Chapitre 1 646
« Bienvenue au Clan Peng du Hebei ! »
« Pourquoi est-elle aussi enthousiaste ? »
« Vous ne resterez pas longtemps, mais j’espère que vous vous sentirez chez vous ! »
« Elle n’est pas seulement enthousiaste… Elle l’est beaucoup trop. »
Depuis que j’avais accepté de participer au Rassemblement du Dragon et du Phénix, Peng Ga-Hee tournait à plein régime. Ce n’était plus simplement mémorable : c’était gravé à jamais dans mon cerveau. Sa voix avait gagné une octave et elle n’avait pas cessé de sourire une seule fois. En plus, elle parlait sans arrêt. N’importe qui aurait vu qu’elle débordait d’excitation ; impossible de ne pas le remarquer.
Même le Commandant Jin, qui avait réussi à supporter Benigor, commença discrètement à garder ses distances avec elle. Rien que ça en disait long. J’avais cru qu’elle finirait par se calmer, mais à peine arrivés au Clan Peng du Hebei, j’eus l’impression que sa voix avait encore gagné une octave. Elle avait réussi à dépasser ses propres limites.
« Attendez… Elle ne parlait pas tout le temps de quitter le Clan Peng du Hebei ? »
Je me souvenais très bien qu’elle avait dit vouloir prendre son indépendance et fonder une nouvelle branche de la famille. Quel que fût le grand rêve dont elle nous rebattait les oreilles, elle insistait autrefois sur le fait que le nom du Clan Peng du Hebei ne ferait que la freiner. Et pourtant, à présent… son visage rayonnait de fierté pour sa famille.
« Cela dit, je comprends pourquoi. »
Elle avait toutes les raisons d’être fière. La famille qui régnait sur le Hebei était encore plus impressionnante que je ne l’avais imaginé. Rien à voir avec le Clan Murong, qui n’était l’une des Cinq Grandes Familles que de nom, ni avec la Famille Jin de Shenyang, qui, malgré sa domination dans la région, n’avait jamais été comptée parmi les Cinq Grandes Familles.
Le domaine faisait au moins deux fois la taille du nôtre.
Je l’avais aperçu de loin lors d’un précédent voyage au Hebei, mais maintenant que je me trouvais devant, son immensité dépassait de loin tout ce que j’avais imaginé. Les artistes martiaux d’ici étaient redoutables et, où que je pose les yeux, d’imposantes montagnes de muscles déambulaient tranquillement, le sabre en bandoulière.
« Bon sang ! La demoiselle a ramené une amie à la maison ! »
« Qu-Qu’est-ce que tu as dit ?! »
« La demoiselle a ramené une amie à la maison, Jeune maître ! »
« C-C’est vrai ?! »
« Père ! Ga-Hee a ramené une amie ! »
« J-J’arrive tout de suite ! »
« Grand-père ! Dame Ga-Hee est rentrée avec une amie ! »
« Quoi ?! »
Les anciens du Clan Peng du Hebei accoururent, affolés. Bien sûr, je ne vis personne ayant atteint le Royaume mystérieux, mais le chef de clan, à lui seul, se situait clairement au sommet du Royaume de la Transformation, au minimum.
Avec leur carrure écrasante et leurs techniques du sabre d’une brutalité dominatrice, la puissance de combat du Clan Peng du Hebei se trouvait à un tout autre niveau que celle du Clan Murong.
Où que je regarde, je voyais des montagnes de muscles sur pattes. À ce stade, Peng Ga-Hee tenait vraiment du miracle.
« E-Elle tient vraiment du miracle. »
Leurs pectoraux massifs bombaient sous leurs vêtements et chacun de leurs muscles semblait prêt à éclater. Pour ne rien arranger, ils se ressemblaient tellement qu’il était difficile de les distinguer.
Le chef de clan, le jeune maître et même le vieil homme qui se hâtait vers nous, une canne à la main, avaient l’air d’avoir été taillés dans le même bloc de pierre.
