Chapitre 1 691
« I-Il est vraiment si beau… J-Je ne peux pas m’empêcher de l’admirer… »
À vrai dire, son visage était loin de correspondre à mes goûts habituels. Pour donner un exemple, il n’avait rien de ce je-ne-sais-quoi à la Kim Hyun-Sung… Oui, cette allure de duc du Nord rafraîchissant qui venait de s’enfiler une boisson isotonique.
Pourtant, il était si incroyablement classe qu’il transcendait complètement la notion de goûts personnels. Oui, on était à un tout autre niveau que de simples préférences.
Il ressemblait à une bête indomptable qui aurait pris forme humaine. C’était déjà le cas quand Hee-Ra oppa était encore Hee-Ra noona, mais le regarder, c’était comme contempler un lion à la crinière cramoisie. Ses cheveux rouges flottaient sans cesse dans la brise nocturne, tels une robe écarlate qui ondulait au vent.
Ses yeux semblaient brûler avec autant d’ardeur que ses cheveux. Ses traits étaient marqués sans être écrasants… et il était sacrément grand. Squirmy était grand, lui aussi, mais ce type le dépassait sans aucun doute.
« P-Pourquoi diable est-il si grand, lui aussi ? »
Était-il l’incarnation même de la testostérone ? Comment était-ce seulement équitable ? Sa taille imposante, ses larges épaules et ses pectoraux prêts à exploser étaient déjà assez impressionnants, mais surtout, il n’avait pas l’air aussi excessif que ce salaud de Bahamut.
Son torse semblait sculpté dans la pierre. Rien qu’en le regardant, je devinais qu’il avait la dureté de l’acier.
Par pure curiosité, je me surpris à vouloir le piquer du doigt. Ça ne s’enfoncerait probablement même pas. Il ne s’était pas contenté de se bâtir une carrure imposante : tout son corps semblait constitué de muscles compacts, sans la moindre trace de graisse.
« Et ce n’est pas tout. Ses sacrées cuisses… »
« … »
« Non… J-Je ferais mieux de m’arrêter là… »
Honnêtement, j’aurais sans doute pu passer la journée à parler du physique de Hee-Ra oppa, mais ce qui ressortait plus encore que sa beauté, c’était son aura unique. Il n’avait plus l’air perpétuellement rongé par l’ennui, ni de quelqu’un qui passait ses journées à noyer son chagrin dans l’alcool.
Pour la première fois depuis une éternité, il ressemblait à l’ancienne Reine des Mercenaires. Il avait gravi les échelons depuis tout en bas et était enfin devenu le souverain de la grande steppe.
« … »
Mon cœur cogna furieusement contre ma poitrine. Même à travers le Télescope, je sentais en lui la présence souveraine d’un roi. Son aura donnait envie de tomber à genoux sur-le-champ.
L’ADN du flagorneur qui sommeillait en moi s’emballa complètement. L’envie de faire irruption dans cette ger et de proclamer que cet homme était à moi m’envahit. Non, je voulais me tenir au milieu de cette immense prairie et proclamer que j’étais la Dame de la Steppe.
« Bon sang, il faut que j’y aille tout de suite. J-Je dois devenir la dame de la grande steppe… »
« … »
« Je dois devenir la dame de la steppe… Bon sang. Je ne peux pas laisser qui que ce soit me prendre ça… »
Je commençais même à m’angoisser. Rien que d’imaginer les gens dans cette ger gagner les faveurs de Hee-Ra oppa pendant que je perdais mon temps ici me brûlait de l’intérieur et me retournait l’estomac.
« Bon sang. Ne me dis pas que tu as déjà choisi ta dame, Hee-Ra noona. T-Tu ne m’as pas abandonnée, pas vrai ? »
« … »
« Tu ne t’es pas tellement amusé avec tout le monde, sur la steppe… que tu as oublié ta dévouée épouse, Ki-Young, pas vrai ? »
« … »
« Tu ne m’as vraiment pas oublié, pas vrai ? Tu n’as pas déjà fait de quelqu’un ta première épouse, hein ? Ma place est toujours là, pas vrai ? Si je fais autant de concessions que possible, je pourrais accepter d’être la deuxième… mais concubine, c’est un peu… T-Tu n’as pas fait ça, hein ? »
Peut-être que Hee-Ra noona n’était pas la seule à être rongée par l’ennui… Ça m’était égal de ne pas être la première. Ça m’était égal d’être la deuxième ou la troisième. Bon sang, ça ne me dérangeait même pas de commencer comme concubine. Non, ça ne me dérangeait pas de n’être rien du tout au départ.
Il me suffirait d’écarter une personne, puis une autre, puis une troisième, et je finirais naturellement par prendre la première place.
Alors que mon esprit de compétition commençait à bouillonner pour la première fois depuis une éternité, Hee-Ra noona récompensa ma détermination.
