Chapitre 45
Leur voyage touchait à sa fin après trois longues journées. C’était une expédition interminable, surtout si l’on en croyait son père, qui affirmait qu’il n’y avait apparemment pas beaucoup de territoires entre le comté de Florivelle et le duché des Ravenshade.
« Tout est de la faute de cette cité, pourquoi faut-il qu’elle soit si immense ? »
Ils avaient pénétré sur le territoire des Ravenshade il y a plus d’un jour, mais ils n’avaient toujours pas atteint le manoir du seigneur.
Bien qu’à vrai dire, le voyage ne l’ait pas ennuyée le moins du monde, surtout après leur entrée sur les terres des Ravenshade. Observer la ville à travers la vitre de la calèche suffisait à lui faire passer le temps.
Elle se tourna vers ses parents.
« Comment s’appelle cet endroit ? Je veux dire, au-delà du nom de territoire des Ravenshade. Il doit bien avoir un nom, après tout. »
Son père répondit avec un sourire.
« C’est le duché d’Aevithar. C’est le deuxième plus grand territoire de l’Empire appartenant à une seule famille noble. Le premier étant la capitale impériale, bien entendu. »
« Donc, c’est pratiquement le plus grand ? Impressionnant. »
Alors que la calèche avançait sur la route animée, elle aperçut au loin une enceinte de murs imposants faits de pierres grises, qui semblaient se rapprocher à chaque instant à mesure que le véhicule progressait.
Bientôt, la calèche atteignit les murs gris et s’arrêta devant une grande porte dorée. L’arrêt fut bref, car dès que les gardes à la porte eurent repéré la calèche — ou peut-être l’insigne qui y était apposé — ils s’empressèrent de pousser les battants pour les laisser passer.
La calèche franchit l’enceinte des murs colossaux et s’immobilisa peu après. Quelques instants plus tard, le cocher ouvrit la portière et leur fit signe qu’ils pouvaient descendre.
« Comte, Comtesse, Jeune dame, nous sommes arrivés à destination. »
Alors qu’il prononçait ces mots avec un sourire poli, le cœur d’Evangeline s’accéléra légèrement.
« Alors, j’y suis enfin ? »
En vérité, elle ne savait pas si elle était nerveuse ou excitée à cet instant. Ou peut-être ressentait-elle les deux à la fois. Finalement, elle n’aurait su le dire.
Après une brève hésitation, elle descendit de la calèche et observa les environs. Ce qu’elle vit la laissa pétrifiée, entre choc et admiration.
À l’intérieur de l’enceinte des murs gris, s’étendait un vaste domaine verdoyant, divisé en petites parcelles remplies de fleurs de toutes sortes.
Au milieu de cette étendue se dressait un majestueux château sombre, projetant son ombre massive sur le domaine. Le château semblait ancien tout en étant immaculé, comme préservé à travers les âges, tout en conservant sa gloire d’antan.
Elle ne relâcha son souffle que lorsque la main de sa mère caressa doucement ses cheveux, la tirant de sa transe.
En croisant le regard de ses parents, elle remarqua qu’ils semblaient eux aussi légèrement nerveux. Bien qu’ils tentassent d’agir naturellement, elle put distinguer des perles de sueur sur leurs fronts.
Eh bien, elle pouvait les comprendre. Après tout, elle avait elle-même du mal à accepter que le majestueux château devant eux fût le manoir d’une famille noble.
« Si c’est ça, un manoir, alors je vis dans une cabane depuis ma réincarnation. »
Alors qu’ils se dirigeaient vers le château sombre, ils aperçurent deux rangées de serviteurs et de servantes, immobiles des deux côtés de l’allée, la tête basse en signe de respect. On aurait dit que ces domestiques étaient là pour accueillir l’arrivée d’Evangeline et de ses parents.
Une servante s’avança et se tourna vers eux. Elle parla d’un ton maîtrisé et poli.
« Des chambres ont été préparées pour vous trois. Je serais honorée de vous guider jusqu’à vos appartements. »
Evangeline vit son père hésiter. Après une brève réflexion, il s’adressa à la servante.
« Nous aimerions tous les trois séjourner dans la même chambre. Notre fille est jeune et n’est pas habituée aux lieux inconnus. Je crains que la laisser seule ne l’angoisse. De plus, je doute qu’il reste beaucoup de temps avant le début des fiançailles. »
La servante jeta un coup d’œil au cocher à leurs côtés, puis s’inclina poliment.
« Si c’est ce que vous souhaitez. Et vous avez raison, tous les invités sont déjà arrivés. »
Tous trois pénétrèrent dans le manoir, guidés par la servante.
L’intérieur du manoir n’était pas moins grandiose que son extérieur. Le plafond s’élevait très haut au-dessus d’eux, et un tapis rouge orné recouvrait le sol sous leurs pieds.
Après avoir traversé le hall immense, où les serviteurs s’affairaient, ils parcoururent de vastes couloirs. Des décorations telles que des épées, des peintures, des boucliers et d’autres objets étaient suspendus à intervalles réguliers, rehaussant l’esthétique grandiose des lieux.
« Sérieusement, maintenant j’ai l’impression que la calèche que j’ai reçue en cadeau n’a probablement même pas entamé leur fortune. »
Bientôt, la servante s’arrêta et se tourna vers eux, désignant la porte à ses côtés.