Dès que la nouvelle du retour de Peng Ga-Hee se répandit, ils accoururent tous pour l’accueillir. Je ne savais pas à qui je devais présenter mes respects en premier. D’ordinaire, lorsqu’on rendait visite à un autre clan, l’étiquette voulait qu’on salue d’abord le chef de clan.
Mais ici, non seulement le chef de clan était venu en personne, mais plusieurs anciens encore plus vénérables s’étaient précipités dehors, me laissant complètement démuni.
Si le Commandant Jin n’avait pas fait un pas en avant pour saluer respectueusement, paume contre poing, les présentations gênantes auraient sans doute duré encore plus longtemps.
« Je suis Jin Cheong-Yeong, de la Famille Jin de Shenyang. Je… ne sais pas trop quoi dire en vous rencontrant tous ainsi. »
« Ah oui. Ces deux-là n’étaient-ils pas censés se fiancer, à une époque ? »
« Ah ! Chef de clan Jin ! J’ai déjà appris ce qui s’est passé ! Vous aviez vos raisons. Nous ne sommes pas assez étroits d’esprit pour vous en tenir rigueur, alors ne vous tourmentez pas avec ça. Et maintenant… cette jeune dame est… » demanda le chef de clan.
« Ils se fichent complètement du Commandant Jin, pas vrai… »
« Voici mon épouse, Murong Hwa-Yeon », présenta le Commandant Jin.
Ce qui les intéressait, c’était uniquement le fait que j’étais l’amie de Peng Ga-Hee. À vrai dire, ils auraient pu passer le Commandant Jin au savon sur-le-champ pour avoir soi-disant insulté le Clan Peng, mais au lieu de ça, ils l’avaient pratiquement rayé de la conversation.
C’en était presque douloureux à regarder. Cela dit, vu sa tête, il avait l’air de s’en accommoder parfaitement.
« Il n’a même pas besoin de se donner tant de mal ici. Cette famille est… un peu spéciale. »
« Salutations, chef de clan Peng. Je suis Murong Hwa-Yeon », dis-je.
Peng Ga-Hee éleva soudain la voix.
« C-C’est mon amie ! Traitez-la avec la plus grande hospitalité ! »
À peine eut-elle fini de parler que des voix retentirent de toutes parts.
« Mettez-vous à l’aise, Dame Murong ! »
« Vous serez toujours la bienvenue au Clan Peng, Dame Murong ! »
« Dame G-Ga-Hee… snif… n-nous sommes tellement heureux ! »
« Continuez de veiller sur notre demoiselle… snif ! »
« Enfin, Dame Murong ! Ma petite sœur parle tellement de vous que je croyais que mes oreilles allaient tomber ! »
« Q-Quand est-ce que j’ai fait ça ?! Arrête de dire des choses aussi gênantes, grand frère ! »
« Snif… »
Pourquoi ces hommes colossaux me tenaient-ils les mains en pleurant ? Pourquoi le chef du Clan Peng retenait-il ses larmes en clignant des yeux ? Et pourquoi tous ces anciens baraqués qui nous entouraient avaient-ils l’air sur le point de fondre en sanglots ?
« … »
« Tu n’as vraiment jamais eu d’amis, hein ? »
« … »
« Tu n’as vraiment jamais ramené un seul ami à la maison… ? »
« … »
Comment une scène aussi touchante pouvait-elle être… étrangement déchirante ?
« Humph ! Qu’est-ce que vous attendez, Murong Jin-Cheon ? Ce sont désormais les membres de la famille de votre mère. Dépêchez-vous de les saluer comme il se doit », pressa Peng Ga-Hee.
« Ah ! »
« … »
« C-C’est un honneur de rencontrer les illustres héros du Clan Peng. J-Je m’appelle Murong Jin-Cheon », se présenta Jin-Cheon.
« Oh oh ! C’est donc lui, le garçon ?! »
« Regardez-moi ces yeux ! Cette fougue ! Je sens déjà la vigueur du Clan Peng en lui ! Bravo, Ga-Hee ! Tu lui as trouvé une belle famille ! » s’écria le chef de clan.
