Chapitre 136
Traducteur : Athena13
Éditeur : Silavin
Correcteur : p4553r
Akira se tenait au milieu d'un espace blanc. Chaque fois qu'il faisait ce genre de rêve, il avait l'impression de l'avoir déjà vu auparavant, mais il l'oubliait systématiquement au réveil, ainsi que tout ce qui s'y était déroulé.
La conscience d'Akira était encore embrumée lorsqu'il vit deux Alpha en train de discuter.
L'Alpha proche d'Akira sembla un peu agacée en disant :
« Tu ne pourrais pas au moins faire quelque chose à ce sujet ? »
L'Alpha plus éloignée répondit avec désinvolture :
« Contrairement à toi, je n'ai pas les autorisations nécessaires. C'est pourquoi je ne peux pas interférer de manière externe pour guider ses actions. Pour être honnête, puisque tu disposes des permissions adéquates, j'espérais que tu aurais agi de ton côté. »
« Ce n'est pas si simple de mon côté, tu sais. »
« Ah oui ? »
« Oui, c'est le cas. »
Les deux Alpha se fixèrent en silence pendant un moment. L'Alpha la plus proche finit par soupirer légèrement.
« Enfin, peu importe maintenant. Pourquoi as-tu soudainement changé ton plan initial ? »
« À l'origine, je prévoyais de réduire le nombre de personnes autour du sujet afin d'accroître l'efficacité de mon guidage. Si quelqu'un de son entourage était mortellement blessé, cela aurait grandement affecté son psychisme, le poussant à préférer travailler seul. Cependant, en tenant compte de la façon dont les caractéristiques spéciales du sujet influencent les résultats, j'ai conclu qu'il était impossible de poursuivre ce plan pour le rendre moins visible et plus isolé des autres Hunters. J'ai donc modifié ma stratégie, ce qui revient pratiquement à l'opposé de mon plan initial. »
« Es-tu sûre que ça ira ? »
« C'est essentiellement une expérience. Que cela fonctionne ou non, cela fournira des données utiles qui te serviront aussi. »
« Je vois. Tu peux faire ce que tu veux tant que tu ne m'interromps pas. Après tout, ce serait un désastre si nous échouions toutes les deux à cause de ça. »
« Je ne peux qu'être d'accord avec toi. »
La conscience d'Akira commença à s'estomper. Le monde fut à nouveau plongé dans les ténèbres alors que son rêve touchait à sa fin. Tandis qu'il était arraché à ce rêve, l'esprit encore embrumé, il aperçut la silhouette de quelqu'un qu'il semblait reconnaître. C'était peut-être le fruit de son imagination, mais il crut remarquer que cette personne le dévisageait.
Akira ouvrit alors les yeux, et Alpha l'accueillit avec un sourire.
« Bonjour, Akira. »
« Ouais, bonjour à toi aussi... »
Akira se redressa dans son lit et regarda Alpha, l'air préoccupé. Alpha fronça les sourcils et demanda :
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
« ...Non, rien, c'est juste que j'ai l'impression de t'avoir vue dans mon rêve... »
« Oh, quel honneur. »
« Mais j'ai l'impression qu'il y avait plusieurs Alpha... »
Alpha eut un sourire malicieux.
« Oh là là, une seule ne te suffit pas ? Dois-je me multiplier ? »
Alpha améliora la vision d'Akira et fit apparaître de multiples images d'elle-même dans la chambre. Les innombrables Alpha qui envahissaient le champ de vision d'Akira portaient toutes des tenues différentes et lui souriaient.
Le visage d'Akira exprima une évidente contrariété.
« Arrête ça, une seule suffit largement. »
« C'est vrai ? Eh bien, dans tous les cas, je suis heureuse qu'une seule te suffise. »
La vision d'Akira redevint normale. Il avait l'air manifestement mécontent de ce qu'Alpha venait de faire, mais celle-ci l'ignora, souriant comme à son habitude.
Après cet incident, Akira oublia complètement ce qui le préoccupait quelques instants plus tôt.
