Chapitre 1 656
J’avais beau vérifier encore et encore, aucun titre de Régresseur n’était associé à son nom. Rien, dans la Fenêtre de statut révélée par mon Œil de l’esprit, n’indiquait qu’il avait régressé.
J’envisageai même qu’il ne fût pas le véritable Démon céleste, mais tous les autres indicateurs confirmaient sans le moindre doute qu’il l’était. Il n’avait simplement pas régressé.
« Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Sérieusement, qu’est-ce qui se passe ici ? »
Je savais que je devais garder mon sang-froid. Je m’efforçai donc de ne rien laisser paraître, mais j’avais reçu tant d’informations d’un coup que mes pensées partaient dans tous les sens.
« Ces foutus immortels auraient-ils manigancé tout ça ? »
Ou alors…
« Il pourrait y avoir deux Démons célestes ? »
« … »
« Il s’est peut-être retrouvé au mauvais endroit ? Ce n’est quand même pas une régression différente ? Ou alors… à une autre époque ? »
Les hypothèses se succédaient dans mon esprit. La probabilité était faible, mais les administrateurs de la Douzième Dimension avaient peut-être orchestré tout ça pour une raison quelconque. J’avais l’impression que le Démon céleste qui avait régressé pouvait se trouver ailleurs, ou que nous étions peut-être tombés au mauvais point de régression.
Nous avions aussi pu arriver à la mauvaise époque.
Je n’étais sûr de rien et impossible d’aboutir à une conclusion. Sans le moindre indice, les questions ne cessaient de s’accumuler.
« Alors… si ce type n’a même pas régressé… pourquoi l’ont-ils amené ici ? Pourquoi diable l’ont-ils enfermé ? »
Peut-être était-ce justement pour provoquer la situation qui se déroulait sous mes yeux.
« … »
« Snif… vous avez vraiment tant souffert. »
« … »
« Cheeef ! »
« Ils voulaient que ces salauds du Culte démoniaque voient ça de leurs propres yeux. Ils voulaient qu’ils viennent jusqu’ici et le trouvent… Il n’y a pas d’autre explication. »
Les raisons de les attirer au Hebei ne manquaient pas. Le plan général consistait sans doute à provoquer un conflit entre l’Alliance martiale et le Culte démoniaque, pour déclencher une guerre. Mais, plus important encore, tout ça ne pouvait-il pas faire partie d’un plan visant à faire de Squirmy le prochain Démon céleste ?
Le poste de Chef du culte s’était libéré comme par magie. J’ignorais qui étaient les candidats au titre de jeune chef du culte, mais, question légitimité, notre Squirmy n’avait rien à leur envier.
Le sang Murong qui coulait dans ses veines posait un petit problème, certes, mais il était tout de même le petit-fils de l’Impératrice démoniaque à mains nues. Dans un monde où l’on accordait tant d’importance aux lignées, ils ne pouvaient pas rejeter Squirmy. Et puis…
« Nous pourrons voyager avec eux. »
Vu l’emplacement du Palais sacré du Démon céleste, dans les Montagnes des Cent Mille, il nous faudrait sans aucun doute un guide pour nous y rendre. Nous devrions traverser les territoires d’innombrables clans et sectes prestigieux, passer devant l’Alliance martiale et Kunlun, puis atteindre enfin les Montagnes des Cent Mille.
Le voyage serait assurément long.
Impossible de savoir quand ou où les possédés ou les factions orthodoxes pourraient surgir. Inutile d’expliquer pourquoi il était plus raisonnable de regagner les Montagnes des Cent Mille aux côtés de ces membres du Culte démoniaque.
Bien sûr, voyager avec le Commandant Jin pouvait nous éviter de gros ennuis, mais…
« Quant à savoir si je peux lui faire entièrement confiance, c’est une autre histoire. »
Autrement dit…
« … »
« … »
Avant de perdre la mémoire, Murong Hwa-Yeon n’avait jamais eu l’intention de faire confiance à Jin Cheong-Yeong. Au mieux, elle le voyait sans doute comme une source bien pratique de techniques martiales pour aider Squirmy à devenir plus fort.
« C’est le père de Squirmy, mais quand même… »
À vrai dire, même la Murong Hwa-Yeon actuelle ne faisait pas entièrement confiance au Commandant Jin. Comment l’aurait-elle pu ?
« Ouais… comment pourrait-on faire entièrement confiance à ce salaud ? »
Pour une raison ou une autre, ma dernière conversation avec le Commandant Jin, dans ma première vie, me revint en mémoire.
