En voyant J barrer la porte, le visage impassible, Eun Woojeong haussa un sourcil.
« Cette tête me dit quelque chose. Si ma mémoire est bonne, c’est bien celui que Seohu cherchait ? »
« … Quelque chose cloche. »
Quatre lames s’élevèrent derrière Kwon Taehyuk, qui avait déjà pris ses distances.
À ces mots marmonnés, Ryu Sunghyun hocha la tête à côté de lui.
« Je ne décèle aucune émotion sur son visage. La secte lui a forcément fait quelque chose. »
« Hmm. »
Eun Woojeong laissa échapper ce bref son et releva un coin de la bouche.
« Quoi qu’il en soit, pour l’instant, il ne fait que nous barrer la route. Débarrassons-nous de lui. »
Eun Woojeong agita la main. Plusieurs chaînes apparurent dans les airs et s’abattirent sur J.
Clang !
Les crochets au bout des chaînes heurtèrent la Faux d’ombre. D’un large mouvement de son arme, J les trancha toutes en un instant, puis se rua sur eux.
Boum !
Quand la Faux acérée s’abattit sur le sol, la terre se fendit dans un craquement et des éclats de pierre jaillirent. Au même moment, les ténèbres jaillirent du sol brisé comme de l’encre renversée.
Ryu Sunghyun l’évita de justesse, le cœur serré, puis activa précipitamment sa compétence.
Une explosion de lumière dorée éclata et repoussa les ténèbres. Celles-ci, qui avaient foncé sans retenue, vacillèrent sous la lumière et reculèrent un peu.
Ça marche.
Ryu Sunghyun sentit ses forces revenir : sa compétence, qui n’avait eu aucun effet sur Sahyeon, se révélait au moins un peu efficace contre J. Il y insuffla encore plus de puissance.
L’intérieur sombre de l’église s’éclaira jusqu’à ressembler au plein jour.
À mesure que les ténèbres perdaient de leur puissance, J fronça légèrement les sourcils.
Kwon Taehyuk profita de cette ouverture pour s’élancer.
Il saisit l’une des quatre lames qui flottaient dans les airs, fondit sur J en un éclair et abattit le bras.
« Argh ! »
J, qui avait à peine réussi à parer le déluge d’attaques d’une vitesse aveuglante, laissa enfin échapper un premier grognement étouffé.
Il mobilisa toute sa force pour repousser Kwon Taehyuk avec sa Faux et s’apprêtait à prendre appui sur le sol pour battre en retraite…
« … ! »
Des lianes dorées épaisses avaient jailli du sol et s’étaient enroulées autour de ses deux jambes.
Elles lui serrèrent les jambes et le tirèrent vers le bas.
Aussitôt après, des chaînes d’un blanc pur s’élancèrent et lui entravèrent aussi les deux bras.
J leva les yeux vers Eun Woojeong, qui s’était avancé juste devant lui, avec un air qui disait clairement que la situation tournait mal.
« Et si tu faisais un petit somme ? »
Eun Woojeong lui asséna sans pitié un coup à la nuque.
J tressaillit par réflexe et tenta d’esquiver, mais finit par perdre connaissance et s’affaissa.
« Tu l’as vraiment frappé comme il fallait ? »
Kwon Taehyuk observa J, inconscient, et lança à Eun Woojeong un regard soupçonneux. Celui-ci haussa les épaules.
« J’allais lui coller mon poing dans la figure, mais j’ai eu la délicatesse d’opter pour un bon coup qui l’assomme. C’est un peu blessant, ce regard. »
« Heureusement qu’il est moins fort que le petit frère du Chasseur Cha Seohu. »
En repensant à la puissance démesurée de l’autre compétence d’ombre qu’ils avaient rencontrée dans la Faille inconnue, Ryu Sunghyun parut sincèrement soulagé que la situation ait pu être maîtrisée aussi facilement.
Kwon Taehyuk fixa un instant J, toujours inconscient, d’un air partagé, puis prit la parole.
« On doit l’emmener avec nous. »
« Sérieusement ? »
Eun Woojeong le regarda, incrédule.
« Tu as peut-être oublié, alors je te le rappelle : on n’est pas venus faire une promenade. On n’est pas là non plus pour prier à l’église. Alors pourquoi est-ce qu’on se le traînerait ? »
« C’est quelqu’un que le Chasseur Cha Seohu cherchait. Et il est étroitement lié à Yoon Jeha, qui a été capturé. C’est fort probable. »
« Dans ce cas, on peut tout simplement l’attacher ici et descendre nous-mêmes, non ? »
La voix de Kwon Taehyuk se fit plus ferme encore.
« Et c’est probablement celui qui en sait le plus sur ces salopards de sectaires. On va entrer dans un endroit dont on ne sait rien et prendre des risques de toute façon. On n’a rien à perdre à emmener quelqu’un qui pourrait nous renseigner s’il se réveille. »
Eun Woojeong fixa Kwon Taehyuk.
« … Très bien. Fais comme tu veux. Je ne lèverai pas le petit doigt pour t’aider. »
Il avait déjà compris que Kwon Taehyuk éprouvait aussi une certaine compassion pour J, au-delà de toute considération pratique. Mais Eun Woojeong ne prolongea pas la dispute et se détourna.
Kwon Taehyuk acquiesça puis, comme si c’était tout naturel, hissa J, toujours inconscient, sur son dos.
« Allons-y. »
Tous trois ouvrirent la porte que J gardait.
Un escalier s’étendait au-delà, plongeant profondément dans les ténèbres.
***
Les épaisses ténèbres s’écoulèrent longtemps avant de finir par s’arrêter.
