Chapitre 1 660
Bien sûr, je savais à quel point j’avais l’air ridicule, mais je n’en avais rien à faire du regard que me lançait le salaud juste à côté de moi. Son expression hurlait qu’il était le seul sain d’esprit ici et que le fou, c’était moi.
« Salaud. »
Naturellement, je ne pus m’empêcher de dire quelque chose.
« Tu crois que je n’ai pas honte, moi aussi ?! Franchement, c’est ridicule. »
Floc ! Floc ! Floc !
Clap ! Clap ! Clap !
« J’ai honte, moi aussi. Je t’ai dit que j’avais honte ! Mais si tu ne veux pas m’aider, tu pourrais au moins arrêter de me regarder comme ça ?! »
« Jin~ ! » m’exclamai-je.
Claque ! Claque ! Floc !
« C-C’est indécent… C’est tellement gênant… Nngh~ » gémis-je.
Claque !
« Aaah~ C-comment peux-tu me regarder comme ça ? Alors que… je suis dans une position si honteuse… Aaahngh… » marmonnai-je.
« Pourquoi tu restes planté là, à rêvasser ?! Si tu ne sais pas jouer ton rôle, au moins éclabousse un peu d’eau ! Allez ! »
Floc ! Floc ! Floc !
— J-Je craignais juste qu’ils essaient vraiment de jeter un coup d’œil… c’est tout…
« Évidemment qu’ils essaieront de jeter un coup d’œil s’ils sont seuls ! Mais ils sont deux ! Tu crois vraiment qu’ils vont mater ensemble ?! Ces vieux croûtons sont obsédés par les apparences !
« Quiconque a atteint le Royaume mystérieux doit être un taré des arts martiaux, alors tu crois vraiment qu’ils se déshonoreront juste pour satisfaire leur curiosité ? Tu as vécu ici si longtemps, et tu ne comprends toujours pas les Plaines centrales ? Si tu ne sais rien faire d’autre, au moins gémis ou quelque chose ! »
« … »
« … »
« N-Nngh ? »
« C’était quoi, ça ? Pourquoi tu as fait sonner ça comme une question ? Tu le fais exprès, pas vrai ? Bref. Tais-toi et tiens-toi prêt au cas où ils attaqueraient. Ces salauds seraient assez cinglés pour descendre ici s’ils pensaient qu’on a baissé notre garde. Bon sang, c’est tellement agaçant. »
Naturellement, j’éclaboussai encore plus fort qu’avant. J’agrippai même la baignoire et la secouai, rendant toute la scène encore plus intense. Quand je poussai presque un hurlement, comme si j’allais mourir, le Commandant Jin fronça davantage les sourcils.
« Je fais tout ça pour te mettre en valeur, bon sang. Autant qu’ils te prennent pour une bête au lit. »
Floc ! Floc ! Floc !
« Aah… aaaaah ! Chéri ! Chééééri ! »
Floc ! Floc ! Floc !
« CHÉÉÉÉÉÉÉRI !!! »
« … »
« … »
« Ça suffit », dit le Commandant Jin.
« Ah… Ils sont vraiment partis ? »
Le Commandant Jin hocha prudemment la tête. Naturellement, je poussai un discret soupir de soulagement. Je ne m’étais pas attendu à ce qu’une telle chose arrive, alors je ne pus m’empêcher d’être encore plus décontenancé. Je n’aurais pas bronché si quelques imbéciles téméraires s’en étaient pris à nous, bien sûr, mais qui aurait pu prévoir que deux maîtres du Royaume mystérieux débarqueraient ensemble ?
Sans la vivacité d’esprit et l’ingéniosité de Murong Hwa-Yeon[1].[/ref], nous aurions pu nous retrouver dans de beaux draps.
« Tu vois ? Je te l’avais dit, bon sang », déclarai-je.