—*—*—*—
Trois Hunters marchaient dans les bidonvilles de la ville de Kugamayama. Bien que leurs équipements diffèrent, ils ne semblaient pas dépareillés. Ils n'avaient pas l'air d'anciens Hunters, et ils ne paraissaient pas non plus exceptionnellement forts. Ils ressemblaient à n'importe quels Hunters ordinaires du district est. Il s'agissait de Colbert, Hazawa et Revin. Après avoir récupéré leur équipement respectif, ils se dirigèrent vers les bidonvilles plutôt que vers les Terres désolées.
Revin, l'air plutôt confus, posa une question à Colbert :
« Alors, combien de temps encore dois-je errer dans ce secteur ? »
Colbert répondit :
« Calme-toi. Il y a des étapes à respecter pour ce genre de chose, tu ne peux pas précipiter les choses. Je ne t'accompagne ici que parce que tu me l'as demandé, tu sais ? Je suis là pour t'aider à gérer ces négociations pénibles. Donc, si tout se passe bien, tu m'inviteras ce soir, tu m'entends ? »
Revin sembla un peu dépassé par cette réponse.
« D'accord, d'accord, j'ai compris. Mais peux-tu au moins me dire où nous allons ou ce que nous cherchons exactement ? Si tout se passe bien, je t'offrirai tout ce que tu veux, que ce soit à manger, de la bière ou des filles. Mais sache que je n'ai pas l'argent pour t'inviter si ma requête et ton plan échouent. Je suis sûr que tu le sais au moins. Alors je compte vraiment sur toi, d'accord ? »
Colbert se contenta de rire.
« Ouais, je sais. Même pour moi, je n'ai pas vraiment envie d'aller voir quelqu'un que je sais être un collecteur de dettes. Mais bien sûr, c'est une toute autre histoire quand le moment est venu. »
Le sourire de Colbert suggérait également qu'il n'y aurait aucune pitié le moment venu. Le visage de Revin se crispa.
Hazawa, qui écoutait, sembla un peu confus et lança une question à Revin :
« Attends, ce n'est pas ce Katsuragi qui a repris ta dette de 400 000 Aurum ? Donc, Colbert n'a plus rien à voir avec ça, non ? Et puis, si ce n'est que 400 000 Aurum, tu devrais pouvoir gagner cette somme en un rien de temps. Tu ne l'as toujours pas remboursée ? »
Mais Revin répondit avec hésitation :
« ...Euh, c'est 4 000 000 Aurum. »
« Hein ? »
« ...J'ai emprunté 2 000 000 Aurum à l'entreprise pour laquelle travaille Colbert. »
Hazawa regarda Revin avec un mélange d'exaspération et d'étonnement. Colbert eut un sourire crispé. Revin détourna le regard, gêné, pour éviter tout contact visuel. Hazawa dit alors à Revin :
« Qu'est-ce que tu es en train de faire, bon sang ? »
La question de Hazawa était tout à fait justifiée, mais Revin répliqua sur un ton assez dur :
« Je n'ai pas fait exprès de me retrouver dans cette situation, tu sais ! »
Revin commença alors à expliquer la situation à Hazawa, qui ne comprenait pas ce qui se passait.
Lorsque Katsuragi avait repris sa dette de 400 000 Aurum, Revin pensait avoir bien vérifié le contrat. Le contenu semblait correct : un faible taux d'intérêt et aucune échéance fixée. Revin s'attendait à ce qu'il y ait un piège, mais après une lecture attentive, il n'avait rien trouvé de tel.
Pour faire simple, jusqu'au remboursement complet, Revin devait simplement privilégier la boutique de Katsuragi pour l'achat de munitions ou de médicaments, ainsi que pour la vente de Reliques de l'Ancien Monde, et ce n'était même pas obligatoire. Tant qu'il donnait la priorité à la boutique de Katsuragi, ce dernier prendrait cela en compte pour l'échéance et le taux d'intérêt de sa dette. C'était là l'essentiel du contrat.
Le reste n'était que des clauses classiques pour les Hunters : ne pas tenter de fuir vers une autre ville, sortir régulièrement dans les Terres désolées pour gagner de l'argent au lieu de rester en ville, ou encore les Ruines autorisées pour la recherche de Reliques. En somme, ces conditions servaient à s'assurer que le Hunter ne chercherait pas à échapper à ses dettes.
