Chapitre 79
Traducteur : Athena13
Éditeur : Silavin
Correcteur : p4553r
Alors qu’ils attendaient que la pluie cesse, Guyver s’adressa soudainement à Dale.
« C’est tellement ennuyeux de ne rien avoir à faire ici, je vais aller chercher des reliques dans les environs pendant un moment. »
Dale parut surpris et demanda à Guyver :
« Tu sais bien qu’il ne reste plus de reliques de valeur dans le coin, non ? »
« Ce n’est pas grave, je cherche juste à passer le temps. De plus, il y a des monstres morts dans le secteur, je pourrais peut-être trouver de l’équipement laissé par les Hunters que ces monstres ont tués. »
« ...Je vois. Eh bien, c’est comme tu veux. »
Malgré ses paroles, Dale maudit Guyver au plus profond de lui-même.
[Grrr ! Sacrée hyène !!]
Il y avait toutes sortes de Hunters là-dehors. Dale était du genre à considérer qu’il était déplacé de piller l’équipement sur les cadavres d’autres Hunters.
Ce serait une chose s’il tombait dessus par pur hasard. Mais s’il commençait à arpenter les Terres désolées pour récupérer intentionnellement du matériel sur des Hunters morts, Dale pensait que ce ne serait qu’une question de temps avant qu’il ne se mette à chasser l’équipement des Hunters encore en vie.
Dale pensait que Guyver quitterait la pièce juste après, mais au lieu de cela, il se dirigea vers l’autre côté de la salle, vers le groupe de membres du gang de Sheryl. Il commença alors à discuter avec eux, en se concentrant principalement sur Sebla.
« Je vais fouiller le manoir, vous voulez venir ? »
Tout le monde parut surpris par l’invitation de Guyver. Dale intervint rapidement.
« À quoi est-ce que tu joues, bon sang ? »
Guyver répondit platement, sans la moindre once d’hostilité.
« Quoi ? Je les invite simplement à chercher des reliques. »
« Je te dis que tu ne devrais pas les emmener sans la permission de Sheryl !! Et puis, tu penses vraiment qu’ils sont capables de se battre, pour commencer ?!! »
« Je ne les force pas à venir. De plus, je n’attends pas d’eux qu’ils m’aident à combattre les monstres, je les invite pour m’aider à transporter les reliques. C’est moi qui m’occuperai du combat. Ah, tu as peur qu’on se dispute au moment de partager le butin ? Je leur donnerai les reliques si ce ne sont que des objets sans valeur. Comme je l’ai dit, je cherche juste un moyen de passer le temps. »
Les enfants invités par Guyver jetèrent un coup d’œil en direction de Sheryl. Bien que l’expression d’Akira ne changeât pas d’un iota, Sheryl, à ses côtés, semblait manifestement un peu en colère. Ils avaient envie de chercher des reliques dans ce manoir, mais ils hésitaient à accepter l’offre de Guyver, craignant que cela ne rende Sheryl encore plus furieuse contre eux.
Mais cela excluait une personne qui avait déjà agacé Sheryl auparavant.
Sebla demanda prudemment à Guyver :
« Tu vas vraiment nous donner les reliques ? »
Guyver sourit et répondit :
« Ouais, je n’ai aucun intérêt pour les reliques bon marché, après tout. »
« Très bien, alors je viens avec toi. »
Tandis que Sebla se levait, le sourire de Guyver s’élargit.
Guyver s’apprêtait à emmener Sebla sans la permission de Sheryl ; en voyant cela, Sheryl afficha une mine désagréable. Dale était déterminé à arrêter Guyver si nécessaire, alors il demanda à Sheryl :
« Tu es sûre que tu n’as rien à faire ? »
« Je ne l’arrêterai pas, mais je ne prendrai aucune responsabilité non plus. »
Sheryl répondit brièvement, sans que son expression ne change.
