Chapitre 1 642
« Argh… ah… ngh… ahh… »
« ??? »
« U… arghhh… ! »
« T-Tu es complètement cinglé ! »
« Argh… kh… »
« M-Mais qu’est-ce que tu fous, Kiyoung ?! »
« Ngh… mmph ! »
« Bon sang ! Concentre-toi, à moins que tu veuilles qu’on y passe tous les deux ! »
« Argh… ngh… »
« Je t’ai dit de te concentrer, Kiyoung ! »
« Haa… haa… haa… haa… argh… ngh… hhk… nngh… argh… »
« Bon sang ! »
« Hah… ngh… mmph… hhk… argh… beurk… nngh… uhhk… »
J’ignorais si c’était parce que je m’étais synchronisé avec les souvenirs de Hyunsung, mais impossible de me calmer. Je n’arrêtais pas d’avoir des haut-le-cœur et je sentais même mon véritable qi s’emballer en moi.
L’énergie interne que j’avais péniblement accumulée dans mon dantian menaçait d’exploser dans toutes les directions, comme si elle allait déchirer le corps de Murong Hwa-Yeon.
Il en allait de même pour la divinité que j’avais absorbée par mon Dantian supérieur. Au lieu de se transformer en énergie interne, elle se déchaînait, m’empêchant de retrouver mon calme.
Le Commandant Jin scella naturellement mon Dantian supérieur, toujours ouvert, coupant court au flot de souvenirs qui m’inondait.
« Bon sang ! »
Après avoir juré entre ses dents, il rassembla le véritable qi dispersé et le força à nouveau sous son contrôle grâce à sa propre énergie interne. Voyant que la situation devenait trop dangereuse, il semblait vouloir mener la Grande Circulation à son terme coûte que coûte.
Boum ! Boum ! Boum !
Des explosions résonnèrent dans tout mon corps. En temps normal, j’aurais subi une déviation du qi sur-le-champ. Si cela ne s’était pas produit, c’était uniquement parce que le Commandant Jin maintenait mon corps entier par la seule force de sa volonté. Ce n’était pas pour rien que les pratiquants se faisaient garder lorsqu’ils s’entraînaient à une méthode de cultivation : le moindre trouble pouvait leur être fatal pendant la méditation.
Bon sang, j’avais encore des haut-le-cœur ; impossible, donc, que mon véritable qi continue de circuler comme il le devait. Le Commandant Jin le traînait de force à travers mes méridiens. Une minute me parut durer une heure. Alors que la Grande Circulation semblait ne jamais devoir finir, elle s’acheva enfin. J’entendis le Commandant Jin crier en retirant sa main, mais…
« Argh… »
Je titubai jusqu’au coin de la pièce et vomis tout ce que j’avais dans le ventre.
« Beuuurk… »
« … »
« Argh… hrgh… »
« … »
« J… j’ai… la tête qui tourne… ngh… » marmonnai-je.
« … »
« J’ai tellement la tête qui tourne… hhk… ngh… »
« … »
« Mon corps… hik… brûle… je… » balbutiai-je.
« … »
« C-Commandant… » dis-je.
« … »
Ténèbres.
« … »
« Je ne m’en lasserai donc jamais ? »
« … »
Quand j’ouvris les yeux, je découvris un plafond inconnu.
« … »
« J’ai du mal à respirer. »
« Hoo… haa… hoo… »
Ma respiration était irrégulière.
« J’ai l’estomac en vrac… »
« Hoo… haa… hoo… haa… »
J’en conclus tout naturellement que je n’étais pas en très bon état. C’était évidemment à cause de tout ce qui s’était passé la veille.
« C’est probablement à cause de Hyunsung… »
Cette brève synchronisation avec lui m’avait coûté bien plus que je ne l’avais imaginé. Le fait d’avoir ouvert mon Dantian supérieur aussi soudainement avait certainement joué un rôle, mais plus j’y réfléchissais, plus j’étais convaincu que mon état déplorable venait surtout des émotions négatives que Hyunsung avait éprouvées à l’époque et auxquelles j’avais été directement exposé.
« … »
Ce n’était pas vraiment douloureux, mais j’avais l’impression que quelque chose me tordait les entrailles. Je voyais encore Murong Hwa-Yeon fixer d’un regard vide Hyunsung, étendu dans son sang, à l’article de la mort. Tout cela était si surréaliste que je semblais englué dans cette irréalité.
« Argh… »
Oui… c’était vraiment irréel. Mais c’étaient surtout les émotions, transmises avec une telle intensité, qui me rendaient malade. J’ignorais quel poison elle avait utilisé ou comment elle le lui avait administré, mais la peur, le chagrin et le désespoir de Hyunsung m’étaient parvenus comme s’ils étaient les miens.