Lorsque Revin avait signé ce contrat, Katsuragi lui avait dit gentiment qu'il n'avait aucune intention de s'enrichir sur les intérêts, et qu'il lui demandait simplement de privilégier sa boutique jusqu'au remboursement.
Revin pensait que Katsuragi lui prêtait de l'argent uniquement pour promouvoir son commerce. C'est pourquoi il avait été convaincu et avait signé.
Le vrai problème survint lorsque Revin s'apprêta à retourner dans les Terres désolées. Katsuragi utilisa le contrat pour lui désigner une Ruine spécifique où collecter des Reliques.
Mais cette Ruine dépassait les capacités de l'équipement de Revin. Il avait réussi à s'en sortir en utilisant son équipement comme excuse, mais Katsuragi lui avait alors conseillé d'en acheter un meilleur.
Katsuragi lui avait même dit que sa mort ne lui causerait que des ennuis, et qu'il était donc prêt à reporter le paiement. Katsuragi avait réussi à le convaincre par ses paroles. Après tout, Revin lui-même voulait de meilleurs équipements, alors il avait fini par accepter l'offre.
Revin avait donc acheté du nouveau matériel, s'était rendu à la Ruine, en était revenu avec des Reliques et les avait vendues à Katsuragi. L'argent gagné ce jour-là était parti dans le remboursement de sa dette, mais comme le nouvel équipement coûtait plus cher que prévu, ses gains n'avaient pas suffi à réduire significativement la dette.
Le cycle s'était poursuivi : Revin achetait médicaments et munitions à Katsuragi, se rendait dans la Ruine désignée, et revendait ses trouvailles à Katsuragi. Sa dette ne cessait d'augmenter. Les Ruines choisies par Katsuragi étaient inexplorables sans un équipement coûteux et beaucoup de munitions, mais en même temps, avec l'équipement recommandé, il était presque garanti de revenir vivant.
Revin n'avait pratiquement pas d'autre choix que d'acheter ce que Katsuragi lui recommandait. S'il ignorait les directives, Katsuragi avait, selon le contrat, le droit de refuser tout compromis sur les intérêts ou les délais. Son équipement risquait d'être confisqué, l'obligeant à aller dans les Terres désolées sans arme pour rembourser sa dette.
Revin avait bien tenté de vendre ses Reliques ailleurs une fois. Mais Katsuragi l'avait découvert, et une partie de son contrat de dette avait été vendue à une société. Beaucoup de gens s'enrichissaient sur le dos des Hunters endettés. Si le contrat de Revin avait fini dans l'entreprise de Colbert, ce n'était pas par chance, mais parce que Revin avait désespérément supplié Colbert de l'aider. Bien sûr, en échange de cette faveur, Revin avait dû accepter une dette encore plus lourde.
Revin baissa la tête en disant à Hazawa :
« En ce moment, je suis essentiellement une machine qui achète son équipement à Katsuragi et lui revend toutes les Reliques que je trouve. Ça va très mal finir si ça continue comme ça. »
Colbert rit légèrement et dit :
« Mais grâce à ça, tu as un meilleur équipement et tu deviens plus fort de jour en jour, non ? Même s'il t'a piégé, ce n'était pas un mauvais contrat, tu sais ? Connaissant ton tempérament, même si tu avais de l'argent, tu le dépenserais en alcool et en femmes. Je ne suis pas sûr que tu aurais pu économiser assez pour acheter ton équipement toi-même. »
Revin monta immédiatement le ton pour répliquer :
« Comme si j'allais me laisser couler sous les dettes indéfiniment !! Le contrat m'oblige même à ne vendre mes Reliques qu'à Katsuragi, tu sais ! Je parie qu'il me paie le minimum, proche du prix le plus bas du marché !! C'est pour ça que je dois régler ça rapidement !! »
Après avoir exprimé ses sentiments, Revin reprit ses esprits, se prit la tête entre les mains et soupira. Peu importe ses plaintes, la situation ne changerait pas. Il devait agir.