Il était évident qu’elle avait déjà fait une croix sur Sebla. Peu lui importait si Sebla mourait en suivant Guyver ; elle prévoyait d’ailleurs de l’abandonner sur place si la pluie s’arrêtait et qu’il n’était pas revenu. Bien sûr, même s’il retournait en ville après cela, Sheryl comptait bien l’exclure du gang.
Et si Sebla causait des ennuis à Guyver, elle n’avait aucune intention d’écouter les plaintes de ce dernier, ni de s’excuser.
Guyver et Sebla quittèrent la pièce. Pour une raison quelconque, Sheryl parut légèrement soulagée.
Maintenant que Guyver n’était plus là, Dale évacua rapidement son irritation en se plaignant de lui auprès de Sheryl.
Après que Sebla et Guyver eurent quitté la pièce, au lieu de commencer à chercher des reliques dans le manoir, ils se dirigèrent rapidement vers une autre salle, loin de l’endroit où ils se trouvaient. Une fois Sebla entré, Guyver vérifia les environs avant de fermer la porte.
Guyver tira une chaise abîmée et s’y assit, le dossier vers l’avant. Il tendit la main derrière lui et fit signe à Sebla de prendre l’autre chaise.
« Allez, assieds-toi. »
Sebla parut confus et s’exécuta docilement, tandis que Guyver continuait de lui sourire.
En réalité, Guyver avait invité Sebla parce qu’il savait que ce dernier voulait aussi chercher des reliques dans ce manoir, mais qu’il n’en avait pas les capacités seul ; de plus, il semblait mécontent d’Akira et de Sheryl.
C’était parce que Sebla méprisait inconsciemment Akira et Sheryl. Il pensait qu’Akira n’était qu’un gamin ayant eu un peu de chance, ce qui lui avait permis d’acheter des armes puissantes, tandis que Sheryl n’était qu’une fille qui se prenait pour une autre après avoir obtenu le soutien d’Akira.
C’est pourquoi Sebla n’avait pas vraiment peur, même quand Sheryl et Akira étaient à côté de lui. Et bien qu’Akira fût quelqu’un capable de le tuer d’un claquement de doigts sans aucune hésitation, sa haine et ses préjugés envers eux émoussaient son sens du danger.
D’un autre côté, contrairement à Akira, Guyver, qui se tenait devant lui, était simplement un inconnu doté d’une force suffisante pour le tuer. C’était quelqu’un que Sebla venait de rencontrer, il ne savait donc rien de lui.
C’est pourquoi Sebla se sentait un peu effrayé. Mais pour masquer sa peur, il demanda à Guyver :
« N-nous ne cherchons pas de reliques ? »
« Eh bien, calme-toi pour l’instant. »
Guyver souriait toujours, mais ce sourire ne contenait pas la moindre trace de bienveillance.
« Il y a une chose que je veux te demander. Ne t’inquiète pas, rien de grave. Je veux juste connaître ton opinion honnête sur ces types. »
Dès le départ, Guyver n’avait aucune intention de fouiller le manoir. Il cherchait seulement à choisir un gamin au hasard pour obtenir plus d’informations sur Sheryl et Akira.
Il avait en fait de sérieux problèmes d’argent. Pour être plus précis, il croulait sous les dettes. Bien que la date limite approchât, il n’avait toujours aucune idée de comment rembourser.
Aujourd’hui, il avait perdu tout espoir de rembourser cette dette. Il avait acheté des informations coûteuses sur une certaine ruine où il pourrait découvrir des reliques de grande valeur, et il prévoyait donc d’en trouver aujourd’hui pour payer ses créanciers. Bien que ces informations provinssent d’une source douteuse à la fiabilité incertaine, c’était suffisant pour qu’il mise tout dessus.
Bien qu’il y eût beaucoup d’arnaques de ce genre, Guyver avait heureusement décroché le gros lot. Il avait obtenu les coordonnées de plusieurs ruines inexplorées où il pourrait trouver des reliques onéreuses.
Guyver gagnait son pari jusqu’ici, mais les choses avaient mal tourné.