« Qu’est-ce que vous racontez, bordel ? Il n’a absolument rien à voir avec le Clan Peng. »
Malgré tout, voir Squirmy se faire choyer par une foule de montagnes de muscles ambulantes me fit sourire. On aurait dit un minuscule chiot entouré d’une meute de chiens géants. Peut-être que Squirmy avait vraiment trouvé des gens qui lui feraient du bien. Ils étaient un peu simples d’esprit, certes…
« …mais ils ont tous l’air sincèrement bons. »
Le fait qu’on puisse tous les qualifier de naïfs me disait tout ce que j’avais besoin de savoir. Ils n’étaient pas du genre à garder rancune. Ils étaient francs, honnêtes et incapables de tromper qui que ce soit.
Personnellement, ce n’étaient pas des gens avec qui je m’entendais naturellement, mais les avoir de son côté ne présentait aucun inconvénient.
« Hmm, son torse est plutôt peu développé. Un vrai artiste martial parle avec sa poitrine, son dos, ses épaules et ses avant-bras. Il a huit ans et pourtant, il a moins de muscles qu’un enfant de cinq ans du Clan Peng… On ne peut pas laisser passer ça. »
« Non. Surtout pas. Ne l’aidez pas. »
« Hein ? »
« Seul un corps robuste et puissant permet au qi interne de s’épanouir pleinement. Venez avec moi ! »
« Attendez… »
Hors de question que je laisse Squirmy devenir un de ces monstres de muscles. Rien que de l’imaginer aussi massif que les membres du Clan Peng, puis me regarder d’une voix grave en m’appelant « Mère… », j’en avais des frissons.
Je lançai un regard interrogateur au Commandant Jin, lui demandant silencieusement si c’était vraiment raisonnable.
— Tu n’as jamais fait de sport de ta vie, alors tu crois probablement que les muscles apparaissent dès qu’on commence à s’entraîner. Ce n’est pas comme ça que ça marche. On naît avec une certaine constitution et on la forge au fil des années, à force d’entraînement régulier. Quelques leçons ne feront pas de mal à Jin-Cheon. Laisse-le faire.
« Oh, vraiment ? »
— Oui. À vrai dire, ça tombe plutôt bien. Les arts martiaux externes ne sont pas mon domaine, ça lui sera donc sans aucun doute bénéfique. Surtout s’il apprend auprès du Clan Peng. Ils ne sont pas arrivés là où ils en sont en se contentant de se muscler bêtement.
— S’ils ne comptaient que sur la force brute, ils ne seraient jamais allés aussi loin. Ils lui apprendront à développer son physique sans perdre l’équilibre. Il a peut-être bien trouvé une occasion en or.
« D-D’accord… mais on parle de quelle taille, au juste ? Tu as vu Jung Jin-Ho, pas vrai ? I-Il ne va pas finir comme Jung Jin-Ho… si ? Ce serait un peu beaucoup… »
— Impossible. C’est absurde de spéculer sur le physique d’un enfant de huit ans, mais il a hérité de bons traits. Son corps se développera très probablement en conséquence. Et puis, il prend des remèdes spirituels depuis son plus jeune âge…
— Bon sang. Pourquoi est-ce que je discute de ça avec toi, au juste ? Au fait, quand commence le Rassemblement du Dragon et du Phénix ?
« Pourquoi cette question, tout à coup ? Tu t’y intéresses vraiment ? »
— Pas le moins du monde. Je n’ai aucune envie d’y assister et je m’en moque complètement. Je demandais seulement parce que je compte régler quelques affaires personnelles pendant votre absence.
« Quoi ? »
— …
« … »
« Qu’est-ce que vous racontez, Commandant ? Quelles affaires personnelles ? Vous devez vous occuper de Squirmy. »
— Quoi ?
« L’un de nous doit rester avec lui. Ne croyez pas que vous êtes quitte simplement parce que le Clan Peng l’entraîne. Vous pensez vraiment que c’est tout ce dont il a besoin ? Il a aussi ses études. Il a pris du retard pendant nos voyages.