Hazawa se promit de ne jamais finir comme Revin et se tourna vers Colbert :
« Alors, Colbert, pourquoi sommes-nous ici ? Nous errons sans but dans ce secteur, tu ne prévois pas de braquer une boutique, j'espère ? Si c'est le cas, je m'en vais tout de suite. »
« Eh bien, sois patient et attends un peu. Je n'ai pas passé mon temps à rester en ville pour rien. Je suis sûr que mon plan n'est pas si mauvais. »
Colbert avait été traumatisé après avoir failli être tué par un Monstre dans les Terres désolées, c'est pourquoi il acceptait des missions secondaires pour des sociétés de prêt, afin d'éviter de sortir. Il devait être assez compétent pour savoir comment gagner de l'argent en tant que Hunter sans trop s'aventurer dehors.
Après avoir erré un peu plus dans les bidonvilles, ils arrivèrent enfin à destination. C'était une partie du quartier sous le contrôle du gang de Sheryl.
Un jeune garçon du gang de Sheryl y avait ouvert un stand de rue. Il n'était pas rare que les habitants des bidonvilles ramassent des objets divers et ouvrent un stand pour les vendre. Colbert cherchait justement ce stand. Colbert, Revin et Hazawa s'approchèrent et examinèrent les marchandises.
Le jeune garçon qui attendait au stand les regarda et tenta de leur proposer ses articles :
« Venez, venez !! Nous avons des Reliques de l'Ancien Monde ici !! »
Revin scruta les objets et dit :
« ...C'est quoi ce délire ? Tu appelles ça des Reliques de l'Ancien Monde ? Je ne sais pas où tu les as trouvées, mais ce ne sont pas juste des détritus ? Arrête tes mensonges, tu veux ? »
Le jeune garçon fit la moue.
« Je ne mens pas !! Nous les avons rapportées nous-mêmes d'une Ruine de l'Ancien Monde !! »
« Hein ? Laquelle ? Vas-y, donne-moi le nom de la Ruine si tu les as vraiment rapportées toi-même. »
Le garçon tressaillit et ne sut quoi répondre. Revin eut un sourire moqueur.
Le garçon demanda alors à un autre jeune qui attendait au stand avec lui :
« ...Hé, c'était quoi le nom de la Ruine déjà ? »
Contrairement au garçon chargé de servir les clients, l'autre avait un fusil qui semblait correctement entretenu. Il semblait être chargé de la garde du stand. Il répondit :
« Si je ne me trompe pas, c'était les Ruines de la Résidence Higaraka. »
Le garçon responsable de la vente dit alors fièrement à Colbert et ses amis :
« Tu vois ! Ça vient bien d'une Ruine !! Les Ruines de la Résidence Higaraka !! »
Mais Revin sourit avec mépris :
« Les Ruines de la Résidence Higaraka ont été vidées de toute Relique de valeur il y a bien longtemps. Les Hunters ne s'y rendent plus. Donc, tout ce qui reste là-bas, ce sont des Reliques bon marché, ce sont essentiellement des détritus. »
Le jeune garçon fit à nouveau la moue.
« Mais ce sont quand même des Reliques de l'Ancien Monde, non ?! Une Relique est une Relique !!... Si vous ne comptez rien acheter, vous pouvez aller voir ailleurs !! »
Le garçon se souvint alors qu'il n'était pas judicieux d'être trop dur avec les Hunters, ce qui pourrait les mettre en colère, et il essaya de se calmer.
Colbert vit cela et tenta d'apaiser Revin :
« Oh là, calme-toi. Examinons correctement ces Reliques d'abord. On pourrait trouver quelque chose de valeur, tu sais ? »
Ils examinèrent de près les marchandises exposées. Mais au final, il ne s'agissait que de Reliques bas de gamme. Aucune n'intéressait Colbert et ses amis. Colbert demanda donc au jeune garçon :
« Ce ne sont vraiment que des Reliques bon marché. Tu caches les Reliques coûteuses quelque part ? »
« ...Nous ne vendons pas ce genre de Reliques ici. Quelqu'un pourrait les voler si nous les exposions. Et même si nous en avions, nous ne comptons les vendre qu'à de bons clients. On ne va sûrement pas les montrer à quelqu'un qui n'est venu que pour se moquer de nous. »
« Je vois. »
Colbert fixa le jeune garçon, qui se sentit un peu sous pression et se recroquevilla.