Les informations qu’il avait achetées ne mentionnaient rien sur les monstres présents dans cette ruine. Lorsqu’ils avaient rencontré un monstre puissant, ils n’avaient eu d’autre choix que de fuir. Si d’autres Hunters, qui ne s’attendaient pas à trouver ces monstres, n’avaient pas fini par détourner leur attention, ils n’auraient peut-être pas pu s’échapper vivants.
Finalement, ils n’avaient rapporté qu’un petit nombre de reliques, et bien sûr, ils avaient dû les partager. En gros, ce n’était même pas suffisant pour rembourser sa dette, même s’il gardait tout pour lui.
Prêter de l’argent aux Hunters du district est était une affaire sale. Après tout, les Hunters n’avaient pas de revenus stables et pouvaient mourir à tout moment. Et comme ils étaient armés, il arrivait qu’ils ripostent et refusent de payer leurs dettes. En bref, toutes les entreprises du district est proposant des prêts aux Hunters s’étaient préparées avec suffisamment de puissance pour récupérer l’argent par la force.
Guyver avait désespérément besoin d’argent pour éviter d’être envoyé dans le tristement célèbre lieu de travail infernal pour rembourser sa dette.
Il essayait donc d’obtenir des informations de Sebla, qui semblait un peu effrayé par lui. Bien sûr, il s’attendait à obtenir des informations légèrement inexactes sur Sheryl et Akira. Mais même ainsi, c’était suffisant pour obtenir ce qu’il voulait.
Le désespoir financier de Guyver avait déjà tordu son esprit. À cause de cela, il souhaitait ardemment que le tas de reliques derrière le véhicule d’Akira fût composé d’objets de grande valeur. Plutôt que de se baser sur les informations qu’il obtiendrait de Sebla, il avait déjà supposé qu’il s’agissait effectivement de reliques coûteuses. C’est pourquoi il cherchait à obtenir plus d’informations pour confirmer son hypothèse.
Dès le début, Guyver pensait déjà que Sheryl revenait d’une autre ruine. Une ruine inexplorée dont les informations ne s’étaient pas encore répandues parmi les Hunters. Il pensait que Sheryl essayait de sortir secrètement des reliques de cette ruine particulière.
Il y avait deux façons de s’assurer qu’une information importante ne fuite pas : soit ne la dire qu’aux personnes en qui l’on a une confiance absolue, soit s’assurer que les autres personnes au courant sont mortes.
Guyver pensait que c’était le premier cas pour Akira. D’après ce qu’il avait entendu de Sheryl, il semblait qu’elle accordait une grande confiance à Akira. C’est pourquoi elle n’avait pris qu’Akira pour l’escorter.
Quant aux autres enfants, c’était le second cas. Guyver était sûr que c’étaient des enfants des bidonvilles qui n’avaient aucune idée de la valeur des reliques qu’ils ramassaient, et que même si elle tuait ces enfants une fois leur travail accompli, cela ne ferait aucun scandale. En gros, c’étaient les pions parfaits et jetables pour sortir secrètement des reliques. C’est pourquoi Guyver était sûr que Sheryl était là pour extraire en cachette des reliques d’une ruine inexplorée.
Mais contrairement à ce qu’il attendait, selon les informations de Sebla, ces reliques provenaient des Ruines de la Résidence Higaraka. Bien que cela l’eût surpris, Guyver reprit rapidement ses esprits et fit une autre supposition pour que tout concorde.
Il imagina que Sheryl utilisait les Ruines de la Résidence Higaraka comme une cachette ou peut-être un point de livraison pour des reliques sensibles devant être manipulées avec précaution. Guyver pensa que Sheryl faisait cela pour faire passer ces reliques pour des objets sans valeur.
Selon Sebla, c’était Sheryl qui décidait quel bâtiment piller et quelles reliques extraire de chaque bâtiment. Et si elle utilisait des enfants des bidonvilles pour l’aider et les empêchait de savoir ce qu’ils transportaient, alors tout prenait sens.