« Ce n’est pas que je n’aie pas mes propres ambitions… mais tu es tout simplement trop compétent. Beaucoup trop pour que des gens comme nous puissent te garder sous leur contrôle. »
« C’est étonnamment gentil de la part du vainqueur », avais-je répondu. Enfin… je crois. C’était un peu absurde de m’attarder sur une phrase entendue dans ma première vie, après avoir travaillé si longtemps avec le Commandant Jin. Mais la situation sur le Continent et celle d’ici étaient fondamentalement différentes.
Son objectif était de résoudre la crise au plus vite et de rentrer sur le Continent, tandis que le mien était d’y ramener Squirmy. Ces deux objectifs n’étaient pas les mêmes. Avec toutes ces variables absurdes qui se mettaient en travers de notre chemin, impossible de savoir comment il agirait, ni quand il me planterait un couteau dans le dos.
Si seulement j’avais eu un moyen fiable de le tenir en laisse… Malheureusement, à part le Deuxième et le Troisième, je n’en avais aucun. Alors une possibilité inquiétante me traversa l’esprit.
« Squirmy qui devient le Démon céleste… ce n’est pas censé arriver… si ? »
Je ne pouvais même pas exclure qu’il s’agisse en réalité de la première vie. Cette prison, et le fait que le Démon céleste ait été maintenu en vie jusqu’à présent, n’étaient peut-être qu’un bluff élaboré, destiné à tromper le Commandant Jin.
Comme il n’avait aucun moyen de distinguer la première vie de la deuxième, le stratagème pouvait fonctionner.
« Ce salaud… le Commandant Jin… est peut-être déjà venu ici une fois. »
Je résolus de chercher des traces. Malheureusement, sans mes compétences de Rôdeur, je n’avais aucun moyen de déterminer qui était venu ici, ni quand. Malgré tout, mes yeux parcoururent les lieux sans relâche, dans l’espoir de dénicher le moindre indice.
Ce n’était pas forcément une preuve laissée par le Commandant. À ce stade, je n’étais sûr de rien. Je voulais juste trouver quelque chose, n’importe quoi, qui puisse nous être utile.
« Quelqu’un a forcément participé à la construction de cet endroit. Impossible d’entretenir une installation pareille sans aide. »
« Non… ils n’auraient même pas pu la construire sans aide. »
« … »
« Yoo Ah-Young ? Ils l’auraient fait construire cet endroit… puis l’auraient tuée ? »
Je tenais toujours Wi Mu-Yeong quand l’oncle finit par dire : « Il est temps de partir. »
Sa voix était grave, mais sa décision était sensée. L’endroit semblait abandonné, pourtant rien ne garantissait que des guerriers de l’Alliance martiale n’arrivent pas d’un instant à l’autre. Nous avions déjà accompli ce que nous étions venus faire. La décision logique était de nous retirer, mais je ne pouvais pas encore partir.
« Partez devant, mon oncle. Il me reste quelque chose à examiner », lui dis-je.
« ??? »
Comme je m’y attendais, l’inquiétude se peignit aussitôt sur son visage.
« Ne devriez-vous pas retourner au plus vite aux Montagnes des Cent Mille avec Frère Mu-Yeong ? Mon oncle, ne vous en faites pas pour moi. Vous devez partir tout de suite », lui dis-je.
« C-comment pourrais-je vous laisser ici ? Si nous nous séparons maintenant… qui sait quand nous nous reverrons ? » demanda-t-il.
« Nous nous reverrons bien assez tôt. J’ai déjà décidé d’envoyer mon fils aux Montagnes des Cent Mille… » lui répondis-je.
« … »
« Qu-quoi… vous me dites la vérité ?! » demanda-t-il.
« Comment pourrais-je confier mon fils à des gens qui ont un visage humain, mais dissimulent des intentions monstrueuses ? Ce n’est pas le moment de tout vous expliquer. Dépêchez-vous, je vous en prie… » insistai-je.
« Non. Si ce que vous dites est vrai, mieux vaut que nous fassions route ensemble. Bien sûr, je dois escorter le Chef en personne, alors je ne pourrai pas vous accompagner, mais je laisserai quelques hommes avec vous. Une fois le Chef en sécurité, je reviendrai aussi vite que possible. Nous nous retrouverons peut-être même au Sichuan ou au Guizhou », proposa-t-il.
« Je ne voudrais pas vous déranger… »
« Comment cela pourrait-il me déranger ? Rien qu’en rassurant le Chef, vous êtes déjà devenu un bienfaiteur de notre culte. Et puis… » dit-il en me coupant la parole.