C’était comme tomber dans un abîme sans fond. Le sentiment de trahison qu’il avait éprouvé aussi. Ce que je ne comprenais pas bien, c’était pourquoi ces émotions n’avaient pas été plus fortes. Cela dit, s’il s’agissait de Hyunsung, il avait sans doute pensé qu’il devait y avoir une raison à ce que j’avais fait.
Il avait essayé, à sa manière, de comprendre mes actes. Malgré tout, il n’avait pas pu se débarrasser de ce sentiment de trahison qui persistait au fond de son cœur.
« Je réagirais probablement pareil. »
Non, pas seulement pareil. Se faire poignarder dans le ventre, c’était une chose ; mais si Hyunsung me faisait boire du thé empoisonné avant de me poignarder à mort, je l’insulterais de toutes les façons possibles et jurerais de me venger au centuple.
Et puis, nos âmes étaient liées. Ce n’était pas comme si nous n’avions traversé qu’une ou deux épreuves ensemble.
Nous avions passé des années à essayer de nous comprendre, à nous disputer, à nous battre et à nous demander si nous devions rompre notre lien, avant de nous retrouver encore et encore mêlés l’un à l’autre.
La comparaison n’était pas parfaite, mais nous étions presque comme un vieux couple marié qui vivait ensemble depuis des années. Il y avait bel et bien une complicité entre nous. J’en étais venu à le considérer comme quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance, même si le monde entier s’écroulait.
« Mais sérieusement… essayez donc de vous faire empoisonner et poignarder six ou sept fois avec un poignard. »
Même Bouddha se sentirait trahi, dans une telle situation. Bien sûr, je n’étais pas vraiment en train de mourir. On me renvoyait simplement là d’où je venais. Mais ce n’était pas facile à accepter pour autant. Surtout après tout ce que nous avions traversé à cause de l’hexagramme, et surtout après être enfin devenus un, au sens le plus littéral du terme.
« J’ai vraiment l’impression d’avoir fait un drôle de rêve. »
« J’ai vraiment l’impression de venir de rêver… » marmonnai-je.
Peut-être le sentiment était-il encore plus fort parce que je m’étais réveillé dans un lieu inconnu. Je regardai tranquillement autour de moi et détaillai la pièce. Je l’avais déjà vue la veille, bien sûr, mais…
« Cet endroit est ridiculement propre. »
Voir la pièce baignée de lumière du jour plutôt que d’une faible lueur de lampe lui donnait une fraîcheur étrange.
Quelqu’un avait même nettoyé le vomi de la veille. La literie était soigneusement arrangée et on m’avait même changé pour m’habiller de vêtements blancs propres. Enfin, après cette renaissance complète et tout ce qui avait suivi, le Commandant Jin m’avait probablement habillé pendant que j’étais inconscient.
En tournant légèrement la tête, j’aperçus un petit bureau couvert de livres dans un coin de la pièce. Je l’imaginais facilement passer tout le temps où j’étais inconscient à lire, plutôt qu’à dormir dans la même pièce que moi.
« À moins qu’il n’ait pas fait que lire… »
Quand je levai la main pour essayer d’effacer l’étrange sensation sur mon front, un linge humide glissa et tomba sur mes genoux. J’avais déjà l’impression d’être trempé de sueur ; j’avais donc probablement brûlé de fièvre toute la nuit. C’était évidemment un autre effet secondaire de ma soudaine synchronisation avec les souvenirs de Hyunsung.
« … »
« Je peux bouger ? »
« … »
« Oui… j’ai même de l’énergie interne, maintenant. »
Je fis circuler mon énergie interne en souriant, et, à ma grande surprise, elle obéit exactement à ma volonté. J’en avais tellement que j’en fus pris au dépourvu. À ce rythme, je pourrais probablement ouvrir à nouveau mon Dantian supérieur. Mais Hyunsung m’avait vraiment retourné le cerveau…
« O-Oui… ce n’est clairement pas quelque chose que je devrais refaire. »
« … »
J’avais à moitié peur qu’en sortant du lit, le vertige ne me retombe dessus, mais, une fois debout, je compris que je n’allais pas si mal. Ce n’avait probablement été que passager.
« Mais sérieusement… où est passé ce type ? »
« Ah ! Vous êtes réveillée, mademoiselle ! »
Quand j’entrouvris la porte, les sœurs Shim m’accueillirent.
« Vous feriez mieux de vous reposer encore un peu, non ? N-Nous avons appris que vous aviez trop forcé hier soir… C-Comment vous sentez-vous ? » demandèrent-elles.