Après avoir confirmé la réaction du garçon, Colbert lui sourit et dit :
« Combien pour le tout si je veux acheter toutes les Reliques ici ? »
« Hein ? ! »
Le jeune garçon sembla confus en regardant Colbert, puis les Reliques sur son stand. Il regarda l'autre garçon, qui répondit à sa place :
« Ça fait environ 8 000 Aurum. »
« Marché conclu. Tiens. »
Colbert tendit 10 000 Aurum au garçon, qui parut encore plus confus en recevant l'argent. Colbert dit alors avec un sourire confiant :
« Garde la monnaie. Voilà, je suis un bon client maintenant, non ? »
Le garçon était tellement décontenancé que l'autre soupira et dit à Colbert :
« Très bien, viens par ici. Mais avant ça, assure-toi de prendre les Reliques que tu viens d'acheter, d'accord ? Je m'en fiche si tu veux les jeter, mais ne le fais pas ici. Aucun bon client ne jette les marchandises qu'il vient d'acheter dans la boutique où il les a prises. »
Colbert rit légèrement.
« Compris. Ah, avant ça, comment tu t'appelles ? »
« ...C'est Tiol. »
Tiol répondit sur un ton assez piquant.
Il guida Colbert et ses amis à travers les bidonvilles. En chemin, Colbert lui posa une question :
« Au fait, pourquoi as-tu dit ça tout à l'heure ? »
Tiol réfléchit un instant avant de répondre :
« Je sais que tu n'as pas acheté ces Reliques parce que tu les voulais, n'est-ce pas ? J'ai juste pensé que tu les jetterais parce que tu n'en as pas besoin, et que ce serait gênant pour nous si tu faisais ça encore et encore. De plus, c'est nous qui te les avons proposées, alors si nous te regardions avec mépris alors que tu as payé, et que tu prenais les Reliques achetées pour les jeter ici, ça ne t'énerverait pas ? »
Colbert sourit.
« Maintenant que tu le dis, c'est vrai. C'est toi qui as pensé à ça ? »
« Non, c'était l'ordre de la Chef. »
« Je vois. Mais si tu ignorais cet ordre et gardais les Reliques que nous jetons pour toi-même, tu pourrais en tirer un peu d'argent, non ? Je suis sûr que ce n'est pas une petite somme pour toi, n'est-ce pas ? »
Le visage de Tiol devint sévère.
« Je ne veux pas désobéir aux ordres de la Chef et me faire virer du gang. Alors arrête de raconter des bêtises. »
« Oh, désolé pour ça. »
Tout en marchant derrière Tiol, Colbert pensa :
[Il semble que la chef ait une bonne emprise sur le gang, sa position est assez solide.]
Colbert eut un sourire audacieux ; il venait de confirmer la situation au sein du gang de Tiol.
Ils traversèrent les ruelles des bidonvilles et s'arrêtèrent près de la porte arrière d'un bâtiment relativement grand.
Tiol frappa à la porte et appela quelqu'un à l'intérieur pour ouvrir, car il amenait des clients.
Après que Tiol soit entré le premier, il invita Colbert et ses amis à entrer à leur tour. Colbert s'engouffra immédiatement dans le bâtiment, mais Hazawa et Revin se regardèrent, hésitants.
Les Ruines de l'Ancien Monde étaient certes dangereuses, mais l'intérieur d'un bâtiment inconnu en plein milieu des bidonvilles l'était tout autant, bien que d'une manière différente. À l'intérieur, ils pourraient avoir à affronter des humains plutôt que des Monstres. Les Monstres étaient dangereux, certes, mais les humains l'étaient tout autant.
Colbert, déjà à l'intérieur, appela Revin et Hazawa :
« Qu'est-ce que vous attendez ? Entrez. J'ai payé les frais d'entrée, alors ne vous dégonflez pas maintenant. Hazawa mis à part, Revin, que comptes-tu faire de ta dette si tu repars sans rien faire ici ? »
Revin, rappelé à sa dette, prit son courage à deux mains et entra dans le bâtiment, suivi par Hazawa.
Tiol guida le groupe. Lorsqu'ils arrivèrent dans une salle relativement grande, ils purent voir des tables et des étagères recouvertes de draps blancs, sur lesquelles étaient exposées des Reliques. De petits papiers près de ces objets indiquaient des prix. Les murs de la pièce, ainsi que le plafond, étaient également recouverts de draps blancs ; la pièce était pratiquement immaculée.