« … »
« C’est comme ça que les choses se passent ici. Apparemment, même les assassins respectent une règle tacite : ils ne s’en prennent pas à leur cible quand elle est aux toilettes. Même si elle a tué leurs parents, ils ne la toucheraient pas pendant qu’elle fait ses besoins.
« Alors, tu crois que deux vieux croûtons, encore plus coincés que la génération actuelle, viendraient ici pendant qu’on fait l’amour ? Ils étaient probablement tout rouges et essayaient de trouver le bon moment pour partir », expliquai-je.
« … »
« Mets-toi à leur place. Tu pourrais vraiment faire irruption, brandir ton épée et crier : “Sortez et mourez !” en plein milieu de ça ? Tu pourrais même essayer d’enlever quelqu’un ? En temps normal, tu te dirais juste : “Ce ne sera pas pour aujourd’hui”, et tu partirais. C’est pratiquement une règle tacite, par ici.
« Peut-être que ça aurait été différent si on s’en était tenus à quelque chose de plutôt sage, mais on a fait croire qu’on était deux bêtes en rut à nous rouler par terre en éclaboussant de l’eau partout… Aucun être normal n’aurait pu se résoudre à interrompre ça. Ouf… »
Naturellement, il ne parvenait pas à me regarder droit dans les yeux. Je venais de lui prouver que j’avais raison, mais il ne voulait visiblement pas l’admettre.
« Adieu, bain relaxant. »
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne pars pas ? » demandai-je.
« Je vais attendre encore un peu, au cas où », répondit-il.
« Comme tu veux. Fais à ta guise. Je vais finir de me laver. »
Je tournai la tête et découvris l’état désastreux de la salle de bains. Vu tout le remue-ménage que j’avais causé, c’était normal, mais c’était pire que je ne l’avais imaginé. J’avais déjà perdu trop de temps ici, alors je me mis à me frotter avec du savon.
Devoir aller beaucoup plus vite que d’habitude ne fit qu’accentuer mon irritation. Ça ressemblait davantage à une corvée. Si nous n’avions pas discuté de temps à autre, ça aurait probablement été encore plus pénible.
« Au fait… c’était vraiment dangereux ? » demandai-je.
« … »
« Tu avais l’air un peu tendu. Toi aussi, tu es dans le Royaume mystérieux, Commandant. C’est si difficile de se battre à deux contre un, même si vous êtes tous au même niveau ? » demandai-je.
« Ne juge pas Jin Cheong-Yeong selon les critères du Continent, Lee Ki-Young », me prévint-il.
« Quoi ? »
« Je te dis de ne pas me surestimer. Pas dans ce corps, celui de Jin Cheong-Yeong », dit-il.
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? » demandai-je.
« Ça veut dire que tu ne dois pas supposer que je peux tout faire, espèce d’idiot. Tu n’as quand même pas déjà oublié l’Ancien démoniaque Mad White. La Douzième Dimension est objectivement plus puissante que la nôtre. Autrement dit, il n’est pas particulièrement difficile d’y trouver des gens qui ont atteint le Royaume mystérieux.
« Bien sûr, ils ne sont pas assez communs pour qu’on en croise à chaque coin de rue… mais ils n’ont rien à voir avec les individus semi-mythiques, relativement faciles à trouver sur le Continent actuel », expliqua-t-il.
« … »
« Si j’avais amené ici le corps que j’avais sur le Continent, j’aurais pu me permettre de me détendre un peu, mais avec celui-ci, c’est difficile. Même parmi ceux qui sont dans le même Royaume mystérieux, s’ils étaient trois, quatre ou cinq, rien ne garantirait que je pourrais les vaincre tout en te protégeant », ajouta-t-il.
« … »
« Ce serait probablement pareil même si j’étais dans mon corps physique du Continent. Il ne serait pas particulièrement étonnant qu’il y ait encore une ou deux personnes comme l’Ancien démoniaque Mad White, capables de combattre le Mercenaire Rouge à égalité. Tu as entendu parler de ceux qu’on appelle les Immortels fous ? » demanda-t-il.