— Je viendrai bientôt te chercher.
« Je le savais. Ma place était toujours là ! »
Quand je tournai de nouveau la tête, l’envoyé se tenait toujours la gorge en haletant.
Naturellement, je n’eus d’autre choix que de m’adresser au petit garnement devant moi.
« … »
« P-Pourrais-tu le lâcher, petit ? Je crois que c’est un invité important… » lui dis-je.
« … »
« Euh… petit ? » l’appelai-je.
« … »
« J’ai dit de le lâcher ! Je vais me fâcher ! » m’écriai-je.
À peine eus-je haussé un peu la voix que le petit garnement prit aussitôt un air penaud et lâcha l’envoyé de la grande steppe. Celui qui était censé être mes bras et mes jambes, aussi compétent que dévoué, s’effondra au sol en toussant et en haletant sans pouvoir se contrôler.
Encore quelques instants et il aurait passé de l’autre côté. Je vérifiai précipitamment son état, mais heureusement, il ne semblait pas avoir subi de blessures graves.
« D-Dieu merci. J’ai failli envoyer l’envoyé de Hee-Ra oppa tout droit dans l’au-delà… »
« … »
Naturellement, je poussai un long soupir. J’avais tant de questions à lui poser. Comment allait Hee-Ra oppa ? Quand avait-elle pris possession de ce corps, au juste, et était-elle devenue la souveraine de la steppe ? Y avait-il des femmes dont je devais me méfier ? Sa coupe était-elle peut-être vide ? Il me fallait des informations, et j’avais toute une montagne de questions à lui poser.
Mais surtout, je devais savoir où Hee-Ra oppa en était avec moi. L’envoyé devant moi avait été écrasé sans effort par le petit garnement, mais il semblait tout de même assez redoutable.
Hee-Ra oppa avait-elle envoyé quelqu’un d’aussi puissant parce que Ki-Young lui était toujours cher ? Le nombre de femmes étendues sur ce lit me préoccupait aussi. Y en avait-il une qu’elle favorisait particulièrement ?
Alors que je n’arrivais plus à me retenir et m’apprêtais à ouvrir la bouche, l’homme vêtu de noir prit la parole le premier. « J-Je n’ai pas été envoyé pour vous raccompagner, Khatun. »
« Il m’a appelée Khatun. Hee-Ra oppa ne m’a forcément pas oubliée ! »
Les coins de ma bouche se relevèrent avant même que je m’en rende compte.
« Le Khan m’a également ordonné de ne pas vous forcer à venir avec moi, Khatun. Il a dit que vous refuseriez à coup sûr… mais je ne m’attendais pas à une résistance aussi farouche… » ajouta l’envoyé.
« Refuser ? Pourquoi diable refuserais-je ? Si Hee-Ra oppa m’appelle, il est normal que je me précipite auprès d’elle. »
C’est alors que je compris que quelque chose clochait dans cette conversation et dans mes pensées.
« Attends… C’est vrai. »
« … »
« Je ne peux pas y aller, n’est-ce pas ? »
« … »
« Je… ne peux pas y aller. »
Je compris que j’avais momentanément perdu la raison. L’irrésistible parfum d’un mâle alpha avait, sans que je m’en rende compte, tenté mon corps comme mon esprit.
« Waouh… J’ai failli tomber sous son charme. Je me suis enivrée un instant du parfum de la steppe écarlate… »
Je devais admettre que la situation était ridicule. Bien sûr, j’étais heureuse de retrouver un visage familier après tout ce temps, mais je n’avais même pas pris la peine de me demander si Hee-Ra oppa était une alliée ou une ennemie.
De même, j’ignorais si sa déclaration — elle viendrait bientôt me chercher — serait finalement une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Mo-Ryeon. Je ne savais même pas combien de temps il fallait pour voyager d’ici jusque-là, mais Mo-Ryeon n’était pas en mesure de quitter le Culte du Démon céleste pour le moment.
« Squirmy est là, lui aussi… »
Et j’avais encore beaucoup à faire.
« Je ne sais toujours même pas si Squirmy s’est pleinement imposé comme le Démon céleste de la Douzième Dimension… »
Ses arts martiaux venaient tout juste d’atteindre le stade avancé du Royaume mystérieux, et il était à un cheveu de pouvoir accéder au Royaume de la Vie et de la Mort si l’occasion se présentait.
Je me disais qu’il finirait naturellement par atteindre le Royaume de la Vie et de la Mort, même sans catalyseur particulier, s’il disposait d’un peu plus de temps. Ses arts martiaux étaient assurément assez avancés pour qu’on le qualifie de Démon céleste, mais ce titre ne dépendait pas uniquement de la puissance martiale.