De plus, si les reliques sur le chariot étaient vraiment sans valeur, il n’y aurait même pas besoin de mettre une bâche de camouflage par-dessus. Donc, ce devaient être des reliques qui rapporteraient du profit à Sheryl, même après déduction des frais d’escorte, de transport et de munitions.
Parmi tous les enfants dans cette pièce, Akira et Sheryl avaient manifestement un meilleur équipement que les autres. La robe de Sheryl semblait également être une robe de l’Ancien Monde, bien supérieure aux vêtements ordinaires. Donc, en gros, elle devait être quelqu’un ayant assez d’argent pour s’acheter des vêtements de l’Ancien Monde.
Même si Sheryl avait amené une escorte, Guyver refusait de croire qu’elle sortirait intentionnellement dans les dangereuses Terres désolées si ce n’était pas pour quelque chose qui en valait la peine.
Le sens financier déformé de Guyver, dû à la dette qu’il portait, faisait pencher son hypothèse vers l’idée que les reliques sur le chariot d’Akira étaient des objets de grande valeur.
« Dis, Sebla... C’est bien ça ? Ah, je suis Guyver, j’ai oublié de te dire mon nom tout à l’heure. Alors, Sebla. »
Sebla était submergé par l’aura inquiétante de Guyver.
« Q-quoi ? »
Guyver souriait toujours à Sebla alors qu’il continuait. Il était évident, à son ton, qu’il avait pris sa décision.
« J’ai une bonne idée, tu veux l’entendre ? »
Sebla était complètement noyé dans l’aura sinistre de Guyver.
—-*—*—*—
Rien de particulier ne se produisit pendant qu’Akira attendait que la pluie s’arrête. Non loin de lui, Sheryl discutait avec Dale et Colbert. Akira montait la garde en tant que garde du corps de Sheryl, tandis que les enfants du gang de Sheryl s’occupaient comme ils pouvaient.
Puis, soudain, une explosion retentit, suivie de coups de feu. Bien que ces sons fussent étouffés par la pluie, les Hunters à l’intérieur de la pièce réagirent rapidement à ce bruit ténu. Akira se plaça rapidement devant Sheryl et scanna les environs, tandis que Dale et Colbert se précipitèrent vers la fenêtre pour vérifier la source du bruit.
Au moment où Dale vit ce qui se passait dehors, il hurla immédiatement :
« Notre véhicule !?!! »
Dale et Colbert paniquèrent. Akira vérifia calmement et prudemment l’extérieur du manoir ; il put voir un véhicule s’éloigner.
Akira vérifia le véhicule avec ses jumelles : ce n’était pas le sien.
« C’est votre véhicule, hein. Il n’y a personne à bord, vous savez ? »
Dale cria, manifestement choqué par ce soudain retournement de situation.
« La fonction de retour automatique !? Mais c’est impossible !! Il devrait encore avoir assez de blindage pour tenir !! »
L’hypothèse de Dale était correcte, mais cela n’empêcha pas le véhicule de s’éloigner du manoir jusqu’à finir par disparaître sous la pluie.
Peu de temps après, Guyver revint avec plus d’affaires qu’au moment où il avait quitté la pièce.
Dale courut rapidement vers lui.
« Guyver !! Le retour automatique de notre véhicule s’est activé et il est reparti en ville !! »
Contrairement à Dale qui paniquait, Guyver semblait tout à fait calme.
« Ouais, je sais, c’était à cause du monstre. »
« Hein ?! »
« Un monstre a attaqué notre véhicule ; eh bien, c’est parce qu’on l’a laissé là, en plein air, après tout. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ?! »
Selon les explications de Guyver, il avait rencontré un monstre alors qu’il passait près de leur véhicule. Bien qu’il eût réussi à repousser la créature, cela avait causé suffisamment de dégâts pour activer la fonction de retour automatique du véhicule de location, et Guyver avait été trop occupé à affronter le monstre pour arrêter le véhicule. Il semblait que l’explosion et les coups de feu provenaient de son combat contre ce monstre.
Guyver déchargea les affaires qu’il transportait sur le sol.