« C’est vrai… mais Hee-Ra Noona a fini par fracasser le crâne de l’Ancien démoniaque Mad White. Et l’Ancien démoniaque Mad White était un monstre âgé de sept cents ans. C’est un cas à part, même selon les critères de la Douzième Dimension, tu sais.
« En plus, je ne dirais pas forcément qu’ils sont objectivement plus puissants que nous. Ce n’est pas comme s’ils avaient de la magie ou du pouvoir sacré, et ils n’y sont probablement pas très résistants non plus… » répliquai-je.
« … »
« Ce ne sont que des idiots qui ne savent que manier l’épée. Si tu les imagines comme une armée composée d’un seul type de soldats, ils n’ont pas l’air si menaçants, si ? » demandai-je.
« Le problème, c’est que ceux d’entre nous qui sont tombés dans cet endroit se retrouvent dans la même situation. Je te rappelle que, dans mon état actuel, je ne peux pas non plus utiliser la magie ni quoi que ce soit du genre.
« Je ne sais pas où tu as traîné ni ce que tu as fait, mais si tu continues à ramener des gens de ce genre… ça risque de devenir problématique », me prévint-il.
« Qu’est-ce que… Ce type est… vraiment faible… »
C’était une remarque étonnamment prudente, venant de l’éternellement confiant Commandant Jin. Je m’attendais à ce qu’il balaie d’un revers de main l’Ancien démoniaque Mad White, les Immortels fous ou quiconque se présenterait, avant de sortir sa célèbre réplique : « C’est élémentaire. » Pourtant, contre toute attente, il prenait la situation très au sérieux.
Bien sûr, il était normal qu’il ait quelques inquiétudes. Le Commandant Jin avait atteint un niveau considérable en combat rapproché, qui faisait partie de ses compétences de base, mais au fond, il restait un mage.
Il n’avait jamais particulièrement aimé se salir les mains et préférait en réalité recourir à la magie. Comme il reposait entièrement sur les fondations d’un mage, il était indéniable que le combat rapproché constituait l’un de ses points faibles.
Il était né avec le potentiel d’un grand maître et avait fini, d’une manière ou d’une autre, par devenir une véritable machine distributrice de techniques martiales, mais il y avait peut-être encore des limites à ce qu’il pouvait faire dans le corps de Jin Cheong-Yeong. Tout à coup, il me parut un peu pitoyable.
Avant même de m’en rendre compte, mes pensées m’échappèrent.
« Si c’était Hyunsung… il leur trancherait la tête à tous. »
« … »
« Alors, tu devrais demander de l’aide à cette stupide méduse. Vas-y, fais donc ça », dit le Commandant Jin.
« … »
« … »
« Ce type boude ? »
« Je disais juste ça… c’est sorti tout seul. Bref, à quel point dois-tu devenir plus fort pour vaincre l’Ancien démoniaque Mad White avec ton corps actuel ? Tu crois que tu pourrais y arriver en prenant quelques élixirs ? » demandai-je.
« Je n’ai aucune intention d’en prendre. Mais surtout… qu’est-ce que tu fabriques, Lee Ki-Young ? Si tu as fini de te laver, dépêche-toi de sortir », dit-il.
« Il a refroidi le ton. »
« Alors, pourquoi tu ne pars pas, Commandant ? » répliquai-je.
« Parce qu’il faut bien que quelqu’un nettoie tout ça, bon sang. Ne pas pouvoir utiliser la magie est pénible de toutes sortes de façons », marmonna-t-il.
« Laisse tomber. Les servantes nettoieront demain », lui dis-je.
« … »
Bien sûr, je savais que ça ne marcherait pas. Pas question que ce maniaque de la propreté puisse aller se coucher avec une salle de bains dans cet état. Même s’il s’affalait dans son lit, il continuerait probablement à penser à la salle de bains.
