Chapitre 25
Flint était assis sur une chaise, l'air épuisé, le regard perdu dans le vide. C'était comme si son âme s'était échappée de son corps.
« Un démon... C'est un démon. »
Après avoir été démasqué, il avait dû subir la réprimande de sa mère pendant ce qui lui sembla être une éternité. Et les expressions qu'elle affichait en le sermonnant — on aurait dit qu'elle était possédée par ces démons, ceux-là mêmes dont elle lui racontait les histoires quand il était petit.
« Mais pourquoi ? Qu'y a-t-il de si mal à écouter un peu ? »
Il ne comprenait pas pourquoi ses parents l'empêchaient d'en apprendre davantage sur ces sujets. Il voulait en savoir plus ; il voulait voir les soldats se battre. Le spectacle de leur combat ne serait-il pas fascinant ?
Flint soupira et jeta un coup d'œil à côté de lui du coin de l'œil. Son père était assis tout près, le regardant avec pitié. Baissant la voix jusqu'à un murmure, il demanda :
« Père, pourquoi m'empêches-tu de connaître ces choses ? Je veux juste en comprendre la raison. Je serai un bon garçon si tu me le dis. »
Son père se frotta la barbe en réfléchissant un instant.
« Évidemment, parce que tu es un enfant. »
L'expression de Flint se crispa.
« Quoi ? Tu t'attendais à une réponse profonde, mon fils ? Tu es jeune, et nous voulons que tu profites de cette période de ta vie. Quand tu seras grand, ces moments te manqueront. Tu regretteras de ne pas être resté un enfant pour toujours. Alors, amuse-toi et ne pense pas à ces choses-là. C'est le travail des adultes de s'en soucier. »
Les paroles de son père le firent hésiter. Ce qui le marqua, ce fut le ton qu'employa son père. Flint pouvait y déceler une subtile nostalgie.
« Est-ce que ça te manque, Père ? Tes jours d'enfance ? »
Une hésitation apparut sur le visage de son père, mais la nostalgie qu'il avait perçue s'intensifia considérablement.
« En fait... non. Je préférerais ne pas me souvenir de cette époque. »
Un soupir s'échappa de ses lèvres.
« Je n'avais pas le luxe de m'amuser quand j'avais ton âge, mon fils. J'étais orphelin, et aucun orphelinat ne m'a recueilli car mes parents ne faisaient pas partie de l'armée. J'ai dû donner tout ce que j'avais pour simplement survivre. »
Il sourit, d'un air qui semblait étrangement triste.
« Je me souviens avoir regardé les enfants de mon âge jouer joyeusement ensemble, et je me souviens avoir souhaité pouvoir faire de même. C'est peut-être pour cela que je veux que tu profites de ton enfance ; je ne veux pas que tu ressentes cela, mon fils. »
Un poids lourd s'installa dans la poitrine de Flint après avoir entendu ces mots. Il ferma la bouche, oubliant tout ce à quoi il pensait auparavant.
Bientôt, le dîner fut prêt et tout le monde s'assit à table pour partager le repas. Dragon eut aussi droit à sa part, et comme Flint l'avait promis plus tôt, il avait demandé à sa mère de donner un supplément de nourriture à la petite créature.
Dragon remua ses deux queues en finissant rapidement le contenu de son bol.
Une fois le repas terminé, sa mère éteignit les lampes et vida l'huile. L'intérieur de la maison plongea dans l'obscurité. Seule la faible lueur du clair de lune empêchait une noirceur totale.
Tous les trois s'allongèrent sur le lit, Flint au milieu. Dans le silence, troublé seulement par le cri occasionnel des insectes, il resta immobile, faisant de son mieux pour s'endormir. Mais malgré tous ses efforts, le sommeil ne venait pas.
Après avoir hésité un moment, il demanda d'une voix basse :
« Cet incident qui se déroule en ce moment, et tous ceux du passé, pourquoi arrivent-ils ? Je veux dire, pourquoi le vicomte se bat-il ? Je ne comprends pas. »
Pendant un moment, seul le silence régna, puis la voix étouffée de sa mère parvint à ses oreilles.