« Exactement. Bien sûr que je suis leur bienfaiteur. »
« De toute façon, je me demandais déjà comment vous remercier de l’aide que vous nous avez apportée aujourd’hui. En un sens, cet arrangement tombe à pic », dit-il.
« … »
« Heuk-Rang », appela-t-il.
« À vos ordres », répondit Heuk-Rang.
« Je vous laisse deux hommes », dit-il.
« Même au prix de ma vie, je mènerai cette mission à bien », déclara Heuk-Rang.
« Bien. C’est tout ce que j’avais besoin d’entendre. »
« Si nous découvrons quoi que ce soit ici, je vous enverrai aussitôt un message, mon oncle », dis-je.
« D-d’accord… La route sera difficile », me prévint mon oncle.
« Je sais, alors dépêche-toi de partir. »
Pourtant, il semblait encore incapable de se résoudre à s’en aller. C’était compréhensible.
« Qui sait quelle catastrophe leur tombera dessus s’ils restent ici plus longtemps ? »
Les psychopathes de l’Alliance martiale pouvaient toujours débarquer sans prévenir. La situation ne semblait pas particulièrement dangereuse pour l’instant, mais personne ne pouvait garantir notre sécurité.
Ces types du Culte démoniaque, qui devaient encore recueillir des informations sur place, avaient donc tout intérêt à se mettre en route au plus vite. Si une bataille éclatait, escorter le Chef du culte jusqu’aux Montagnes des Cent Mille pourrait devenir absolument impossible.
De leur point de vue, Murong Hwa-Yeon s’était portée volontaire pour accomplir la mission à leur place : ils ne pouvaient que s’en réjouir. S’ils ne manifestaient pas ouvertement leur joie, c’était uniquement parce que Murong Hwa-Yeon était une bienfaitrice du culte.
« Quand même, l’oncle Han a vraiment l’air inquiet. »
« Alors… soyez prudents », dit l’oncle Han.
« Vous aussi, mon oncle. Bon voyage », répondis-je.
« Je reviendrai aussi vite que possible », ajouta-t-il.
« … »
Après avoir promis que nous nous reverrions le lendemain, il finit par disparaître. Quelques hommes restèrent derrière, notamment Heuk-Rang.
« N’hésitez pas à me donner vos ordres, mademoiselle », dit Heuk-Rang.
« Je n’ai pas grand-chose à vous demander. Pour l’instant, le plus important est de trouver le moindre indice. Rassemblez tout ce qui pourrait nous aider et faites-m’en part », ordonnai-je.
« Ce sera fait. Et, je vous en prie, vous pouvez me tutoyer… » dit Heuk-Rang.
« … »
« Très bien. Si c’est ce que vous souhaitez, soit », répondis-je.
« Aucune raison de refuser. Il faut asseoir son autorité sur ses subordonnés dès le départ. »
« Nous nous retrouverons ici sous peu », ordonnai-je.
« Compris. »
« Voyez ça comme un service rendu à la future mère du Chef du Culte démoniaque. »
Peu après, les hommes s’inclinèrent et disparurent. La prison n’était ni particulièrement grande ni spécialement petite : quatre cellules visibles, trois cachots et un atelier.
À première vue, l’endroit semblait complètement vide, mais il était impossible qu’aucune trace n’y ait été laissée. Je ne parlais ni des complices qui avaient construit cette installation ni des traces que j’avais moi-même laissées.
« L’Alliance martiale a forcément laissé quelque chose derrière elle. Impossible que ce ne soit pas le cas. Ils l’ont caché quelque part. J’en suis sûr. »
Comme je m’y attendais, je les vis à travers la longue-vue, en train de chercher quelque chose. Mon regard se posa discrètement sur la cellule où le Démon céleste avait été enfermé. Dans un coin, j’aperçus ce qui ressemblait à un serpent dessiné avec du sang par le Démon céleste lui-même, mais je fis exprès de l’ignorer.
La plus grande partie avait déjà été effacée. À moins que quelqu’un d’autre possède l’Œil de l’esprit ou ne mène une enquête médico-légale approfondie, personne ne le remarquerait. Je passai aussitôt à autre chose.
« Il y a même un mécanisme secret ici. »
Je promenai mon regard sur l’atelier, puis appuyai nonchalamment sur un endroit qui ressortait à peine. Comme s’il n’attendait que moi, le mur coulissa dans un léger clic.
« … »
Des restes humains épars apparurent. J’ignorais à qui appartenaient ces os, mais on aurait dit que c’était aussi là qu’on procédait aux crémations.
« Bon sang… c’est glauque à souhait. Quel putain de psychopathe. »