Il avait toujours eu pour règle de ranger immédiatement après s’être servi de quelque chose. Même à l’époque où nous étions coincés dans cette pièce dont nous ne pouvions sortir avant d’avoir résolu une sorte d’erreur, ce salaud ne pouvait pas se reposer tant qu’il n’avait pas tout rangé derrière lui.
« Au moins, à l’époque, il lui suffisait de claquer des doigts… »
Maintenant, il devait vraiment bouger et s’en charger lui-même. Quelle perte de dignité. Ce serait plus simple d’appeler quelqu’un, mais apparemment, ça aussi, c’était hors de question pour lui…
« Enfin, c’est lui qui se donne du mal. Ce n’est pas mon problème. »
Bien sûr, il utilisait une sorte de télékinésie, alors le voir nettoyer la salle de bains n’était pas aussi pitoyable que ça aurait pu l’être, mais ça restait un peu triste. Je lui jetai un coup d’œil, m’enveloppai vaguement d’un linge, ramassai mes vêtements et sortis.
Comme prévu…
« Bon sang. Pourquoi il y a des cheveux partout ? Putain… »
Il râlait déjà.
« Bon sang… toute la pièce est inondée. Haa… » se plaignit-il.
« Laisse tomber ! L’eau va sécher toute seule ! » criai-je.
« Le bon sens veut qu’on essuie tout », dit-il.
« Le bon sens, mon cul. Pourquoi tu es si désagréable, bordel ? Sors, je vais m’en occuper », dis-je.
« Si je pouvais te faire confiance, je te l’aurais laissé dès le début. Ne fais pas un pas de plus. Je vais tout nettoyer et sortir quand j’aurai fini. Tu ferais mieux de préparer une explication pour justifier la venue de deux vieux monstres ayant atteint le Royaume mystérieux jusqu’ici, en personne.
« Je ne m’attends pas à ce que tu me racontes tout ce que tu sais… mais trouve au moins une explication que je puisse accepter », dit-il.
« Eh bien… enfin… »
« Après tout ça, tu as encore une excuse ? » demanda-t-il.
« Ces… deux-là… Tu ne me croirais pas si je te disais que ce sont mes deux amants, pas vrai ? » plaisantai-je.
« Quelle absurdité », marmonna-t-il.
« … »
« Il n’est quand même pas… fâché ? »
Bien sûr, l’idée que je devais lui communiquer au moins une partie des informations que je possédais s’enracina fermement dans mon esprit. Moi non plus, je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle deux maîtres du Royaume mystérieux rôdaient soudain dans les parages, mais ils faisaient probablement partie…
« Du Projet de distribution gratuite d’élixir pour humains libres… »
Comme l’avait dit le Commandant Jin, s’il n’était plus une solution miracle à tout, le tenir au courant de la situation à l’avance nous aiderait pour la suite.
Rien ne garantissait que d’autres vieux monstres comme l’Ancien démoniaque Mad White ne se montreraient pas à l’avenir. Pour la sécurité de Squirmy, je décidai donc de coopérer avec lui dans une certaine mesure. La question était de savoir combien d’informations je devais lui révéler.
Comme je tapotais prudemment ma cuisse, je me rappelai soudain la note du crématorium. Vu les circonstances, c’était une lettre que mon moi du passé m’avait laissée. Peut-être contenait-elle des informations plus détaillées.
Le Commandant Jin était justement occupé à nettoyer la salle de bains, alors je sortis discrètement la note.
« … »
[Ne fais confiance à personne.]
« … »
[Sauf à Jin Cheong.]
Voilà ce que je lus. Je pliai instinctivement la note et m’exclamai : « Pourquoi tu mets autant de temps ?! »
« Parce qu’il y a des cheveux partout ! Bon sang ! Ça va prendre encore un peu de temps, alors attends ! » cria-t-il en retour.
1. eela :] Parfois, KY se désigne à la troisième personne quand il s’adresse aux autres. Je ☜