigeait vers la résidence où séjournait Mo-Ryeon, était bien trop réduit.
La résidence du Chef de famille, où devait se tenir la cérémonie proprement dite, était si proche que je ne m’étais pas attendue à voir un palanquin nuptial ou quoi que ce soit du genre. Mais cela m’agaçait quand même qu’il n’emmène avec lui que quelques servantes et adjoints.
L’atmosphère n’avait rien de festif non plus.
D’accord, le second fils de la Famille Jin semblait préférer le calme et la simplicité, mais bon sang, Mo-Ryeon n’était-elle pas censée être la vedette du jour, plutôt que lui ?
À tout le moins, n’aurait-il pas été de bon ton de demander à sa belle-sœur quel genre de mariage elle souhaitait ?
« L’aîné était mieux. Bon sang. »
Je le vis bientôt. Il avait peut-être estimé qu’il serait indigne d’un Chef de famille de s’agiter à la recherche des chaussures de la mariée. Comme ils avaient supprimé le rite où l’on cherchait les chaussures, le Jeune maître Jin ne me chaussa donc pas non plus de souliers rouges.
L’un de ses adjoints ouvrit simplement un élégant coffret en bois et me le tendit. À l’intérieur se trouvait une paire de souliers rouges qui me plaisaient beaucoup.
« … »
Contrairement à la fois précédente, tout se déroulait dans le silence. C’en était presque solennel. Lorsque je vis le second fils de la Famille Jin, mon cher beau-frère, s’agenouiller devant moi, je rougis légèrement et lui tendis le pied.
Le visage dénué de toute émotion, il me chaussa délicatement le soulier rouge.
« Euh… »
« … »
Bien qu’il fût un maître martial du Royaume mystérieux, ses longs doigts fins semblaient encore plus délicats que les miens tandis qu’ils entouraient doucement mon pied.
« Ah… »
« S-Son contact est plutôt… plutôt sensuel… »
Ses doigts finirent par atteindre ma cheville, et il entreprit de me chausser comme s’il manipulait un verre fragile. La sensation chatouilleuse me fit replier les orteils ; il redressa doucement ceux de mon pied gauche de la main, puis remonta les doigts jusqu’à ma cheville.
Son toucher était si doux que je commençai à me demander s’il n’avait pas un fétichisme des pieds.
Le Commandant Jin s’était débattu et agité pour réussir à me mettre un seul soulier, mais cet homme avait peut-être prévu le problème dès le départ : la paire préparée faisait une pointure de plus.
« Il a tout prévu. »
Ils n’étaient pas assez grands pour gêner ma marche, mais il s’en était manifestement inquiété malgré tout. Il me tendit de nouveau la main avec précaution et m’accompagna même pour que je puisse marcher confortablement.
« C-Ce salaud serait-il… plutôt quelqu’un de bien ? »
Personne ne poussa de cris de joie. Pourtant, chaque fois que mon beau-frère et moi faisions un pas, les membres de la Famille Jin présents s’inclinaient si bas que leur visage frôlait le sol.
« Bon sang… c’est quoi, cette cérémonie ? Il les a complètement soumis à son autorité ?! »
Je ne m’attendais à rien au départ ; forcément, une telle démonstration me fit battre le cœur à tout rompre. Lorsque le somptueux décor de cérémonie installé dans la résidence du Chef de famille apparut enfin, mon excitation atteignit son comble.
Le lieu regorgeait de décorations luxueuses et de cadeaux de mariage, de quoi effacer en un instant toute ma déception. Quelques instants plus tôt, j’étais encore convaincue que l’aîné était mieux, mais…
« Attends… p-peut-être que le second fils est mieux… Et pour ce qui est du physique… je crois qu’il est peut-être même… un peu plus beau… »
D’une certaine façon, il avait l’air plus fiable. Il dégageait moins quelque chose de sinistre que de mélancolique. Il n’était pas vraiment mon genre, mais il avait quelque chose qui me donnait envie de prendre soin de lui.
Il avait le visage de quelqu’un que le monde entier aurait abandonné, et des yeux qui semblaient dire que personne ne pourrait jamais le comprendre. C’est pour cela que je me surpris soudain à vouloir le comprendre. Avec toute cette richesse, bien sûr que je pouvais le comprendre.
À ce stade, ce serait presque impoli de ne pas le faire. Pas une seule chose ici ne respirait autre chose que le luxe. Ses goûts semblaient un peu plus sombres que ceux du Commandant Jin, mais j’aimais aussi beaucoup cet aspect-là.
À proprement parler, il ne correspondait pas exactement à mon genre, mais il entrait tout de même dans mes critères. Son charme était différent, mais il avait indéniablement quelque chose d’une vieille fortune plutôt que d’un nouveau riche.