« Veuillez vous reposer dans cette pièce. C’est la plus grande, vous ne devriez donc ressentir aucun inconfort. Je resterai à proximité, n’hésitez pas à m’appeler si vous avez besoin de quoi que ce soit. »
Son père hocha la tête tandis qu’ils entraient tous les trois. Comme la servante l’avait dit, la chambre était assez vaste, avec un lit dans le coin, quelques canapés près de la fenêtre et une table au centre.
Ses parents ne dirent pas un mot après être entrés ; ils semblaient toujours tendus et dépassés, assis tous deux sur un canapé près du mur.
Evangeline, quant à elle, choisit le canapé près de la fenêtre et s’y installa confortablement. Elle voulait détendre l’atmosphère, mais ne sachant que dire, elle resta silencieuse en attendant que le temps passe.
« Les serviteurs ici sont différents de ceux de notre manoir. »
Il était difficile de décrire cette différence précisément ; ils semblaient juste plus… professionnels.
Dans sa vie précédente, la plupart des personnes avec qui elle avait interagi étaient des infirmières. Et après les avoir côtoyées si longtemps, elle les avait classées en deux catégories.
La première catégorie était le type amical et proche : les infirmières qui agissaient comme des amies intimes et la traitaient avec une attitude chaleureuse. Elles étaient quelque peu maladroites, et leur comportement dépendait largement de leur humeur. Elles lui criaient parfois dessus dans certaines situations.
La seconde catégorie était le type professionnel : les infirmières qui agissaient de manière formelle. Ce n’était pas qu’elles fussent impolies ; leur comportement était également bienveillant. C’était juste qu’il y avait toujours cette distance ; on sentait qu’elles ne faisaient que leur travail.
Et elle ressentait une aura similaire chez les serviteurs ici.
Poussant un soupir, elle se tourna vers la fenêtre, espérant passer le temps en contemplant le paysage extérieur.
« Hein ? »
C’est alors que ses yeux repérèrent quelqu’un. Un jeune garçon de son âge se tenait dehors, dans une clairière où il n’y avait pas de parterres de fleurs, seulement une étendue d’herbe.
Ses courts cheveux dorés brillaient sous le soleil du soir, et ses yeux verts, clairs comme du verre, étaient fixés dans une direction précise. Elle pouvait percevoir une forme de désir dans le regard du garçon.
En suivant sa ligne de mire, elle distingua à peine une épée en bois gisant sur le sol. Le jeune garçon semblait hésiter en regardant cette épée.
Mais peu après, il s’approcha et la ramassa, la saisissant à deux mains. Puis il sembla ajuster sa posture, ce qui lui parut quelque peu maladroit.
« Que fait-il ? »
Levant la lame haut, il contracta ses muscles. Elle put voir une énergie bleutée se rassembler autour de ses mains. Il prit une profonde inspiration et abattit l’épée d’un mouvement vif, qui semblait pourtant tout aussi maladroit.
La lame décrivit un arc en descendant, créant une lame d’énergie qui jaillit vers l’avant. Mais après avoir parcouru environ un mètre, la lame d’énergie se dissipa en volutes de mana.
Pourtant, après avoir vu le résultat de son coup, le garçon eut un large sourire innocent sur le visage. Il leva les deux bras en l’air et commença à sautiller avec excitation, ce qui la fit glousser.
« Sérieusement, qui est ce garçon ? »
Ses cheveux dorés et ses yeux verts semblables à du verre lui rappelaient la femme qui avait visité leur manoir cinq ans auparavant. Ses traits du visage semblaient également assez similaires, ce qui suggérait un lien de parenté.
Il était très probablement son fils, ce qui signifiait…
« Est-ce Adrian Caelis Ravenshade ? Hum… ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Bien qu’à vrai dire, il soit plutôt mignon. »
Il semblait qu’il essayait d’imiter quelqu’un à l’instant, et à en juger par sa réaction, il semblait y être parvenu dans une certaine mesure.
À cet instant, une servante s’approcha de lui et lui parla avec empressement.
« Jeune maître Elias, vous ne devriez pas errer ainsi. Et si vous faisiez une erreur et salissiez vos vêtements ? J’ai travaillé dur pour vous préparer. »
« Oh, hum, désolé. » Ce fut tout ce que le garçon parvint à dire alors qu’il était entraîné par la servante.
« Elias ? Donc ce n’était pas lui. Mais on dirait qu’ils sont frères, alors il doit aussi avoir les cheveux dorés… »
Ses pensées s’égarèrent alors que l’image mentale du garçon aux cheveux dorés au visage arrogant lui traversa l’esprit.
« Non ! Tout sauf ça ! Je ne veux pas avoir affaire à un jeune maître arrogant, je vous en supplie ! »
Le temps passa en silence alors qu’elle restait perdue dans ses pensées. Mais soudain, un coup à la porte la tira de sa rêverie.
La servante derrière la porte parla poliment.
« Les fiançailles sont sur le point de commencer. Veuillez vous préparer. »
Elle et ses parents se levèrent en entendant ces mots.
« On dirait que le moment est enfin venu. »
Il était temps de rencontrer son futur fiancé.