Sheryl se tenait au milieu de la salle, vêtue de la robe qu'elle avait reçue d'Akira et qui avait été retouchée. Bien que cela ait considérablement réduit sa valeur en tant que Relique de l'Ancien Monde, cette robe avait été ajustée spécifiquement pour Sheryl, ce qui décuplait sa beauté.
Même quelqu'un qui ne s'y connaissait pas en mode pouvait facilement reconnaître qu'il s'agissait d'une robe coûteuse, et Sheryl était parfaite dedans, ce qui était rare pour quiconque dans les bidonvilles. Personne n'aurait été surpris si Sheryl s'était présentée comme venant du mur intérieur. Revin et Hazawa furent très surpris en voyant cette jeune fille qui dégageait une telle classe.
Sheryl s'avança avec grâce et les accueillit :
« Bienvenue, et merci de votre visite. »
Colbert et ses amis furent charmés par le sourire de Sheryl, qui accentuait encore sa beauté.
Bien que Colbert ne l'ait pas remarqué, Sheryl n'était pas seule ; Akira était là aussi. Il se cachait derrière le drap blanc qui pendait du plafond. C'était Sheryl qui avait demandé à Akira de surveiller en tant que garde.
Akira gardait les yeux sur Sheryl, qui accueillait les clients, et sur Colbert et ses amis, visiblement sous le charme. Bien que Colbert ait réussi à maintenir un certain calme, ce n'était pas le cas de Hazawa et Revin.
À mesure que Sheryl interagissait avec eux, Revin et Hazawa étaient de plus en plus attirés par elle. Akira en fut un peu effrayé tout en observant la situation.
Akira se souvint de ce qui s'était passé dans les Ruines de la Résidence Higaraka et posa une question à Alpha :
« Si je ne me trompe pas, quelque chose de similaire s'est produit dans les Ruines de la Résidence Higaraka, non ? »
« En effet. C'était un Hunter du nom de Diel. »
« C'est ça. Il a été attiré par Sheryl et a commencé à lâcher des informations sans s'en rendre compte, et il ne s'est arrêté que lorsque Sheryl l'a fait taire. »
« Elle utilise pleinement sa capacité à orienter la conversation et à donner des signaux avec ses expressions et son langage corporel. Sa façon de parler et de se comporter est calculée. Je crois qu'elle analyse également les réactions de son interlocuteur pour s'adapter. Sheryl est une belle fille et elle porte une robe qui rehausse son image. Bien qu'elle fasse cela pour ses affaires, je suis sûre qu'elle n'a aucune mauvaise intention. Elle attire les gens vers elle, lentement mais sûrement. »
Après avoir écouté cette explication, Akira demanda :
« Au fait, juste pour être sûr, elle me fait ça à moi aussi ? Est-ce que je suis déjà sous le charme de Sheryl ou quelque chose comme ça ? »
De l'extérieur, les actions d'Akira pouvaient être interprétées ainsi. Il était devenu volontairement un soutien du gang de Sheryl et avait payé une grosse somme pour sa robe. Akira se demandait donc s'il n'était pas déjà sous son charme, cherchant toujours à la satisfaire sans même s'en rendre compte.
Alpha sourit et répondit :
« Ne t'inquiète pas. Il est vrai que tu as beaucoup fait pour Sheryl, mais la plupart du temps, c'est par caprice ou par intérêt personnel. Ou du moins, pour moi, on ne dirait pas que tu essaies désespérément de rendre Sheryl heureuse. »
Pour être plus précise, c'était l'inverse : c'était Sheryl qui essayait désespérément de garder Akira de bonne humeur. La différence entre les compétences sociales de Sheryl et d'Akira, ainsi que la tendance antisociale chronique d'Akira, faisaient que les avances de Sheryl restaient pour la plupart vaines.
Akira parut soulagé :
« Je vois. »
Mais Alpha sourit soudainement de manière envoûtante :
« Au fait, juste pour que tu le saches, je fais aussi de mon mieux pour t'attirer, tu sais ? C'est pourquoi, si tu veux que je fasse quelque chose, demande-moi n'importe quand, d'accord ? Je peux changer librement de tenue et de corps. Si l'image te suffit, je peux essentiellement te divertir autant que tu le souhaites. »
« ...Bien sûr, merci. »
Akira détourna le regard, comme pour cacher son embarras.