« Gardez le même rythme qu’à la Famille Jin, puis faites-lui visiter le Hebei. On a fait tout ce chemin. Vous n’allez pas sérieusement le laisser enfermé dans le domaine tout le temps, quand même ? Trouvez des endroits où il pourra apprendre des choses. »
— …
« Et ne le refilez pas aux sœurs Shim. Squirmy vous appelle toujours chef de clan Jin. Vous ne pensez pas que vous devriez persévérer jusqu’à ce qu’il vous accepte enfin ? »
— Je me suis occupé de son éducation. Mais je ne peux pas rester collé à lui à chaque instant. J’ai aussi du travail…
« Ah, et vous croyez que je n’ai rien à faire, moi ? Vous pensez que je vais au Rassemblement du Dragon et du Phénix pour prendre des vacances ? J’ai aussi beaucoup de choses à régler. Et puis, je ne vous demande pas de vous en occuper pendant une semaine. Juste trois jours. Trois jours. Et même ça, c’est trop parce que vous êtes occupé ? Je me suis occupée de lui pendant huit ans. Huit ans, Commandant. »
— …
« Alors arrêtez de penser à vous enfuir et occupez-vous bien de Squirmy. Veillez à ce que ces brutes du Clan Peng ne l’entraînent pas dans leurs bêtises et ne déteignent pas trop sur lui. »
— …
« Regardez-le, il ne me répond même pas. Quel enfoiré. »
Malgré tout, je savais qu’il ferait exactement ce que je lui avais demandé. Avec le Commandant Jin, le silence ne signifiait jamais un refus. Ça voulait dire : « Très bien, je ferai comme tu veux. » Il avait beau avoir l’air mécontent, qu’est-ce qu’il pouvait y faire ?
« Moi aussi, j’aimerais avoir un peu de temps pour moi, vous savez. »
Tout ce que je voulais, c’était un peu de temps à moi. Et puis, ce n’était pas comme si je partais uniquement pour m’amuser. Avant le Rassemblement du Dragon et du Phénix, je voulais simplement flâner au marché avec Peng Ga-Hee, m’arrêter dans quelques endroits pour goûter les spécialités locales, bavarder un peu et souffler après tout ce qui s’était passé.
Bien sûr, Squirmy pouvait aussi venir, mais…
« Ce n’est pas pareil. »
Faire ces choses avec Squirmy ou sans lui, c’étaient deux expériences complètement différentes. Ça ne voulait pas dire que je l’aimais moins. Squirmy était la prunelle de mes yeux, mais personne ne pouvait passer trois cent soixante-cinq jours par an collé à un enfant.
Murong Hwa-Yeon méritait de temps en temps un peu de liberté loin de la vie de famille. Et puis, maintenant que le Commandant Jin était devenu un tuteur si fiable, je pouvais enfin partir l’esprit tranquille.
« Est-ce que je peux vraiment appeler ça mes premières vraies vacances en huit ans ? Il y a un spa dans le coin ? Du café… du café… Y a-t-il un café qui sert du bon café ? Bon sang… pourquoi le café n’est-il toujours pas populaire dans ce monde ? Bon sang. »
Ces pensées parfaitement futiles m’avaient traversé l’esprit quelques heures plus tôt seulement…
« … »
« Ah… Dame Murong semble plutôt… anticonformiste. Bien plus ouverte d’esprit que la plupart des jeunes dames. Par exemple, avant le mariage… »
« … »
Cette remarque inattendue rendit Peng Ga-Hee nerveuse ; elle ne cessait de gigoter et de jeter des coups d’œil dans ma direction pour jauger ma réaction.
« … »
« Alors, ce Rassemblement du Dragon et du Phénix, c’est en gros une réunion de jeunes privilégiés qui passent leur temps à se rabaisser par jalousie ? »
C’était difficile à croire, mais malgré l’excellente réputation de Peng Ga-Hee auprès du public, elle semblait se situer tout en bas de l’échelle sociale de ce groupe. À les regarder, je devinais facilement à quel point ils l’avaient rabaissée jusque-là.
« Elle est intelligente… mais elle est aussi parfois un peu idiote. »