Le Chef de la secte était resté là à regarder, un sourire aux lèvres, Seohu se faire écraser et ensevelir sous le liquide noir. Ce ne fut qu’après un moment qu’il bougea.
Il leva un bras et recourba les doigts. Les fidèles qui attendaient accoururent aussitôt.
Sans la moindre hésitation, ils plongèrent les mains dans le liquide noir épais. Ils en sortirent Seohu, inconscient, et le déposèrent devant le Chef de la secte comme s’ils lui présentaient une offrande.
« Ah, qu’il est beau. »
Le Chef de la secte murmura en baissant les yeux vers Seohu, étendu devant lui, les paupières closes.
« Cela vous va à ravir, monsieur Seohu. »
Les yeux plissés de ravissement, le Chef de la secte se pencha et tendit les bras.
Une main dans le dos de Seohu, l’autre sous ses jambes, il le souleva et le prit dans ses bras avant de se mettre en marche.
Un fidèle portant une lanterne s’approcha rapidement et éclaira la salle obscure du temple.
Le Chef de la secte s’enfonça plus avant dans les lieux, Seohu dans les bras. Il ne parvint à une porte qu’après avoir dépassé plusieurs piliers gigantesques.
La porte détonnait étrangement dans le décor. D’un blanc immaculé, comme celle d’un laboratoire, elle était flanquée d’un lecteur d’iris fixé au mur.
Une lumière bleue balaya les yeux du Chef de la secte. Le verrou se libéra et la porte s’ouvrit automatiquement.
Il approcha son visage de Seohu, qu’il portait dans ses bras, et lui murmura doucement :
« Voilà. Ce sera votre nouvelle maison. »
Dès qu’il entra, les lumières s’allumèrent d’elles-mêmes et illuminèrent la pièce.
Un laboratoire apparut, chaque détail étant contrôlé et calculé avec une précision si méticuleuse que l’endroit en devenait inquiétant.
Sur les tables de travail en métal froid traînaient, apparemment en désordre, de délicats microcomposants qui n’avaient pas encore été assemblés et des documents semblables à des tablettes, au-dessus desquels flottaient des plans holographiques bleus.
Un immense écran intelligent, du sol au plafond, couvrait l’un des murs. Des dizaines de scans transparents du corps humain y flottaient en couches serrées, mêlés aux données biométriques constamment actualisées.
Ces images entassées, où la circulation sanguine et les réseaux neuronaux étaient différenciés par des couleurs, montraient clairement que quelqu’un avait analysé le corps humain avec une obsession maladive.
Et derrière la paroi de verre opposée…
s’étendait un vaste jardin.
Mais toutes les plantes avaient des racines noires comme l’encre et des pétales d’un vert trouble.
Au centre du jardin se dressait un grand arbre. Son tronc tremblait comme s’il palpitait, et ses feuilles frémissaient. En dessous, ses racines remuaient et se tortillaient comme des serpents vivants.
Le Chef de la secte s’avança jusqu’à la vitre et contempla le spectacle avec extase avant de prendre la parole.
« Vous le voyez, monsieur Seohu ? Il sait déjà à quel point ce nouvel engrais est parfait. »
Le désir d’ouvrir sur-le-champ la porte du jardin et de rejoindre l’arbre le saisit, mais le Chef de la secte secoua vigoureusement la tête et se ressaisit.
« Non, ce n’est pas possible. Si je vous lui remets trop vite, juste parce que je suis impatient, je ne ferai que gaspiller un engrais précieux. »
S’éloignant de la vitre, le Chef de la secte allongea Seohu sur un lit de fer placé sur le côté du laboratoire. Il le déposa avec une délicatesse extraordinaire.
« Ne vous inquiétez pas, monsieur Seohu. »
Le Chef de la secte lui essuya la joue, le regard tendre.
« Tout ira parfaitement bien. Vous n’avez qu’à dormir sans ressentir la moindre douleur. Pour commencer… disons un mois pour ce premier cycle ? »
Le Chef de la secte s’activa.
Il tira une chaise et relia des appareils au corps de Seohu. Il ne restait rien de son calme imperturbable ni de son aisance habituelle. Il débordait manifestement d’impatience à l’idée de ce qu’il désirait depuis si longtemps.
« Voilà, monsieur Seohu. »
Ses préparatifs terminés, le Chef de la secte s’approcha de nouveau du lit.
Il leva alors la main et commença à déboutonner ses vêtements.
La robe cérémonielle blanche tachée de sang commença lentement à glisser. Ses doigts tremblaient légèrement tandis qu’il défaisait les boutons.
« À dans un mois. »
Le Chef de la secte écarta de part et d’autre les pans de son vêtement ouvert.
Sa poitrine et son abdomen furent révélés.
Puis le centre de son torse s’ouvrit dans le sens de la longueur.
Quelque chose remua dans l’ouverture.
Ce qui émergea de l’intérieur, dégoulinant d’un épais liquide noir tandis qu’il glissait hors de son corps, était une masse de tentacules divisée en des dizaines de filaments.
Les tentacules, qui se tortillaient sans cesse, touchèrent le corps de Seohu.
Puis elles s’y agrippèrent et commencèrent lentement à le tirer.
D’abord, son poignet.
Puis tout son bras.
Ensuite, son épaule.
Le corps de Seohu, étendu sur le lit, était entraîné toujours plus loin, sans l’ombre d’un doute, dans le corps du Chef de la secte par les tentacules.
Saisi par ce froid glacial et sinistre, Seohu fronça légèrement les sourcils, mais ne parvint pas à se réveiller.
« Encore un peu… encore… »
murmura le Chef de la secte d’une voix tremblante.
Finalement, un bras entier fut englouti.
Puis, au-delà de son épaule, la moitié de la tête de Seohu disparut à l’intérieur.