« Heureusement, j’ai pu sauver les reliques, nos réserves de munitions et nos équipements. »
Dale fronça les sourcils, mais son expression devint rapidement sombre.
« Qu’est-ce que tu faisais exactement à ce moment-là ? Si tu pouvais sauver tout ça du véhicule, tu aurais dû avoir assez de temps pour tuer le monstre, non ? »
Guyver se tourna vers Sebla et dit :
« Ce type a dit qu’il voulait voir notre équipement, c’est pour ça que je les ai sortis du véhicule. Et alors que je lui montrais, le monstre nous a soudainement attaqués. Donc, ce n’est pas comme si on les avait sortis pendant qu’on combattait ce monstre. »
« Mais quand même, tu aurais dû être capable de protéger notre véhicule !! »
Guyver hésita en jetant un nouveau regard vers Sebla.
« Eh bien, euh, je sais que c’est ma faute, mais je ne peux pas vraiment protéger le véhicule tout en protégeant ce gamin. Alors j’ai fini par combattre le monstre en utilisant le véhicule comme couverture, tu vois. C’est aussi parce que j’ai été pris au dépourvu, je n’ai pas pu détecter le monstre à cause de la pluie... »
Sebla eut l’air contrit et dit :
« ...Je suis désolé. »
Il baissa la tête si bas que personne ne put voir son visage ; à cause de cela, Dale choisit de ne pas le réprimander davantage. Pensant qu’il n’était pas bon de blâmer trop durement Sebla devant Sheryl, Dale se contenta de claquer la langue et décida de ne pas lui demander de prendre ses responsabilités.
Mais cela ne changeait rien au fait qu’ils avaient perdu leur véhicule. Dans cette situation, contrairement à Dale qui faisait une tête sombre, Guyver semblait parfaitement calme. Cela agaçait Dale encore plus.
« ...Tu as l’air plutôt calme, tu sais ? Comment peux-tu rester aussi serein ? On vient de perdre notre seul moyen de rentrer, tu te rends compte ? »
Guyver sourit légèrement et dit d’un ton détendu, comme s’il essayait de calmer Dale.
« Calme-toi. C’est vrai qu’on a perdu notre véhicule. Mais heureusement, il reste un véhicule ici, tu te souviens ? »
Guyver se tourna alors vers Sheryl. Dale et Colbert suivirent son exemple et regardèrent Sheryl. L’expression de Sheryl se raidit.
Dale lui demanda alors avec excuse :
« Eh bien, voilà la situation. Est-ce que tu pourrais nous ramener en ville ? »
Guyver sourit également et demanda à Sheryl :
« Tu auras en gros trois Hunters de plus pour t’escorter gratuitement, donc je pense que ce n’est pas une mauvaise proposition, non ? On peut même conduire la voiture pour toi si tu veux. C’est difficile de combattre des monstres tout en conduisant pour ton Hunter, n’est-ce pas ? »
Ce n’était pas une mauvaise offre pour Sheryl, mais elle jeta un coup d’œil à Akira pour se concerter avec lui. Être l’escorte était le travail d’Akira ; si Akira semblait avoir la moindre objection, Sheryl devrait trouver une explication pour rejeter l’offre.
Akira ne changea pas d’expression en disant prudemment à Sheryl :
« Nous n’avons pas vraiment le choix, laissons-les monter. »
Sheryl s’inclina légèrement devant Dale et ses amis.
« Très bien, Dale-san, Guyver-san, Colbert-san, nous comptons sur vous pour le retour. »
« Laisse-nous faire. »
Dale répondit avec confiance en tant que représentant de l’équipe.
Akira garda les yeux sur Dale et ses amis. Pour être honnête, il était contre l’idée de les ramener en ville. Bien qu’il fût vrai qu’ils auraient plus de Hunters pour aider en cas de combat contre des monstres, cela augmenterait également les facteurs imprévisibles qu’il aurait à gérer.