« Parce que c'est une mauvaise personne. Il est avide et n'aime pas les gens qui vivent sur son territoire. Tout ce qui l'intéresse, c'est d'obtenir plus de pouvoir. Le comte Vanderis n'est pas différent. »
« Une mauvaise personne, hein ? Alors pourquoi les soldats le servent-ils ? Pourquoi les chevaliers lui jurent-ils fidélité ? »
Les chevaliers et les soldats étaient-ils aussi de mauvaises personnes ? Et s'ils ne l'étaient pas, pourquoi obéissaient-ils à quelqu'un de mauvais ? Il ne comprenait pas. Peut-être parce qu'il était jeune. Peut-être comprendrait-il en grandissant, comme ses parents.
« Et qu'en est-il du comte Flori ? Est-ce aussi une mauvaise personne ? »
« Le comte... quoi ? Flori ? Hahaha ! » Elle éclata de rire. « Non, ce ne sont pas de mauvaises personnes comme les deux autres. Tous les nobles régionaux sont pacifiques et aiment les citoyens de leur territoire. »
Elle fit une pause, puis parla sur un ton empreint d'une subtile nostalgie.
« Chéri, ne pourrions-nous pas déménager sur le territoire de Florivelle ? Je sais que cela coûterait cher de s'y installer, mais ce serait plus rentable à long terme, étant donné les impôts que nous devons payer ici, sans parler des conditions de vie. Est-ce... impossible ? »
Flint ne répondit pas. Elle ne s'adressait pas à lui. La réponse vint peu après.
« À vrai dire, j'ai pensé à quelque chose de similaire. Je ne savais juste pas comment t'en parler. Je pensais que tu étais attaché à cet endroit. Enfin, il se fait tard, dors maintenant, nous en reparlerons demain. »
« Quoi ? Nous allons déménager ailleurs ? »
Entendre les mots de son père remplit le cœur de Flint d'excitation. Ce n'était pas qu'il n'était pas attaché à cette maison, mais pas au point de refuser de vivre dans un meilleur endroit. Il avait désormais hâte que demain arrive.
Ses paupières devinrent lourdes alors qu'il sombrait lentement dans le sommeil...
***
Boum
« Hum... ? »
Boum
« Hum... »
BANG !
« Ah ?! Qu'est-ce que c'était ?! »
Un bruit sourd, semblable à quelque chose qui se brise, le réveilla de son sommeil paisible. Se frottant les yeux, il vit ses parents se lever également, se regardant en silence.
« Un voleur », dit son père.
Les voleurs étaient courants dans ce quartier ; plusieurs vols avaient eu lieu ces dernières années. Un voleur avait déjà tenté de s'introduire chez eux, mais il avait été chassé par le père de Flint.
En leur faisant signe de rester silencieux, son père se déplaça à pas feutrés. Sa mère le suivit prudemment à quelques pas alors qu'ils se dirigeaient vers le hall.
Flint jeta un coup d'œil par l'encadrement de la porte, mais se figea aussitôt. Un homme en portait un autre sur son dos, tous deux vêtus de tenues militaires sombres maculées de cramoisi — trempées de sang. Celui qui était porté semblait inconscient, tandis qu'il manquait un bras à celui qui le portait.
Avec précaution, il déposa l'homme inconscient sur le sol, le dos contre le mur. Il jeta un coup d'œil autour de lui avant de tirer sur la nappe, de la déchirer et de l'attacher autour de la jambe de l'homme inconscient. Ce n'est qu'à cet instant que Flint remarqua que l'homme inconscient n'avait plus de jambe.
Après avoir terminé, l'homme se tourna vers eux, bien qu'ils soient tous bien cachés. Flint remarqua deux longues cicatrices barrant la joue et le front de l'homme.
« Restez tranquilles et rien ne vous arrivera. Nous resterons ici quelques jours, puis nous partirons. Faites comme si nous n'étions pas là, et vous serez tous en sécurité. Si quelqu'un demande, mentez. »
Sa voix sonnait à la fois froide et lourde. Comme s'il donnait un ordre et que refuser n'était pas une option.
« Vous... vous êtes tous les deux des soldats du comte, n'est-ce pas ? » Flint entendit la voix hésitante de son père.
« Et alors ? Qu'est-ce que ça peut te faire ? »
« Si quelqu'un vous trouve ici, nous serons exécutés pour avoir abrité un ennemi. Et vous dites que nous serons en sécurité ? »
« Vous serez en sécurité tant que personne ne nous trouve. Et si nous sommes découverts », les yeux de l'homme se durcirent, « alors vous serez tous massacrés par mes soins avant même qu'une exécution n'ait lieu. »
Flint sentit des frissons parcourir son dos en entendant la déclaration glaciale de l'homme. Ses deux parents continuaient de fixer l'homme avec tension.