« Je ne suis pas encore tout à fait remise », répondis-je.
« C-Comme on pouvait s’y attendre… »
« Ne vous inquiétez pas trop. Ce n’est rien de grave », les rassurai-je.
« N-Nous sommes soulagées de l’entendre, mademoiselle », dirent-elles.
« On dirait que j’ai fait la grasse matinée », fis-je remarquer.
« Seigneur Jin a reporté votre départ ; vous n’avez donc pas à vous inquiéter, mademoiselle », m’annoncèrent-elles.
« Je vois. Et Jin-gege… où est-il… ? » demandai-je.
« Il s’entraîne avec le jeune maître sur le terrain d’exercice », répondirent-elles.
« P-Pour de vrai ? Déjà ? »
« Voulez-vous que nous vous y conduisions ? » demandèrent-elles.
« O-Oui. J’aimerais le voir tout de suite. »
Je hochai naturellement la tête. C’était un peu gênant de me promener dans des vêtements qui ressemblaient à un pyjama, mais, dès que la nouvelle de ma sortie s’était répandue, tous les serviteurs avaient été congédiés. Pas âme qui vive dans le manoir autrefois animé.
Shim So-Hee me soutint comme si j’étais blessée et, au bout d’un moment, j’entendis des cris retentir au loin.
Clac ! Clac !
Le choc des épées en bois résonnait lui aussi. Ne voulant pas les déranger en m’approchant trop près de leur entraînement, je regardai autour de moi. La vive Shim So-Wol me conduisit aussitôt vers une estrade qui dominait le terrain.
« Attendez… quand est-ce que ces deux-là sont venus à la Famille Jin ? Comment connaissent-ils cet immense endroit comme leur poche ? Ce sont de vraies professionnelles. Vraiment… »
« Le jeune maître s’entraîne avec beaucoup d’application, mademoiselle. On dirait qu’il a vraiment pris sa décision », commenta So-Wol.
« O-Oui… c’est aussi l’impression que j’ai », acquiesçai-je.
Je regardai Squirmy charger, son épée de bois à la main, les yeux brûlants de détermination. On aurait dit que des étincelles allaient en jaillir d’un instant à l’autre.
« Hyaaaah ! »
Je craignais que le Commandant Jin ne pousse le gamin trop loin, mais la leçon se déroulait bien mieux que prévu. Il corrigeait soigneusement la posture de Squirmy, lui prodiguait des conseils à la chaîne qui tenaient plus du sermon paternel que du reproche et, en plus…
« Il lui accorde aussi des pauses. »
À ma grande surprise, il laissait vraiment Squirmy s’asseoir pour se reposer. Bien sûr, il ne cessait pas de parler. Il lui expliquait quelque chose tout du long. J’essayai de tendre l’oreille, mais les sœurs Shim m’apportèrent du thé au moment idéal, et je me retrouvai à le siroter en silence.
« Quelle belle vue. »
L’entraînement reprit bientôt. Je tendis la main et effleurai un brin d’herbe avant de porter un sifflet d’herbe à mes lèvres. Comme prévu, Squirmy tourna aussitôt la tête vers moi, un grand sourire aux lèvres. Peu à peu, je remarquai des choses qui m’avaient échappé jusque-là.
Une douce brise se leva alors et me balaya les cheveux sur le visage. Agacée qu’ils me bouchent la vue, je les rassemblai d’une main, les fixai avec mon épingle à cheveux en jade et reportai mon regard sur le terrain d’exercice.
Le ciel était d’une limpidité exceptionnelle ; la température et l’humidité étaient parfaites ; les doux bruits ambiants ne devenaient jamais gênants. Le parfum du thé flottait dans l’air.
Clac.
Les épées en bois s’entrechoquèrent de nouveau dans les airs.
« C’est paisible. »
Les mots m’échappèrent sans que j’y pense.
« … »
« Je suis d’accord, mademoiselle. C’est vraiment paisible. »
***
« Puis-je demander… où nous sommes exactement ? »
« Je me suis donné la peine de te ramener après que tu as dégringolé de cette falaise… Tss, tss. On dirait que tu as fini par perdre la tête. »
« … »
« Alors… tu me demandes où se trouve cet endroit ? »
« … »
« Cette puissante épée est aussi imposante que la chaîne de montagnes qui s’élève vers le ciel, et l’énergie vertueuse du Dao coule au pied de ces sommets, une force à laquelle aucun démon ne peut résister. L’endroit qui se trouve devant tes yeux n’est autre que Kunlun. »
« A-Alors… ce que vous dites, c’est… »
« C’est la Secte Kunlun des Neuf Sectes et d’un Gang, espèce d’imbécile ! »