Cela dit, si Akira refusait l’offre et les laissait dans les Terres désolées, ils pourraient même déclencher une bagarre. Donc, honnêtement, il n’avait pas vraiment le choix et accepta à contrecœur.
« Alpha, qu’en penses-tu ? »
« Tu dois absolument les garder à l’œil. »
« Je m’en doutais. »
Akira se dit aussi que toutes ses bonnes prédictions finiraient par le trahir et que ses mauvais pressentiments deviendraient réalité. Dans ce cas, il devait se préparer à y faire face.
S’il savait que ses mauvais pressentiments étaient exacts, il pourrait réduire les pertes potentielles en se préparant au pire. S’il faisait cela, il ne subirait pas trop de dégâts même si cela arrivait vraiment. C’est ce qu’Akira se répétait pour maintenir sa stabilité mentale.
Au milieu de la pluie, à l’extérieur du manoir, un véhicule traversait les Terres désolées sans conducteur : c’était le véhicule de Dale. Une partie de son blindage s’effritait. À cause de cela, l’unité de contrôle installée dans le véhicule jugea qu’il serait détruit à ce rythme. La fonction de retour automatique s’activa donc et ramena le véhicule en ville en pilotage automatique.
L’écran de l’unité de contrôle du véhicule affichait la raison pour laquelle la fonction de retour automatique avait été activée. Il se basait sur les résultats du dispositif de diagnostic installé dans l’unité de contrôle.
Il indiquait que la fonction avait été activée à cause des dégâts causés par des tirs ou une explosion. Le dispositif de scan installé dans le véhicule n’avait détecté aucun monstre aux alentours au moment de l’incident. L’écran affichait également un avertissement indiquant que tirer sur l’unité pouvait causer un malentendu, auquel cas l’évaluation du client pourrait être abaissée.
Le véhicule continua de se diriger vers la ville de Kugamayama en affichant ce message que personne ne lut.
Cela faisait un bon moment que Guyver était revenu. Dale vérifiait les affaires que Guyver avait récupérées avant que leur véhicule ne parte. Après avoir vérifié les reliques, il passa à l’équipement et aux réserves de munitions ; son visage devint soudainement sombre.
« Hé ! Le dispositif de leurre n’est pas là, ni les munitions. »
Le dispositif de leurre désignait tout type d’appareil pouvant être utilisé pour attirer l’attention des monstres. Il y avait beaucoup de façons de les utiliser dans les ruines : ils pouvaient servir à rassembler les monstres en un seul endroit pour les éliminer tous d’un coup, ou à se faufiler loin des monstres pendant qu’ils se regroupaient. Ces appareils utilisaient divers moyens comme le son, la chaleur, l’odeur, la lumière ou les vibrations pour attirer les monstres.
Bien sûr, s’ils n’étaient pas prudents, les Hunters pouvaient finir par attirer des monstres puissants des profondeurs de la ruine. Il existait diverses façons de les activer : à distance, par minuterie, ou même par capteur. Certains pouvaient même être lancés comme des projectiles.
Ces dispositifs de leurre étaient bien sûr beaucoup plus chers qu’une balle normale. Et ceux qu’ils avaient perdus appartenaient tous à Dale. Pas étonnant que son visage fût devenu sombre.
Mais Guyver répondit apathiquement :
« Ils ne sont pas là ? Ils devraient encore être dans le véhicule, alors. »
« Tu ne les as pas sortis du véhicule ? »
« Ce n’est pas comme si j’avais sorti tout l’équipement. J’ai seulement pris ce que ce gamin voulait voir. »
« ...Bon sang ! C’est du matériel coûteux, tu sais ? »
Dale était extrêmement frustré. S’il avait su que cela arriverait, il aurait utilisé tous les dispositifs de leurre lorsqu’ils s’étaient échappés de la ruine. Même sous cette pluie, ils auraient dû avoir un certain effet. S’il avait utilisé les leurres pour tromper le monstre à ce moment-là, il n’aurait pas eu besoin de se réfugier dans ce manoir.