Colbert et ses amis examinaient les Reliques exposées. Contrairement à celles du stand de rue, les Reliques dans cette salle blanche étaient réellement coûteuses. Colbert regarda le prix sur l'étiquette et pensa, d'après son expérience, qu'elles étaient un peu plus chères que le prix habituel du marché.
Colbert marmonna alors assez fort pour que Sheryl l'entende :
« ...Elles ne sont pas mal, mais le prix est un peu trop élevé. »
Le sourire de Sheryl ne vacilla pas :
« Comme je l'ai expliqué, ce n'est que le prix initial, je suis tout à fait ouverte à la négociation. Cependant, veuillez m'adresser toutes vos offres directement. »
« Je vois, tu fais partie de ces gens qui écrivent le prix qu'ils veulent personnellement obtenir, hein. Eh bien, ça va, je n'ai rien à redire pour l'instant. »
Les Reliques exposées étaient en fait des objets que Sheryl avait reçus d'autres personnes, qui lui avaient été confiés. La méthode de vente ressemblait à une vente aux enchères : si le client ne voulait pas acheter au prix affiché, il pouvait proposer le sien. Si le fournisseur acceptait, la vente était conclue ; sinon, le prix restait inchangé. Les clients ne pouvaient donc qu'attendre une baisse de prix ou renoncer à l'achat.
En réalité, Sheryl faisait semblant d'avoir beaucoup de fournisseurs, alors qu'il ne s'agissait que d'Akira et de Katsuragi. Tous deux lui laissaient leurs Reliques et la laissaient faire ce qu'elle voulait pour les vendre.
Les Reliques étaient composées de celles qu'Akira n'avait pas vendues à Katsuragi et de quelques-unes empruntées à ce dernier pour améliorer l'aspect de la boutique. Les prix affichés étaient essentiellement les mêmes que ceux que Katsuragi aurait pratiqués dans sa propre boutique.
Bien que certaines Reliques fussent empruntées à Katsuragi, celui-ci réalisait tout de même un profit si quelqu'un les achetait au prix affiché. Quant à Akira, il ne voulait absolument pas s'impliquer dans la fixation des prix.
Plus Sheryl obtenait un bon prix, plus elle recevait d'argent, et plus elle pouvait rembourser Akira. Ainsi, Sheryl faisait de son mieux pour augmenter les prix.
La raison pour laquelle Sheryl pratiquait ce système d'enchères était simplement qu'elle ne connaissait pas le prix du marché. Bien qu'elle ait fait quelques recherches, elle était débutante. Elle pensait donc qu'en procédant ainsi, le prix finirait par se stabiliser au juste niveau.
Colbert demanda alors à Sheryl, comme pour enquêter :
« Mais quand même, comme je le pensais, elles sont plus chères que le prix du marché. Personne ne les achètera à ce prix, non ? »
Sheryl répondit avec son sourire habituel :
« C'est possible. Les fournisseurs n'ont peut-être pas vraiment envie de les vendre. Ils les ont peut-être laissées ici comme dépôt temporaire, car ils ne peuvent pas les vendre dans un centre d'échange légitime. Par exemple, les personnes lourdement endettées, surveillées par leurs créanciers, qui cherchent un autre endroit pour vendre leurs Reliques. Si les Reliques sont vendues à ce prix, c'est une bonne chose pour eux ; si elles ne se vendent pas, ce n'est pas grave, et si quelqu'un tente de négocier, cela leur donne des données utiles pour leurs propres négociations avec les centres d'échange officiels. »
Sheryl fixa Colbert en souriant, essayant de sonder sa réaction.
Colbert eut l'impression que Sheryl lisait directement dans son cœur, mais il parvint à garder son calme.
Sheryl continua, toujours souriante :
« Je ne connais pas les intentions des fournisseurs, mais mon travail reste de vendre les marchandises qu'ils m'ont confiées au prix le plus élevé possible. Si je baisse le prix, nous devrons payer la différence nous-mêmes. C'est ma situation, alors je ne peux pas vous faire de réduction, même si vous me le demandez. »
« C'est vraiment dommage. »
Colbert eut un sourire crispé en répondant sur le ton de la plaisanterie.