Bien sûr, Squirmy était appelé Chef du culte du Culte du Démon céleste, mais tous les membres du culte considéraient-ils vraiment notre Squirmy comme leur chef ? Les Plaines centrales avaient-elles vraiment toutes considéré Murong Jin-Cheon comme le vingt-cinquième Démon céleste, le contemplant avec crainte et respect ?
Si je ne pouvais pas en être certaine, je devais éviter autant que possible de prendre des risques. Personnellement, je ne pensais pas que Murong Jin-Cheon avait encore accompli quoi que ce soit, ni réalisé d’exploit assez grand pour mériter le titre de Démon céleste.
Le culte était en plein tumulte, et de nombreuses factions continuaient à se méfier de Squirmy. Parmi les Quatre Prêtresses divines, le poste de Prêtresse du Hundun était vacant, et la Prêtresse du Démon céleste n’avait pas encore été choisie non plus.
Au diable l’influence sur les Plaines centrales : Murong Jin-Cheon n’avait même pas encore uni le culte. S’il mourait aujourd’hui, il y aurait très peu de chances qu’on le reconnaisse comme le Démon céleste et qu’il se réincarne sur un autre continent.
« Quel est son objectif ? »
Je n’arrivais même pas à deviner pourquoi Hee-Ra oppa venait ici. J’ignorais quel était son objectif, mais…
« Ce n’est pas une catastrophe, ça ? »
« … »
« Le simple fait que Hee-Ra noona annonce qu’elle vient ici, c’est une catastrophe, non ? Bon sang, tout n’a pas déjà complètement dérapé ? »
Cha Hee-Ra n’était pas du genre à se laisser raisonner ou convaincre. Ce n’était pas quelqu’un que je pouvais manipuler à ma guise. Bon sang, ce n’était même pas quelqu’un à qui l’on pouvait faire entendre raison.
Si Cha Hee-Ra voulait quelque chose ou s’était fixé un objectif, elle devait aller jusqu’au bout, peu importe ce qu’il lui en coûtait ni le prix à payer.
Si quelque chose se mettait en travers de son chemin, elle n’était pas du genre à faire preuve de clémence ou de compassion envers cet obstacle.
Si l’objectif de Cha Hee-Ra était vraiment de ramener Lee Ki-Young sur le continent, elle le ferait probablement.
Si l’objectif de Cha Hee-Ra était de régler toute cette situation, elle le ferait probablement.
Si l’objectif de Cha Hee-Ra était d’éliminer Squirmy, quitte à faire de Lee Ki-Young son ennemi, elle le ferait probablement.
« Bon sang. Bon sang. Bon sang. Bon sang. »
Je sentis soudain le sang quitter mon visage. Plusieurs éléments commençaient à laisser penser que Cha Hee-Ra n’était peut-être pas de mon côté.
« Comment diable a-t-elle appris que j’étais ici ? Est-ce que j’avais déjà tué Hee-Ra noona, moi aussi ? »
« … »
« Comment diable a-t-elle découvert que j’avais pris possession de Mo-Ryeon ? »
Comment Hee-Ra noona avait-elle su que Lee Ki-Young était ici ? Comment quelqu’un qui était devenu une nomade du Nord et s’était adonnée à ses instincts sauvages tout ce temps avait-elle appris où se trouvait Lee Ki-Young et envoyé quelqu’un le chercher ?
Plutôt que de supposer qu’une personne aussi importante que Cha Hee-Ra s’était personnellement donné la peine de découvrir tout ça, il était bien plus logique de penser que quelqu’un lui avait fourni ces informations.
Il était raisonnable de supposer que le continent avait déjà envoyé tous ceux qu’il comptait envoyer dans la Douzième Dimension et qu’ils étaient en contact étroit les uns avec les autres. Quelqu’un lui avait dit que j’avais pris possession de Mo-Ryeon.
« … »
« … »
« Hee-Ra noona n’est pas la seule. »
Il y avait de fortes chances que tous les possesseurs descendus dans la Douzième Dimension sachent que Lee Ki-Young se trouvait dans le corps de Mo-Ryeon. Vu le caractère de Cha Hee-Ra, elle ne s’abaisserait jamais à mentir pour une raison aussi futile.
Il ne savait probablement pas tout ce qui se passait, mais l’homme devant moi connaissait sans doute au moins une partie des réponses à mes questions.
Après avoir remis un peu d’ordre dans mes pensées, je pris prudemment la parole : « Que veut Cha Hee-Ra… non, que veut le Khan ? »
Comme je m’y attendais, l’homme vêtu de noir répondit sans la moindre hésitation. « Le Khan a dit… qu’elle s’emparerait de la Khatun et ferait disparaître le Culte du Démon céleste. »
Je n’avais aucune idée de ce qui se passait dehors ou sur le continent… mais c’était indéniablement une catastrophe.