Alors que Dale se lamentait encore sur sa perte, Guyver se leva soudainement et s’apprêta à quitter la pièce à nouveau. Mais Dale lui cria avec agacement :
« Où est-ce que tu vas encore ? »
« Je vais patrouiller dans les environs tout en cherchant des reliques dans ce manoir. Après tout, il pourrait encore y avoir des monstres dans le coin. »
Mais Dale répliqua sèchement :
« ...N’est-ce pas parce que tu rôdes sans but que les monstres te repèrent facilement ? N’est-ce pas aussi la raison pour laquelle notre véhicule a été attaqué ? »
Dale l’accusait en substance de traîner autour de leur véhicule et d’avoir provoqué son attaque.
Guyver se contenta d’en rire :
« Même si tu dis ça, il pourrait encore y avoir des monstres, tu sais ? Donc il vaut mieux rester sur nos gardes, non ? Ne t’inquiète pas, je n’irai pas près du véhicule de Sheryl. Après tout, je n’ai pas non plus envie de devoir rentrer à pied jusqu’à Kugamayama. »
Guyver quitta la pièce après avoir dit cela. Sebla le suivit. Quand Dale vit cela, il cria à Guyver :
« Tu vas sérieusement emmener ce gamin aussi !? »
« Ce gamin se sent coupable de ce qui est arrivé et il essaie de se racheter. Alors laisse-le faire, tu veux ? Reste ici et protège Sheryl et les autres enfants. Si tu ne fais pas au moins ça, j’ai l’impression qu’ils ne nous ramèneront pas en ville. À plus tard. »
Guyver quitta la pièce avec Sebla.
Akira garda les yeux fixés sur la porte par laquelle Guyver et Sebla étaient sortis. Son mauvais pressentiment ne voulait pas s’en aller.
« Alpha, peux-tu vérifier ce que fait ce type, Guyver, depuis ici ? »
« Malheureusement, ils sont hors de ma portée de détection. La pluie a vraiment réduit mon rayon d’action. »
« Je me fais peut-être des idées, mais s’ils touchent à notre véhicule, pourrais-tu le savoir d’ici ? »
« Si c’est le cas, alors il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Je suis connectée à l’unité de contrôle de ton véhicule. Bien que j’aie réglé la portée de détection au minimum pour économiser l’énergie, cela laisserait une trace si quelqu’un essayait d’approcher. Tu peux consulter cet historique depuis ton terminal d’information, bien que tu n’auras pas les dernières données à moins d’être à portée de transfert. »
« Alors ça devrait aller, hein... »
« Tu te méfies d’eux ? »
« Ouais, j’ai un mauvais pressentiment. J’ai toujours un bon instinct quand il s’agit de choses dangereuses, tu vois. Il y a eu des fois où j’ai été sauvé grâce à ça. Enfin, ce n’est pas comme si tout allait bien se passer tant que je n’ai pas de mauvais pressentiment, donc je ne peux pas baisser ma garde non plus. »
« ...Je vois. »
Alpha pensa que, comme Akira pouvait se connecter au domaine de l’Ancien Monde, il recevait peut-être des informations sans même s’en rendre compte. Il les analysait et les interprétait peut-être inconsciemment, prenant cela pour de l’intuition. Après tout, s’il pouvait arriver à une conclusion sans base apparente, cela serait facilement interprété comme une intuition.
Bien qu’Alpha semblât sourire comme d’habitude, elle se disait qu’elle devait être prudente à ce sujet. Akira remarqua qu’Alpha le fixait. Il pencha la tête et lui demanda :
« Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Hm ? Je pensais juste que tu étais un peu trop paranoïaque. C’est vrai qu’il est bon d’être prudent face à toutes les possibilités, mais il est impossible de toutes les envisager, sans parler du fait que ce serait très inefficace. Tu peux juste me laisser ce genre de choses, j’ai confiance en ma capacité de calcul, après tout ! »
« Eh bien, c’est vrai, je compte sur toi alors. »
« Laisse-moi faire ! »
Alpha sourit à Akira, avec une assurance invincible, mais pleine de douceur.