« Hah... Si vous garantissez notre sécurité, ce n'est pas comme si nous avions le choix. »
Son père laissa échapper un soupir de défaite et sortit de sa cachette, se révélant à l'homme. Celui-ci lui accorda un regard avant de se détourner pour continuer à panser les blessures de son camarade inconscient. Ignoré, le père de Flint regarda la porte brisée de leur maison.
« ...Laissez-moi réparer ça, sinon cela attirera l'attention. »
Il sortit, et l'homme lui jeta un nouveau regard du coin de l'œil. Flint alternait son regard entre sa mère, toujours tendue, et l'homme aux cicatrices.
« Est-ce qu'on... les laisse vraiment rester ici ? »
Il regarda sa main, qui tremblait encore. À cet instant, il sentit une sensation douce sur l'une de ses jambes. En baissant les yeux, il vit Dragon se frotter contre lui.
Cette vision l'apaisa quelque peu.
Il prit une profonde inspiration et ramassa Dragon, serrant la créature contre lui.
« Tout va bien se passer. »
Mais au moment même où cette pensée lui vint, son père se précipita soudain à l'intérieur, levant une hache au-dessus de la tête de l'homme.
« Vous nous tuerez dès que vous en aurez l'occasion. Après tout, ce sera bien moins risqué que de nous laisser en vie. Pensiez-vous vraiment que je sacrifierais la sécurité de ma femme et de mon enfant pour vous ?! Même pas en rêve !! »
Il abattit la hache, visant le cou de l'homme.
La hache fendit l'air, mais s'arrêta à quelques centimètres du cou de l'homme. Celui-ci avait bloqué la hache, tenant la lame avec son unique bras, la maintenant fermement en place.
Il leva les yeux, dirigeant son regard glacial vers le père de Flint.
« Ne t'avais-je pas dit... de ne pas faire de bruit ? »
« V-vous, vous êtes un utilisateur de m-mana ! » L'expression de son père était empreinte de choc.
Ce furent les derniers mots qu'il prononça, car l'instant d'après, Flint vit un éclair de lumière bleutée et son père s'effondra mollement sur le sol. L'homme tenait désormais une épée couverte de sang. Tout s'était passé si vite que Flint n'avait pu ni suivre le mouvement, ni comprendre ce qui venait d'arriver.
« NON !! Chéri, pourquoi !!! » cria sa mère à pleins poumons.
Ce n'est qu'à cet instant qu'il comprit ce qui s'était passé et ce que cela signifiait.
« A-ah... Non... NON ! PÈRE !!! »
Ses jambes se dérobèrent et il tomba au sol. Son esprit tourbillonnait tandis que l'image du sang sur l'épée de l'homme, ainsi que la scène du corps de son père s'effondrant, repassaient en boucle dans sa tête. Une sensation de froid s'installa dans sa poitrine, et il sentit quelque chose remonter de son estomac.
« Je vous avais dit de faire moins de bruit. Ne voulez-vous pas vivre ? »
« Non !! Flint ! COURS !!! »
Il revint à lui en entendant le cri désespéré de sa mère. L'homme les fixait de son regard froid, son épée à la main.
« Flint !! COURS ! Tu dois VIVRE !!! »
« Ah ! N-non ! Je ne veux pas mourir ! »
Une sensation glaciale lui saisit le cœur, le figeant sur place. L'image de l'épée couverte de sang continuait de défiler dans son esprit, l'empêchant de penser rationnellement.
Mais soudain, la voix de sa mère résonna dans son esprit.
« COURS !!! »
Son corps réagit de lui-même ; il se leva et s'élança en courant vers l'entrée brisée. L'homme leva sa lame, visant la silhouette de Flint en fuite. Il ferma les yeux, s'attendant à être abattu, mais la lame ne vint jamais alors qu'il s'échappait à l'extérieur.
Tandis qu'il courait, il pouvait entendre les cris de douleur de sa mère provenant de la maison.
Le quartier s'illumina peu à peu alors que les maisons voisines allumaient leurs lumières. Les gens avaient dû être réveillés par le vacarme.
Mais les pas de Flint ne ralentirent pas. Serrant toujours Dragon contre lui, il continua de courir de toutes ses forces, la voix de sa mère résonnant encore dans son esprit.
« COURS !!! »