C’était, d’une certaine manière, encore plus gênant et humiliant que ce que j’avais imaginé. Je me suis empressé de me justifier.
« Ce n’est pas ce que tu crois. Je cherchais juste le nom de quelqu’un... Bref, aucune nouvelle publication n’est apparue. C’est un problème de paramètres ? »
― « Si tu n’as pas trifouillé tes filtres, alors il n’y a probablement rien de nouveau. Comment veux-tu que je sache si tu ne me dis même pas ce que tu as cherché ? »
Hyun Dowoon a claqué la langue, visiblement peu impressionné, et a ajouté :
― « Ou alors, tu t’es fait "soft-block", donc les recherches classiques ne montrent plus les posts. »
« Soft-block ? »
― « En gros, c’est quand les gens modifient leurs publications pour que des types comme toi ne puissent pas les trouver. Si tu cherchais un nom, par exemple — disons le tien — ils pourraient ajouter des caractères spéciaux au milieu, ou jouer avec les syllabes, comme écrire "Suh*u" ou inverser les consonnes et les voyelles. »
Alors que ses explications s’éternisaient, je me sentais de plus en plus confus. J’ai fini par poser la question essentielle.
« Mais... pourquoi ils font ça ? »
― « ... C’est juste la culture d’Internet. T’as pas besoin de comprendre. »
« La culture ? »
― « Ou alors le compte est en privé. Si c’est le cas, peu importe tes recherches, tu ne trouveras rien. Alors laisse tomber. »
Son ton sec était un peu décourageant. Je voulais voir plus de posts faisant l’éloge de Ryu Sunghyun, bon sang. Tout le monde disait qu’il y en avait partout sur les réseaux sociaux...
Enfin, peu importe. J’y regarderai de plus près plus tard. Pour l’instant, cette conversation était terminée.
« Compris. Je raccroche. »
― « Ce petit merdeux, il me coupe toujours la parole après avoir dit ce qu’il voulait. J’avais aussi un truc à te dire. Tu sais, ce dont on a parlé la dernière fois... Allô ? Seo-hu ! Ne raccroche pa— »
Clic.
J’ai ignoré les cris de Dowoon et mis fin à l’appel. Je finirais bien par le recontacter de toute façon, probablement pour le même problème de recherche.
En remettant mon téléphone dans ma poche, je me suis retourné et je suis tombé nez à nez avec Kwon Seoyul, toujours là, les yeux brillants de curiosité.
Sans hésiter, j’ai lâché :
« Dégage. »
« Oh, allez, hyung ! C’est vraiment froid ! »
« C’est l’hôpital qui se fout de la charité, venant de celui qui a brisé ma fenêtre. »
Il a attrapé mon bras fermement. En baissant les yeux, j’ai vu la frustration clairement affichée dans son regard sous ses longs cils.
« Je ne plaisante pas. »
« Moi non plus. »
« Je comprends, tu veux commencer une nouvelle vie en dehors du district. Honnêtement, il vaut mieux savoir ce que tu manigances, comme monter une guilde, plutôt que de rester dans l’ignorance pendant des mois. »
« ...... »
J’ai haussé un sourcil sans répondre. Seoyul a dû prendre ça pour un encouragement, car il a insisté.
« Mais tu pourrais au moins être content de me voir. Tu restes en contact avec Dowoon hyung tout le temps, mais pas un mot pour moi... »
« Kwon Seoyul. »
Je n’ai pas pu m’empêcher de laisser un sourire étirer le coin de mes lèvres. Les absurdités qu’il débitait étaient si ridicules que j’ai failli éclater de rire.
Mes lèvres se sont courbées, mes yeux se sont plissés, et j’ai dit :
« Même pour une excuse, essaie au moins de faire fonctionner ton foutu cerveau. »
« Une excuse ? »
« Pourquoi ça t’intéresse ce que je fais ? Tu en avais quelque chose à faire de savoir où j’étais avant que cet homme ne donne l’ordre ? »
« Bien sûr que— »
« J’ai disparu pendant des mois. Je suis réapparu. J’ai monté une guilde. J’ai un gamin. Tu es venu ici en sachant tout ça. Alors pourquoi jouer les innocents ? C’est pathétique. »
Un nouvel Éveillé t’a forcé à utiliser ta compétence ? C’est l’excuse la plus minable que j’aie entendue depuis un bail.
C’est Dowoon qui avait fabriqué la fausse identité de Cha Sahyeon, mais même sans lui, cet homme aurait pu découvrir l’existence du gamin sans le moindre effort.
Seoyul n’avait pas été envoyé ici sans informations ; il était bien trop précieux pour ça.
Le gamin avait déployé ses ombres pour me protéger de l’attaque de Seoyul... C’était inutile. Au moment de l’impact, Cha Sahyeon était allongé juste sur moi.
L’ordre que Seoyul avait reçu était de ne pas me blesser, ce qui signifiait que l’attaque à l’harmonica visait uniquement Cha Sahyeon.
Un instrument comme le sien demande un contrôle délicat. Si Seoyul avait voulu toucher seulement Sahyeon, ça aurait été facile.
À en juger par l’angle... il était probablement sur le toit de l’immeuble en face.
« ... Alors, qu’est-ce que tu essaies de dire, exactement ? »
Tous ses faux sourires avaient disparu. Seoyul me fixait d’un air impassible, la voix plate.
« Tu me demandes sérieusement de partir ? Je t’ai dit que je suis venu sur les ordres du Père. »
« Ouais, c’est ce que tu as dit. Moi, je n’ai reçu aucun ordre. Alors fais ton petit boulot, mais je ne coopérerai pas. »
J’ai arraché mon bras et lui ai tourné le dos.