Pas tant une famille aristocratique traditionnelle qu’autre chose…
« On dirait… une de ces familles qui tirent les ficelles dans l’ombre depuis des milliers d’années, pas vrai ? Oui. Un grand manitou… Ça transpire les manigances secrètes à plein nez. »
Tout l’endroit semblait conçu pour hurler qu’une éminence grise tirait les ficelles.
« … »
Au milieu de tout cela, le Chef de la famille Jin et Mo-Ryeon se faisaient face. Il me fixait de ses yeux impassibles, mais ne serait-il pas plus convenable que Mo-Ryeon affiche un sourire timide, comme si elle était un peu embarrassée ?
Après tout, on racontait qu’elle ne s’était pas encore complètement assimilée à Murong Hwa-Yeon, ce qui signifiait qu’il s’agissait, en pratique, du premier mariage de Mo-Ryeon. Elle était censée être le genre de jeune fille qui avait failli mourir de honte rien qu’en montrant ses pieds nus un peu plus tôt.
Nous nous versâmes bientôt du vin dans nos coupes…
« Levez vos coupes et déclarez devant le Ciel et la Terre, ainsi que les Quatre Périls, que vous êtes désormais mari et femme. »
Après notre déclaration devant le Ciel et la Terre, ainsi que les Quatre Périls, où nous affirmions être devenus mari et femme, la cérémonie prit fin. Ensuite, j’aurais dû regagner ma chambre et rassurer le Jeune maître Jin. Du moins, c’était censé se passer ainsi.
« Hein ? »
« … »
« I-Il faut vraiment aller jusqu’à passer la nuit de noces ensemble ? »
« … »
« J-Je me retrouve dans la résidence du Chef de famille… »
« … »
« Et voilà que… je prends aussi un bain… »
« … »
Voir les servantes me laver avec tant de minutie était assez impressionnant. Rien à voir avec le bain du manoir Taowu, où je n’avais eu qu’une idée en tête : me décrasser.
Ici, l’eau était à la température idéale, un parfum agréable embaumait l’air et des pétales de fleurs flottaient à la surface. Le bonheur absolu. Une partie de moi se demandait si c’était vraiment nécessaire d’en faire autant, mais…
« C-C’est agréable, quand même… »
Qui, dans son bon sens, refuserait un peu de luxe après en avoir été privée si longtemps ? Les servantes semblaient parfaitement formées, elles aussi, car aucune ne m’adressa un mot. Je n’avais qu’à leur confier le soin de tout faire et profiter d’un moment de tranquillité bien mérité. Je me détendis, bercée par une délicieuse torpeur.
Je m’inquiétais un peu pour le petit marié, qui devait sans doute attendre désespérément le retour de Mo-Ryeon dans un coin de la chambre, mais, rien que pour cet instant, je voulais oublier le petit marié et tout le reste.
Elles m’appliquèrent même un produit qui semblait idéal pour empêcher ma peau de se dessécher, puis dénouèrent mes muscles par un massage.
Après m’être abandonnée à ce système où l’on s’occupait de tout sans que j’aie à lever le petit doigt, je me retrouvai sans même m’en rendre compte assise au bord du lit, toute gênée, avec mon beau-frère.
Il n’allait sûrement pas nourrir de mauvaises intentions envers la femme de son frère aîné. Il devait être aussi mal à l’aise que moi.
« Êtes-vous fatiguée, belle-sœur ? » me demanda-t-il.
« N-Non. Grâce à vous… j’ai pu me reposer confortablement, beau-frère », répondis-je.
Il me tendit alors sans un mot un coffret en bois.
« C-C’est… »
« Même si notre mariage est un faux… veuillez accepter ceci comme cadeau de noces », dit-il.
« Tu… as même préparé un cadeau ? »
J’ouvris discrètement le coffret et découvris, à ma grande surprise…
« U-Une épingle à cheveux en or ! »
Une épingle à cheveux en or étincelante brillait sous mes yeux. Je le regardai, stupéfaite, et vis le coin de ses lèvres se relever à peine. C’était probablement sa façon de sourire.
Je retirai soigneusement de mes cheveux mon épingle bon marché et la remplaçai aussitôt par celle en or. J’aurais dû lui demander d’abord si je pouvais vraiment accepter une chose pareille et la refuser poliment au moins une fois, mais mon corps réagit avant même que je m’en rende compte.
« Elle vous va à ravir, belle-sœur », me complimenta-t-il.
« M-Merci… beau-frère… » murmurai-je.
« … »
« Mais… bon sang, il n’y a pas quelque chose… d’un peu bizarre dans cette ambiance ? »
« … »
« C’est un peu… tu vois… étrange, non ? »
« … »
« Beau-frère… euh… on ne serait pas un peu trop près ? Je crois que nos doigts viennent de… s-se toucher ? »
Pour une raison ou pour une autre, je commençai à me sentir coupable. Je jetai donc discrètement un œil au petit marié à travers mon télescope. Il fixait attentivement un petit bâtonnet de bois qu’il sculptait avec soin à l’aide de son énergie interne. C’était une épingle à cheveux en bois.