« Tu ne peux pas juste revenir au district ? Tu peux emmener le gamin aussi ! Le Père et les autres comprendront. »
« Non merci. Pars, tout simplement. Tu es mauvais pour la santé mentale du gamin. »
« Tu viens de dire... "mauvais pour la santé mentale du gamin" ? »
Je me suis dirigé vers Cha Sahyeon, qui était toujours assis tranquillement là où je l’avais laissé, en train de lécher sa sucette. Je lui ai ébouriffé les cheveux doucement.
Bon garçon. Si obéissant, contrairement à certains.
Seoyul tremblait visiblement d’incrédulité.
« En quoi suis-je mauvais pour la santé mentale d’un gamin ?! Et tu comptes vraiment rester ici pour toujours ? Tu ne reviens pas ? »
« Si tu veux discuter, remets peut-être une chemise. Il gèle. Ce n’est pas parce que tu es un rang S que tu dois l’afficher à tout le quartier. »
Je n’ai pas pu m’empêcher de ricaner.
Je ne plaisantais pas à propos de la santé mentale. Une chemise à moitié déboutonnée exposant son torse, des tatouages voyants sur l’avant-bras, des boucles d’oreilles qui encombraient ses deux oreilles...
Je n’avais aucun doute que Cha Sahyeon essaierait de l’imiter.
Il m’avait déjà supplié de le laisser se faire percer les oreilles. S’il voyait Seoyul, j’avais peur qu’il ne prenne toutes sortes de mauvaises habitudes.
« C’est de la folie... »
Seoyul avait l’air dévasté, les épaules affaissées.
Il devait penser qu’il suffisait de débarquer et de mentionner le « Père » pour que je joue le jeu. Une supposition naïve, le genre de chose que seul quelqu’un ignorant ma situation pourrait croire.
Mais c’était bien du Seoyul tout craché. Si quelque chose ne l’intéressait pas, il s’en fichait royalement.
Il y avait des moments où cela le rendait frustrant, voire décevant. Mais en ce moment, cette indifférence jouait en ma faveur.
J’avais besoin que Seoyul ne s’intéresse pas à moi.
J’avais trop de choses à cacher. Trop de choses à faire.
« Si tu as fini de parler, dégage. J’ai un sacré ménage à faire. »
« Mais je suis censé te surveiller... »
« Ce n’est pas mon problème. Je sais que tu as déjà une autre planque. Va là-bas. »
« Attends, hyung— ! »
Même après avoir été malmené, Seoyul refusait de bouger, jusqu’à ce que je sorte une épée de mon inventaire.
Ce n’est qu’alors qu’il s’est dirigé à contrecœur vers la porte. L’ordre de ne pas me blesser le retenait.
Debout sur le seuil, il a fait la moue.
« Tu me vires vraiment comme ça ? »
« Ouais. Et pour que les choses soient claires : si tu te remontres, je te tue et je passerai l’éternité en prison. Compris ? »
« Hyung ! »
« Salut. »
CLAC.
J’ai fermé la porte sans hésiter.
L’épuisement m’a envahi dès que je me suis retourné.
« Haah... »
J’ai pressé mes doigts contre mes tempes en soupirant.
Depuis le canapé, Cha Sahyeon m’observait depuis tout à l’heure. Maintenant, il a couru vers moi et s’est jeté dans mes bras.
« Ouais, tu as bien tenu le coup. Bon travail, petit. »
Il devait attendre depuis tout ce temps que Seoyul parte.
Je l’ai soulevé et porté jusqu’à la fenêtre.
Des éclats de verre jonchaient le sol, le vent froid s’engouffrait et les rideaux déchirés battaient tristement.
Je ne peux pas laisser ça comme ça.
Même en été, ce serait un problème. Mais là ? En plein hiver ?
Peut-être devrais-je appeler quelqu’un pour réparer. Mieux encore : peut-être un Chasseur spécialisé dans la restauration structurelle.
Alors que je réfléchissais au nettoyage...
TOC, TOC.
Quelqu’un a frappé à la porte d’entrée.
Mon estomac s’est noué. J’étais à deux doigts de craquer.
Kwon Seoyul, espèce de...
J’ai expiré un souffle brûlant, la rage menaçant d’exploser. Pour le bien de Cha Sahyeon, j’ai fermé les yeux et j’ai pris sur moi.
Puis je me suis dirigé vers la porte.
« Je t’ai dit de dégager, espèce de... ! »
BAM.
J’ai ouvert la porte à la volée, et je me suis figé. Une bouffée d’eau de Cologne fraîche m’a frappé, accompagnée par la vue d’un élégant costume noir trois-pièces.
J’ai levé les yeux, sous le choc.
Pas les cheveux sauvages et ébouriffés de Seoyul, mais des cheveux sombres, soigneusement coiffés en arrière. Et ce visage...
« ... Maître de guilde Kwon Taehyuk ? »
« Tu vas bien ? »
Kwon Taehyuk a regardé par-dessus mon épaule.
Ses yeux ont balayé la fenêtre brisée, le bureau saccagé, l’enfant dans mes bras qui le fixait avec hostilité. Puis, avec un calme tranquille, il a dit :
« On dirait que tu as eu de la visite. »
« Ah, eh bien... »
« J’ai croisé quelqu’un dans les escaliers que je ne connaissais pas. »
« Vous... l’avez croisé ? »
J’ai demandé avec hésitation, et il a hoché la tête.
Ce n’est pas possible.
Ce n’était vraiment pas mon jour. De toutes les personnes qui pouvaient se pointer maintenant... pourquoi lui ?
Il m’a observé en silence. J’espérais, vraiment, qu’il dirait : « Je repasserai plus tard. »
Mais rien n’indiquait qu’il le ferait.
Je n’avais pas le choix, apparemment.
En réprimant un soupir, je me suis écarté.
« Entrez. »